‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 139 sur 170 · LI¥. III. CHAP. I. 1L\J · texte numérisé non relu

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le terrain. Pour cela, on attache par la pensée, à tel ou tel point de rinlérieur du terrain à fortifier, un plan ranw pant qui passe au «dessus de tout le terrain environnant. Puis , quand ce plan est déterminé, ou marque les quantités dont doivent s'élever au-dessus ou s'abaisser audessous de lui les différentes parties de la fortification, en sorte que le résultat de cette opération présente non seulement le relief entier de la fortification que Ton pro^ jette, mais encore son rapport exact avec le relief du terrain sur lequel elle doit être assise ^ ce qui met à même d'évaluer avec la d^pnière justesse les déblaie et remblais que cette fortification exige , les profondeurs de fossés et les hauteurs et épaisseurs de revêtemens qui résulteront des uns et des autres , et par conséquent enfin la dépense totale de l'ouvrage* C'est sans doute cette commodité de faire tout à la fois , et pour ainsi dire d'un seul jet , le travail de toutes les parties d'un projet de fortification, qui a fait donner à cette dernière méthode , assez généralement j la préférence sur l'autre , par les ingénieurs. Le mieux , a notre avis , serait de les allier Tune à l'autre , c'est-à*dire qu'après avoir fait sur le terrain ^opération de fixer le plan de défilement et le tracé de la fortification y on ferait un plan delà pai^lie de ce terrain qui doit lui servir de base sur lequel le relief et les moindres inégalités de ce même terrain seraient cotés d'après un nivellement exact ; ce qui, comparé au relief réglé h la fortification défilée , déterminerait les déblais et remblais , profondeurs de fossés, hauteurs et épaisseurs de revêtement , dépense , etc., dont nous ne parlerons pas plus au long, attendu que tout cela sort de notre sujet.

Maison doit être curieux, et Ton peut mémo avoir besoin de savoir comment on peut sur le papier défiler

ai8 ES9AI CÊKânAL DB POnTIPICATIOir.

uoe forlification dcstii)€c à être excciilée sur an tcmin où Ton ne veut , ou bien où Ton ne peut aller \ comment, par exemple, on peut faire à Paris le projet (l\ine fortification destinée poiu* la Havane ou pour Batavia (i).

On fait lever bien exactement un plan du tcirain , noo seulement de celui qu on veut fortifier , mais encore de celui qui Tenvironnc jusqu'à 900 ou i.oao tokcs de distance 9 portée passé laquelle on ne doit plus craindre leseffets du canou. Sur ce plan , on marque d^aprësun ni« vcllement exact les hauteurs respectives des différens points du terrain, et on les cote toutes relativement à un

(l)Lepabliciira pcot être arec intc^rét, et le militaire sÛrGroent avec frnit , ce que ni'dcrit sur ce sujet le même ami doat j'ai rapporta plu» haut un fragment de lettre sur la prise de Valcnciennes. « Il me semble , » dit-il, que pour le genre de votre ouvrage, vous auriez pu vous en te- » nir à votre première méthode de défiler sur le terrain , puisqu'il ea • faut toujours revenir a celle-là pour l'caécution. Ce n'est pas que je » ne sente tout ce mérite de nos méthodes ge'ome'tn^ues de défilement. > Je voudrais mclme , après in'élre bien mi^ dans la tétc le terrain à for- » liûer, api liqucr ce premier aperçu au plan cote , et chercher dan » le cabinet la iKsposit'on la plus avantageuse à touscgard:! ; mais je me » garderais birn de m*cn tenir à cette disposition sans Tavoir vérifiée » sur le terrain , par le jalonnement en direction et en clrvalion , car » le meilleur plan ni\x1é ne vaut f as Tin^pcclion du terrain. D'après » cela , vous sentirez que je ne ferais pas plus de cas d*uue fort'firatioa » projetée à Pa:is pour la Havane, que d'une consultatiou de Troncbia » pour un malade de Batavia. » 1! faut cependant convenir que si riDgê* nieur de la Havane et le nic'lccin de Datavîa ne sont pas deux auloma» tes f ils sauront faciNmcot rectifier les légères méprises que le défaut d'inspection , soit du terrain , soit du malade , n'aura f as permis à Cormootaingne ou à Tronchin d'éviter, et que le projet de l'un et la consul' tationde l'autre contiendront vraisemblablement des idées lumineuses es traits de génie, auxquels il ne faudra pour les féconder, que lo aens commun dansllrngénicur ou le médecin , chargé sur place de Vai>pUcation à en faire au terrain ou au malade.

