‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 116 sur 170 · LIV. II. CHAP. Tt · texte numérisé non relu

LIV. II. CHAP. Tt

Le9 contrevînmes sont donc des travaux soaterrains faits dans une place de guerre pour opposer des obstacles aux progrès des attaques » et surtout à Teflet des mines dirigées contre elle.

Tel avait été Tart des mines cbez les ancien», tel il fut encore chez les modernes^ même après Tinvention de la poudre, pendant près de deux siècles. Un malkeureuiL hasard , disons mieux, une cruelle nécessité les instruisit enfin k faire dans leurs mines usage de cet in«grédieut destructeur. Les Français, après avoir, sous Charles \I1I , fait avec la rapidité de Téclair la conquête du royaume de Naples , en avaient été chassés de même par les Espagnols , conduits par le fameux Gonsalve de Cordoue, surnommé le grand Capitaine» Une seule place défendue par la nature et par Fart leur restait et bravait depuis trois ans entiers TefTort des armes es^ta-^ gnôles et napolitaines (^). C'était le château de l'Œuf, construit sur un rocher environné de la mer presque de tous côtés , et ne tenant k la terre que par un isthme qui

(*) H? 4e Boosmard confood ici la conqaéte du royaume de Naples , par Charles VIII, qui eut lieu en 1495, aTec le partage de ce royaume entre Louis XII et le roi d'Espagne, en 1 501. Ce partage fut suiyi d'une guerre , en 1 502 , et , en 1 503 , Pierre Navarre , alors au service d'Espagne , dirigea l'attaque du château de l'OEuf de la manière rapportée par M. de Bousmard.

Suivant Guicbardin , ce furent les Génois qui les premiers firent usage de la mine en Italie, l'an 1487, ausiëgede Scrzanelle, qu'ils voulaient enlever aux Florentins. On dit que Pierre Navarre servait alors dans leurs troupes en qualité de simple soldat. Mais ce premier emploi de la mine pour faire brèche n'eut pas de succès. Ce n'est qu'après le siège cité du château de l'Œuf, que la mine fut mise au nombre des moyens d'attaque , et que les ingénieurs ajoutèrent des galeries de contre-mines aux enceintes des places. Ed.

8o EBêAl GÈKiBAL Bli rOHTIfICATIÔlV.

était conpé par un profond fossé taillé dans le roc , où Toii pouvait à la fois recevoir des secours et des rafraîchis* semens par la navigation et gêner celle du port de Napies. Cette situation suffit pour nous expliquer la longue résistance des assiégés et Fopiniàtre constance desassiégeans. Le génie de Pierre de Navarre, capitaine espagnol, vint enfin au secours de ses compatriotes. Il profita de Taccës que, par ses anfractuosités , le pied du Yt>cher donnait aux chaloupes assiégeantes , pour y ouvrir une mine » qu'il conduisit assez avant sous le château. A Teztrémité de cette mine, il enferma une quantité considéraUe de poudre , à laquelle il mit le feu au moyen d'une éUmpilU ou mèche préparée, de manière à ne produire cet effet qu'au hout d'un temps donné , suffisant pour s'éloigner de la mine. Le rocher s'entr' ouvrit avec un fracas efl^jable ; et ses éclats , une partie des murs du château, et un grand nombre de leurs défenseurs furent précipités dans la mer parmi des tourbillons de flamme et de fumée. Alors les chaloupes espagnoles et napoliuines , chargées de l'éUtede leurs guerriers, abordèrent à l'instant le rocher et la brèche de la forteresse , et remportèrent facilement sur le petit nombre de Français éperdus (]til restaient pour la défendre. Tel fut le succès du premier essai de la poudre dans les mines.

Cet essai se répéta bientôt de toutes parts, et le succès l'accompagnant toujours, en vint â paraître tellement infaillible, que souvent on se contenta, après avoir creusé la mine» d'inviter l'assiégé â envoyer quelqu'un des siens pour la visiter, et s'assurer par ses yeux du dan* gcr qu'elle faisait courir à la place ; afin qu'évitant l'effusion du sang par sa prompte reddition , il épai*gnât à l'assiégeant la dépense de la charge de -ses mines , et la

UY. it. cnjip. ti. 8i

destructioli de partie d^une forteresse qui allait immédiat temeut Itd appartenir. La mine devint donc le moyen à la mode de prendre les places , ou , pour mieux dire , de se les ouvrir en y faisant brèche*

Cependant Tart des contre-mines, tel que Tavaient pratiqué les anciens, rendait encore dans quelques occasions, souvent dues au hasard , des services contre ces nouvelles mines. Approchées du fourneau ou lieu où étaient enfermées les poudres de Fassiégeant , au-delà de ce que ces poudres Tétaient de la surface du terrain qu'elles étaient destinées à faire sauter, les contre-mines en détournaient et en attiraient à elles Tefiet , qui ainsi se trouvait nul dans Tobjet que s'était proposé l'assiégeant ) et c'est ce qu'on appelait éventer la mine. D'aur très fois , entendant travailler Fassiégeant à proximité de ses galeries et le voyant près d'y entrer, Tassiégé l'y attendait, préparé et pourvu de tout ce qu'il fallait pour l'y bien recevoir, lui tuait ses mineurs ou les chassait de leurs travaux.

