‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 29 sur 170 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

De$»ription r^iêônnée de Umê U$ ftoeiâiê de td

défmee^

Nous venons de voir la marche de Taitaque d'uae flace Y et il nous a été fatale d*y reconnaître que , dans presque tous les cas , se» progrès et la rapidité plus ou amns grande avec laquelle ils se succèdent , sont dépea» dans de Tëtat auquel sait se maintenir ou parvient à s'é- )#vcr la dëilfcnse , soit qu*elle se borne au simple usage et k k stricte conservation de ses mo^^pns , soit qu'elle agisse par remploi le plus étend» de ces mêmes moyens^ et par In eréatron d'obstacles impraviiéÊ, et ajoutés A ceux que Y un. lui a préparés de longue main* En un mot, si la science de Tattaque n'est autre chose que Fart de ee rem* ère maitre dmtm place demnée , dane le meim de iempe et avee la moindre perte poêsibie ^ celle de la défense devra être définie Car$ de fiUre acheter la priée dtune plaee donnée p par la plm grande perte peseibte d'ham^ mee'et de temps. Ainsi, de même que nous venons de voft l'assiégeant s'efforcer d'imposer par ses premières batteries , au feu de ceux des ouvrages de la place qui ^ agissant sur le cheminement de ee$ approches , le ralentissent et le rendent meurtrier; puis, à mesure qu'il avance , s'attacher à éteindre totalement ce feu, A ruiner

Uf. I. CBAP. III. 179

même les parapeU d'où il part, et qu on nomme les dé-fûnse$ de ta place : de même nous allons voir Fassiëgé employer toutes sortes de moyens pour conserver ce feu intact et complet ^ s'il se peut , et pour réparer les parapets de derrière lesquels il se fait ; en un mot, pour jouir de ses défenses le plus long*temps et le plus complètement possible. Et si quelquefois nous avons vu Tassiégeant es«> sayer , par des attaques de v i ve force, d'abréger les formalitéfl • de beaucoup d^ approches et de travaux qui semblaient devoir n'être faits que pied â pied, semblablement nous ver^ rons Vassiégé attaquer aussi de vive force, par des sorties, le» travaux de l'assiégeant , et souvent le forcer, non seu« lement de les interrompre , mais quelquefois même de lui en abandonner momentanément des portions, que celui-ci seHiâte de détruire ; en sorte que ce que l'un tente pour bâter le progrès des approcbes , l'autre s'efforce de le faire pour le retarder. Il y a plus ; nous verrons l'assiégé, lors*qu'il aura reconnu la disposition des premiers travaux de l'assiégeant, se régler en conaéquenee, soit pour appro** cher de lui son feu , en formant sur les capitales du front d'attaque, de petits ouvrages avancés, soit pour porter par de semblables ouvrages ce feu sur les flancs de ce même front d'attaque, et y prendre d'enfilade ou de revers les approcbes que l'assiégeant aura cru , en les dérobant aux ouvrages de la place , dérober complètement et sans retour à Fasiiégé. Enfin la maxime de guerre , qu'il ne fauê jamais vouloir ce que veut son ennemi , et toujours vou* toiree qu^Une veut pas, cette maxime, consignée, par • un grand maitre dans son Instruction à ses générauœ é n'est jamais si vraie et si constamment vraie, que dans la défense des places ; ou , pour mieux dire , la défense deft places en est la continuelle application.

la*

l-Ro ESSAI ctl^ktiAL 1>E PORTÏPiCATIOPr.

Apnt k parler ailleurs de la conduite à tenir datis nn« {Aace assiégée par rapport et aux approvisionnemetis , et à Tartillerie^ et aux troupes , et à la bourgeoisie , je me renfermerai ici dans ce qui concerne les travaux que la défense exige , et dans les dispositions générales d'hommes «t d'artillerie constamment commandées par la nécessité toujours subsistante de contrarier les opérations de Tattarque.

