‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 137 sur 170 · LIV. III. CHAP. U tô · texte numérisé non relu

LIV. III. CHAP. U tô

nulle , ou absolumetit sans conséquence , avec des armes d'une portée aussi énormément supérieure que Test celle des armes en usage aujourd'hui , à celle à laquelle on les emploie à Taltaque des places ] si , dîs-je , on parvenait k établit* avec quelque évidence toutes ces vérités , qui pourrùit balancer encore à reconnaître que Topinion qu'on s'est formée des fortiâcatiôns dominées, n'est 'rien moins que fondée sur un principe général et certain \ qu'elle ua de réalité i l'égard des fortifications établies sur des sites dominés , que lorsqu'elles ont été construites sans précautions relatives à la supériorité du terrain environ* nant ; et qu'enfin le préjugé qui attribue Une valeur plus grande aux coups tirés de haut en bas, qu'aux coups tirés de bas en haut , n'est fondé que sur la nature des anciennes armes de jet , et nullement sur celle des armes i feu qui les ont remplacées ?

Ce n'est pas que je prétende nier que dans la renaissance de Kart et dans les premières tentatives faites pour adaptera la nature des armes à feu, les fortifications primitivement construites pour résister auj anciennes armes, on ne soit fréquemment tombé dans les deux défauts, d'être plongé dans l'intérieur de ses ouvrages et découvert de loin k leur revêtement ; que ce ne soit très légitimement, et comme vérité d'une expérience promptement reconnue , que l'opinion qui condamne toute fortification dominée , s'est d'abord établie et universellement accréditée. En voyant ainsi que , comme les anciennes armes de jet , auxquelles la supériorité d^assiette en donnait une si grande d'effets et de portée , les nouvelles triomphaient également dans des positions supérieures, on ne put guère s'empêcher de conclure que celte supériorité de position était ce qui en donnait» leurs coups , et en conséquence ,

to6 ESSAI GÊKÊKAL DE FOBTIEICATIOX.

le crédit accordé y à jnste titre , aux coups de haut en bas des anciennes armes , fut conservé , attribué même avec encore plus d*étendneanx coups semblables des nouvelleS| bien plus puissantes en effet que les premières.

Cependant les ingénieurs ne lardèrent pas â chercher et à trouver des remèdes aux défauts des fortifications dominées. Ils présentèrent dé front , autant quHls le purent j leurs tracés aux hauteurs qui les dominaient , afin de s*en mettre è couvert dans la courte largeur des terrepleins de leurs ouvrages par le relief de leurs parapets ^ mais les parties de leurs enceintes , qui en retour des premières , veoaient nécessairement se présenter dans le sens de leur longueur à ces mêmes hauteurs , ils ne crurent pouvoir les mettre à Fabri d'en être enfilées que par des cavaliers élevés en face de ces hauteurs , sur les premières parties de leur tracé , lesquels leur parurentd* autant plus utiles , qu^ils se rapprochaient davantage du niveau du terrain dominant qu ils avaient en tète. Si cet expédient ne suffisait pas à tout couvrir , on y suppléait par des traverses là où venait k cesser Tabri qu'on &*étaît procuré par les cavaliers.

D'un autre côté, pour dérober les revètemens d'escarpe h un tir en brèche prématuré , contre lequel la crête de leurs chemins couverts ne pouvait les défendre, ils partagèrent en deux la hauteur du rempart , dont la partie inférieure, qu'on nomme fau$$e*brauj élevée seulement à la hauteur du chemin couvert , eut son revêtement parfaitement à l'abri du canon des approches , et dont la supérieure , couverte à son pied par le parapet de la première , ne put recevoir que vers son sommet , des brèches dont les débris s' aiTêtant à lafausse-braie, et ne parvenant pas jusqu'au fond du fosse , n*cuient d'au-

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Gune conséquence pour ouvrir à rennemi V entrée de la place .

Mais ces remèdes , outre quelques inconvéniens de détail , et celui d'entraîner uue énorme dépense » avaietit encore le défaut de n^ pouvoir être, avec quelque succès» adaptés au chemin couvert dont on éuit obligé de remplir les branches de traverses multipliées qui n y laissaient plus que peu d'espace pour le feu , et celui de rape« tisser ou même de supprimer tout-à-fait les places d'armes rentrantes , si précieuses pour le rasseniblement des sorties ; saas^ que tant de sacrifices rendissent possible d'en préserver certaines parties d'être prises à revers.

