CHAPITRE V
Des Manœuvres tfeau^
Par manœuvres d'eau , Ton entend en fortification , tout usage de cet élément pour la défense d'une place , obtenu par quelque moyen artificiel , qui, à volonté , le fait sortir de la situation qu'il conserverait, s'il était abandonné aux seules lois de la nature. Ainsi toute retenue qui y à volonté produit ou détend une inondation , tout mouvement imprimé , dirigé ou arrêté , dans la vue de faire concourir Veau à la défense d'une place , sonlNk^ manœuvres dCeau. Je sais bien qu'en signification rigoureuse , Ton n'entend par manœuvres d'eau , que les mouvemens rapides qu'on lui imprime , que les courans qu'on lui fait produire à volonté, et qu'en conséquence les inondations , qui paraissent n'avoir aucun mouvement , et ne former qu'une masse inerte , ne sont point honorées du titre de manœuvres d'eau , qu'on réserve pour des accidens ou le mouvement soit plus marqué. Je suis loin assurément de m'élcver contre ce que l'usage a dé-
tiv. II. chap. V. 65
cidé, relativemeat au seusqui doit être attaché aux mots. Cependant, quand cet usage ne s* est formé qu'entre un petit nombre de personnes qui cultivent spécialement uu art, dont, en même temps, un très grand nombre d'autres sont appelées aussi à s'occuper, il doit être permis , il est peut-^être utile p de le rappeler à la signiGcation dès mots la plus générale et la plus naturelle , qui convient également à tous. Car, outre que c*est par un mouvement bien réel que Teau d'une inondation remplit son bassin , c'est par le moyen de la manœuvre faite à l'écluse de retenue qu'on forme cette inondation , et lorsque , par la manoeuvre inverse, on détend la même inondation, on ne peut refuser le nom de manœuvre (Teàu au mouvement rapide par lequel elle s'écoule. Pour nous donc , la seule condition qui constituera une manoeuvre d'eau , ce sera d'être le produit spontané et non constant de Cart» Ainsi une riviire qui coule naturellement dans les fossés d'une place , une eau dormante qUi les remplit , une flaque creusée au pied de son glacis, ne sont point des ma** nœuvres d'eau , si elles ne reçoivent , à volonté , de la . place même , le repos ou le mouvement.
Le premier effet d'une inondation est de mettre à Tabri de foute attaque une portion plus ou moins considérable de l'enceinte d'une place : ce qui permet d'en diminuer la garnison , en réduisant la garde de la partie inondée à ce qu'il faut uniquement pour veiller h ce qu'on ne la surprenne point au moyen de bateaux. En second lieu , pour peu que l'inondation ait une grande hauteur, ou soit formée par une rivière qui ait peu de pente et un vaste bassin , elle s'étend tellement au loin , qu'elle devient très gênante pour l'investissement de la place , par la séparation qu'elle opère des camps ou des quartiers de a. 5
66 BSSAI Gàlfi&AL Hfi VORTIFICATIOH*
l^assiégcanl , ou par la nécessité où elle le met, d'étendre assez sa circonvallation en amant de la place , pour y renfermer a la tête de Finondation, un lieu propre à rétablissement de ses ponts. Or ]*un ou Tautre de ces effets tend » chacun a sa manière , à rendre faible et difficile la défeniie de cette dreonTallation. Et, à cet égard, je voudrais qu^on en usât avec Fassiégeant comme il est d* usage d'en user à Tégard du gros canon de la place , dont on ne lui fait pas connaître la portée dfcs le premier moment. On ne devrait pas non plus lui faire connaître à Tavance l'étendue de Tinondation , afin que, sHl prenait mal ses arrangemens , relativement à ses ponts de communication, à son camp et à sa circonvallation, la tension de Tinondation, au moment où Ton jugerait à jn^opos de la faire , le forçat de la changer et lui causât ainsi de l'embarras et du retard. Ceci s'applique également aux attaques que Tennemi , connaissant mal retendue que doit prendre une inondation , pourrait diriger^ en tout ou en partie, dans son bassin. U en serait pour sa peine , son temps , pour le canon peut-être qu'il y aurait conduit f et enfin obligé à changer son attaque , ou à la recommencer par un autre c6té , sur nouveaux frais.