- Je supposerai donc faits les approvisionnemens de tout ce qui doit servir â une bonne défense , et , en conséquence , je les emploierai à mesure que l'occasion s'en présentera» 'Sans m'attacher, pour le moment, k ftire voir avec quel soin on doit les économiser. Je supposerai paiement l'artillerie et les hommes dans la quantité sufiisante pour fournir à tous les services qu'exigd^ la défense dans ses différens périodes , c'est-à-dire que je simplifie le problème autant qu'il m'est possible , afin que sa solution , plus facile à trouver» ne me force pas à faire d'abord passer les commençans par un labyrinthe de difficultés et de longueurs » où le fil que je leur mettrais entre les mains pourrait leur échapper de &tigue et d'ennui , tandis cpie les mêmes difficultés , présentées un peu plus tard et â la suite de ces premiers élémens, ne seront désormais qu'un véhicule de plus pour soutenir l'attention par l'attrait d'une instruction nouvelle , qui alors découlera sans effort de leur facile solution.

n jie faut pas attendre qu'une place soit investie , pour s'occuper de la mettre en état de soutenir un siège. Car il y a un grand nombre de dispositions qui doivent être faites avant cette époque -, en sorte que , lorsqu'elle arrive , on n'ait plus rien à faire qu'i régler ses mesures

Uir. 1. CflAP. IIK ifti

sur celles de Vennemi , et sur celles , sealeraent , qu on De pouvait prévoir. Car, si Ton en a omis quelqu'une de celles qui devaient se prendre avant Tarrivée de Tennemi , ce sera une première faute ; puisque le temps et les hommes qa*il ûudra employer, pendant le siège, à la réparer, serrent autant de dérobé à la résistance que doit constamment o|^H>8ep, à temps , et de toutes ses forces, Tasoiégé à toutes les entreprises de Tassiégeant , a mesure du développement de chacune de ces dernières.

La première chose à faire dans une place qui peut être attaquée , c'est d'en remettre les parapets en état de rcce* voir les fiisiliers qui doivent faire feu sous leur abri. Les talus de ces parapets , quelque bien qu'ils aient été réglés lors de la construction de la place, se sont toujours plus oumoins couchés ou allongés. Il en est de même des banquettes qui se trouvent aussi toujours plus ou moins affaissées et effacées ; en sorte que , pour pouvoir être commodément placé sur ces banquettes , sans être, ou trop éloigné de la crête des parapets, ou forcé à se trop découvrir, pour faire feu par-dessus , il faut retailler, dans la masse totale du parapet et de la banquette , le talus intérieur du premier, et le terre-plein de la seconde \ opération qui s'appelle recoupe desparapûU. Cette recoupe , faite dans des terres bien rassises , et qui ont depuis longues années pris tout leur tassement , donne les talus extrêmement courts de l'intérieur des parapets, d'une manière suffisamment solide, sans y employer ni gazonnement ni fascinage^ et l'on ne se sert de l'un ou de l'autre do ces moyens que lorsque, dans quelques endroits, la hauteur ou l'épaisseur des parapets tnangées ^ obligent , pour les rétablir, d'employer soit les terres de la recou|»e ^ soit des terres nouvelles.

l8s BfiAI OÉlfiBAL M FOHTIFICATIOR.

