‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 163 sur 170 · LIV. If. CHÂP. I · texte numérisé non relu

LIV. If. CHÂP. I

à 8 canons de s 4 et à 4 mort, de 12 pouc. 8 • de 16

8 de is 8 de 8

8 de 8

8 de 4 6 pierri«r8«

4o canons. 18 mortiers.

En toat. . 58 boircbes à feu.

Ce qui pour rartillerie totale de notre liexagone , sop» posé stisceptible de deux attaques , donnerait 80 canona et 36 mortiers ; en tout 1 16 bouches à feu.

Mais si nous pensons qu'on ne peut imonnablement porter plus haut la quantité d'artillerie destinée a Un hexagone susceptible de deux attaques , noua sommes en revanche d'avis qu'on ce peut raisonnablement non J>l]is se restreindre à moins qu'à la moitié de cette quantité, c'est-à-dire à 4o pièces de canon et 18 mortiers, dans un hexagone susceptible d'une seule attaque. Et mème^ si l'on veut bien y faire attentimi , on verra que cette moindre quantité d'artillerie ne rendrait en rien la défense différente de celle que nous avons décrite » au moins jusque vers les ^ à 8 derniers jours du siège, si Ton avait assez de munitions pour pouvoir faire de ce nombre de pièces le même feu que nous avons fait faire au nôtre, de moitié plus considérable « c'est-à-dire « si Von faisait tirer à chaque pièce 3o coups par ]our« au lieu de so que nous lui avons fait tirer.

Il suit de là , et de oe que le nombre d'hommes qui suffit au service d'un canon , peut tirer 100 à lao coups de ce canon en a4 heures , qu'on peut donner à servir à ce même nombre d'honunes , autant de canons qu'il

540 ESSAI càlfi&AL M FOBTIFIGATIOH.

en faut pour compléter pftr le fea que chacun d'eox doit faire , suivant le plan de défense qu on a adopté , ce uombre de loo ou de iso coups. D^où Ton voit à quel point est fondé le motif de ceux qui se rendent, parce qu'ils n'ont pas y disent-ih , autant de canonniers que de canons^ On voit encore comment ceux qui ne manquent pas plus de canonniers que de canons ; peuvent volontairement se réduire à se rendre de très bonne heure. Eu efTet, s'ils font , par exemple , tirer de chacune de leurs pièces , loo coups par jour, à charge pleine, ils verront bientôt la fit! de leurs munitions. Car

1 a ttièces de'a^^inti senriefi eonaommeron t par ) our çdoolir-de pond .

la tlei6 ^400

la deia 4^00

la de a 3aoo

la de 4 »6oo

6 mortiers de la ponces, à 60 coups seulement. 6000

jg de 8 7S coaps 4^00

Gonsomnuiuoii toute de poudre d^onscul joar, dans cette hypothèse 3d^oo

Ce qui, en cinq jours et demi, absorberait les deux cents milliers de poudre que nous avons supposés être la partie de notre approvisionnement , consacrée au service de l'artillerie , laquelle nous a suffi à soutenir un siège de 3« jours; y compris, à la vérité, 10 jours d'investissement (1).

(1) lâ l'on voit ayec combien peu d'expéfience , et même de réflexion , ont agi ces auteurs systématiques qui , dans ces derniers temps, ont cru aroir renforcé la fortification dés places de tout le canon qu'Os sont parvenus à placer survies leurs , de pins qu'il nVtaît poasîble d*«tt

UV. IT. CHAF. I. 541

D*après tout ce qu on vient de lire tui' la manière d'employer Vartillerie à la défense d'une place , il est facile de juger que quelle que soit la grandeur de oette place, elle ne pourra opposer à Tattaque qu'on en fera par un de ses fronts , que l'artillerie que peuvent porter les ouvrages qui ont action sur cette attaque. En sorte que ^ si par son irrégularité , la place la plus grande a un de ses fronts qui ne soit soutenu que par ses deux collatéraux , la défense de ce front n'emploiera que la mèm^artillerie que nous avons employée à la défense du front attaqué de notre hexagone. Seulement, comme la grandeur de la place aura donné lieu h un plus grand approvisionnement de munitions, cet approvisionnement permettra de faire un feu plus vif, et plus capable de mettre