11 n'y a , me dira-t-on, que deux petites difficultés pour tirer parti de ce stratagème. La première , est que Tenncroi n'aura garde de s'y laisser prendre , n'ignorant pas plus que vous, la portée de votre inondation. La seconde, est que la plupart des grandes inondations, demandant pour se former, plusieurs semaines ^ et quelquefois plusieurs mois , vous risqueriez de voir prendre la place « par le côté de l'inondation , avant qu'elle fiât formée , sivous attendiez pour le faire , que le siège fût commencé.
Je réponds , i"^ qu'il est si possible que l'ennemiignore
UT. tl. CHAP. ?• 6««
la portée de l'inondation , que souvent elle est ignorée dans la place même, où quelquefois on n'a à cet égard que des notions imparfaites ou des traditions ridicules. Je ne parle pas du vulgaire j ordinairement abusé sur tout ce qui demande quelque exameo ; mais je parle du oommandant , de ringénieur même, qui n'ont pas toujours, sur Tétendue de Tinondation, des données' précises. Car il faut pour cela , on l'avoir vu tendue , et ea avoir tenue note exacte , ou avoir fait avec le plus grand soin des nivellemens considérables. Or^ il est de fait qu^il existe des places où jamais Ton n a fait ni l'un ni Tautre.
Quant à la seconde difficulté , elle n est pas non plus insoluble. Qui empêche, en effet, de ne former Tinoiidation que jusqu'à une certaine hauteur, de publier qu'elle est complète , et de réserver une hausse de quelque pieds, pour le moment où l'assiégeant, ayant pris ses arrangemens eu conséquence , pourra être désolé par une crue subite ou au moins imprévue, qui le noyera dans ses travaux, le chassera de ses camps, et rendra ses ponts inabordables ? Je persiste donc à penser qu'il est possible , à cet égard , de tirer des inondations plus de parti qu'on ne l'a fait jusqu'ici.
On conçoit que , si^les inondations préservent certains ouvrafes d'être pç^s , ils en mettent un plus grand nombre à l'abri du ricochet» en interdisant à l'assîégéant l'emplacement des batteries qui pourraient les enfiler. H en résulte que le feu de ces ouvrages , quand il peut agir sur les attaques , y fait d'autant plus d'effet , qu'il ne peut être combattu que de la manière la moins propre à le troubler. On ne s'en tient pas ordinairement là \ c'est-à-dire^ qu'on ne se contente pas de l'a-
68 B6SAI oiNiBAL DB FORTIVICATIOlV.
vanugc qu on a ainsi procuré sur Tattaque , aux ow vrages de la place (i) j mais on avance encore dans Fi-* nondation, des ouvrages détachés qui voient d*enfilade et de revers , les approches que ferait Tassiégeant contre les fronts voisins» Ces ouvrages jouissent du même avantage que les fronts de la place couverts par Tinon^ dation , d^étre inaccessibles et inattaquables , autrement que par bateaux. Pourvus d'une garde nombreuse, ils sont hors de Vatteinle de ce dernier danger ^ et le feu d'artillerie et de mousqueterie qui en part éunt couvert par un parapet en terre , assez épais pour ne pouvoir être détruit par le canon , et disposé de manière èk ne pouvoir être enfilé par le ricochet » interdit k l'assiégeant l'attaque d'encore un ou deux fronts de la place, ad jacens au bord de l'inondation, près duquel l'un quelconque de ces ouvrages est situé* Mais pour s'assurer la possession de tous ces ouvrages , il faut que l'inondation ne puisse être saignée , c'est-à-dire , mise â sec par une rigole qui en ferait écouler les eaux , dans la partie en aval de la place, de la rivière qui la forme* Il ne faudrait cependant pas encore compter tout-à-fait pour rien une inondation qui pourrait être saignée. Car, le temps plus ou moins long qu'emporterait ce travail serait toujours un retard , ^ Fimbibition du terrain où cette inondation aurait été tendue , #erait toujours un obstacle à y creuser des tranchées. Et qui ne sait que la force des places ne se compose que des retards et des obstacles qu'elles font éfNX)uver à Fassiégeant ? Il faut aussi que les écluses qui forment la retenue qui
(I) Planch. 39,rig. 1
LIT. II. CHAP. Y. r>()
donne lieu à rmondation , soient totalcmenl dérobées au canon assiégeant , sans quoi il pourrait , en les détruisant , ou seulement en les endommageant , faire écouler l'inondation , on forcer Tassiégé i les convertir en un bâtardeau solide , qui ne lui permettrait plus de disposer à volonté des eaux , que nous allons voir qu'il peut faire servir, de plus d'une manière encore , i la défense de la place.