On en nse de même dans les chemins couverts , et Ton y rétabUt également partout les banquettes et les talus in-* teneurs des parapets ou glacis. Mais cette opération ne suffit pas pour mettre le chemin couvert en état de défense ; car, comme ce parapet dont la plongée se perd dans la campagne n'a rien qui garantisse le terre^plein qu il couvre, d'une invasion de Tennemiy Ton est oUigé de Tarmer d'une palissade qui arrête l'assiégeant, et l'empêche de sauter dans ce terre-plein. Après beaucoup d'es* sais S1U* la manière de planter cette palissade , voici celle è laquelle en s^est fixé : c'est de la planter verticalement sur la banquette (i) au pied du talus intérieur du parapet y en sorte que son sommet ne soit élevé au-dessus de la crête de ce parapet que de 9 ponces. Par li , elle n'est presque point en prise au canon, qui la détruirait d'au* tant plus facilement , qu'elle serait plus haute et déborde^ rait davantage la crête du gkcis. Eile est fondée de brins de bois de chêne ou de charme refendus, en sorte que chaque morceau ait de 20 à as pouces de tour sur ses trois faces , et que ces morceaux enfoncés en terre de 3 pieds tûi moins , soient encore solidement chevillés sur un li« ieau intérieurement placé à un pied et demi de leur extrémité supérieure ^ qu'on taille soigneusement en pointe. Les palissades ne doivent être espacées entre elles que de 3 pouces, qui sont tout ce qu'il faut pour y passer et biaiser suffisamment le fusil. On voit que l'assiégeant ne pour^ rait franchir cette palissade qu'en posant le pied , soit sur sa pointe , soit sur son liteau ; car autrement il serait forcé de s'élever par un grand élan qui le farait retomber sur le

(I) Plaucb. 13, iig. 1,2 et 3.

Lir. 1. GBAP. ui. it5

udiis de k lainquelte, ou ies pieds, poiant à fiiiix, ne poumdeBt goioe ë¥iter remarae , encore moiii» Tempà* clier de donner du nez en teiré •vr le lerre^pkâii d« chenin couTert. Peter le pied aMr la peinte 'de Ja pali$-> sade, ne randndl guàre nûenx. Partant de cette jbaae ii^ commode, on amTerak an même résultat. Reste le liteau; mais l'assiégé le kû iarteidit, en {danlani sur ceku de tout le front d'attaqne, nn «Ion c/mdià àaax yoi»tesdans çbaque intervalle de palîsaades.

Les tcavenes dn diemin •eosrert sMt semblablewient

années de paliasades plantées sur lewrs ban^pMltes^ pour

les en^tèeher d*ètre franchies, et Ies4éfilé8 de leiue pas^

sages sont garmsde petites Wcri^es (i) qui, /erniées

après la, retraite de Tasaiégé des parties ahandonnées de

son chemin couvert, interdisent k Tassiégeant l'accès «de

ceUes que le premier occape «ncore^ D'antnes barrières

Ixauooup phis grandes et anffisantes i la vaie d'im oaneo»

«ont phioées au milieu de «baifne face de plac» :d*araMis

rentrantes , vis^^-Tis d'iunexampe destinée èaerrir de4é-

iMmché aux sorties qu'on rasseadble dans ces places dW*-

mes. On nepratîqne pins de ces rampes^ 4t Ton nemel .

^«B Âe ces 6«srrftérss de sariic anx places d'armes sail^

tantes, œ qmienr nuiaait lors des attaquo de<¥»^elbiM

qu'a oentmned'^n fùm Ymàégamd. U vaut laieux, quand

il en est besoin^ ««tir ide œs places d'aratiès par.UAmbae

de petites échelles, et rentrer ensmte dasis le ichemi»

<3e«nrei!t par les barrières de sertie de ses pbees 4'iam»^

ventranleB.

Pour avoir toofouig au cherai««cQinrert4*fiiiids et^dfm

(f) Pl«Bcfa. IS, 6%. 7.

l84 £SdAl G^KÀRAL 1>£ rOBTIFIGATION. .

de banquette derriëi*e la palissade, on donne à cette banquette, en la construisant et avant de recevoir la palissade, 5 pieds et demi de largeur.

L'inconvénient d'avoir toujours à faire, à Tapproche d'un siëge , le travail considérable de la recoupe de tous les parapets et glacis à leurs talus intérieurs, quelque bien qu'ils aient été gazonnés en construisant la place , a fait imaginer qu'il vaudrait mieux qu'ils fussent intérieurement revêtus en maçonnerie , jusqu'à i pied et demi audessous de leur crête. Quant aux parapets des remparts , je n'y vois qu'inconvéniens. Gitte maçonnerie , prise à revers par les ricocbets , rendrait ceux-ci infiniment plus dangereux , et de plus, elle ne pourrait jamais être solide* ment établie sur les terres rapportées qui forment la masse du rempart.

