‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 27 sur 170 · HT. I. CHAP. U · texte numérisé non relu

HT. I. CHAP. U

poclic : Us sont précédés de pelotons de grenadiers qoi doivent se porter en avant du tFâvail pour le eouvrir, et suivis de bataillons qui se placent dans les derniers boyaux pour le soutenir. Cbaque ingénieur, après avoir conduit au travail le nombre de travailleurs qui lui est confié , leur fiiit tracer l'ouvrage (**), en posant leurs gabions bien jointifs. A mesure qu'un bomme a posé son gabion il doit se mettre derrière , ventre à terre, en attendant que , le tracé reconnu , on lui comtpande de travailler. Quand ce moment est venu , cbaqne bomme muni d'une piocbe , travaille et alternativement se repose, tandis que son camarade armé de la pelle le remplace (i). De cette manière le travail va vite et met bien-

l') Ces àétsah , sar la sape rolante , ae s'accordent point arec ce qu£ se pratique en France. Les travaSleiirs reçoirent dons les d<^pdts de franchise chacun un gabion , une pelle et une pioche. M. de Boiismard ajoate au gabion upe fascine, qui n'est pat aecessaire 1 il «0 fait prendw aux travailleurs qu'ua outil , alte matiTeinent pelle et piocbe. Cette mëtbode a des inconT^iens ; on ne l'emploie que lorsque l'on manque d'outSs ponrpouToir en donner deux â chaque bomme. La pose' des gabions s'est pas dairementeipliqnëe. Us sont mis en place par IHngémwvr chargé do tniTail , aidé à cet effet de deux s^peiv** Longtemps avant la publication de l'ouTrage de M. de Bousmard^ on exécutait en France la sape volante comme il le propose dans la note suivante. JVotc de P£d.

(1) Je sais bien qu*on est dans Fnsage de n'employer qu'un travaiUeor pour ^eux gabioast aMBs comme idiaoun d'eus aepeut, ositre ses outils, pprter qu'un seul gabion, il arrive que le transport des gabions sur le terrain , et conséquemment le tracé de l'ouvrage , ne peuvent se faire qu'en deux fois, ce qui a de grands inconvéniens; tandis que la méthode que j'y substitiie , n'en entraîne aucun : car, ta l'on objecte que le double d'hommes exposés à la fois entraînera une double perte, je répondrai que le travail exécuté parle double de bras, le» mettra le double plus t&t à couvert, et qu'ainsi encore , à cet égard , tout reviendra au même.

l44 ESSAI GkTiknAL D£ FOBTXFICATION.

tôt à couvert ceux qui le fout. Ils ont attention de laisser c(Ai8tamment un pied de berme entre les gabions et le bord de l'excavation qui se âiit derrière. Du reste, cette parallèle (i) est semblable à Vautre, quant à ses dimensions et à sa banquette*

Cette place d'armes , étant à mi-distance des batteries à la place , se trouve sous le point le plus élevé de leur trajeetoire ou courbe décrite par leurs boulets. Ainsi , à moins de quelque élévation partictdière du terrain, elle ne masquera point le jeu de ces batteries , et pourra se construire et être occupée sans risque^ tandis quelles joueront. Si le contraire arrivait quelque part , il faudrait se hâter de transporter, dans la deuxième parallèle , la batterie dont cette place d'armes aurait intercepté le jeu.

Dès que cette parallèle est en état de recevoir les troupes qui ont couvert le travail de son établissement , on les y fait entrer ; au jour, on y fait passer de même celles qui l'ont soutenu^ et l'on n'en laisse dans la pre«mière parallèle, qu'aux parties de son extrémité qui dépassent l'étendue de la seconde , afin d'empêcher cette dernière d'être tournée parles sorties. On l'assure encore contre celles-ci , quand elles peuvent être fortes , par des redoutes qu'on construit à ses extrémités.

On ne doit pas perdre de temps pour faire cheminer les approches en avant de la deuxième parallèle. Ainsi , dès la nuit qui en suit la construction , on en débouche en renversant (2) quelques gabions de son parapet , et

(f) l^lanch. 9, fig.2, 4 et 5.

(2) Ici oous nous bornons à rendre compte de U maniée g^ërale-

UT. I. CBAP. II. 145

Ton trace et coDstmit en ayant avec dès gabions , de nou* veaux zigzags. On soutient ce travail par des détachemens de grenadiers, postés ^ns les parties de la deuxième parallèle qui en sont le plus à portée , et prêts à en franchir le parapet pour aUer couvrir les travailleurs , au premier signal donné par des détachemens très-faibles , placés ventre à terre en avant de tout , et destinés seulement à avertir.

Cette disposition convenable , nécessaire même pour ne pas interrompre et abandonner à tout instant le travail , à chaque petite sortie faite dessus par Fenneini , doit être changée , si Ton s'aperçoit que la sortie soit forte. Alors il faut que les premiers détachemens qui , pour lui faire tête » ont franchi la deuxième parallèle, se hâtent , ainsi que les travailleurs , d 7 rentrer, et de faire de là , avec le reste des troupes qui garnissent cette place d'armes, le feu le pitis vif sur la sortie, et ne songent, de nouveau , à la joindre corps à corps , qu'au cas qu'enga^ gée très-avant, elle soit à même d'être prise en* flanc et à dos par les troupes d'infanterie et de cavalerie , arrivées des extrémités de la première parallèle y par une manoeuvre en tout semblable à celle représentée par la planche huitième.

On pousse, si l'on peut, ce travail (i) dans la même

ment usitée de faire ces débouchés. Celle qae nous lui préférerions ;

est consignée' dans la planche 9, où non» les arons ouTerts, en même temps que nous ayons tracé et exécuté la deuxième parallèle. Ces débouchés, q[ul n'augmentent ni le travail ni le danger, sont, en efiet, alors de^à utiles pour jr liire au besoin défiler sans confusion les troupes qui soutiennent le travail. '

(i) Plauch. 10, fig. 1.

t40 BSSAI Uknà^XL tg FdRTlrTClTIOIV.

nuit , jusqu'à environ 80 toises des saillans du chemin couvert ; puis , la nuit suivante, on choisit , entre cette distance et celle de 70 à ^5 toises, remplacement de» dêfni-places (Cnrtneê, ou deml-paraUèUê. Ce sont, en effet , des portions de places d^armes tracées parallèlement à la place , de droite et de {;auche de chaque capital e, surune étendue exactement suffisante pour recevoir, chacune à ses extrémités , les prolongemens des branches de chemin couvert qui forment le saillant vers lequel on chemine. L^objet de ce travail est de se donner, pour la suite de la marche des approches , un appui devenu nécessaire par Téloignement où Von se trouve de la deuxième parallèle -, puis d'inquiéter et d'éteindre le fieu de la mousqueterie des saillans et des longues branches du chemin couvert , en établissant sur le prolonge"* ment de ces dernières , des batteries d'obusiers qui , tirant par plongée dans Tinlérieur du chemin couvert, et en franchissant tant6t le saillant, tantôt quelque traverse, y portent le double dégât du canon à ricochet et de la bombe, en détruisent la palissade, et en préparent ainsi l'attaque de vive force. Ou pourra commencer au jour, dans les demi-places d'armes, le travail de ces batteries qui, n'étant pas considérable, sera achevé dans les a4 heures , en sorte qu'elles pourront tirer le lendemain dès la pointe du jour.