De là à employer dans les contre-mines la poudre avec un avantage au moins égal à celui que Fassiégeant trouvait à s'en servir dans ses mines, il n'y avait donc qu un pas. Au lieu donc de faire in^uption dans les travaux souterrains de Fassiégeant ou d'attendre la! sienne dans ses contre-mines , l'assiégé , quand il l'entendit passer à por-> tée de lui , put , au moyen d'une charge légère de poudre logée dans la mince paroi de terr* qui Fen séparait , enfoncer le coffrage du rameéB ou trajet souterrain de son ennemi , et lui coupant à la fois le retour et Fair, l'étouffer dans la mine qu'il était occupé à creuser ; et c'est ce qu'on appela donner le camouflet au mineur ennemi.

Mais bientôt on ne se borna plus à attcncire inactif a. 6

8t £5811 cti^ihAL Dft rOBTlFtCATlOn.

dans ses contre-mines , et à y épier le passage de ras-*, siégeant près d'elles pour lui donner un camouflet. On sentit qu'en faisant aussi j#uer soi*>mème des fonmeaux^ non seulement on détruirait les travaux de Tassiégeant sur la surface du terrain que ces fourneaux culbute* raient » mais encore on enfoncerait tous ceux de ses ra-> meaux et autres travaux souterrains qui ne se trouveraient pas plus éloignés des poudres de Tassiégé que de la plus petite distance qu*il y aurait entre* ces mêmes poudres et la surface du terrain^ c'est-à^lire qui n'en seraient qu*à la distance de leur ligne de moifidre ré-ststance»

Dès qu'une fois la défense se iut emparée â ce point de remploi et des effets de la poudre dans les mines , et qu'elle les eût transportés en entier dans les contre^mines^ elle fit de nouveau pencher de son côté la balance, qui , dans les premiers momens de celte invention , semblait 8*ètre fixée en faveur de Tattaque. Il est facile, en efïet, de concevoir combien Tassiégé , enveloppé d'un ou plusieurs rangs de galeries souterraines creusées à Favance sous son chemin couvert et jusque sous la queue de sou glacis , dut avoir d'avantages sur l'assiégeant réduit à tout créer en ce genre , et à s'enfoncer en aveugle parmi les embûches toutes dressées de son ennemi. Dès qu'une fois le front d'attaque était déterminé , l'assiégé, partant de, ses galeries, s'avançait offensivement dans quelques endroits au plus loin possible au-devant de l'ennemi, et dans tout le reste préparait yf/ji^ défensive sourde et silencieuse qui le laissait daus Figuorancede ce qu'il en avait à craindre jusqu'au moment où il en éprouvait les effets. Ces premiers fourneaux , avancés outre mesure» sorte à*cnfans perdue des contre mines de l'assiégé, se bà-

Ut. lu CttAP. vt. 83

laient de jouer 90U8 les pas de Fassiégeant pour lui im- •primer de bonne heure une crainte retardatrice > et Fo-* bliger à ne pousser désormais ses travaux sur le dessus du terrain qu'à mesure qu'il se serait assuré du dessous* Mab le cheminement du dessous n^avançant que de dent ou trois toises en vingt-Kiilatre heures , au lieu de quatre^ vingts toises , dont nous avons vu qu'avançait sur la surfiice du terrain la sape pleine, la plus lente et la plus mesurée de toutes les manières de chemin^ ; il est clair que par la seule nécessité de s'enterrer et de miner à une grande distande de la place , l'assiégeant éprouvait de longs retardemens. Mais combien n'en éprouvait-il pas davantage ^ lorsque , parvenu au milieu des embûches souterraines que lui avait tendues l'assiégé , il avait toujours à le craindre en tète , en queue , en flanc , par dessus et par dessous ? H ne pouvait se procurer quelque sécurité qu'en fiiisant jouer de front un grand nombre de £>umeaux a la fois y non plus pour renverser les rem* parts , ni même les ouvrages avancés de l'assiégé , mais pour détruire ses travaux souterrains et assurer le chemi-< nement des siens. Négligeait-il quelqu'une de ces lentes et pénibles précautions , ou en manquait-il Y à-propos ? l'assiégé l'en punissait» sur-le-*champ en faisant jouer à portée de ses rameaux quelques fourneaux qui les enfon-^ çaient, y tuaient^quelques^uns de ses mineurs « décourageaient le reste, et lui donnaient la peine de recom^ mencer son travail avec plus de di£Bculté et moins d'espoir d'y réussir que la première fois. On sent combien l'assiégé, ayant au moyen'de ses galeries plusieurs issues et des fourneaux tout préparés ^ où il ne faisait entendre aucun bruit qu'au moment de les charger, avait dans ce genre de guerre d'avantages sur l'assiégeant, forcé d'agic^

84 ' • ESSAI ckKkhAL i>i reaTiFiCATioir.

d'avancer et de se faire entendre \ sans compter que le premier, plus sûr que son ennemi de ses positions, de ses niveaux et du degré de ténacité des terres j savait mieux que lui proportionner la chaire de ses fourneaux, et conséquemraent leur faire plus sûrement produire r effet précis dont il avait bes(»u. Mais tous ces avantage» eussent-ils été chimériques , et y eùt-il parité absolue k cet égard entre Tassiégeant et Tassiégé , n^ était-ce donc pas toujours beaucoup pour le dernier d^ avoir entraîné son adversaire malgré lui dans un champ de bataille , et de Tavoir forcé à un genre de combat où le nombre était sans influence, enfin de Ta voir réduit k un genre d'attaque dont la marche^ nécessairement ralentie au-deli de toute proportion avec celle de i* attaque ordinaire , re-^ doublait par là même , et dans la même raison , Fintensité de tous les autres moyens de lui nuire en le retenant exposé pendant un temps considérablement plus long à toute lew* énergie , et comme stationnaire sous la plu» petite portée de tous les feux de la place ?