Dans les chemins couverts , au contraire , je vois peu d'inconvénient à ce revêtement intérieur, qui n'ajoutera guère au danger du ricochet , par-delà ce dont l'augmente la palissade indispensablement nécessaire. En revanche, il assurera Tavantage d'interdire à l'assiégeant l'établissement de ses dernières batteries dans le chemin couvert. Car il ne pourrait les j placer sans démo<lir ce mur et sa fondation, pour se donner en .arrière . l'espace qui lui manque dans un chemin couvert de 5 toises de largeur^ et cette démolition^ pour peu que le canon de l'assiégé y intervint , ne pourrait être que très-meurtrière. Ce mur pouira d'ailleurs être solidement assis sur le sol du chemin couvert qui est le terrain naturel , ou être fondé p. peu de profondeur au-dessous.

Ce qu'il y aura donc à cet égard de mieux à faire , dans la construction des places , sera de revêtir en ma-

LIT. I. CHAP, 111, lg5

çonnerîe (i) jusqa à 1 8 pouces de leur créie , les talus intérieurs des parapets des cbemins couverts ; et pour être sûr de trouver toujours à ceux des remparts la Iiauteur et l'épaisseur suffisantes, sans avrâ* de gazonnement à y faire (2)^ on les fera d'une seule niasse comprenant leur banquette , en sorte que leur talus iniérieiu* soit ocmdidt en ligne droite , de leur crête jusque sur le terre-plein du rempart , en passant par le bord intérieur du terreplein de leur banquette , et que ce qu'on êtera lors de la recoupe au talus intérieur du parapet , suffise à former le talus allongé de cette banquette.

On doit également s'occuper à l'avance du soin de réparer ce qui peut manquer awD barbettes de tous les ouvrages , et d'y distribuer son canon, les barbettes (3) sont de petites plates-formes âevées , lors de la construction des places , aux angles flanqués des ouvrages , en sorte que le canon placé dessus, n'ait la crête du parapet qu'à bauceur de sa genouiHàre , et puisse tirer librement tout autour de lui , dans un champ beaucoup plus vaste que celui que lui ouvrirait une embrasure. Ces barbettes , pour être bonnes , doivent avoir 4 toises au moins de lar* geur mesurée perpendiculairement à la face de l'ouvrage, et 7 toises de lougueur mesurée suivant celle de celte face. On y monte par une ou deux rampes , qu'il faut faire en .sorte de ne point adosser aux fiices de l'ouvrage , où elles oocnperaient inutilement un terrain beaucoup mieux em« ployé en banquettes.

(I) PUach. 18,% 4.

(1) Plmch. 13 , fig. 6.

LZ) Piancb. 13, fig. 6 et S bis.

iftG hShAt GÉHàllAL DK VOATIPICATIOII.

Le canon placé ainsi sur ces barbettes , tout autour de b place , y est évidemment dans la meilleure position pour en empêcher rinrestissement de trop près , pour s^opposer à ce qu'on «n fasse la reconuaissauce « et pour tirer sur ronverture de la tranchée , de <{uelque cAté qu'elle se 6sse. Il n'est pas moins évident que le canon ainsi placé peut j resta*, jusqu'à ce que Temiemi ait du canon en balierie à lui opposer. Car cdui qu'il lui opposerait à plate îêrre, aursit trop de désavantage \ et il ne peut songer, non plus , à le combattre par de la mousquetene, puisque celle-ci , outre le canon, aurait contre elle«n«* core la mousqueterie de la place. ' - On ne peut non plus , dans une pkce ^ui s'attend i être assiégée, s'occuper trop tte d'en nettojer les ^environs de tout oe qui peut lui nuire « soit en amenant trop pris, à couvert ceux qui voudront en faire la recon naissance , soit en favorisant en quoi que ce soit le clieminement des approches , ou l'établissement -des batteries assiégeantes. Ainsi toute haie , tout fossé , tout mur, toute maison doivent dfsparatlre à Soo toises de la place , à moins qu'ils ne soient tellement situés , qu'ils ne puissent y-dans aucmi cas, ou favoriser l'assiégeant ou nuire à l'assiégé.