On fit enfin une réflexion fortsimple. On se dit : Pour-^ quoi une fortification construite dans une plaine horizontale dérobe-t-elle aux vues du dehors , non seulement l'intérieur de ses remparts et de son chemin couvert entier , mais eucore tout son revêtement d'escarpe ? C'est parce que les plans horizontaux , et par conséquent parallèles au terrain , qui passent par la crête de ses parapets, tant de remparts que de chemins couverts , passent au-dessus de la tête de tout ce qui se trouve sur ce terrain , et que le sommet du revêtement de l'escarpe est dans le plan de la crête des chemins couverts. Pour obtenir donc dans un terrain en pente ou dominé le même avantage , il n'y a de même qu à placer dans les plans rampans , parallèles à la pente du terrain et passant également au-dessus de la tête de tout homme placé sur la partie de ce terrain la plus élevée , les crêtes de parapets, tant de remparts que de chemins couverts de U fortification qu'on élève sur le terrain dominé, et qu'à mettre aussi le sommet du revêtement de son escarpe dans le plan rampant de ta crête de son chemin couvert. Il est clair en

SoS ESfAI cilliBAL DE FOftTIPlCATIOH.

effet qu en remplissaDt bien ces conditions et en mettant dans des plans rampans parallèles aux premiers et conséquemment k la pente da terrain tons les terre-pleins et banquettes , tant des remparts que des chemins couverts , ces terre-pleins et banquettes, et toutes les parties de la fortification dominée se trouveront , à l'^rd du terNun dominant, dans la même condition où se trouvent , & regard d*un terrain horizontal , tontes les parties correspondantes d*une fortification horizontale. Car dans toutes les deux les coups €{ui raseront la crête des parapets passeront d*une quantité égale au^^essus des parties qai se correspondent* Il faut donc bien convetiir qu'ils ne nuiront pas plus dans Tune que dans Tautreà ce qui sem placé sur ces parties , et qu'on sera aussi bien couvert dans la fortification dominée , mais inclinée suivant une pente qui passe au-dessus du terrain dominant de toute la hauteur de son relief, qU^on Test dans la, fortification horizontale dominant une plaine unie de toute la hauteur de ce même relief. S^il pouvait rester encore â cet égard quelques doutes , Tinspection des figures i et 2 de^ la planche 48 ne pourra manquer de les lever.

Il semble qu une idée aussi simple et le premier usage qu^on en fit auraient dû saisir tous les esprits .et les désabuser de Topiulon où ils étaient qu'on ne pouvait cons-^ truire de bonne fortification dans un terrain dominé ou

inférieur a celui du dehors ; cependant, hormis lés gens de Tart , personne ne prit garde au pas important qu il venait de faire ; et les défauts restés aux anciennes places , continuant à' frapper les yeux et les esprits , tandis cpie la perfection des nouvelles, où ces défauts étaient corrigés , demeurait presque imperceptible , on persista à les attribuer indistinctement â toutes les places domi-

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fiées. D'ailleurs, le moyen nouTellement introduit deman* dant à être manié avec quelque adresse pour ne pas fêter dans de nouveaux inconTéniens opposés aux anciens qu'il corrigeait , il arriva quelquefois qu'il ne procura qu'un demi succès et qu il ne^fit que déplacer les défauts dans la fortification à laquelle on l'appliquait ; et c'est, avant d'aller plus loin, ce qu'il faut que je tâche d'expliquer. On doit concevoir que ce plan rampant et passant audessus du lieu dominant, dans lequel j'ai dit qu'on mettait le sommet d'une fortification dominée pour en déro* ber l'intérieur aux vues et aux coups de ce même lieu, vient ficher quelque part en arrière dans le terrain naturel et horizontal. Or , de cette partie du terrain en arrière de la rencontre de ce plan rampant et fichant» on voit donc à revers la fortification défilée do la hauteur ; car c'est de cette expression qu'on se sert pour exprimer qu'une fortification, qui eût été enfilée de quelque part , échappe à cette enfilade par sa disposition en pente. Quand donc , dans les premiers essais qu'onen fit « (0 plan de défilement » ou plan rampant du sommet de la fortification, vint à rencontrer trop tôt ou trop près le terrain en arrière , il arriva que la fortification défilée en avant fut prise à revers en arrière \ que telle de ses parties qui était défilée par un bout était enfilée par l'autre ; et que ce n'était plus de la hauteur en avant qn'on avait à souSKr , maisbîendela pl%ine en arrière. Pour échapper à ce dernier inconvénient , plus terrible peut-être que le premier , il fallait donc se reculer assez en arrière de la hauteur poiu* que la rampe -ou pente de défilement fût assez douce pour ne rencontrer l'horizon qu'à une dislance de la fortification défilée , au-dessus de la bo^ne portée du canon \ ou bien disposer le tracé de celle-pi do a. ]4

SIO BMAI ekuLWL^h DB FOKTIVICATIOR.

manière que celles de ses parties qai étaient défilées par un bout vinssent par Faulre ficlierdans rintéricnrde la place ; en un mot , il fallait combiner le cboix du iracé avec celui du plan de défilement , de manière à éviter sur ses flancs et sur ses derrières les coups ou dehors auxquels on s'était dérobé par devant.