Je passe ici sous silence les moyens ou compliqués ou raffinés de prolonger encore cette résistance des placespar les contre-mines y tels que de doubles et triples étages de fourneaux ] tels que des dispositipns de fourneaux d'un même étage, pour faire sauter parleur moyen le même point à peu près tel nombre de fois qu on veut \ tels que l'art de recombler par le jeu d'un fourneau Yeniannoir ou excavation produite par le jeu du fourneau précédent. Le simple aperçu , quoique incomplet, que je viens de présenter, suffit , je pense , pour donner une idée de ce qu'un assiégé intelligent et bien préparé pût faire essuyer» par ses contre-mines, de perte de temps et d'hommes à l'assiégeant, aussi long-trmps que celui-*ci , borné

UT. II. cnAP. Ti. 85

dans ses roînes aux mêmes effets que lui , fut obligé de le suivre pas k pas dans le labyrinthe de ses ruses, d^en démêler le fil^ et d'en dénouer péniblement les noeuds multipliés.

Un génie inyentif vint enfin lui apprendre à les trancher* Ce fut le célèbre Bélidor. D'abord géptnètre attaché en France à l'instruction d^une école d'artillerie ^ et ingénieur par goût, sa Sciefice tUs ingénieurs , et surtout son Architecture hydraulique^ déposent de ses grands talens et de ses vastes connaissances dans la construction des grands ouvrages (*). Mais ce qui surtout le rendit singulièrement recommandable dans la science qui nous occupe , ce furent ses recherches et ses découvertes sur les effets de ta poudre dans les bouches à feu et surtout dans les mines ; découvertes dont le succès fit passer leur auteur dans la carrière militaire , ou , quoique entré tard , son talent extraordinaire le porta rapidement â la tète du corps des mineurs et au grade de brigadier des armées.

Tout alors annonçait le besoin de porter dans l'attaque des places par les mines uoe marche plus rapide et

(")* Belidor entra dans la carrière roilîtaire en tm. Il e'tait n^ en 1697 ou 1698.. D'abord professeur de mathématiques à Tëcole d'artillerie de La Fére , ensuite commissaire d'artillerie » il fit entreprendre des expériences neuves et importantes, en 1732 nir les effets des raines surcbarrgées, en 1740 sur la portée des bouches à feu tirées avec des charges moindres que celles qui étaient alors en usage. Ses expériences sur les mines furent répétées en France, en 1753, en Prusse, en 1754. Le ministre de la guerre Tavait autorisé à les communiquer au roi de Prusse. Il était depuis deux ans brigadier des armées et inspecteur général des compagnies de mineurs, lorsqu'il mourut en 1761 . Il aiaissé un ouvrage manuscrit volumineui sur la guerre souterraine. Ed.

86 BSSÀI oftllÉAA.1. DB FOBTtFICikTIOll.

qui dérobât Fassiégeant aux pertes et snrtout aux Ion-' gueurs que lui faisaient essuyer les contre^4nines dé Fassiégé. La seule qu'on connût et qu on pratiquât dans cet objet était de hasarder de très loin des attaques de vive force inattendues, afin de ne pas donner â Tassi^é le temps de faire jouer successiyement tous ses fourneaux » ni même celui de charger la plupart d*entre eux. En même temps donc qu'on emportait un ouvrage avancé , ou seulement sa contrescarpe , on 8escendait dans sou fossé y on rompait à coups de hache ou par le pétard les portes des contre-mines qui y avaient leur entrée , ou Ton enfonçait les galeries adossées à la contrescarpe au moyen de tonneaux de poudre qu'on plaçait vis-à-vis de cette contrescarpe, et auxquels on faisait prendre feu; par Tun ou l'autre de ces moyens , on parvenait souvent à s^emparer des contre -mines de l'assiégé, quelquefois même avant qu'il eût pu en faire le moindre usage.

Mais tous ces procédés , déjà hasardeux et consommateurs d^hotnmes , par essence, avaient encore le défaut d*être entièrement précaires , et totalement dépendans , non seulement de la manière dont l'assiégé savait défendre ses ouvrages y mais encore de celle dont il avait disposé ses contre-mines. D fallait donc un moyen d'attaque qui ne fut pas uniquement fondé sur une mollesse , donuFas* siégé pouvait très bien n'être pas capable, et sur des fautes qu il lui était facile d'éviter. C'est ce que Béiidor trouva.

Raisonnant sur les effets de la poudre , et sur là manière dont on emfdoyait dans les mines cet agent destructeur, il reconnut facilement que cette manière avait été parfaitement calculée , par rapport aux effets à produire de bas en haut, sur la surface du terrain à attaquer

Lir. il. cnip. Ti. 87

et k défendre, mais qu'elle n'était nullement ordonnée , relativement aux effets k produire latéralement et même en tous sens, dans les entrailles de la terré , contre les galeries qui la traversent, et les murs de revêtement qui la soutiennent. Il vit que la poudre enflammée , fluide élastique dont le dévek>ppcment instantané produit de si prodigieux effets , exerçait en tous sens des efforts égaux ; ce dont l'avertissait la nécessité du bourrage des rameaux )usqu'ati-deU de la longueur dé*la ligne de moindre résistance des fourneaux , et ce que lui confirma la forme paraboloïde des entonnoirs de ces fourneaux , ayant pour foyer le centre des poudres de leur charge. Car à quelle autre cause qu'un effort dirigé contre le fond et les côtés de l'entonnoir; attribuer, et la distance du sommet du paraboloïde qu'il formé à la charge des poudres placées k son foyer, et la longueur des ordonnées partant horizontalement de ce foyer ? Il conclut donc (i) que, lorsqu'un fourneau )ouait et enlevait une partie quelconque de la surface du terrain sous lequel il était placé , il faisait en même temps sentir circulai rement son effet, dans toute la* masse des terres, environnantes, k une distance au moine égale au rayon . oblique , mené du centre de rinflammatîon au bord de l'entonnoir (2) : et cette masse de' terre environnante, comprimée par l'effet du fourneau , il la nomma très bien globe de compression. D'un autre côté (3), l'expérience la plus constante et

(1) Planch. 40, fig. 1, 2 et $.