Il faut également que la place menacée d'un siège soit, indépendamment des autres approvisionnemens , munie à i'ayance de ht plus grande quantité de fascines, saiids- Bons , gabions et piquets qu'on' y aura pu rassembler» afin de pouvoir faire solidement , {Ht>mplement et avec peu dt danger, tous les travaux que l'attaque obligera de faire , et ceux par lesquels on doit tftcber d'en retarder ou d'en ensanglanter les progrès. Il faudra qu'où y ait également préparé tout ce qu'il faut pour communiquer, du corps de la place , aux ouvrages extérieurs , s'ils sont au-delà

UT* I. CHIP. Ilf. 187

^vax fossé plein d'eau, boU pardes ponts de nunpe, s*ik

^sont escarpés à leor gorge , soit par des ponts à fleur

d'ean , baleanx, radeanx ou ponts volans, s'ils sont peu

élevés auKlessns de sa surface, soit par des claies ^ si la

communication doitaroir lieu au travers d'un fiMsé ma*

jécageox.

Maintenant, pour commencer dans Tordre des entrerprises de l'assiégeant k traiter des obstacles que la. défense doit lui oppoder, nous dirons que, pour contrarier l'investissement , l'assiégé aura d& occuper à l'avance quel* masê postes avanugeux, aussi avancés que possible, pourvu que la retraite en soit bien assurée parquelcpe défilé dont il soit le nuitre^ ou qui soit tellement défendu par son canon , que le corps investissant ne puisse ni l'oc» cuper ni le lui interdire. De ces postes il pourra , si surtout il 7 tient du canon léger , éloigner Tinvestissemeirt AU point de le rendre sans efiist^ c'est-à-dire, de forcer rennemi à tellement s'étendre ,. que les corps qui le forment soient ou ux>p &ibles ou trop distans les uns des autres pour empêcher l'introduction des secours , et l'envoi des avis que la jdace voudra sans doute donner de «a situation.

Si l'assiégé peut maintenirde semblables postes jus^ qu^au moment de rétablissement de la circonvalladon ou du camp del'année assiégeante , il forcera également celle-ci â s'étendre outre mesure ; ce qui peut être pour elle de la plus dangereuse conséquence , et par l'afiaibliaeement où , par la , chaque partie trop peu garnie peut tomber , et par la multiplicité des chances déAvorables qu'enCraiae, ou des prises que donne sur elle uns position , en proportion de ce qu'elle est étniibe.

Si l'on ne peut établir ni mainlenîr de pareils postes »

]88 £$IAI GiniAAL DB F0BTIF1CATI0!I.

ce qu*on aura de mieux à fitire pour contrarier l'invesUsaement et rétablissemeut de la cireonvallalion ou du* camp de Tassiégeant , c'est de lui cacher jusqu'à cette époque la portée du canon de la-place , soit en ne tirant jusque là sur lui que celui du plus petit calibre , ou mieux encore en le tirantde tout calibre, à mi-charge seulement. Puis, quand trompé par là, il aura assis son camp, commencé, achevé même, s'il se peut, sa circonvallatioh , pris en6n le plus d'arrangemens qu'il sera possible de lui laisser prendre , on battra: par le feu le plus vif et le phis soutenu de pièces de la plus longue portée , les partics de ton camp les plus voisines de la place , de manière à les lui faire abandonner, et à le foroer de reculer sa circonvallation. Outre la perte que lui causera ce mauvais tour , il jettera du retard dans les arrangemens pr^ liminaires à l'attacpe , ce sera un affront fait à l'assié-^ géant, pour lui du plus mauvais augure , et un premier, succès qui servira d'encouragement à l'assiégé.