Si , pour la nuit suivante, elles ont déjà produit quelque effet, on pourra recommencer à aller' en avant, et à déboucher de nouveau des demi-places d'armes. Maia , comme à cette distance, le feu de Tennemi est devenu trop meurtrier pour permettre de .poser les gabions à découvert , il faudra commencer, si déjà l'on n'y a pas été forcé de plus loin ^ à renoncer à cette méthode expé-

UT. I. GHAP. II. 147

didve , et se réduire à n'avancer désormais qu'à ^ jap#. Voici Vexplicatioh dii procédé que désigne ce mot.

Un travailleur (1) armé d'une cuirasse et d'un pot en tète , pose en avant des gabions remplis du travail exé-* cuté précédemment, un gabion qa il remplit le plus diligemment possible de la terre qu'il fouille en arrière , k un pied de distance ou de bcrmCé Puis il loge dans Tinterstice laissé à l'intérieur entre ce gabion et son voisin , deux ${icê à terre (2) posés bout à bout l'un sur l'autre , ou un fagot de sape (3). Enfin , il élargit et approfondit son déblai à 1 8 pouces en tous sens , ce qui lui Suffit pour y entrer sur ses genoux , et pouvoir poser un deuxième gabion en avant du premier, et avec les mêmes attentions.

Pendant que ce sapeur sipauU » on se couvre ainsi en flanc par son travail, il est couvert en tète , contre le feu de la place , qui le prendrait d^éckarpe ou diagona- Jement, de l'avant à larrière, par un gabion fard. C'est un grand gabion de 6 pieds de long et de 3 pieds de diamètre , farci , en e0et , ou rempli de fascines , de manière à parer les coups de fusil. D est couché par terre en avant du sapeur qui le fait rouler devant lui , à mesure qu'il en a besoin pour poser un gabion , et le maintient en

(1) Plancli. 10, fig; \ et 3.

(3) Oa nomme ainsi im petit tsc de grosse toile , qu'on remplit de terre, et qu'on noue ensuite d'one ficelle. Dans cet ëtat, il 4 IS â 20 ponces de longueur, et 8 à 9 pouces de diamètre , ce qui suffît pour amortir et parer la balle.

(3) C'est un bout de saucisson de 2 pieds | de long, traversé dans le sens de sa longueur, par un piquet qu'on enfonce en terre , pour faire tenir debout ce lingot «

l48 £f91I ciriiBàL DB FORTinCATIOir.

place pat un croc arrête en terre par Fautre bout , tandis qu'il remplit ce même gaibion.

Dés que ce premier sapeur pose son troisième gabion , H «est suiyi par un second sapeur qui alors a place pour entrer dans la sape. Celui-ci commence par couronner de fascines, et lier les gabions remplis par le premier sapeur, à ceux du travail précédent ; puis il creuse et élargit la sape de 6 pouces de plus en tous sens, et en épaissit d'autant le parapet. Quand il en a mis une longueur de 4*pieds à ces dimensions, et qu'il poursuit son travail à ht suite du premier sapeur, lequel chemine'-toujours , il est suivi par un troisième sapeur. Celui-ci met à a peds et -demi de largeur et de profondeur, la sape qu'on lui avait laissée à a pieds. Il est suivi par un quatrième , qui la fait parvenir à 3 pieds de dimension en tous sens , et alors elle a acquis assez de perfection , c'est-à-dire > de profondeur, d'excavation et d'épaisseur de parapet , pour permettre à 'des travailleurs ordinaires, sans armes défensives, d'y entrer, et de la mettre i la largeur de la tranchée , nom quMle prend alors en quittant celui de sape , que conserve seulement la partie de i6 pieds de longueur qu'occupent seuls les quatre sapeurs.

Ils sont relevés diieiare en heure , dans ce travail pé* rilleux et pénible, par d'autres sapeurs , et dans le cou-* rant de l,eur tâche , ils se relèvent entre eux , de manière à ce que chacun passe , i son tour, de la tète à la queue du travail. Par tous ces moyens, et par celui d'un trèsfort prix payé par toise , ce travail poursuivi jour et nuit, sans interruption , peut avancer de 80 toises en 34^^i^l'^^* Il est soutenu par le feu de troupes placées dans les demiplaces d'armes , qui , au travers de créneaux formés par trois sacs à terre , répondent à la mousqueterie de la place.

Liv. I, CHAP. If. r49

Des détachemens de grenadiers prennent poste en arrière des sapeurs , dans les boyaux de communioatioii, à mesure qu ils s'achèvent, et se tiennent prêts à en sortit* pour repousser toute sortie qui tenterait de troubler le travail de I» sape.

Si la place a pu- conserver encore quehpie artillerie dans des positions d'où la tète des sapes pixisse être battue , il sera quelquefois difficile de n'en pas interrompre , de jour , le travail ; mais , en revanche , il sera souvent faôle. aussi de s'en dédommager, la nuit , €n saisissant quelque moment de langueur dans le feu de l'assise, pour poser et remplir à découv^t <pielques douzaines de gabions. C'est ce procédé que les ingénieurs français désignent par le mot d^ êope votanU, en réservant à la seule véritable sape le nom de êape pleine.

Par ces procédés réunis , on arrive bientôt sur toutes les capitales (i), à 3o ou 35 toises des saillans du chemin couvert, c'est-à-dire, au pied tlu glacis. C'est^ là qu'on établit la troisième parallèle qui, ainsi placée, au moins 8 pieds plus bas que la crête du chemin couvert , et i6 pieds plus bas que la crête du parapet du corps de la place (s), pe peut masquer l'artillerie des bai-

(1) Pianch. 10, B^. t.

(2) Je dis ou moins, parce qa*il est assez ordiiMBre que la qiieae du glacis se prolonge et s'enfonce dans le terrain naturel , de quelques pieds , ce qui , dans la constfoctioo de la place, a donne un remblai sou • Tent nécessaire, et toujours moins cher éprendre là qu'aiUeurs, pour former le parapet du chemin coorert. On prend d'aatant pins Tokmtiers ce parti, que le ressaut qui en résulte an bas du ^tmàa, est avantageux à la place , en ce qu'il fournit aux sorties, à leur dâioucbe du chemin

l5o BèBJLÎ Gink^Ah DB FOUTIFIGATION.

teries établies en arrière , lesquelles agissent toutes , ou par plongée, ou de quelque point élevé, quand leur tir est direct (i).