(3) Il est évideDt que , puisque le fourneau enlève les terres jusquelà , il les e'braflle , et leur fait sentir son effet encore pliis loin*

(3) Planch. 40, fig. 1 et2. •

88 BMAI. GftlI&BliL DB FOETIFICATION.

là mîeax reconnue jfrouTait, qu'à profondeur égalée! dans des terres de même nature y des fourneaux inégalemenl chargés produisaient des entonnoirs in^aux, dont les plus grands répondaient toujours aux plus grandes charges. De là ^ à conclure qu'en augmentant les charges, on augmentait aussi la grandeur d?s globes de compression, il Xkj avait pas loin. Mais en augmentant la grandeur des globes de compression, on augmentait évidem* ment la distance à laquelle on pouvait, soit enfoncer des galeries , soit renverser des revètemens placés dans la sphère d'activité de la poudre, ou compris dans ces globes de compression.

De là il semble que ». pouvant augmenter à volonté la charge des fourneaux , on pouvait de mèm/e augmenter à volonté la grandeur de leurs entonnoirs , et conséquemment celle de leurs globes de compression ; mais Texpérience jointe au raisonnement, prouva que cette faculté est restreinte à des bornes assez étroites. A la vérité, si toute la pondre d*un fourneau prenait feu, et prodiusait ensemble son effet , dans un instant indivisible , nul doute que les grandeurs des entonnoirs et des globes de compression , ne répondissent toujours k celles des charges; mais il n'en est pas ainsi. La poudre ne s'enflamme que successivement, quoiqu'en entier dans un espace de temps très court ; et dès Tinstant où il y en a une assez grande quantité d'enflammée pour soulever par la force de son ressort , la colonne de terre qui lui correspond verticalement (i), cette colonne de terre commence à s'élever et à laisser sous elle un vide et un champ plus

. , (I^Manah. 40, fjg. 3.

UV. Il* ÇHAP. TI. 89

libre à rexpansibîlité du fluide élastique développe par rinflammatioD. D*un autre c6té, celte colonne de terra ne pouvant, à cause de sa cohésion avec les colonnes voisines , s'élever sans les entraîner de proche en proche avec elle , celles-ci s'élèvent aussi , tant çn vertu de leur cohésion réciproque avec la première, que par Tirapulsion propre qu'elles commencent à recevoir du fluide élastique de la poudre enflammée. L'instant qui suit développe par l'inflammation une nouvelle quantité de fluide qui , jointe a la première , est à cette première dans la raison des cubes des temps employés à leurs inflammations respectives (i). Les colonnes de terres ébranlées continuent à s'élever et à en entraîner de nouvelles qui s'é-

(1) n suffit, pour que cela soit ainsi, que le feu parcoure en tout 'sens , dans la poudre , des distances ëgales dans des temps ëgauz ; car si dans le premier instant il parcourt es tous sens une distance' comme l , au. bout du second instant , e'gal au premier, il aura parcouru une distance comme 2,^au bout du troisièms instant, égal à chacun des deux autres, une distance totale comme 3, ainsi du reste. Mais ces distances t'ëtendant en tous sens dans la masse des poudres, forment dans cette masse , à la fia de chaque instant, des figures semblables , dont eUesmémes sont des lignes homologues ; et par conséquent , les masses , ou quantités de poudre enflammée à la fin de chacun de ces instans , sont proportionnelles aux cubes de ces distances qui, par supposition, le sont elle»*mémes aux temps employés à produire les inflammations , c'est-à-dire que les quantités de poudre enflammée sont entre elles conime 1 au premier instant , comme S au second , comme 27 au troisième, etc. Je ne sais, au reste, si cette hypothèse du mouvement uniforme du feu dans la poudre , est parfaitement conforme à ce qui s'y passe réellement, mais je conceTrai^difficilementqne ce raouTeraent pût étrt un mouvement retardé. Il se pourrait bien , au contraire , qu'il fût un mouvement accéléré , et alors il ne cadrerait que mieux ayeo notre maniénsd' envisager la production des entonnoirs, comme opérée avant que toute la poudre des fourneaux qui les enlèvent ait pu s'enflammer, et conséqiieroment être eroployéerà les agrandir.