Si , sans se laisser étourdiment prendre à un piège qur, quoique banal « a souvent réussi et dâi réussir , l'assiégeant emploie les moyens que nous lui avons indiqués au chapitre précédent, pour placer son camp et ses lignes à la distance requise de la place ; c'est à l'assiégé à vmr, si, aidé de quelques circonstances du terrain, comme rivière , ou ruisseau profond , ou ravin escarpé qui le sépare de l'ennemi et l'empêche d'en être joint , il ne peut pas se porter vers lui , à quelques centaines de toises de la place , et là arec du canon de i6 et des obusiers tirés à toute volée , essayer de jeter le désordre et la mort dans son camp. Cette artillerie postée avant le jour, ou à sa naissance , derrière quelque légère élévation de terrain qui lui serve de barbette, y sera escortée d'une

LIT. 4, CflAP. la. 189

]partie de ViniaJiterie de la garnison , et de tonte sa ca-> Valérie, placées dans nae dispositiba étudiée, et d'où leur retraite , et surtout celle du canon , sera favorisée par le feu préparé dé rartillerie et de la mousqueterie de la place 9 disposées en conséquence dans les ouvrages avancés de ce côté, -fl faudra de préférence adresser cette poiitesêc à quelque camp de cavalerie, qui na guère avec elle de canon pour y répondre , et dans laquelle le désordre parmi les chevaux au piquet, se mettra plus subitement et plus complètement que dans «n camp d*in&nterie. Au inoins fandra-t«îl.qoe ce soit à qudque quartier éloigné du parc d^artillerie^ afin qu'une partie do jour se passe avant d'avoir k essuyer , de la part de l'assiégeant , un &u de canon de portée suffisante pour causer de la perte è la sortie.

Après avoir épuisé ce faible répertoire de moyens contre Tinvestissement et la drconvallation, l'assiégé doit employer tous ceox^i sont en son pouvoir, pour contrarier la reconnaissance et autres opérations préliminaires à l'ouverture de la tranchée , pour découvrir où Ton en établit les dépôts, et par là prévoir, avec une sorte de certitude , le temps et le lieu ou elle sera ouverte. Il a p6ur cela des avantages qu^il est difficile à Vasâégeant de lui enlever. Car il lui suffit de tenir de petits détachemens embusqués, ventre k terre , tout autour de la place , à 4 ou 5oo toises , et particulièrement du côté de ces points couverts et dérobés à sa vue,. propres â placer les dépôts de la tranchée , pour interdire k l'ennemi l'accès k ces lieux , en tout autre temps que la nuit. Car ces détachemens étant postés plus près de la place, du double au moins que du camp ennemi , ne pourront être débusqués de jour par des corps qu'on

igO ESSAI ckntlKAh DR FOBTIPiCATIOtr.

▼errait Tenir de loin , et qui seraient pendant long^tempâ exposés au canon de la place , tandis que celui du camp, trop éloipié , les protégerait mal , et ne pourrait nuire à l'ennemi quSls Tiendraient chercher. Ces mêmes détacbemens de Fassiégé , dérobés d'ailleurs , par leur petitesse, aivaient des points de réunion marqués , afin que, si Fennemi s^abapdonnait sur eux en force supé«*. rieure , particulièrement en caTalerie , ils pussent faire leur retraite, à Faide de la caTalerie assiégée, tenueprête à sortir des barrières au premier signal, et qui , protégée par le canon des remparts et la mousqueterie des cbenins coutctU, pourrait, jusqu'à un ceruin point, se commettre sans risque aTec une troupe supérieure en nombre, mais nécessairement dénuée de semblable» appuis.