Lir. m. cnip. i. »ir^

plan de niveau g^énéral passant au-dessus du point lo plus élevé de ce terrain, ou au<^essous de son point le plus bas , en sorte que dans le premier cas les cliiiTres qui expriment en pieds, pouces et lignes, les quantités dont tous les points co:és sont abaissés au-dessous de ce plan de niveau , ressemblent parfaitement , même par leur objet , aux chiflres qui expriment les sondes d'une rade relativement au plan horizontal de la surface de ses eaux. Il est assez vraisemblable que c'est cette conformité avec une méthode utile et déjà connue qui a fait généralement adopter celle de coter les hauteurs , tant du teriain natu* rel que de la fortification , relativement à un plan de niveau qui est censé passer au-dessus du tout , comme Teau de la mer passe au-dessus de Tancrage d'une rade; car elle a un inconvénient qui devait peut-être la faire rejeter ; c'est que les moindres quantités en chiffres exprimant les plus grandes hauteurs, on est forcé h l'attention la plus soutenue pour s'empêcher de croire tout le contraire > d'après le rapport de ses yeux ; ce qui est incommode, fatigant « et expose à de fàcheiices méprises , jus? qu'à ce qu'on ait acquis à cet égard une parfaite habi^ tude. Il paraîtrait plus naturel que le plan de niveau général auquel se rapportent toutes les cotes de» différentes hauteurs, soit du terrain , soit de la fortification (et qui servant à comparer ces hauteurs entre elles, se nomme plan de comparaison) ^ il paraîtrait ^ dis-jc, plus naturel , et il ne serait sûrement pas plus difficile à imaginer que ce plan de comparaison passât au-dessous du terrain. Par là , les points les plus élevés se trouveraient cotés des nombres les plus grands et les points les plus bas des plus petits ^ en sorte que si l'on faisait passer ce plan par le point le plus bas du terrain représenté, et que ce

9tO ESSAI G&KiRAL BB rOBTIFICATlOK.

point eût par conséquent pour cote zéro » les cotes dé* autres points exprimeraient réellement les hauteurs respectives de ces différens points au-<lessas du premier, et représenteraient à Toeil autant qak *l*esprit, de la ma« nièrela plus nette, le véritable relief du terrain. En conséquence» nous croyons devoir adopter cette dernière méthode pour tout ce que nous pourrons avoir à coter dans les planches de cet ouvrage (*).

Ce plan donc exactement levé et>x>té , n'importe suivant qudle méthode | étant remis à T homme chargé de faire sur le terrain qu'il représente , un projet de fortification ] le premier soin de celuinn devra être de rechercher quels sont les points dont il doit défiler la fortification qu'il médite de construire. Pour cela y après avoir choisi , vers le nûliea de la gorge (i) de l'ouvrage qu'il veut construire , ou vers le centre de l'espace qu'il se propose d'environner d'une enceinte fortifiée , un point duquel il puisse faire partir son plan de site, il attachera ce plan aux deux points de la droite et de la gauche des hauteurs marquées sur le plan , qui lui paraîtront être les plue daminans (^^). Et remarquez bien que )e ne dis pas. Us plus élevés; l'élévation absolue d'un point ne lui donnant pas seule , sur un autre, la domination la plus

(*) On est bien Ttte famflîarîsë aTec U méthode qui est en usage. Il y aurait aujourd'hui des inconyàiiens à l'abandonner , et en l'exami • nant bien , on trouverait peut-être qu'elle a aussi des avantages. Edit.

(I) PIanch.40.

(") Quelques ingcnicnrs emploient l'expression de points dangereux , en plaéc de ceW^ Ae points dominons ; qui enipoile toujours Vièéç d'un commandement de hauteurs. Edit.