Cette parallèle s'établit facilement à la sape pleine , en embranchant deux sapes sur chacune de celles qui cheminent sur les capitales , aussitôt qu'elles sont parvenues au pied du glacis* De cette maiâère , tandis que les deux sapes extrêmes terminent cette parallèle par ses deux bouts , les intermédiaires allant au devant Tune de l'autre , en forment , en se joignant , les parties în-t lermédiwres. On a Tattention de diriger ces sapes , aurr tant qu on le peut , sans les enfiler, de manière à ce que la parallèle bombe vers les rentrans du chemin couvert, tant pour s'approcher davantage de ceux-rd que pour pouvoir opposer un feu moins oblique aux branches de ce chemin couvert , et aux faces des ouvrages en ar^ rière.

Il ne faut pas que la p^ite impatience de faire avec difficulté , en une iiolt , ce qui peut être facilement obtenu dans deux , engage à exécuter ce travail k la sape volante, et moins que le découragement connu de l'assiégé, ou sa négligence habituelle n'avertissent que son feu sera infiniment rare et peu fourni ; autrement ce feu serait telle-

couvert , une sorte de repos et d'abri , a la faveur duquel elles peuTent se former , et faire arec facilité toute^i leurs dispositiona.

(1) Il est biea difficile , je le sais» que riaquiétwle que donne «ne l)atterie qui tire par-dessus /votre téte> ne vous fiuse désirer d'en Toir cesser le feu. fin ooaséqueoce , ce feu, qvjoiqoe dénootré possible eu théorie » e^t presque toujours impossible daas la pratique. Quoi qu'il eo aiÂt , ii serait bien facile à conserver, ea faisant aux parties de la parai* Idle qu'il franchit, un second parapet, ou fpHdoê. Ce ne seraôt qu'un léger travail de plus , i«ans aucun danger.

LIY. U CHAP. II. l5l

ment meortrier â cette distance , qu'il faiuLnii craijKlTO d*eQ provoqaer Tactivité, ce que ne manquerait pas de faire ïappml da développement simultané de tous les mojens de tracé et d'exécution d'un travail aussi oonsi- JéndMe, que Test nécessairement celui de la construction de cette place d'armes en entier.

An reste, quel que soit le procédé par le^piel on Tait exécutée, cette parallèle remplit et réunit plusieurs ob^css précieux pour Tassiégeant. Premièrement, elle fiDunût les emplacemeDS de nouvelles batteries contre les parties de la (orûfication quon n'a pu encore tourm^n^ tet asseï complètement de plus loin , telles que batteries d oiMisîers pour enfiler les flancs des bastions et celles de mortiers , pour aller chercher Tassiégé jusque derrière la courtine. Les places d'armes rentrantes du che^ min oonrerl, dàtiibées par leur position à Feflfet du rico« cbex, doivent clément avoir part k cette distribution de nouveaux feux. On les ehauffo ordinairement par des pîerriers , si , par le peu de saillie des bastions., et surtout des demi-lunes, leur terre-plein u est reculé de la troisième parallèle que d'environ 70 toises ; si elles en sont plus éloignées , on leur envoie , au lieu de pierres , des grenades , qui partent en certain nombre â la £ois, du même mortier ; ces balles, ainsi que les pierres que lancent les pierriers^ sont nommées perdreaux par les soldats.

Secondement, l'établissement .de la troisième parallèle intesdit â l'assiégé toute sortie du chemin couvert du front d'atuque y d'où il ne poiurrait déboucher sous un fieu fait de si près. S'il venait des sorties des fronts coliatéraux au front d*attaqne , pour essayer de tourner cetie pJaoB d'armes par ses flancs , celle-ci serait promp-

'iS^ ESSAI GÉNÉRAL DB FORTIFICATION.

temeot secourue par les troupes laissées, i cet effet» dans les deux moitiés extérieures des deux demi-places d'armes extrêmes , et dans les extrémités de la deuxième parallèle.

Troisièmement , enfin , elle met Tassiégeant à même de faire , s'il le veut , Tattaque de vive force du chemin cooyert , en lui offrant un emplacement où toutes les troupes destinées a exécuter leur attaque peuvent se former, et d'où elles peuvent se porter chacune par le chemin le plus court et fe plus direct , à la partie de chemin couvert qu'elles doivent insulter. Quand on veut faire servir cette place d'armes à cet usage , on a soin d'y pratiquer de distance en distance » des gradins assez étendus , pour qu'au moins une compagnie de grenadiers puisse en déboucher de front.

Quant au choix à faire entre les deux méthodes de se loger sur le chemin couvert, ou, autrement dit, d'en frire te couronnement , c'est aux circonstances à en déci« der. Si , d'une part , on a grand intérêt i abréger, et que de l'autre , on s'aperçoive au peu de feu que fait l'assiégé, de sa faiblesse ou de son découragement ^ si l'on peut s'assurer qu'il n'y a ni réduits ni retranchemens dans ses places d'armes tant saillantes que rentrantes , ni doubles palissades dans aucune partie de son chemin couvert , on peut en entreprendre l'attaque de vive force , et le couronnement a la sape volante.

Si , au contraire , l'assiégé a des réduits ou retranchemens ^ terre , dans ses places d'armes rentrantes , ou seulement des tambours en charpente, soit dans cellesci , soit dans les places d'armes saillantes ] s'il est reconnu que son chemin couvert est armé d'une double palissade , ou si seulement on peut s'attendre à recevoir de

UV. I. CHAP. II. l55

ses remparts un feu TÎf de mousqueterie , et le feu seulement de quelque artillericf, qu'à force de IraTerses il ^ura pu j eonseryer ^ si surtout à ces difficultés , se joint le peu d'importance de bâter d'un jour ou deux au plus ia prise de la place ; on ne doit point hasarder une tentative qui ne peut que retarder le progrès du siège , si elle ne réussit pas , et qui , si elle réussit , ne devra son succès qu'au sacrifice qu'auront fait de leur vie un grand nombre des plus braves soldats , et se trouvera ainsi trop payée à ce prix. On fera donc beaucoup mieux , dans

I ce cas, de se borner à s'emparer du chemin couvert

pied à pied, et d'en faire le couronnement k la sape pleine. Nous allons au reste expliquer successivement l'une et l'autre manières de s'en rendre maître , en commençant par l'attaque de vive force , et le couronnement à la sape volante.

Lorsque la troisième parallèle (i) sera complètement perfectionnée , armée de toutes ses batteries , couronnée de créneaux de sacs à terre, desquels elle puisse imposer par sa mousqueterie à celle des ouvrages du front d'attaque , et qu'elle sera garnie de gradins , dans les parties les plus voisines des points du chemin couvert où l'on veut se porter ) on y rassemblera

i^ Les troupes commandées pour l'attaque ;

2® Les travailleurs destinés à exécuter le couronne-

i ment -,

i 3° Les gabions et fascines nécessaires pour ce travail ^

■ on les placera derrière les travailleurs , sur le revers de la

parallèle et des boyaux aboutissans.

(I) Plaucfa. ti,ûç,U

lâ4 £S8AI GÉnArAL PB FOBTIFICATION.