90 ESSAI OÈKÂRAL DK FOETIPICATIOIC.

branlenl, tant en Tertu de lear adhérence aux premières et de la tëBacité coraimine à tontes , que par Fimpulsion propre qu'elles commencent à receyoir de la somme du fluide développé jusqu'alors par Finflammation. Un troisième instant enflamme une masse de poudre, et porte la somme du fluide développé à une quantité qui conserve toujours avec celles des instans précédons le même rapport des cubes des temps employés à ces diverses inflammations ; et si la ténacité des terres pouvait s'accroître dans la même raison , et résister à ces efforts successifs et toujours croissans , pour n'y céder qu'à l'instant où , par l'inflammation totale de la pondre , ils seraient parvenus à leur moJBtmttfn » le nombre des colonnes de terre soulevées, tant en vertu dé leur cohésion réciproque, que par l'impulsion propre qu'elles recevraient du développement sucxressif du fluide élastique contenu dans la poudre, s'augmenterait en raison exacte de la grandeur de la charge du fourneau, et donnerait un entonnoir qui serait également le maximum des efl*ets de celte charge. Mais, au contraire, la ténacité des terres venant toujours â céder avant que toute la poudre du fourneau soit enflammée, il se fait, parmi ces terres, des fentes, des crevasses et des jours , par où la dernière poudre qui s'enflamme , va porter et perdre dans l'air une partie de son efiet , en enlevant plus ou moins haut les colonnes du centre de l'entomioir, et en chassant circulairement les autres , à plus ou moins de distance des bords de cet entonnoir, que , sans cette ténacité tl^p tôt vaincue , l'effort entier de la somme finale du fluide développé eût agrandi par renlèvement de nouvelles colonnes de terre. ,D'oà l'on voit qu'avec une plus ou moins grande ténacité, la gi:andeur des entonhoirê n^ peut être simplement proportion-

LIT. II. CBAP. VI. gi

nette i la quantité de pondre dont sont charges les fourneaux, mais doit être en raison composée de cette grande quantité de pondre et de la ténacité du terrain dans leqqel «lie agit. Par la même raison , les globes de compression on sphères d^actiyité de la poudre des fourneaux , ne sont pas proportionnels à la grandeur 4es charges , mais sont ahérés dans }a même raison , par le défaut de ténacité et de résistance des terres du dessus de ces fourneaux ; en sorte que tout ce que Ton peut attendre de la mine la plus surchargée, dans un terrain d'une ténacité ordinaire , et tenant le milieu entre le sable et Targile, termes extrêmes de la moindre et de la plus grande ténacité ; c'est de produire des entonnoirs (i) dont le diamètre supérieur soit uœiuplB de la ligne de moindre résistance de cette mine , et de faire sentir son action latérale dans Tin teneur des terres, à une distance quadruple de la longueur de cette ligne.

Tel fut donc le résultat de la théorie et des expériences de Bélidor sur les mines, que désormais l'assiégeant pût enfoncer les galeries et renverser la contrescarpe de Vassiégé â une distance quadruple de celle où jusqu'alors il pensait être en état de les atteindre , et qu'il pût renverser ses travaux à la surface du terrain, h une distance tri{de de celle à laquelle il se croyait auparavant permis de les attaquer.

Bélidor eut â peine £iit sa première épreuve du globe de camprtêsian (*) (car c'est ainsi qu'on finit par nommer

(1) Planch. 40, fig. 4.

(*) La |»reiiiière ^rettre des mines surchargées est de I7S2. Les expéneuces de I7&3 , dont vent parler M» de Bousmard , font (fpoquc dans

9» XfSAI cAkÉRAL 91 FOETIFICATION.

ces nunes surchargées de manière A produire le plas grand effet) que le grand Frédéric la fit répéter à Potsdam. Puis il fut le premier guerrier qui la fit servir k Tattaque des places ; et ce fut par ce moyen , employé quatre fois de suite , qu'à Schweidnitz il triompha enfin de la défense souterraine la plus industrieuse, conduite par un des premiers mineurs de l'Europe. Les Busses'ensi&iie Font employée à presque tous leurs sièges contre les Turcs, non pour* détruire des contre-mines que sourenr ceux-ci navaient pas , mais pour faire sauter leur contrescarpe , et renvoyer avec une partie des terres qu'elle soutenait ^ former contre Tescarpe une rampe qui se joignant à Tébrèchement, fait au haut de cette escarpe par le canon , permettait d'y donner sur-le-champ un assaut , dont Fétonnement et la teireor des effets du globe de compression garantissaient i peu pès le succès. C'est de celte manière qu'il parait que les Autrichiens viennenS de s'en servir au siège de Valenciennes , et qu'ils ont réussi à en emporter prématurément un des ouvrages k corne.

Je ne sache pas que jusqu'à présent on ait fait usage du globe de compression dans la défense des places , et l'on a eu deux motifs raisonnables de s'en abstenir. Le premier est la crainte de former de trop grands entonnoirs, donnant près de la place, de trop vastes abris » l'assiégeant ; la seconde , est la nécessité de ménager les poudres dont l'assiégé ne peut, comme l'assiégeant, renouveler l'approvisionnement ; et qu'en conséquence il ne pput , comme lui , consommer par grandes masses dans

l'histoire de la science , parce qu'elles curent de la publicité et qu'«Ue» mirent hors de doute Teffet des globes de compression. Ed.

LIT. U. CBÂ.P. VU g3

deft globes de compression , sans la plus absolue nécessité. Comme notre objet n'est maintenant que de présenter Tart dans l'étaf auquel il est parvenu , et non d'examiner â quel point il pourrait être porté , nous nous en tiendrons à Tusage actuel de la défense ; sans prétendre décider jusqu'à quel point il est fondé en raison. Mais il est temps de faire connaitre au lecteur les élémens, les procédés et la marche de cet art , tant dans l'attaque que dans la défense \ afin que rien ne lui manque de ce qu'il faut savoir, pour apprécier avec quelque justesse & combien ce moyen d'ajouter k la force des places doit être évalué.