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éminente , qu*il n^obtient qu en raison composée de son élévation et de sa proximité du point dominé*

Pour s'assurer si les deux points quil a choisis sont en effet les plus dominans , et par conséquent ceux dont il lui importe de se défiler, il cherchera dans le plan de site qu'il a fait passer par ces deux points , et par le troisièmci dans l'intérieur du terrain k fortifier, une ligne horizon* taie (1)9 à laquelle il mènera dans le même plan, autant de parallèles qu'il jugera nécessaire, . II est évident que chacune de ces lignes horizontales aura la même cote dans toute sa longueur, qu'on prolongera de droite et de gau* cbe, jusqu'aux limites du plan sur lesquelles on pourra inscrire , en eS&t , la cote de chacime de ces ligues* Le tracé au crayon de ces lignes horizontales, lesquelles ap* partiennent toutes an plan de site qu'on essaie , fera voir

(1} Cette ligne horizontale est bi^n facile a trouTer. Seit , par exemple, le plan de site représenta , planche 49 , partant du point 7 <— 10 de Pintériear du terrain a fortifier , et passant par les points 58 — 0 , et 61 — a de l'extérieur. Pour aToir dans ee plan une ligne horizontale qui parle du point 56 — > 0 , par exemple , on cherchera sur la ligne qui jointles. points 7-^10, et 61*— 0, un point qui ait pour cote aussi 56 -*0 , et on le trouvera , en observant que du point 7 — • 10 au point 61 — 9, il j a 53 pieds 1 1 pouces de pente ; que cette ligne a 1030 taises de longueur » et a par conséquent -^^ de ponces de pente par toise. Si donc on yeut trouver de combien il (aut rétrograder sur cette ligne , du point 61—9 vers le point 7 — 10 , pour arriver à un point qui ait 56 — 0 pour cote , on verra qu'y ayant du point 61 -—9,5 pieds 9 ponces à descendre , pour arriver i la hauteur 56 — 0 , ce sera de 108 toises 4pîads 8 pouces qu'il faudra rétrograder, deoe pobt 61—9 vers le point 7 •— 10 , pour trouver , sur la ligne qui les unit, le point qui a pour cote 56 — 0 ; et que c'est , par conséqpjent , par ce dernier point que doit passer la ligne horizontale tirée du point coté 56 — • 0 sur le plan , pour ne point sortir du plan de site attaché aux trois points 7 -* 10 , 86 — 0« tl 61 «^ 9 ; caqn'îl fiJlait trouver.

lt«« £5»A1 GÉRiAAL DS FOBTIPICATIOR.

snrolc-champ, s'il y a quelque point coté du plan du ter* rain, qui s-éièvc au-dessus de ce site. $*il n'y a point de tels points , il est clair que le plan de site est bien choisi, et que c'est d'aprâ ce plan de site que la foitificatiou doit èiro conslruile. Si « au contraire, il y en a, il esc cgst^ lemrnt clair que c'est par ccsdemicrs poînls que le plan de fiile doit passer^ pour que la fortîGcalion à consiraire soit vf^rilablemcnt défilée.

Ce plan étant enfin trouvé et définitivement arrêté, on déterminera les conditions que Ton veut donner au tracé de la fortification qu'on projeté , soit par les considéra tions qui tiennent à Téconomic^que nous avons déjà précédemment toucliées, soit parcelle de mieux découvrir les pentes et les diverses anfracinosiiés du terrain; et toutes ces choses, qui sur le terrain se saîsisscat d'un coup d'ccil , demanderont chacune sur le papier , un long examen et des opérations analogues a celle par laquelle nous venons de voir qu*on véi-ifiaii le plan de site.

Mais enfin, après que ces opérations seront faites y et que leur résultat aura décidé des conditions du trace , on Terra par le moyen des lignes horizontales dont nous venons de parler , ou ce qui revient au même , par celui d*une échelle de pente ou de défilctnent qui leur soit perpendiculaire, le long de laquelle on fera mouvoir une équerre, quelles sont les cotes qu'auront dans le plan dé site les différens points de ce tracé. Cela fait, il est clair que pour avoir celles de ces mêmes points , dans le relief réel qu'aura la fortification , il n'y aura rien antre chose i faire que d'y ajouter ou d'en retrancher les hauteiu^ou distances Terticales des points de ce relief, au-dessus oa au-dessous du plan de site. lAplaneke 4g représente totales

Liv. m. cnAP. I. «33

ces opéralîons cxéculdes (i) pour le cas fort simple d'ajoulcr à une place un grand ouvrage extérieur; les cotes qui appartiennent n la forlification y sonlécrilcs onlr^ parcnihcses , pour k*s distinguer de cetics qui apparlicnnent au terrain naturel*