placer sur les ancienaes. Elevant voûtes sur voûtes , ou , pour mieux &e , eatreponts de vaisseaux sur entreponts , ils ont réussi à entasser ■n millier de canons sur un seul front de fortification I Rejetant le canon de £ûble , et même celui de moyen calibre , et regrettant qu'on n'en employât point au-dessus de celui de 24 , ils ont rëclamë pour leurs iMtteries multipliées , le 86 des batteries basses des vaisseaux de ligne , afin de se donner sur Vassiëgednt , qui aurait peine à en amener de semblable , la supériorité du calibre , comme ils avûent déjà celle du nombre des canons. Non contens de tant de belles découvertes , ils en annoncent d'autres pour augmenter la vivacité du service du canon ; comme si, en servant avec la vitesse ordibaire leurs 3000 pièces de 36 du front d'attaque et de ses deux collatéraux , ils ne parvenaient pas assez promptement i consonuner leurs munitions , quelque immenses qu'on les suppose ! Et puis j où prendre les bommes qui serviront ces SOdO canons ? Us ont , a la vérité, le secret de servir im canon de 36 avec trûîs hommes , ce qui ne leur demande que 9000 canonnîers qui, relayés par tiers comme les nôtres, n'en font que 27,000 en tout. Sans compter encore tout ce qu'il faudra d'hommes pour apporter à ses canonnîers la poudre et les boulets qu'ils consommeront.... Hais tout cela n'est qu'une bagatelle , puisqu'enfin on aura des places imprenables.

54* ESSAI GÊM&ftAL BB FOBTIFIGATION.

quelques pièces d^âitiUerie hors de service* Aussi ferat«cii bien , dans ce cas , d'ajouter au Boaibre de ses I>oackes à feu en activité , xme ou deux pièces de rechange par calibre.

Mais , si au contraire , tous les fironts attaquables d^une grande place sont disposés de manière qu*ils poissent être défendus par de Tartillerie placée sur d'autres fironts que ceux immédiatement coUaiéraûz è chaque front d'attaque ; il est clair que pour tirer parti de cette propriété , il faudra r%ter en conséquence Varmement en artillerie de cette place ^ et dans Tun ^t Taulre cas , si elle est susceptible de deux attaques, il faudra avoir éfprd bien plus qu'à la grandeur de la place, au nomJbre et è rétendue de ceux de ses ouvrages qui ont action sur chaque attaque , et surtout à la quantité d'artillerie quTon y pourra faire agir utilement contre elle. D'où il suit que ces tables qui augmentent de tant de canons par calibre le nombre de ceux nécessaires à la défense d'un hexagone I en raison de ce que le polygone de la place qu'il est question de pourvoir d'artillerie est d*an ordre plus élevé I ne peuvent convenir qu'aux places complètement régulières, et situées en terrain parfaitement uni , où Ton sait d'avance quels ouvrages et qud nom&rv de canons pourront agir contre l'attaque d'un front quel qu'il soit. Mais , comme il n'est presque point de telles places, il faudra pour toutes les autres, et par consé* quent presque toujours , régler d'après l'examen de Tattaque ou des attaques qu'on en peut faire , la quantité d'artillerie qui doit être emjJoyée a leiir défense. Cet examen d'ailleurs y et le journal raisonné de l'atuqoe et de la défense d^ toute place p devraient toujours être ftits potu* que l'on put régler en conséquence et de la quan-

Liv. IT. cuxvr. i, 34s

tité de son artilieiie et de la durée probable du siège , rapprovisionnement des muDÎtions nécessaires h la con«« sommation de cette artillerie. Car il y a des places du mêine ordre , ou polygone du même nombre de côtés » qui , soit par les difficultés difTérentes des terrains où elles sont assises , soit par la manière plus ou moins heureuse dont leurs fortifications s'adaptent à ces terrains , sont de forces ou de durées de siège tout-à-fait inégales , et demandent conséquemment pour la consommation de leur artillerie des quantités inégales de munitions. U est donc d'une nécessité absolue pour régler la quantité d^artillerie et de munitions relatives à employer à la défense d^tme place , de faire le projet détaillé ou journal raisonné de son attaque et défense , et de ne regarder les tables qui règlent toutes ces choses , relativement à la grandeiu: de la [4ace , que comme un mémoire fait uniquement pour faire penser à tout ce qui peut ë(re ^nployé à sa défense , et nullement comme un modèle suffisant pour régler définitivement les quantités précises de chaque objet d'approvisionnement. C'est de quoi ToBse convaincra en lisant ce que M. de Vauban a mis à la tète des tables que lui-même nous a laissées, tt Ce mémoire n'est pas proposé , dit»il , comme une « instruction k suivre à la lettre; mais bien povr'aveï^tir K de ce qui peut faire besoin dans les placer » et pour « apprendre k les munir le plus exactement qu'il est pos- « sîble, par rapport à leur force et à la résistance qu'on « en doit espérer. Il faut, dit-il ailleurs , faire le calcul de (c leurs besoins, par rapport à leur résistance, et aH « nombre d'hommes qu'il y faut employer. Il faut se ré- K gler sur les difficultés plus ou moins grandes » qui peu-* « vent retarder les progrès des attaques, tt