Lorsqu'on veut &ire une mine, soit pour l'attaque,' soit pour la défense , la première opération à faire est de creuser «n puits pour descendre à la profondeur à laquelle on veut entrer en galerie , c'est^i dire, diriger le chemin souterrain vers Fobjet qu'on se pro][Sose d'attdndre ] à moins qu'on n'ait la facilité de partir d'un fossé déjà creusé à cette profondeur (i), qui permette d'ouvrir immédiatement ce chemin dans sa véritable direction (a). On place le centre de ce puits dans l'alignement tracé sur le terrain de la galerie qu'on' se propose de faire ; puis on en établit l'ouverture de manière à ce que deux des côtés du rectangle qui la forment y soient coupés ^erpendicu-

(t) Planch. 4l,fîg.ll.

(2) On j peut aassi descendre en rampe , ce qui est même plus avantageux que par on puits , tant à cause de la facililé do service et de tous les transports à faire dans la mine , que surtout pour n'y point manquer d'air a une petite distance de son entrée en galerie, comme il arrÎTe lorsque cette entrée débouche du fond d*un puits, et d'autant plus tôt qoa ce puits est plus profond.

94 B$$Ai géivAhal de fobtification.

lairexnent dans leur milieu par cet alignement, afin que œ puits étant conduit bien verticalement à sa profondeur, la ligne qui coupera perpendiculairement en deva. parties égales y les deux côtés du fond du puits, k l'aplomb .des deux côtés de son entrée , qui le sont déjà par ralignement supérieur, soit Talignement réel du milieu du sol de la galerie creusée.

Comme , à moins de creuser dans du roc yi(, il ne serait pas possible de conduire avec cette régularité l'ex-* cavation d'un puits , on a soin , i mesure qu on le creuse, d'en soutenir les côtés avec des bois disposés de la manière suivante.

On forme avec des bois de force sufBsante pour soutenir la poussée des terres , des eadrcê parfaitement rectangulaires (i)", et tous égaux entre eux, tant dan$ œtwre que hors œuvre , et composés chacun de quatre morceaux entaillés et «assemblés k mi^bois. Le premier (%) qui se pose sur la surface du terrain , ou qoi ne sy enfonce que de son épaisseur, est formé de bois plus longs que les autres , et dépassant de chaque côté les bords du cadre d'environ i5 pouces. On le nomme par cette' raison, cadre à areillee. On le pose bien de niveau, avec les attentions déjà expliquées, etonrassojettitbien ferme dans sa position , par des piquets plantés le long de ses oreilles. Cela fait , un mineur fouille les terres de Tintérieur du cadre, et s'y enfonce bien verticalement, en ne s' élargissant qu'un peu plus que le hars-^Buvre du cadre, afin de se ménager la place qu'occuperont les madriers du coffrage, qui sera posé d'un cadre à l'autre.

(1) Planch. 41, fig. 2.

(2) Idem, û^, t.

UT. II. ClAV. fl. gS

Les terres d'une ténacité ordinaire pouvant être ainsi fouillées à une profondeur de 4 pieds, sans s'ébouler, on est dans Fusage d'espacer entre eux les cadres de 4 pieds» Et lorsque les terres manquent de consistance , et menacent d'ébouler avant que Fexcavation soit parvenue à cette profondeur, on les soutient par des étrésiUonê qui iarC'bouUnt d'un côté à l'autre du puits , contre des bouts de madriers , qu'on ne conserve que jusqu'à ce que des madriers du coffrage posés à côté d'eux , per^ mettent dé les supprimer*

Le mineur s'étant approfondi aplomb, de 4 pieds, aplanit le sol sur lequel il se trouve (i), et y pose bien horizontalement le second cadre, dont il fait répondre les côtés bien verticalement sous ceux du premier, au moyen d'aplombs descendus le long de rainures faites au milieu des côtés du premier cadre , jusqu'à des rai-nures semblables ^ creusées sur le milieu des côtés du second.

Ce second cadre posé et bien affermi , le mineur fait glisser entre les terres et les côlés des deux cadres, les planches ou madriers du coffrage, observant de placer des coins de bois , de l'épaisseur au moins de ces madriers , entre eux et le second cadre, pour conserver la place où l'on fera glisser les madriers du coffrage suivant, en ayant attention de presser contre les terres , par des coins plus forts , ceux des madriers qui n'y appuieraient pas exactement. D'un autre côté, s'il arrivait que quelque partie de terre des côtés du puits se détachât, il ne faudrait pas négliger, à mesure qu'on poserait chaque ma-

(i) Plancli. 4l,flg. 3.

96 ESSAI ciLftâftAL DB FOETltlCATIOlT*

drier du coffrage , de remplir avec des fascines et du gaton le vide que cet éboulis aurait laissé , afin de prévenir les grands mouvemens de terre qui pourraient finalement avoir lieu contre le coiTragedu puits , et auxqueb celui-ci n'aurait peut-être pas la force de résister.

Les deux premiers cadres étant cof&és y avant de creuser plus avant , on les lie entre eux , sur leurs quatre faces, par de fortes tringles que Ton nomme pattes , et que Ton cloue d'un cadre à l'autre, afin d'empêcher le cadre inférieur de se déranger et de descendre quand on creusera dessous pour continuer la fQuille.

. Le procédé que nous venons de décrire (1) se répète sans aucune espèce de variation , jusqu'à ce qu'on arrive au fond du puits , à quelque profondeur qu'on le conduise. Seulement deux attentions sont requises. La première, c'est qu'un des cadres du puits soft posé à une hauteur telle, que le premier châssis de la galerie qu'on doit ouvrir au fond du puits, trouve place sous ce cadre , plus les madriers qui doivent former le ciel de cette galerie , afin qu'il ne se trouve point , entre le coffrage du puits et celui de la galerie , de vide par ou les terres puissent s'enfuir et s'écrouler dans le puits. La seconde est que le dessus dii cadre du fond du puits soit enfoncé k hauteur du sol de cette galerie , et puisse même servir de semelle à son premier ehdsiis ; car c'est ainsi qu'on nomme les cadres des galeries , qui n'ont avec ceux des puits d'autre difiRérence que de s'^assembler et de se poser verticalement.