Chaque jour , à Feutrée de la nuit , ces détachemens se rapprocheraient des chemins couTerts , de manière à j âToir leur retraite assurée , dans le cas où ils seraient poussés , et cependant aussi à empêcher que Fennemi ne puisse approcher de la place assez , pour en reconnaîtra quoi que ce soit, à traTcrs Fdbscurité plus ou moins grande qui règne. Soit de jour, soit de nuit, ces détachemens doiTcnt soigneusement obserrer dé laisser , sans se découTTir , aTancer les hommes seuls bu peu accom« pagnes qui tenteront de s'approcher de la place , pour ensuite , quand ils seront engagés trop aTant pour se re« tirer , les faire prisonniers. Car ce seront des .ingénieurs ou autres officiers chargés de faire des reconnaissances , desquels on pourra tirer quelques lumières sur les pro-^ jets de FassiégeanU Ce n*est que sur des ennemis en troupes qu'il faudra tirer , en tâchant, par les premières décharges, de leur faire perdre quelque monde, sans

UT. I. CBAP. JII. igi

avoir la prétentioo de leur livrer des combau opiniâtres , où ron en pourrait perdre beauconp soi-inéme.

Pour ajouter à tous ces moyens de découvrir le lieu et le moment de TiHiverture de la tranchée , il Caïudra faire tirer par tous lea mortiers de la place , pendant les pre* mières nniu du siège, et particulièrement pendant les deux premières heures de chaque nuit , des balU* ard&mÊeê ou p&U àfùu^ qui portés à 3 ou 4oo toises de la place^ sur tmit son pourtour, éclaireront et feront apercevoir le» premiers travaaz de Tennemi. Aussil6t qu'ils seront dé-» ooBverts ^ il faudra , de toutes les harhetles qui pourront y parut, faire dessus le £ni le plus vif. Et , comme à la distance où se lait l'ouverture de la tranchée» la mou»* queterie de la pJaeene peut nuire à l'assiégeant, il faudra s*altaeher à multiplier contre lui le feu de «on artillerie , en iaisani promptement venir sur lés ouvrages qui pei&« vent tirer sur lui , toute celle unt soit peu mobile de la place: Mais , comme il n'est pas possible de fisiire sur4e* champ des embrasures à cette artillerie , il faudra la tirer par plongée et à petite charge par -dessus les parapets , en arrière desquds on la tiendra à quelques toises de distance ; en sorte que ses boulets , portés i %oo ou 260 toi^ ses , arrivent par les bonds multipliés de lenrs ricochets , à 3 ou 4oo toises. Les obusiers seront surtout propres a cet usage , auquel on emploiera aussi tout le canon que sa légèreté permettra de transporter rapidement , et de faire snjvie-champ tirer sans plates^formrs* Et sur cela ^ nous observerons que le plus petit canon tiré à la plus faible charge , pourvu qu'elle suflBse à en porter le boulet à son but , fera ici autant d'effet que le canon de a4 tiré à chaire pleine ; puisqiAl n'est question que d'atteindre des hommes qui travaillent i découvert, on des hommes

jgS B5SAI GÉNÉRAL DB FORTIFIGATrO^.

armés , plus découyeru encore, qui protègent leur travail. Par la manière dont nous avons vu que le travail de l'ouverture de la tranchée éuit couvert , il j a peu d'apparence que Vassiégé réussisse à le faire manquer, ou même à l'interrompre par une attaque de vive force ou grande aorticé Mais , comme il suffit de parvenir avec la plus faible troupe jusqu'aux travailleurs , pour les éloigner du travail^ souvent pour tout le reste de la nuit, je conseillerais de hasarder quelques patrouilles de hussards ou autro cavalerie légère , qui , se glissant par les flancs du travail» le parcourraient dans toute son étendue , s'il leiu* était • possible, en se contentant de £ure plus de bruit qne de aul. Ces patrouilles ensuite , s'échappant par le côté opposé à celui par lequel elles seraient venues , réussiraient yraisemblabltment à &ire leur retraite après avoir fait manquer, ou au moins avoir considérablement dérangé le travail de cette première nuit , lequel conséquemment ne couvrant point, ou couvrant mal au jour les troupes qui alors doivent s'y retirer, en serait abandonné jusqu'à ' la nuit suivante.