Premièrement, les eaux gonflées à une hauteur considérable à l'amont de la place , peuvent, conduites par des canaux ou aqueducs ouverts à volonté, remplir, au moment où la défense l'exigera^ tel ou tel fessé, inonder tel bas-fond à la queue des glacis, former enfin telle inondation nouvelle sur quelque autre front de la place ; et plus chaque effet , fort simple en soi , pourra s'opérer inopinément pour l'assiégeant, plus l'assiégé saura en tirer avantage.
En second lieu, les fronts de la place à Pavai de la
rivière , ou à la sortie de ses eaux , étant ordinairement
situés en face d'un terrain bas et sujet à être noyé par
les débordemens , si l'ennemi , rassin*é par la sécheresse
qui règne , et par la pénurie actuelle de cette partie de la
rivière, conduit son attaque contre quelqu'un de ces
fronts y l'assiégé qui l'y aura laissé engager le plus avant
possible , lui enverra , au moment qui lui conviendra le
mieux, un débordement artificiel, qui le noiera dans
ses tranchées ^ mouillera les poudres de ses batteries , et
gâtera tellement le terrain autour de celles-ci, qu'il loi
sera difficile, impossible peut-être , d'en tirer le canon ,
lorsqu'il abandonnera son attaque. L'assiégé profitera de
ce désordre dont il aura fixé l'heure et le moment , et
qu'en conséquence il aura produit dans une nuit obscure.
70 ESSAI GÉI^ÉRAL DE FORTIFICATION.
pour tomber sur les parties de l'attaque qui se trouTerônt coupées des autres par les eaux , et pour tirer, par toutes sortes de moyens , tout le parti possible d'une circonstance aussi inopinée pourTassiégeant, quelle lésera peu pour lui. On va se récrier encore ^ et prétendre qu'il est impossible que l'assiégeant se laisse prendre à un piège aussi grossier ! Mais je prétendrai , moi , qu'il est plus souvent arrivé que j faute de bien connaître son terrain et les efïets qu'il y peut produire au moyen des eaux dont il dispose y l'assiégé a laissé impunie la faute que l'assiégeant avait faite , de donner plus ou moins dans ce piège, qu'il n'est arrivé k celui-ci de l'éviter. Car, s'il est quel* que place où Ton ne connaît pas la portée de l'inondation que l'on y peut former, il en est un plus grand nombre où l'on n'a pas noté les effets des débordemens à l'aval de la place , et où surtout on n'a pas réfléchi qu'on a entre les mains « par l'inondation, le moyen de produire à volonté le plus subit et le plas furieux de ces débordement. Qu'on fasse attention encore que les tranchées , creusées de trois pieds au-dessous de la surface du terrain, pourront être noyées et rendues impraticables, dans im terrain dont les eaux à peine atteindront la surface.
Quoi qu'il en soit, et en supposant même que l'assiégé évite d'attaquer de tels fronts, il en résultera toujours la preuve de l'efficacité de l'inondation , pour ajouter à la force de la place ; puisque, interdisant déjà l'attaque des fsonts qu'elle baigne , et souvent celle de quelques fronts voisins , si elle force encore à renoncer à 1 attaque des fronts qui bordent la rivière , à sa sortie de la place , il ne Vestera plus de celle*ci que peu de fronts attaquables. Et qui ne voit qu'alors il sera possible de prodiguer à ces
LIT. II. CHAI». V. j\
fronts tous le» moyens de Tart d'ajoutei* à leur forx'e, sans aucune augmentation réelle de dépense, puisqu^on ne fera que leur appliquer le fruit de Téconomie qu'aura permis de fiure Tinondation sur les fronts dont elle interdit latuque ?
Mais cette inondation pourra concourir encore, d'une manière pins directe, à la défense de ces fronts ^ qu'on lui croit étrangère. Elle pourra après que l'assiégé aura épuisé pour eux tous les moyens que lui aiu*a fournis l'art des mines, Tenir les préserver des effets de ce moyen de destruction , en le paralysant dans les mains de l'assiégeant. Elle pourra , après que toutes les ressources que fournit un fossé sec , pour en chicaner le passage ou les approches, seront usées , transformer ce fossé sec en un fossé plein d'eau , noyer tous les travaux que l'assiégeant j aura faits, ou les travaux souterrains par lesquels il veut en renverser la contrescarpe ^ et le forcer à recommencer sur nouveaux frais. Elle pourra encore, après le passage fait de ce fossé plein d'une eau tenue dans un repos perfide, après que la brèche faîte au rempart, viendra par son long talus joindre ce passage , et qu'en un mot , l'assiégeant n'aura plus que l'assaut à donner pour être maître de la place ; elle pourra , dis-je , intro«duite i torrens an travers de ce fossé , a l'autre extrémité duquel oq lui ouvrira une subite issue, emporter et pont et épaulement, et ulus de la brèche, laquelle, après cette opération , se trouvera de nouveau escarpée • et devra, pour recevoir l'assaut, être de nouveau battue paf le canon ; tandis que le passage du fossé , pour parvenir à cette brèche, devra être refait avec des précautions analogues k la nature, désormais mieux connue, de l'obstacle. Et cet obstocle pourra être remis en jeu aussi
J9 SSSAI ciirtBAL DE FOBTIFICATIOH.