544 B**^' «illiaAL DB FOKTinCATIOK.

Dois-je ici , à Texemple de ce grand homme ^ avoir besoin d^avertir que je n*aî pas prétendu par cet exemple de la manière dont j^emploierais l'artillerie à la défense d'une place » ni avoir prescrit de faire précisément tout ce que )*u fait, ni avoir absolument interdit de faire toot ce dont je me suis abstenu ? J'ai ici , comme ailleurs , donné franchement ma manière sans entendre exclare ce qui s'en écarterait , et serait fondé en raison ou dicté par les circonstances. Je ne tiens d'ailleurs dans toat ceci qu'à quelques points principaux , savoir :

I* A avoir la plus grande quantité possible de mon artillerie placée à temps , et même d'avance , dans les emplacemens d'où elle peut le mieux nuire i l'assiégeant.

a* A l'y servir de nuit comme de jour i ricochet , soit par plongée par dessus les parapets , soit au travers d'embrasure^., ou cachées ou dégorgées en contrepente.

3* A faire toutes les embrasures , traverses, parados^ et autres travaux de Tartillerie assiégée y avant qac le feu de l'artillerie assiégeante ne soit ouvert.

4* A ne faire qu'un feu modéré et réglé, sur la marche de l'ennemi , dans l'avancement de ses travaux; en sorte que mes munitions consommées plus vite ou plus lentement , suivant que le siège s'abrége^ou s'allonge, suflBsent dans tous les cas à sa durée , et ne finissent qu'avec lui.

6* A reparaître avec mon artillerie , à mes barbettes et à mes embrasures masquées , toutes les fois que Tennemi masque lui*mème l'action de ses batteries sur les vmes ou sur les aqtres.

6* A' me trouver avec toute ma grosse artillerie en batterie aux flancs » aux courtines , et en face de ron<* vert des fossés de la demi-lune de Tattaque , pour le moment où Tennemi se présente sur la crête de mon chemin couvert pour en faire le couronnement , et y établir ses dernières batteries ; afin de pouvoir lui opposer un feu violent capable de Tarrèter, s^il est possible, sinon capable de le retarder et de lui faire payer cher ses succès.

7* Enfin , à prodiguer dans ce dernier acte de k défense^ mes munitions de telle manière , qu^elles et les pièces qui les consomment , expirent pour la plupart avec la place , au moment de sa reddition ; en sorte que Tennemi n^y trouve, si je puis m*exprimer ainsi ^ que les eadavreê de mon artillerie et de mes magasins , hors d*état les uns et les autres de lui être de la moindre utilité. Si Ton m^ccorde que j^ai passablement atteint ces objets principaux , je passerai volontiers condam-^ nation sur Ies<létails que chaque homme de Fart tient nécessairement à arranger k sa manière, et quMl n'est

^ par conséquent donné à personne d^arranger à celle de tout le monde.