Le puits étant ainsi terminé , on étréiilUmnc les cbtés

(I) PUnch. 41,rig. 4.

LIY. Il* CHAP. VI, 9^

de ses derniers cadres , autres que ceux qui font face a rentrée de la galerie que Ton doit ouvrir \ puis on enlève ces derniers côtés et le coffrage qu ils soutiennent , et Ton commence immédiatement à déblayer les terres de l'entrée de la galerie. Aussitôt que rien ne fait plus obstacle à la pose du premier châssis qui répond verticalement au côté du puits , on en pose la semelle bien de niveau , et bien perpendiculaire par son milieu , à Talignement de la galerie quon trace , en Élisant tomber du haut du puits les aplombs nécessaires, après toutefois avoir vérifié si le premier cadre de ce puits s^est , pendant l'opération de la fouille de celui-ci , maintenu dans la position qu'oft lui avait donnée. Nous avons déjà dit que le côté du dernier cadre du puits pouvait servir de semelle au premier châssis de la galerie, eu ayant seulement attention de le retourner, pour qu'il présente ses entailles en haut. Sur ces entailles, on dresse bien verticalement les deux montans du châssis , sur lesquels on pose horizontalement le chapeau ^ ayant attention que les entailles respectives de ces différentes pièces s'ajustent bien exacte** ment entre elles. On arrête le tout par des coins chassés entre les montans et chapeau du châssis et les terres, afin que rien ne se dérange V et Ton continue la fouille pour parvenir à remplacement du second châssis.

Dans les terrains d'une ténacité ordinaire (i), cette fouille peut s'étendre facilement i 3 pieds , et même à quelque peu au-delà , sans que les terres s'éboulent par le dessus , ou eUl de la galerie. C'est ce qui fait qu'on est dans l'usage d'espacer, quand on le peut, les châssis à

(1) Planch. 41, fîg. 6.

<j8 ESSAI GÉniRAL DE FOnTiriCATIOH.

coitc distatice de 3 pieds. Qpand donc on est parvenu t\\ fouillant , à celle dislance du premier cbfissis , on y pose bien de niveau la semelle du second châssis parallèlement à celle du premier, perpendiculaire par son milieu à Falignement delà galerie et à la hauteur requise, par lapport à la semelle du premier châssis , c^est-â^ire de niveau avec elle, si la galerie doit cheminer horizontalement, et plus ou moins élevée qu^elle, suivant que la galerie doit aller en montant ou en descendant. Le second châssis s^assemble sur cette semelle , avec les mêmes attentions que le premier, et s'aflermit de même contre les terres au moyen de coins. Cela fait, on fait passer par dessus le chapeau du premier châssis , des madriers Qu^on avance jusqti'à ce quMls reposent sur celui du second. On glisse ensuite et de même des madrier^ , des mon tans du premier châssis â ceux du second , en observant de chasser entre ce dernier châssis et le bout des madriers, de larges coins de bois , un peu plus épais que les madriers, afin de pouvoir passer entre dcuk les deux madriers du coffrage suivant. Si le terrain n'a que peu de consistance , on est forcé de rapprocher les châssis â une distance moindre que 3 pieds , et d'autant moindre que les terres sont plus sujettes à s*ébouler.

Quand le terrain n'a absoltunent aucune consistance, voici comment on s'y prend pour parvenir à remplacement du second. Aussitôt que le premier est "posé et bien affermi , on commence la fouille en enfonçant horizontalement par-dessus le chapeau de ce premier châssis , na louchet dans les terres , pour y faire une entaille , dans laquelle on fait siu'-le-champ entrer le bout ^illé en chanfrein d'un madrier qu'on y glisse par-dessus le chapeau. Ce premier madrier soutenant déjà les terres , on fait par

UYi H* GHAP. VI. gj

le mime moyen place de part et d'autre à d'autres madriers , qu OD enfonce de la même manière par-dessus le chapeau. Ensuite le mineur détache avec précaution les terres du dessous de chaque madrier, en allant alternat!, vement de Tun à l'autre , avec un louchet long et étroit , frolonge dans le dessus de la fouille l'entaille dans laquelle chaque madrier a été poussé , et fait avancer peu a peu et à mesure , les madriers aussi alternativement ^ en observant de laisser aux terres sous le ciel de la galerie ^ leur pente naturelle ppur soutenir celles de ses côtés^ en attendant que son ciel soit solidement supporté. Pour appuyer dans le premier moment (i) les bouts avancés des madriers» on chasse entre eux et les terres du dessous , de larges coins ; puis on soutient plus directement ces madriers (i)y paf un bout de soliveau , qu'on dresse verticalement sous un madrier transversal aux premiers. On pose ce soliveau par son autre bout dans les terres , dans Je talus desquelles on entaille une place pour un bout de madrier qui lui sert de semelle. Ce soliveau , qu'on pomme poifUal, avantageusement substitué aux coins y pennet d'en supprimer l'usage.

Le ciel de la galerie étant assuré par cette précaution , on s'occupe à en assurer également les côtés. Pour ceU (3X on place un fatÂX châssis en avant, et à peu de distance du premier. Ce faux châssis n'est différent d'un véritable qu'en ce qu'il n'a point de semelle, et que chacun de ses montans ne pose que sur un bout de madrier,

(]} Manch. 41 , fi^. 5.