La mcdiode qu^oa vient de décrire est si simple qu^on ne pcnt douter qu^ellc ne soit entendue de tout le monde, et qu'elle no suffise à don!>er aux hommes les moins îns* truits une idée de la possibilité qu'il j a de régler le rc* lief convenable à la fortification d\in lieu où Ton n'est jamais ailé» et défaire le pmjet de cette fortification » de mille lieues de distance, aussi parfailcinent que si Ton était sur place (a). Cependant, comme elle ne consiste que dans un pnr lalonnenient , et qu'elle a le défaut plus réel de n*ùire point générale, et de ne suffire qu^au cas le plus simple, celui où, sans être d'ailleurs gêné par rien , on n'a besoin qued*un seul plan de défilement ; on uc croît point pouvoir se dispenser d'en donner une autre

(t) J*aîtorttlo dire /o»l/*9, pimque celle de marquer les cotes da fond des fossés n'est pas faite; mais , outre qu'elle eût ajoiili'a la con* fasion de ccUe planclie, où Ton ne voitddjà que trop de cotes, elle m'eût jeté dans Tcnibarras, ou pour mieux dire, dans le travail asses long des cafculs de deljlais et remblais que j*ai dA m'épargncr ; puisque n'étant pas de mon sujet , c'est bien as^ez pour moi de les aroir indiqués, cl d'avoir averti do la nécessité qu'il y a de les faire , pouf s'a»- •urer d'avance de la dépense , et quelquefois m<}me de la possibilité de l'exécution da projet qu'on propose. Au reste, il est bien juste que je ré^ serve aux ingénieurs de profession, et à moi tout ic premier, cette petite odostrie et quelques autres encore, qui , quoiqu'elles ne .soient assurément rien moins que du grimoire , ne laisseraient pas d'être assex diffi» ciles â apprendre au public, qui d'ailleurs ne ternit pas dédommage ue m peine par l'intérêt qu'il j irouTcrait.

(2) En sQpposant , bien entendu , le plan da terraîn pamîtameat jmte etaon nÎTeUeiiieot parfaitement exact.

^«4 K5SAI G^ifiAAL DE POaTlVI CATION.

plus géométricpic, qui peut s'appliquer à tous les cas, et Bcrviv a déterminer successivement les divers plans de défilement dont on peut avoir besoin pour ne donner à cba« 4;ufl des fronts qu'on a à construire que le moindre relief possible , et pour ne faire conséquemment , pour leur construction , que la moindre dépense possible. Je conviens qu elle sera peut-être assez difficile à saisir par quiconque n'a nulle babitnde des profeùtiom ; mais c'est «vec quoi les ingénieurs , que cet article intéresse spécialement, sont le plus familiarisés. Quiconque aussi, tant soit peu géomètre, voudra y donner quelque attention, ne pourra manquer de l'entendre. C'est au reste la méthode que suivait et que suit probablement encore l'école française du génie » dans ses exereiees sur te relief, corn* mandement et défilement de la fortification (*),

Supposons , pour nous faire mieux entendre » que nous «yons à construire deux fronts de fortification , dans un terrain dominé sur tout son front, tels que ceux AB^ BC, qu'on voit planche 5o^ former une tète de pont. Il est question de trouver pour chacun de ces deux fronts , le moindre relief possible , qui cependant les mette à couvert des vues directes du terrain dominant, d'abord in* dividuellemént , puis encore de ses vues de revers , l'un par l'autre. Un seul plan de défilement , passant au-dessus de tout ce terrain , suffirait évidemment à cette dernière

(*) L'^ool« modemedu g^ie a iafimment perfectioniié la ménhiodt fu'ezposa If . d« Bonsmard. Toutefois il cottvieii t d'ajonter que c'est « anz prolMstors «t ëléT«8 de l'aocienoe école, d'abord à Dubuat, ensintt à Moage , au gëoéral Meusnier, à Dobenhcsm et A Saj, q[Qe Too doit les principes de l'art èm défilement, td ^'ob l'easeigne aajoord'JiiM. Si BOUS n'aTions craint de blesser la nodetlie des officiers qw ont le plus contribnëanx progrés récensdu dessin de lafortificatk», BOOsavnrioBs cîtë leurs noms après ceax de ces faosnnses distingués. Cdit.

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