Au signal convenu , les troupe» de Tattaque, plus choisies que nombreuses , partiront toutes à la fois » et se porteront directement à tous les angles saillans du chemin couvert » et au-dessus du défilé de toutes ses traverses. Arrivées sur la crête, elles chasseront par leur feu fait à bout portant, Tennemi , d*autant plus aisément de Tintérieur de son chemin couvert, qu'il se verra coupé au dé^é de chaque traverse, derrière laquelle il ne lui restera plus d*abri. U se hâtera dcmc d'en sortir par les petits escaliers qui se trouvent aux arrondissemens et aux angles rentrans de la contrescarpe , «tde laisser le champ libre au ftu des ouvrages de la place , lequel ne peut agir tant que le chemin t^ouvert en avant n'est pas évacué. Cest seulement alors que les troupes de TatUique doivent y entrer, mais avec précaution , etparlea brèches déjà faites à la palissade par le ricochet, ou par celles qu'on y fera sur-le-<champ à coups de hache. Elles y chercheront derrière les traverses un abri , à la faveur duquel elles continueront à fusiller, sans cesser d'avoir l'œil aux dé-« bouchés des escaliers de la contrescarpe, par lesquels l'assiégé pouJ^rait revenir. Celles qui ne pourront trouver place derrière les traverses , se distribueront ça et là, tant dans les passages des barrières de sortie du chemin couvert que derrière les premiers gabions remplis du couronnement ) d'où elles continueront à faire feu sur tout ce qui se fera apercevoir au-dessus des parapets des ouvrages du front d'attaque.

Au moment où cette attaque aura réussi , on fera dé^ boucher les travailleurs de la troisième parallèle, par les mêmes gradins qui auront servi aux troupes , et on les portera à chaque saillant du chemin couvert du front d'attaque, pour y couronner le plus qu'on pourra des

LIT. I. CB AP. II. l£5

branches qui le forment. On y fera autant de traverses qu il sera nécessaire pour 8*j épauler contre le feu des ouvrages collatéraux , et Ton aur# attenticm que ces traverses ainsi que les recouvremens de leurs défilés soient prolongés en arrière , en proportion de ce qu^on est dé« bordé par ces mêmes ouvrages.

En inème temps que ces premiers travailleurs couronnent le chemin couvert^ on en emploie d'autres à faire les comfnunications de la troisième parallèle i ce cou« ronnement. Ces communications ne pourraient plus se faire en zigzags , sans couvrir de leur développement tout le glacis, attendu que VangLe sous lequel l'assiégeant e^t vu de la place , de droite et de gauche, s* agrandissant à pnesure qui] en approche , devient de plus en plus obtus, souvent égal, quelquefois mâme supérieur a deux droits, ce qui, dans ces deux derniers cas, rendrait même impossible à pratiquer cette sorte de communication. En conséquence , on prend le parti de cheminer en ligne droite sur la capitale des angles couronnés, en formant , de chaque côté de cette communication , un para pet avec des tri^verses , partout pu la plongée des ouvrages vers lesquels on cheilfine rend ces traverses nécessaires.

Mais )e m'aperçois que je n'ai point encore dit les raisons pour lesquelles on che/nine constamment sur les capitales des ouvrages qu'on attaque. Il est vrai que, plus tôt, le lecteur les eût difficilement saisies. D'abord la capitale d'un ouvrage est, de tout le terrain en avant , ce qui est le moins exposé à ses feux , puisque» également oblique à ses deux faces à la fois, elle- ne peut être battue de leur artillerie que difficilement^ et seulement au moyen d'embrasures biaises, d'une construction également in^

f56 E8«A1 GÉRÉBAL BB FOBTIflCATlOlf.

commode el lente, et qui occupent beaucoupde terrain ; elle ne peut Fëtre non plus que bfen peu par leur mousqueterie , la nuit surtout , où chaqtte homme tire macHi* nalement devant soi , habitude dont on a bien de la peine a le corriger même de jour.

En second lieu^ le cheminement suivant les capitales en zigzags de plus en plus multiplies et raccourcis , à mesure ^qu^on approche de la place , et 6nissant enfin par s'y diriger en ligne droite , quand on en est arrivé fort près , masque le moins possible ^ et les- batteries à ricochet qui enfilent les faces des ouvrages attaqués , et les batteries de plein fouet qui en combattent directement les autres parties. De là il résulte que le feu de Tartillerie de la place , dirigé naturellement vers les batteries d'où elle est battue , est détourné de se porter sur les capitales où se fait le cheminement^ tandis que , si ce cheminement se faisait sur d'autres directions, sur celle, par exemple , du tir des batteries assiégeantes , le feu que la place adresserait à celles-ci , Tincommoderait, chemin faisant , et ferait , surtout au moyen du ricochet , comme on dit 9 (CuM pierre deux eeup^. Et il est si vrai que ce sont principalement ces dernières propriétés qu'ont communément les capitales , qui leur assurent la préférence, pour y diriger le cheminement des attaques, que, lorsqu'elles leur manquent, par quelque cause que ce soit, il ne faut pas hésiter à les abandonner en tout ou en partie, suivant que le cas l'exige , et à chercher pour le cheminement, l'espace le moins traversé par le tir des batteries i ricochet, et le moins enfilé par les batte^ nés de la place qui leur répondent ; et l'on verra que cest ainsi que nous en userons partout où se rencontrera cette circonstance, qui n'est pas rare dans les

LIT. U CBAP. li lij

tracés de Vauban , et ^que sûrement le hasard n'y a point amenée (i).

On conçoit qu'il doit être difficile de rassembler k la fois saiÈS œn6m<m , dans la troisième parallèle , les hom-* JDe$ elles matériaux nécessaires au couronnement entier do cLemfn couvert , et au travail de ses communications. On est- donc forcé de ae borner à ce qu'il est absolument indispensable d^en exécuter, tant pour interdire à l'assiégé tout retour à sa contrescarpe que pour s'y donner YempAacement des batteries qui doivent déterminer la prise de la -{lace. Or il sufiSra , pour remplir complètement ces deux objets , de ne pousser le couronnement , I* devant les bastions, que jusqu'à la deuxième traverse (a)j au iront d'attaque , et, en debors de ce front, que jusqu'à la prenuère seulement, à partir du saillant^ a"" au cbemin con?ert de la demi-lune, que jusqu'à la première Cra verse de cbaqne côté du saillant ; et 3^ enfin, anx sa/flans des deux places d'armes rentrantes , que jusqu'aux débouchés de leurs barrières de sortie. Si l'on joint à cela les cinq commun!caûons à double parapet qoi , de la troisième parallèle , conduisent directement à ces angles » on verra qu'il y a là pour le moins autant d^ ouvrage qu'on en peut faire avec les hommes et les matériaux qu'il est possible de réunir à la fois dans cette place d'armes et dans les boyaux aboutissans. Prétendre

fO Yojei entre antres ^T)!. 22, lea boyaux de comnraxiîcation de la première à la seconde parallèle.