C'est ainsi qu'on critiquera, par exemple, peut^-ètre Tc^ploi que je fais d'une assez nombreuse artillerie dans la demi-lune 7 de l'attaque , josqnes au moment presque de son assaut. On me dira que cet ouvrage est , par sa position 9 Tégoût de la plupart des feux de l'assi^eant, que Tartillerie conséquemment plus exposée là à être démontée , et moins bien située par rapport h la ccfm-modité de TappQrt de ses apprcPvisîonnemens que partout ailleurs , n'y rendra point un service aussi soirtenu

346 KSSAl GkfiktiAJ, 1>% FORTIFICATION.

et aussi régu1;ier qu elle pourrait Je faire sur le corps de place} qu*eofia, cotuine il faut bien que la monsqueterie agisse quelque part , il vaut mieux lui réserver ce poste trop daugereux pour Varlillerie. Je conviendrai de tout cela y niais jusqu'à ce qu'on me trouve un emplacement sur le corps de place , d'où l'on puisse, comme d'ici , ocharper les cavaliers de branchée et enfiler le ODUroimement du chemin couvert des bastions , je ferai Timpossible pour maintenir de l'artillerie danfs cette position , §A elle est le plus nniaible & l'assiégeant. Car ]t me dois reponcer k lui nuire ou à le retarder par tel on tel moyen, qu'autant quç l'usage de ce moyen ou m'af* fiûblit à propoyrtion plus que lui , ou m'expose à ne pouvoir constami^ent m'opposer k ses pnpgrés. Ovj ici, ni l'un ni l'autre n'arrive. Car, au moyen de traverses , et s'il le faut de parados, , )e dérobe aux boulets de l'assiégeant mon artillerie tirant pai' plongée derrière des parapets pleins et entiers , et n'ai guère à craindre pour elle que les acddens rares des bombes ennemies. D'ailleiu's , les quatre obusiers et le canon de 8 que je laisse dans cette demi-lune /quand même je serais assez malheureux ou assez maladroit pour ne pouvoir les retirer de cet ouvrage avant sa prise , y auraient rendu pins de serviq^, en iaisant delà uufeasoutena, croisé ecd'éduuqpe , sur les cheminemens de la droite et da la gauche des attaques^ en reparaissant aux embrasures de sa barbette » au mom^it où cellcTfâ se trouve masquée au feu des batteries assiégeantes , et enfin en prenant d'enfilade et à revers le couronnement du chemin couvert des bastions I et en rouage les batteries de ce couronne* iKwnt^ y auraient) ^Ufi-jliy rendu plus de services qu'ils ne vaudraient I et des seri^ices bien 4»pables par consé{uent

Llf. IV. GlIAP. I. 547

de dédommager de leur perte. Mais celle perte même n'est rien moins que présumable ^ puisque la caponnière donne un moyen à peu près sûr de les retirer en to^t temps , mais de nuit surtout , si le défaut d'échancrure à la gorge de Touvrage force à attendre Tobscurité pour en descendre Tartillerie.

Quant à la mousqueterie , pour laquelle on revendique cette place périlleuse, il lui en restera toujours assez là et ailleurs , derrière les parties de parapet où il n'y a pas d'artillerie actuellement en activité. On lui rétablira en fascines des banquettes , soit sur les barbettes abandonnées par le canon , sint derrière toutes autres embrasures masquées. Enfin , elle pourra toujours être employée concurremment et alternativement avec l'artillerie là où cette dernière tire par plongée par dessus les parapets , sans en supprimer la banquette. Au reste, l'usage de la mousqueterie sur les ouvrages suppose , ou que les cbemins couverts sont déjà abandonnés , ou qu'on a momentanément évacué ceux cfOL arrière desquds on se propose de faire agir cette arme.

D y aura bien aussi quelques hommes de l'art qui s étonneront de ne me voir faire aucun usage de mes tenailles pour remplacement de mon artillerie. Mais j'avoue qu'ayant mes courtines et mes flancs complètement armés de canons , je ne conçois pas 'qu'on put servir , sans risque y sous le feu de leius bourres » . el même de leurs bouches , l'artillerie qu'on placerait devant eux sur les tenailles. H faudrait doue nécessairement retirer quelques-uns de ces canona^ et larisser qi^Ir ques lacunes à ces batteries du corps de la. place , pour pouvoir placer sur les tenailles de l'artiUeris, fpi n'aurait jamais que le même objet que celle dont elfe aurait

348 tSSAI «AniEAL us POATIPICATIOK.

cauié le dépkcement » et qui le remplirait moins bien qu'elle, puisqu'elle tirerait d'une position dominée et |dongée , au lieu de le faire d'une position dominante et plongeante. Laissons donc remplacement des tenailles à la mousqucterie p qui aura bien encore assez de peine à y tenir contre Tincommoditë , et surtout Tinquiéiude que lui causera le canon du corps de place.

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