Si le terrain avait des ressauts» ou qu'après avoir défilé ce qui était à portée du canon des hauteurs , on eut à se fortifier du côté de la plaine ou de hauteurs moindres y alors on changeait de plan de défilement et Ton faisait en sorte que chacun de ces plans couviit à revers ce qui appartenait & son voisin et en fût réciproqtiomcnt couvert. Quand on ne pouvait y parvenir , ou que des hauteurs opposées de trop près et trop direclcmenl Tune k l'autre ne permettaient pas à ces différens plans de se couvrir rédproqiiement à revers , en avait recours h des traverses^ qui , s'élevant au-dessus de Yxm ou de Tautre dos deux plans opposés on même de tous les deux , mettaient à couvert celles des parties de la place que la direction de leur tracé ou l'élévation des bàlimens de Tintérieur de cette place n'avaient pu dérober h ces revers. On entre voit donc qu'il fallait une certaine adresse et nue grande variété de moyens pour défiler la totalité de l'enceinte de certaines places dominées , ou de trop près d'un seul celé , ou de plusieurs c6tés à la fois » surtout quand les données gênantes , telles que celle d'un^ ville déjà bàtic ou d'une vieille enceinte à laquelle il fallait se raccorder, empêchaient de combiner librement le tracé avec les plans de défilement prescrits par le relief du terrain environnant.

Mais cette combinaison était encore nécessaire pour allier à Téconomie de la construction de la fortification

uv. m. cQAf • I. s 1 1

défilée la découverte la plus complète qu'elle pût prendre sur les hauteurs et sur leurs pentes. Car si le défilement exigcaîl que le relief de la fortification à construire s'éloignât trop du terr«ain naturel , s'il fallait ou s'élever ou s'enfoncer outre mesure » ou faire Vjxjol et l'autre à la fois , Tun à une extrémité de sou tracé, lâutrcà Tautrc , il est évident qu'on aurait à remuer des masses de terre surabondantes k ce qu'exige le relief ordinaire et sufiisaiu d'une bonne fortification , et par conséquent des dépenses surabondantes à ce qu'exige sa construction. Pour éviter ces dispendieux excès et rapprocher autant qu'on le peut le relief de sa fortification du parallélisme h Thorizon ou au terrain y quel qu'il soit , sur lequel, elle doit être assise « il faut donc s'éloigner dos hauteurs diverses qu'on a devant soi en raison de leur élévation au-Jessua du terrain qu'on fortifie , et s'en rapprocher en raison de ce qu'elles tendent à s'abaisser au niveau de ce même ter*rain ; en sorte que jamais on ne se déploie parallèlement a une chaîne de hauteurs qti'on a en face de soi , quedana le cas où cette chaîne est partôtude hauteur uniforme, ou pour mieux dire, a son sommet parallèle au terrain que l'on veut fortifier» Je m'explique : si la chaîne de hau«teurs, en face de laquelle vous avez à vous fortifier est du double plus liante vis-à^vis de votre gaucho que vistà-vis de votre droite , il faut disposer votre tracé en sorte que sa gauche soit du double plus éloignée de cette chaîne de hauteurs que ne le sera sa droite. 11 arrivera de là quo votre relief sera défilé en demeurant à peu près parallèle au terrain sur lequel vous l'élcverez , horizontal si le site en est horizontal , et incliné dans le même sens que le terrain , si le site en est incliné.

Ou tre cet effet par lequel votre fortification demeure

919 KStAi cisiRAL hh FORTIPIGATIOIT.

rasante au terrain sur lequel tous la oonslruises , oe qui allie réconoinie de sa oonttruction à reflBcadté des feus qui en doivent partir , vous eu obtenez un «utre non moins précieux. C'est que prenant d'êcharpe les hautcui^ dont vous vous défiles et rapproché de leur pM dans Tertdroit où leur pente est la plus douce et leur sommet le plus bas , votre tracé , semblable k . Tordre de bataille choisi par un général habile , refuse une aile à rennemi là où ce1ui-<À est en force et où le terrain lui donne de Vavuntage pour rapprodier de lui celle qui le trouve faiUe on posté moins avantageusement. Car il y a un désavan* tage bien réel k conduire des tranchées et des cheminemens d'attaque sur une pente qui descend obliquement vers la place qu'on assiège.

En effet , n est^il pas^évident que dans un uà terrain le revers de la tranchée sera plus élevé que la base ou site de son parapet , ce qui demandera , pour qu*on y soit couvert , que ce parapet soit plus élevé que ne le serait celui d*nne tranchée en terrain horizontal PAfais ce défaut , peusensible partout où les travaux de Passiégeaut parallèles à la plaoe n'auront à essuyer qu'un feu direct ou peu oblique , deviendra très saillant et d'un effet dangereux •t presque irremédiabledausdes zig-aags descendant obli* qnement vers la place , dont les coups tirés d'écharpe pardessus le parapet de ces zig-zags dana leur partie basse , iront en atteindrele revers etmëme l'intérieur , dans leur partie élevée* U arriverait doue iai le contraire de ce qu'on croit communément , et la place dominée , tuais dé* filée, prendrait de l'avantage sur le lien dominant ou au moins sur celle de ses pentes qui descend vers la plaoe.

Mais cet avantage, il faut en convenir « est toujours tout au moins compensé par celui qu'a l'assiégeant de

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