(2) Si, comme à cette même planche 1 1 , la première traverse est assez âoigoée du saîUaot , pour permettre de battre de la le bastion en brè- «lie , en n'ira pas pins Imn , tt l'on y bornera , comme a la planche 1 1 , le couroDoem?at.

i58 ZMèXl GÉIf&RAi DB FÛBTIFICATIO?!.

en faire davanUge , cette première fois, ce serait s'exposer, en amoncelant trop de mondS dans ce lieu périlleux, à augmenter la confusion et le carnage, à un point qui ferait peut-être manquer la besogne en totalité, ou qui la bornerait forcément à ce â quoi nous nous réduisons ici par choix, et peut-être à moins.

Quoi qu'il en soit , cette mesure , si Ton s'y borne , à ce premier abord du couronnement du chemin cou-^ Tert, conserire à l'assiégeant l'aYantage précieux , néces-^ sairé même jusqu'à l'établissement des nouTelles batteries, de pouvoir continuer k faire jouet* la plupart de ses batteries à ricochet , dont le silence absolu , si leur jeu était tout-à-coup intercepté par un couronnement plus étendu , laisserait le champ libre k l'assiégé , pour faire de tous les ouvrages le feiï le plus vif, au moment où la* protimité à laquelle il s'exécute , ainsi que le mouvement et la foule qu'occasione dans le couronnement du chemin couvert , l'établissement des batteries , concourraient à le rendre extrêmement meurtrier. Tout se réunit donc pour prescrire de s'en tenir là en débutant. Si , par la suite , on croit avoir besoin de couronner tout ou partie.du reste du chemin couvert, il sera* temps de l'entreprendre quand les nouvelles batteries auront com-» mencé à jouer, et facile de l'exécuter par le procédé de la sape pleine.

On aiu'a eu soin de faire Tattaque à l'entrée de la nuit^ et avec seulement assez; de jour pour la conduire et la terminer sans confusion ^ afin qu'ensuite on ait la nuit entière pour faire le travail avec moins de risque. Ce couronnement se trace à peu près parallèlement à la crête du chemin couvert, à i5 ou i8 pieds de distance. Je dis à peu près , parce que, tandis qu'on l'approche à 1 5 pieds

LtV. I. CBJLPé II. I&tf

de chaque crocbet de traverses , on le dent à i8 pieds da HÛlieu des branches et de lenrs extrémité anx saîllans , et que par là on lai donne réellement^partout , avec ces branches , une faible convei^gence.

Quand on veut s'emparer pied à pied du chemin coavert, et le couronner de In&me , on commence (i) par déboucher de la troisième parallèle , i la sape, de droite et de gaoche, de chaque capitale, à la ou i5 toises de distance , de manière à ce que ces deux sapes , allant circulairement à la rencontre Tune de Tautre , forment , par leur réunion , une courbe de 8 à i o toises • de montée qui , et par sa courbure et par son obli • quité , est défilée de la place. Dq milieu de celte courbe y qu'on nomme portion eireulaire, on débouche sur la capitale en sape double et debout , c'est-a-dîre par deux . sapes allant droit ou debout à la place , et parallèles Tune k Tautre, a la pieds de distance, on jette, adroite et " â gauche , les terres de leur excavation ; elles forment ainsi , par leur ensemble , une tranchée entre deux parapets. Dès qu'on s'aperçoit qu'on peut être vu de la place dans le fond de celte tranchée , par-dessus les gabiona farcis qu'où roule à la tète des sapes , on y fait une trs-» verse , soît tournante , soit en tambour. Quand on est arrivé à i4 ou i5 toises de la crête du chemin couvert, on sépare le» deux sapes , qui pour lors se tournant le dos l'une à l'autre , décrivent un arc de cercle autour du saillant du chemin couvert, jusqu'à ce qu'elles arriveut chacune à rencontrer le prolongement de la crête d'une des branches qui forment ce saillant. Alors elles se pro-

(1) HaBcb. 12,% 1.

iGo ESSAI GivkRkL »M F^RTIFIGATIOH.

longeât perpendiculairement (i) à cet alignement, d'uner quantkë égale à la largeur du chemin couvert, et se ter^ minent par un retour qui , défilé de la place , sert au travail qui vient d'être fait, de recouvrement contre le feu des ouvrages co^atérauz.

Cette partie perpendiculaire au chemin couvert^ et dont l'étendue est mesurée sur la largeur de celui-ci (2), est destinée à Fenfiler derrière sa palissade , et à le faire abandonner à Tassiégé. Mais, pour cela, il faudrait que la hauteur du parapet de cette partie fût supérieure k celle de la crête du chemin couvert, et que, de là, on pût plonger dans Tintérieur de celui-ci. Or c'est ce qui n'est pas possible avec un parapet ordinaire de tranchée de 4 pîeds de hi^uteur aunlessus du terrain. Gur, pour peu que le glacis ait trois ou 4 pouces de pente par toise, et presque tous en ont davantage , cette pente , sur une distance de i4 toisea, produira ime hauteur de 3 pieds 6 pouces à 4 pieds 8 pouces. D'un autre côté , les grenades pouvant être jetées à la main jusqu'à i3 toises, il n'est pas possible de se rapprocher plus pràs que 1 4 taises , sans s'exposer à en recevoir dans l'intérieur de

(1) Bien entendu qae l'angle forme par le» branches du diemin con-^ Tert ne soît point obtus, sans quoi ces retours perpendiculaires approcheraient trop de la place , et d'autant plus que l'angle serait plus obtus ^ Dans ce dernier cas , il faudra donc se diriger parallèlement aux branches du diemin oouTert , pour ne pas en approcher au-deli de la distance requise.

(2) Ceci est la grande rè^ en thÀMne, mais dans la pratique on 1* suit rarement, dans toute son étendue. Car ordinairement , dès qu'on a de quoi enfiler U banquette , on ne ya pas plus loin ; le reste du chemin couvert étant »ufiîsaniment plongé de là , et même des parties du caraUer qui précèdent.

UV« !• CHAF. II« 161

son travail. H faut donc songer à achever son parapet d'une manière à la fois solide , et couverte contre le feu de Tassiégé.

Pour cela, on pose (i) dans le fond de la tranchée un rang de gabions qu*on remplit. de terre, et que Ton couronne de fascines de manière à en égaler le dessus à la berme laissée derrière les premiers gabions. Sur cette berme ainsi élargie , on pose un autre rang de gabions, immédiatement derrière celui qui forme le parapet de la tranchée , avec lequel il se trouve arrasé de hauteur. Un quatrième rang de gabions se pose ensuite sur les deux rangs supérieurs , ce qui forme au-dessus du ^cis une seconde hauteor de gabions. On remjdit ces derniers gabions , ainsi qu'on a rempli les autres , de terre qu on prend sur le revers de la tranchée en l'élargissant , et qu'on passe aux sapeurs. Si la hauteur est jugée suffisante , on forme derrière ce parapet des banquettes en gradins soutenus , les uns par des fascines , les autres par les gabions posés dans le fond de la tranchée. Si la hauteur était encore trop Eaiible , et qu'on voulût l'augmenter d'un gabion ou d'un demi-gabion , on épaissirait tant le parapet que les étages de gabions qui lui servent de base, chacun d'un nouveau rang de gabions ^ et sur le tout on poserait le gabion ou le demi-gabion demandé. C'est cet exhaussement de travail que Ton nomme cavalier de tranchée, sans doute par analogie aux cavaliers qu'on élève quelquefois dans les bastions , pour se donner les moyens de plonger dans quelques fonds à portée de la place. Il est évident que les recduvremens doivent être

(1) Planch. 12, ùg. 3.

l6ft BStAX GâlIÉRAL DB FORTIFICATION.

aimaltanémeiit élevés aussi liaut que les cavaliers , et qm le travail qui les concerne est en tout lé même que celui des cavaliers , aux banquettes près , dont les recouvremens pourraient se passer, si le feu qu'on en ferait n'a-» vait aucun objet utile.

