LIVRE III
J)e la Fùrtification d*une Place « pc^r rapport au
terrain où elle est assise.
Noos avons , dans les deux livres qui précédent , considéré la fortification en dle*mÂme» et abstraction faite du terrain sur lequel elle esl assise. Mais si par U nous avons dégagé cet art de ses plus grandes difficultés , nous Vavons en même temps dépouillé de ses pins pnissaiis moyens et privé de ses plus brillans effets* Car, s'il est vraiment commode y pour la routine^ de n'airoir à fortifier , k défendre , ou à attaquer une place que dans un terrain parfaitement uni , qui ne dérobe rienàrœil ni de Tassiégeant , ni de Fassiégé, et dont la natiu*e' complètement uniforme nofire aucun accident capable de faire dévier tant soi t peu de leur rectitude, les principes par lesquels est guidé Tingénieurqui construit , attaque , ou défend cette place ; il est plus (icbeux , peut-être , pour le talent , de n^avoir ni avantages à saisir dans le site ou la nature du terrain de Fassiette et des environs de cette place , ni accidens de ce terrain à faire valoir dans son attaque , ni propriétés de ce même terrain à mettre à profit dans sa défense. Quoi quMl en soit , cette manière abstraite de traiter la fortification y complètement suffisante tant qu'on n'a affaire à elle que sur le papier, devient incomplète, fautive et défectueuse dès qu'on veut Fappli-
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quer aux fortifications réelles , aux places construites ou à construi;*e , à défendre ou à attaquer dans toutes sortes de sites et dans tontes sortes de natures de terrains. Ce serait donc tomber dans le défaut tant reproché aux auteurs de fortification , d'avoir écrit comme s^îl n'était quesûon de fortifier que sur le papier, ou ce qui reviendrait au même, que sur une campagne rase et unie , et par la d*a- Toir à la fois exposé ceux qu'ils ont rendus savans à commettre de grandes fautes , et décrié l'art et ses préce]f>tes dans l'esprit des ignorans , si l'on ne donnait ici les principes delà fortification réelle el appliquée k toutes sortes de terrains. Cette matière ne sera , à la vérité , nullement meuve pour les ingénieurs ; mais elle le sera sùretneBl pour le public , pour le public même militaire, à quiToB ne prétend cependant point l'ofirirdansle détail et Téten^ due qui conviendraient k des artistes , auxquels aocnne des richesses de leur art ne doit être étrangère , uiaucune de ses imperfections inconnue , nmia seidement la présenter d'une manière générale et sonimatre , qui en fiisse connaître les résultats les plus certains elles plus importans ^ telle enfin qu'elle suffise à conduire par des règles aussi simples que sûres toute opération militaire qui aurait pour objet de fortifier , d'attaquer ou de défendra une place, dans quelque terrain que ce fût.
Liv. m. cnAP. I. 2oS
CHAPITBE PREMIER.
pc^li^ manière fU plier la Fortification à un terrain
inégal.
Tous l6S auteurs d^ fortification ^ tous les militaires j la plu{>art même des ingénieurs vous disent : «Evitez de (or-r n tifier un lieu dominé à la portée du capon ; car quoi » que vous y fassiez , vous ne ferez jamais ^ sur un aussi » mauvais fond , que de mauvaise fortification. », C'est cette espèce d'aphorisme, qui, adopté sans examen et ap* pliqué sans distinction , peuple le monde , le monde mili-» taire surtout, de eonnaisseurs à peu de frais, el de désapprobateurs tranclians de la plupart des places de guerre* En effet » dès qu'il ne faut que des yeux» ou tout au pluSi^ des yeux et un niveau , pour juger du mérite d'une forteresse , pour s'ériger en censeur de telle ou telle partie de ses fortificati(ms ; dès surtout que pour motiver son jugement ou n'a qu'une nuxime généralement reçue i citer « et qu'un fait sensible à tous les yeux à alléguer , on se livre avec confiance au plaisir de se montrer connaisseur , et d'exercer une critique aisée sur un art diffUile. Quel sera donc l'étonnement de cette foule de critiques ^ de oe peuple de connaisseurs, lorsqu'ils apprendront, lorsqu'on leur démontrera que leur principe universel est faux en liîi-mllime , est iaux dans la plupart des appliea^ lions qu'on en fait , n'est vrai enfin que quand la fortification dominée , tracée sans auoun autre art que cdui qu'on emploie sur le papier, est exécutée sans aucune
t04 JbSSAI CÉKàBAL DE FOETI^ICATlOff.
autre condition que celles qui s'observent dans un terrain uni et dans une situation parfaitement horizontale ?
Pour guérir la plupart des préjugés^ pour désabuser de la plupart des erreurs , il suffit le plus souvent d'en examiner les fondemens et de remonter jusqu^à leur source. Voyons donc quels sont les fondemens du préjugé qui condamne sans appel toute fortification dominée ; remontons à la source de Terreur qui fait dépendre le mérite des différentes parties del'enceinte d'une place de guerre de la supériorité de leur niveau sur celui du terrain de leurs approches.
Sans doute qu'on ne regarde une fortification dominée comnie défectueruse, que parce qu'on suppose que duHea qui la domine on pourra plonger dans son intérieur par dessus des parapets insuffisans pour le couvrir, ou qu'on pourra ruiner , sur une bauteu^ plus ou moins grande , sesrevètemens d'escarpe , que le relief de ses chemins couverts ne dérobera qu'impai^itement à l'action des batteries assiégeantes ; ou bien encore , que parce que les coups do l'assiégeant , favoiisés de quelque manière que ce soit par oette supériorité d'assiette du lieu d'où ils partent sur celui où ils arrivent, auront un double avantage sur ceux de l'assiégé ^ auxquels nuit l'infériorité de leur point de départ i eelui auquel ils s'adressent ? Si donc on prouvait qu'une fortification peut être dominée , c'esti-dire assise surun téinrain inférieur à celui de ses approches , sans être ni vue ni plongée du dehors dans son intérieur, ni battue à son revêtement d'escarpe, avant que l'assiégeant soitétâbli sur la crête de son chemin couvert*, si , de pllu, on fais^iit voir qaela supériolité d'assiette du lieu d'où partent les coups de l'assiégeant sur celui d'où pointent les coups de l'assiégé , est d'une considération