souvent que l'assiégé le jugera à propos , et le fossé revenir à une dessiccation subite , et repasser aussi subitement à Tétai de torrent. Mais il est temps peut-être d'expliquer le comment et U pourquoi de tous ces effets qui, malgré leur simplicité, semblent tenir du prodige , et dont un plus long étalage dénué d'explication, finirait par nous exposer au soupçon de charlatanisme.
N'est-il pas vrai que (i), par des édnses placées à Kentrée d'une rivière dans une place , on peut faire monter les eaux de cette rivière à l'amont de cette place à lo» 12 ou 1 5 pieds au-dessus de son niveau ordinaire , et que les fossés secs de la place ^ tenus d'environ un pied au-dessus de ce niveau ordinaire y pourront recevoir de l'eau jusqu'au niveau de l'inondation , si entre cette inondation et eux on ouvre quelque ^sommunieation , et qu'à leur sortie » vers l'aval de la rivière , ils soient fermés par un batardeau ou tout autre obstacle à l'écoulement des eaux ? On ne peut discouyenir non plus que ces (ossés maintenus à sec tout le temps que l'assiégé le jugera à propos , lui permettront de faire, sous le glacis , des contre-minea qui feront éprouver à l'assiégeant de grands retards dans la marche de ses attaques. On sait aussi que celui-d ne peut triompher de cet obstacle qu'en déployant des moyens du même genre, dont le plus puissant est, sans contredit , le globe de compressicm , au moyen duquel il erève à la fois , à une grande distance , les galeries et ra^ meaux de l'assiégé » enlève la crête de son chemin cou^ vert, et renverse sa contrescarpe. Mais quand, par les progrès et les événemens de sa défense souterraine , l'as-
(I) Planch. 39, fig. I.
LIY. II. CHAP. V. ^5'
siégé prévoira qu*il va éprouver cet effet de la part de l'assiégeant j ne peut-il pas l'empëclier à Finstant même en introduisant les eaux de Tinondation de toute leur hauteur dans le fossé ? Yûilâ p dès cet instant , Tassiégeant qui a perdu son temps à préparer son volcan artificiel , presque toujours placé à une grande profondeur, forcé à revenir par la voie ordinaire à Tattaque de la contrescarpe. Il remporte enfin, mais de nouvelles difficultés Tatten- . dent au passage de ce fossé , maintenant plein d*eau. n fera sans doute un pont de fascines , car il craindra Teffet du courant rendu aux eaux du fossé. Ce pont, le plus léger possible , ainsi que son épaulement , sera porté par un grand nombre de longs piquets ou petits pilots ; peut-être aura-t-il des arcs-boutans ou des ancres pour le retenir. Déjà il est près d'atteindre à la brèche , dont le talus adouci > à force de bombes et de boulets provoque Fimpatience de Tassiégeant à donner l'assaut. Déjà celui-ci a jeté de longues perches pour atteindre ce talus par une espèce de pont -levis. Mais Tassiégé lâche à l'instant les écluses de sortie des eaux ou de fuite. Déjà le bas de la brèche s'éboule , le pont de fascines chancelle y se délie ; on ose à peine s'y confier pour essayer de le raffermir. Mais une plus violente secousse est près de le choquer. On ouvre les écluses de chasse qui donnent de nouveau entrée aux eaux de l'inondation. Il ne peyt résister à ce torrent. 11 est emporté en laissant l'assiégeant dans le désespoir de parvenir jamais par un travail plus solide à surmonter un obstacle aussi violent ^ dont le renouvellement ^t à la disposition de l'assiégé.