Aussitôt que ces cavaliers sont garnis de leurs ban«quettes , et couronnes de créneaux de sacs à terre ^ Fassiégé n'en attend pas Teffet pour abandonner tes places d'armes saillantes de son chemin 'couvert, et se retirer derrière les premières traverses. Alors l'assiégeant peut déboucher sans trop de péril , de chaque côté de la capitale, joignant chaque cavalier, poiur se porter ▼ers le saillant du chemin couvert par deux sapes don* blés et debout, qui , se divisant chacune en deux sapes simples , k leur arrivée k i8 pieds du chemin cou-^ vert, donnent quatre sapes, qui ont bientôt complété le couronnement de la place d'armes saillante. Pendant que les deux sapes intermédiaires se joignent , les deux extrêmes continuent d'aller en avant d'elles , et a mesure qu'elles débordent une traverse , elles la font aban«* donner, et avec elle la portion de chemin couvert qu'elle couvrait.

Tandis qu'on est occupé à exhausser les cavaliers de tranchée et leurs recouvremens, on peut (i)j des extré-

(1) Nous nous contenterons de dire on peut , et encore pour déférer & l'usage : car, outre que cette quatrième parallèle n'est pas nécessaire, elle ne peut guère manquer d'être nuisible y en masquant par son ûé* vadon à mi-glacis, le jeu des batteries à ricochet contre les faces de la demi-lune; ce que ne fait pas , comme on Ta tu, bi troisiène parallèle au pied de ce glacis. Si, par l'opiniâtreté de 1 assiégé à tenir dans les places d'armes rentrantes , on se croyait obligé de s'en appro-

LJV. 1. CHAF» n» l63

mités de chacun de ces derniers , prolonger à droite et à gauche des sapes qui, allant au-devant Tune de Tautre, * forment par leur rencontre et leur ensemble avec les ca* yaliers , one quatrième parallèle , qu on a soin de bomber entre deuï cavaliers j de manière k ce qu elle s'apprôcbe le plus possible des saillans des places d'armes rentrantes. On peut mettre là des batteries de pierriers ^ qui porteront leurs pierres, non seulement dans ces places d'armes, mais encore dans leurs réduits ^ si elles en ont, et ménie dans les ouvrages en arrière.

Pour profiter de Tabandon que , sans doute ces nouvelles batteries ou celles de la troisième parallèle aui'ont fait faire à Fassiégé de ses places d^armes rentrantes , et pour se donner les moyens d'en faire le couronnement , au moins à leur saillant , de manière k empêcher Fennemi d'y revenir, et de tenter par là quelque sortie; on y ch^ mine , en débouchant de la troisième parallèle , ou de la quatrième , si l'on a cru devoir en faire une , en sape double et debout, sur la capitale de ces places d'armes. Puis arrivées à 4 ou 5 toises de l'angle saillant , ces sapes se partagent , en se retournant parallèlement aux faces des places d'armes , et rien n'empêche qu'ensuite , si Fou croit en avoir besoin (i) , elles ne continuent à aller aur

cber de pliu prés que ne le fût la troisième parallèle , on ferait beaucoup mieux de faire contre ces places d'arme» des cavaliers Je tranchée qui laisseraient entre etix et ceux du saillant du chemin couvert de la demi-lune, un intervalle suffisant pour le jeu de ces. batteries.

(1) Ce besoin ne pourrait être que d'opposer dn canon a quelque partie de celui de Tassiëgé, qui ne serait point contre-battue par les batteries des saillans du chemin couvert, tel que celui des courtines et de parties des demi-lunes* Qr, dans firesque UnA les cas , cet obîtt

1B4 BiSAI GilfÉBAL DB FOB.TIFICATION.

devant de celles qui , parties du sommet des places d'armes saillantes , se prolon§^entie long des branches du chemin couvert.

Pendant qu'on est occupé de ces derniers travaux , et dès le moment où les parties du couronnement dans lesquelles doivent èlre jdacées les batteries sont achevées , on travaiUe sans perte de temps à leur établissement ; ces batteries sont de deux sortes, bnUerieê de brèche et etmtre-^Hitierieê.

Les premières , destinées à ouvrir la place , doivent , autant qu il se peut , être établies perpendiculairement au revêtement qu'elles doivent détruire, afin d'eb^ avoir une moindre épaisseur à percer ; de plus , ouvrir la brèche assez bas , pour qu'elle soit accessible , et surtout l'ouvrir dans un lieu où la descente et le passage du fossé soient faciles , ou favorisés par quelque circonstance du terrain ou de la fortification.

Les secondes ne sont , au contraire , nullement destinées è donner entrée dans la place , mais bien à imposer aux défenses qui lui restent , à les réduire au silence , et même à les rainer de manière â ce que les batteries qui y sont placées, n'y coliservant point de parapet ou d'^ paultment (i), n'y puissent conséqucmment plus tenir.

peut être rempli , saiM que le courooneineiit du chemin couvert toit contÎDn , et même sans qu'Aocone des faces du front d'attaque sait masquée au jeu des batteries à ricochet ; avantage assez grand , ce nous semble , pour mériter -qu'on s'écarte encore ici de l'usage*

(t ) Comme nous avons déjà employé ce mot dans une autre acception -que celle que nous lui donnons ici, il est bon d'avertir que, tandis que les ingénieurs entendent par épauiement une masse de terre élevée pour counnu en flanc , ou épauler celui qui est pbcé sous son abri , les artilleurs»

LIT. I. CHAP. II. l65

On étabUt donc les contre-batteries yis*à-vi8«de ces défenses qtii , dans ces momens extrêmes , sont les flancs des bastions dn front dUttaque , et ceax des bastions des fronts coHatérairx , dont les premiers pourraient , s*ils conservaient Tusage Ubre de leur feu , battre le passage du fossé y de manière à en rendre rëpaulement impossible k construire , et Tassant conséquemment trop meurtrier \ et les seconds prendre d'écbarpe les contre-batteries opposées aux premiers , et nuire à leur effet. Cette unique destination de s*opposer aux batteries ,de Tassiégé , est oe qui fait donner aux batteries de ce genre , le nom de cùnirt^baiUrieê.