(2) Jdem^ fig. 6.

(8) /d0m /fig. 1.

lOO ESSAI GÀNÈEAL DE FOETIPICATIOE.

au travers des terres da talus. Ce faux châssis permet de supprimer le pointai devenu gênant pour }a suite de la fouille.

Ce faux châssis étant posé , et les madriers du ciel reposant bien sur son chapeau , on fait glisser en dehors des montans du premier châssis, les madriers qui doivent former les côtés du coffrage de la galerie, jtisqtt^à ce qu'ils appuient contre le dehors des montans du fanx châssis, en commençant par ceux d'en haut et en descendant à mesure que les terres des cètés se dégagent pour faire place â ceux d'en bas. On n'attend pas que les derniers de tous soient placés , pour mettre entre les montans du faux châssis , un étrésillon qui les empêche de céder â la pression latérale des terres , et de se rapprocher l'un de l'autre par leurs pieds.

On continue toujours â creuser en avant , d'abord par le haut , en faisant avancer les madriers du ciel jsn avant du faulc châssis avec précaution , et sans donner de secousses aux terres , mais en les appelant en avant , au moyen clu tranchant d'un outil auquel on fait faire l'effet du levier , ou pour mieux dire, de la pince. On en usera de même pour les madriers des côtés , â mesure que les terres se dégageront , jusqu'à ce qu'enfin on parvienne au lieu où Ton a résolu de placer le véritable châssis , dont on posera la semelle^ et successivement les montans et le chapeau , avec les attentions déjà expliquées , en chassant entre ces dernières pièces et les ma<lriers de coffrage déjà posés^ les coins qui doivent garder la place des madriers du coflTrage suivant.

Après avoir rendu compte des moyens par lesquels on conduit une galerie dans le plus mauvais terrain , nous devons avertir qu'il s'en rencontre quelquefois de si te-

UT. 11. GHAP. VI. 101

naces, qii*on peut s'y conteuier d'un seul cours de madriers , pose sur le milieu des chapeaux des châssis , et quelquefois se passer même de châssis.

Le travail décrit pour la pose des deux prezntei^ chAssîs se répète d'un bout à l'autre de la galerie, quelle que soit sa longueur , et ne demande par conséquent pas de plus ample explication.

On creuse des galeries de différentes dimensions , sui-. Tant r objet auquel on les destine. Si ce sont des galeries de contre-mines , qui doiTent faire partie de la fortification permanente d'une place , et qu'en conséquence on doive maçonner pour en assurer la durée ^ on leur donne *j pieds de haut sur 6 pieds de large dans œuvre , afin qu étant maçonnées ellea conservent, encore 6 pieds de hauteur sous clef, et 3 pieds de largeur entre leurs piedsr^ droits.

Si ce sont des galeries de circonstances qu'exigent la» défense ou l'attaque actuelle de quelque place\ on se contente , pour épargner le travail qu'il est alors seule-^ ment essentiel de pousser virement, de . leur donner 4 pieds 6 pouces de haut sur x peds et, demi à 3< pieds de large.

Si ce sont des embranchemens de galeries qu*on ait dé«* rivés de ces premières, pour les. terminer par des fourneaux ', on ne leur donne que 2 pieds et demi à 3 pieds de haut, a pieds à % pieds 3 pouces de largeur, eLon les nomme rameaux. On pourrait croire que par cette ré^ duction de dimensions , on a en vue de réduire dans la même proportion le temps employé à les creuser , mais on se tromperait. La nécessité où l'on est de ne travailler qu'assis dans un espace aussi restreint en tous sens ^ fait perdre d'un càté / par la gène de la position et de lama-

109 KSSAI G£iT£ilAL DE FORTIFICATlOIf.

Boeuvre , cequcTon gagne de Vautre, par la dlminuiîon do déblai. On a donc un autre motif, c'est d^ obtenir dans ces rameaux resserrés la solidité et la célérité du bourrage de la miue , lequel demanderait trop de teiTe^ et , à attention égale , laisserait lieu à plus d'air et à plus de soufflage j dans une galerie à grandes dimensions.

Ces deux dernières sortes de galeries , dont la première se creuse à genoux , et la seconde assis , comme nous venons de le dire , demandent pour leur déblai sur 3 pieds de longueur , y compris la pose d'un c^iàssis et le coffrage de ce châssis à celui qui le précède , quatre heures de tra- Tail » à quatre mineurs expérimentés , ou brigade de mineurs* De ces quatre mineurs» Tun est occupé à la fouille, le second à tirer les terres , et à les charger dans une brouette , le troisième roule cette brouette jusque hors de la galerie , où le quatrième les reprend pour les mener plus loin. Pour partager bien également la fatigue de ce travail ,1e premier et le second mineurs se relèvent alternativement à la fouille , et le troisième et le quatrième aa roulage dans la galerie , Tequel se faisant courbé , est beaucoup plus fatiguant que celui qui se fait au dehors. Tous quatre se réunissent pour poser les châssis et en faire le coffrage.

Dans les rameaux , Textraction des terres ne peu^ sç. faire par des brouetta , mais bien par le moyen d^un petit chariot sur quatre roulettes , équipé de deux cordes , Tune k Tavant , Tautreà Varrière , par le moyeti desquel' le^ on le fait avancer et reculer d'un bouti l'autre du rameau ) ce qui suppose que celui-ci est dirigé en ligne droite , et sans aucun coude. Une méthode préférable , parce qu'elle peut s'employer partout , c'est de transporter les terres dans des paniers que des mineurs se pas-

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