Mais comment, me dira-t-on, produire ces effets si grands et si subits des écluses de chasse et de fuite avec une certaine précision ? Si vos écluses sont petites» elles
74 U$Skl ciKÉRAL DK FORTIFICATION»
aiiroiit deft vannes , qnî , levées tom-inroup, feront, à la vérité, écouler Feau de toute sa baateur; mais Torifiee par lequel elle s'écoulera étant petit par rapport à la masse du fossé , n y produira pas ce courant rapide dont vous vantez, avec raison, les effets. Que si vos écluses sont grandes, vous les ouvrirez en levant successivemenc des poutrelles, dont la manœuvre lente ne procurera qu'un écoulement lent et successif, qui n acquerra jamais cette rapidité effrayante dont vous nous ifijenacez. A cela, je réponds :
i"" Qu'il est facile de concevoir qn un grand nombre de vannes , chacune de peu de largeur, étant levées k la fois par un nombre égal de machines , feront écouler une grande masse d'eau k la fois, et devront conséquemment produire un très grand courant.
a* Que la manœuvre des poutrelles, quoique successive , n'est cependant pas assez lente , quand les treuils qui les enlèvent sont bien équipés , pour ne pas produire, dès le premier moment, de grands effets, pour peu que l'écluse soit , par la somme de ses différens passages, large k peu près comme le fossé , et pour ne pas produire en moins d*uue heure, par l'enlèvement de toutes ses poutrelles, son effet total. Mais veut-on des effcU plus prompts, plus subito ? II est facile d'employer aux écluses des partes toumantci. Il faut expliquer ce que c'est*
Figurez^vous une porte (i) tournant sur un axe vertical qui la traverse à peu près dans son milieu, et qui roule , haut et bas , sur deux pivots solidement établis» Cette porte bat dans deux feui^res tailléea eu sens con-
(0 Planch. 39, fig. 7, Z et 4.
UY. U. CHAP. V. ji
traîres. L^une, celle de droite , par exemple , fait face à l'amont du cours de Teau. L'aaire, ou celle de gauche, fait face à l'ayal. Maintenant , si vous imaginez que Taxe, au lieu de traverser la porte dans son milieu » la partage en deux parties inégales , en sorte que la partie qui bat dans la feuillure d'amont , ou de droite , soit plus grande que celle de gauche qui bat dans la feuillure d^aval , cette première partie» pressée par une colonne d'eau phis forte que la seconde» tiendra, sans l'emploi d'aucun autre agent, la porte étroitement fermée. Par la même raison , pour la lui faire ouvrir, il suffira de renverser le rapport qui existe entre elle et la partie qui bat dans la feuillure d'aval. Laissant donc celle-ci telle qu'elle est , si Ton fait dans l'autre une ouverture telle que la surface qui lui reste après l'ouverture faite soit moindre que la surface de la première qui n'a point changé , alors la colonne d'eau qui presse cette dernière lui fera abandonner sa feuillure , et par conséquent tourner la porte jusqu'à ce qu'elle se présente de champ au courant. Ainsi donc, si par une ou plusieurs vannes faciles à manœuvrer, chacune par un cric , on se rend maître de renverser à volonté le rapport qui existe entre les deux parties inégales d'une porte tournante, on se rendra également maître d'ouvrir ou de fermer cette porte* à volonté. On conçoit donc que, par ce moyen, on peut, en un clin d'oeil , faire entrer ou sortir les eaux d'un fossé sur toute leur hauteur à la fois, et par conséquent y produire subitement les courans les plus violens ou le calme le plus profond.
J'espère avoir levé jusqu'aux moindres doutes qu'on aurait pU former sur les moyens variés de faire servir les manœuvres d'eau à la défense des places , et avoir montré
76 SSSAI GÊII&RAL DK rOBTIPIGATIOK.
que tout le temps que Tassiégé pourra disposer de ces manoeuvres , il sera infiniment difficile à Tassiégeant de faire le passage du fossé. Toute Vattention de ringénieur, qui, en fortifiant une place, y prépare de semblables manoeuvres d*eau y doit donc se porter à placer les écluses où des manoeuvres se fotit , dans des ouvrages dont Fennemi ne puisse se rendre maître , et sur des fronts , autant qu*il se peut j inattaquables ^ à les disposer de manière que le canon ennemi ne puisse les voir ^ et à les construire en telle sorte que les macbines par lesquelles ces écluses s'ouvrent et se ferment soient à F abri des ravages de la bombe. Alors il pourra se flatter d'avoir procuré à cette place le moyen, non seulement le plus sûr, et peutêtre le plus puissant d'ajouter à sa force, mais encore celui de tous qui bien certainement économise le plus la dépense et les hommes.