G>nséquemment è ces principes , on place les batteries de brèche (i) aux bastions dans Fespaoe compris en^jp la première et la deuxième traverse de chemin couvert , à compter du saillant de celui-ci, et les contre-batteries des deux flancs des bastions du front d^attaque , ainsi que oeiies des deux flancs des bastions collatéraux , lesquels ont action chacun sur un des saillans au chemin couvert du front d'attaque » de part et d'autre de chacun de ces deux saillans. Quant à la demi- lune , on.peut se contenter de placer des batteries uniquement sur les faces de la place

aanoontraire , appellent épaulement le parapet de leur batterie <pn les 7 couvre en tête on de face. C'est dans ce dernier sens que nous venops d'employer ce mot , ici où il est question de batteries. En toute autre occasion où nous nous en servirons , il faudra l'entendre dans le sens des ingénieurs , plus fidèle â IVtyroologie. Celui qui a prévalu dans l'ar^ tillerie , y a- sans doute été introduit par l'ignorance du soldat , qui confondant les différens objets , aura , dans son jargon , appelé épan^ iement , ce qui était véritablement parapet , et n'aarait par conséquent pas besoin d'un autre nom.

(I] Planck. 12, fig. J.

l66 USSAt GéNÉBAI. DB FOBTIFICATIOlf.

d^àrmes saillante de son chemin couvert. Elles seront i la fois batteries de brèche contre Tangle flanqué de cet ôu« ▼rage , et contre-batteries de ces parties des &ces des bastions , qui , placées Tis-àrvis de FouTertdu fossé et du chemin couyert de chaque face de la demi^^Iune, font pour celle-ci les fonctions de flancs* L'usage le plus ordinaire cependant eat , nous en conTenons » de borner ces batte-? ries à contre-battre les faces des bastions, qudquefois même a y faire des brèches accessibles y et par conséquent toujours inquiétantes pour Tassiégé , et d'établir cimtre une des faces de la demi-lune une batterie de brèche entre la première et la deuxième traverse de son chemin cou« vert. Mais , remarquons que cette dernière méthode affranchit du ricochet une des faces de la demi-Iune , et rend par conséquent à cette face Fusage libre de ses feux contre les derniers travaux de Fassiégeant.

Il faut ici se souvenir de ce qui a été dit au sujet des batteries, à ricochet , et de même observer, quand on met en action une batterie , soit de brèche , soit cootre-bat-^' terie , que celles qui doivent la favoriser , y entrent en même temps qu'elle. Les batteries de brèche» uniquement occupées de leur objet , commenceront par dessiner en quelque sorte , par leurs boulets , sur le revêtement , la brèche qu'elles y veulent faire , en y creusant trois fortes rainures , Fune horizontale , et aussi près du fond du fossé qu^îl sera possible de tirer (*) , et les deux autres verticales , et allant des extrémités de la première au sommet

(*) Il suffit de couper le rerétement au tien de sa hauteur comptée du fond du foss^; eo battant plus bas, on met plus de temps à faire brèche. Ed.

UT. i« Gai.p> u« 167

du revètemeoU Gela fiiit , elles oondaiieroiit à tirer dans ces troU rainures pour les approfondirt ^t détacher par U du reste du revêtement le morceau qu'elles veulent abat** tre* P6ur pvoduire plus d'effet par un fcrt ébranlement , cbacune d'elles ddit tirer en asfo» , et non coup par coup.

Les €antre4iatteries comhalfritt d'abord corps & corps le canon qu'dles ont en tète ^ puis , quand elles l'ont fah Uùfre ou démonté » pour l'empêcher de reparaître y elles s'attachent à ruiner le parapet derrière lequel il est placé» H leur suffit pour cela 4e battre en brèche le revêtement qui soutient ce parapet , ansâ bas que la tenaille qui le couvre permet de le faine. Aussitôt que ce revêtement oMt écroulé , et avec lui la plus grande partie de l'épaisseur du parapet p le reste est aisé a raser en quelques coups de canon. Les batteries du saillant du chemin couvert 4e la demi-lune pourront aussi raser de la même manière le parapet des faces des bastions , aa plus près posaiUe de leurs flancs , afin de déeouvrir ces flancs j et de les faire enfiler et prendre i revers (1) , soit du couronnement de la place d'armes rentrante vis^'à-^vis , aoit de la troisième ou de la quatti&me parallèle , où Ton peut avoir élaUx qudque batterie d'obusiers i cet efieu

Pendant que ces batteries et contre-batterieas'établis^ sent et jouent, ainsi que les batteries de {tterriers, de mortiers et d'obusiers de la troisième pamUèle , et même cell^ qu'on aura retirées des demi^plaoes d'armes et autres endroits moins avantageux et moins rapprochés de la place, pour les replacer, soit dans la quatrième paral-

(t) Plauefa. l^fig.l.

l68 BSSÀI oillÉEAL DB VOETIFIGATION.

1^9 soit dans le oouroimeineiit du chemin couvert , on traTaiOeaox descentes de fossé (i). Elles doivent prédsément aboutir au fond du fossé s'il est sec , et à fleur d*eau s'il contient de Feau* Dans Tim et Tautre oas , on débouche du couroxmement du chemin couvert , vis»à*vis d'une des traverses , afin d'en être abrité contre le feu de la place. Si Ton n'a que très peu à descendre , comme dans un fossé plein d'eau , ou dans un fossé see peu profond , c'est vis-4^-vis de la deuxième traverse qu'on des» oend dans le chemin couvert ; puis , après y être arrivé , Ton continue à enfoncer sa descente » en longeant parderrière cette traverse » qui ainsi sert d'épaulement contre la place , jusqu'à ce qu'on arrive au point où l'on veut entrer dans le fossé* Quand , au contraire , on a affiiire à un fossé sec et profond , on descend dans le chemin couvert vis-à-vis de la traverse la plus voisine du saillant, sous laquelle on prolonge la descente jusqu'à ce qu'on arrive derrière la contrescarpe , ou plutôt derrière la queue de ses contreforts {*)• Alors , se fetournant d'équerre, on longe cette connrescarpe , jusqu'à ce qu'on arrive vis-à-via l'extrémité de la brèche qui est la plus rapprochée du flanc qui eu défend l'accès. Puis on se retourne encore de nouveau d'équerre , et l'on perce la contrescarpe pour entrer dans le fossé. On ùiit en sorte de commencer la descente d'assez loin , pour qu'elle n'ait pas par toise plus d'un pied de pente , qu'on peut cependant porter dans les cas de nécessité , à 1 5 ou 1 8 pouces , en y pratiquant, s'il le faut , de petits degrés.

(0 Planch. 12, Gg. 1, 2 et 5.

(*} Les revôtemens de contrcscarpi: ont rarement des conlreforto. E.

UV. 1, CHA». II. 169

Toutes les paires de la desceoèe qui ne sont pas sooterraines (1) doivent être mises à Tabri des pierres , des gr^ nades et des £sux d'artifice , par des claies et des fisucines recouvertes de sacs i terre et de gazons, le tout soutenn par de foris châssis qu'on nomme blindes , les uns horizontaux y et posés sur les autres placés Tertîcalement «ur le fond de la descente. La figure deuxième de k planche douadëma fait voir complètement le mécanisme fort simple de leur arrangement.

Les parties souterraines de la descente sont exécutées avec des châssis et des madriers, et par tous les procédés usités pour les' galeries de mines , èur lesquek nous ne nous étendrons pas maintenant , ayant à en parler ailleurs* Nous nous contenterons de dire que la galerie, et en tout la descente doit avoir 4 pieds et demi à 5 {Âeds de large , sur au moins 5 pieds et demi de haut.

Quelquefois on essaie -de se passer de descente de fossé, en renversant par des fougasses la contrescarpe vis-A-vis de la brèche \ puis on descend à la sape le long de Téboulemeut produit par Fexplosion de ees fougasses, jusqu'au fond du fossé, dont on £adt ensuite U passage y comme nous allons V expliquer. Cette méthode, dont d'ailleurs les avantages et les inconvéniens se balancent à peu près , est de nécessité dans le cas asse:^ ordinaire d'une jgalerie de contr&-mines adossée à la contrescarpe.

Aussitôt que la contrescarpe est percée , de madière à permettre à un homme de jeter quelque chose dans le é, un sapeur se place à Touvertiu^, et travaille à

(I) Planch. 12, fig. 2.

170 £6<AI «éNÂBAL hZ FORTIFICATION.

commencer un ëpaulement contre le flanc qui défend le Ibesé , en jeUnt de ce c6té tout ce qu^on lui fait passer de main en toaîn , comme ûtsdnes et sacs à terre. Puis, quand eet épaulemeni est assez é\eré pour permettre d'entrer sous son abri dans le fossé » on élargit la percée de la contrescaorpe au même point que la descente , et Ton commence derrière cet épaulement^ soit k combler le fossé s'il est plein d'eau , soît k en creuser le passage i la sape s'il est sec « avec quelque terre au fond , soil enfin , si ce fond est de roc , i y élever un épanlement avec des ma-^ tériaux transmis et passés de main en main, depuis le eouronnenient du cbemin couvert où ils sont déposés ^ jûisqu'au fond du fdssé.

' Si le fossé est d'eau cfmrante , on sujet à des courans produits par des jeux d'écluses (i), le passage ne doit être autre chose qu'un pont de fascinea, flottant et soutenu contre le courant par de petites ancres jetées k son amefU, ou par des pilots à arc* boutant enfoncés à la masse ou mouton à main , i son amal^ suivant que4'é-* paulement se trouve à l'aval ou à l'amont du courant, par rapport au pont (*). Ces ancres, amarrées k un cà* ble double passé dans leur anneail , qu'on pourra allonger ou raccourcir à volonté, et ces pilots à arcs-boutans appuyant le pont de fascines , sans être ficliés dedans , lui permettront de hausser ou de baisser, suivait que le

(f) nandi. 13, fig. ], 4 etS.

(*) Voyez plus en déuiï la ooostractkm de «etie wrle de pont , dont le succès n'est rien moins que certain , dans le Mémorial de Cormon-^ taingne pour Vattaque des places, et dans VExereiee de Meùèree sur les forlificatiom. C'est à ce dernier ouTrage que M. de Boqsmai^ a emprunte' la description qu'il en donne. 1^*

LIT. I. CUkP, II. 171

courant s'enflera ou s'abaissera. L'épaulement ne sera autre chose qu'un parapet de fascines , le plus léger que faire se pourra , ou mèoie de sacs i laine raoouveris de peaux de l^tes fraîchement écorchées , éVsvé sur le bofd de.ce pont, du o6tédu flanc qui le voit» Arrivé à portée da pied de la brèche , on s'y enraciiiera panni ses défarit, de même qu'on aUra enraciné l'autre oulée du pont^ soit dans les débris de la contrescarpe, si on l'a rewecsée par la mine , soit dans une culée de fascines chargées de sacs à terre, et lardées de piquets pointas, qu'on aura formée le plus solidement possible , j<»gnant la contres* carpe. Pour rendre ce pont flottant susceptible de portier sur chacun de ses points en particulier, la plus forte charge, même du gros canon, s'il était nécessaire, on couche successivement sur plusieurs des lits de fiiscÎAes qui le composent , 5 ou 6 files de langrine$ ou poutrelles, de 4 i 6 pouces de grosseur^ dirigées dans le sens de la longueur du pont, posées de plat, percées de 4 ^^ 4 pieds , et traversées par des dievilles ou fuseaux de bois, de 3 pieds de longueiu*, et pointus par en bas , qui dé«bordent également de chaque c6té , et s'entrelacent dans le fascinage , au*-dessus et au-dessous des longrineâ. C'est à ces longrines qu'on amarrera un des bouts du dible de chaque ancre qu'on jettera, au fur et à mesure de l'avancement de ce travail vers-la brèche. L'autre bout amarré à quelque fort piquet enfoncé k la surface supérieure du pont , permettra de filer ce cable , ou de se haler dessus , selon que la hausse ou la baisse des eaux viendra à l'exiger.

H serait peut-être plus facile et plus cotu*t de faire , le long de la contrescarpe , up radeau qui lui serait parallèle , et dont on garnirait le bord extérieur d'un pa-

17* B8SAI G&NÉBAL DB FORTIVICATION.

rapet'de gabions farcis, saucissons, sacs à laine, etc. , au<{uel ensuite on ferait faire un mouvement de con* version pour le diriger, comme pont , vers le pied de la brèche. On aurait des pilota minces et aigus , ou palplanches , mais à ares*boutans , tout prêts à enfoncer à la masse ou moulon à main , derrière la file de ian^ gtpons de ce pont la plus voisine de son ^ulement, pour maintenir le tout contre le courant. La seule attention essentielle à avoir, en le construisant , serait de ne pas le faire trop long , pour qu'en conversant il put se diriger carrément de la contrescarpe à la brèche , sans être arrêté par \t pied de Féboulement de celle-<si , dont, au contraire, il ne devrait approcher qu'à une certaine distance qu'on franchirait , en jetant., du bout du pont ou radeau, des poutrelles sur la rampe de la brèche.

Si le fossé est d'eau stagnante , il offre moins de dif^ ficukés , et se comble avec des fascines lardées de petits piquets j qu'on charge de gravier, lit par lit, pour les faire successivement enfoncer jusqu'à fleur d'eau. L'épaulement peut se faire , en grande partie , par des saos à terre , ou même de terre simple mêlée parmi les fascines^ pour en être plus résistant et plus difficile à percer.

Si , pour faire brèche ^ on jugeait à propos d'employer la mine, au lieu de canon , il n'en faudrait pas moins faire toutes les opérations que nous venons de décrire, pour la descente et le passage du fossé, toujours. absolument nécessaires , sinon pour attacher le mineur, du moins pour le transport de la poudre dont on chargerait la mine , et tout aussi utiles pour traverser le fossé à couvert du feu des flancs, en allant à l'assaut, que

Page 1