Au jour, l'assiégé s'occupera de mieux diriger et de multiplier ses feux sur les approches de l'ennemi , dont la marche lui est désormais connue. Si ses fossés soi^t pleins d'eau, il y établira des ponts de oommunicaticm aux dehors qui peuvent agir contre les attaques , et y fera passer l'artillerie dont ils doivent être armés « Si ses fossés sont secs, il fera guinder cette artillerie dans les ouvrages; et, dans les places d'armes saillantes du chemin couvert du front d'attaque , il établira des obusiers ou des mortiers de 8 pouces montés sur des affûts de canon de 4 9 pour tirer â ricochet par-dessus la paliisads tout le long des capitales \ directicHi dans laquelle ils rencontreront successi-

LIT. I. CHAP. m, ^^ I9S

veiuent tous les xîgsags de la traiiichée. jfk canon de 4 sera de même établi dans les places d^annea saillantes des fronts collatéraux , pour concourir au même effet. Mais les places d'armes rentrantes seront réservées tout entières ^^u rassemblement des sorties.

Il travaillera sur* le -champ à mettre en batteiîe le reste de son artillerie, soit sur le front d^attaque, soit sur les fronts coUa^raux, Les bois des plates-formes et les saucissons dfB épaulemens étant tout prêts pour cela , et la masse des épaulemens se trouvant toute, formée dans le solide des parapets , ce travail ne sera pas long , et devra être fini dans les a4 heures* Si Ton a son artillerie montée sur des affûts de place > tels qu'il s'en trouve en France , qui élèvent la genouillère de la pièce de 5 pieds au-dessus de sa plate-forme , de manière que cette plate-forme, élevée de deitx pieds et demi derrière le parapet , permette de tirer par-dessus sans embrasure , le travail sera encore plus abrégé.

Le front d'attaque étant connu ^ l'assiégé ne devra point perdre de temps a se décider sur les travaux par lesquels il peut en augmenter la résistance \ et ce premier moment où l'assiégeant n a encore aucune batterie établie, et ne peut en avoir de deux ou trois jours , est bien précieux à saisir pour entreprendre et exécuter ces travaux. On est dans l'usage d'élever à la queue des glacis , sur les capitales du front d'attaque > des flècJies c'est-à-dire des ouvrages formés de deux faces de 1 5 à 20 toises de longueur (t), flanquées des chemins couverts , lesquels construits à Taide de gabions , sont bieiitôt achevés. Lorsqu^on

(I) Planch. 13, Gg. 7.

ig4 ESSAI GiNiRAL 9B FOBTIFIG^TION.

a soin de les fraiser sur leur fossé , et de les palissader k leur gorge , on oblige Tassiégeaut à en faire Tatlaque de yive force, avant quil puisse pénétrer plus avant, et prendre pied sur le glacis (i).

L'assiégé se portera aussi sur les flancs du front d'attaque, pour y saisir quelque position^ de laquelle il puisse enfiler les boyaux de Tennemi. Il y élèvera promptement une batterie, soit à barbette ^vec des gabions de 3 pieds , soit à embrasures avec des gabioi)|5 des deux hauteurs, de 3 pieds et de 6 pieds, Â laquelle il pourra communiquer (!») par un boyau qui débouchera de son chemin couveit. -C^est cotte sorte de boyaux qu on nomme tigfUê de cofUre-approches y et tant ]es travaux auxquels ils aboutissent , que ces boyaux eux-mêmes , contre^ approches en général.

La nuit qui suivra Touvcrture de la tranchée, pouvant déjà être employée par l'assiégeant à commencer le travail de ses batteries à ricochet , l'assiégé devra tâcher

(1) La quene dea ^acis ^tant, comme uous Tayons remarqué an chapitre précèdent, le lieu le plus bas, et. d^o^ la troisième parallèle , quand elle y est établie , masque le moins les batteries assiégeantes tirant aux défenses de la place , est évidemment aussi , relativement à la place , le lieu le plus bas , et d'oà les flèches qui y seront placées , masqueront le moins son artillerie tirant sur les batteries et les approches de Tassiegeant. Elles occuperont, en outre, remplacement que celui-ci destine de prédilection a sa troi^éme parallèle , qu'il sera aussi forcé de ne faire qu'après avoir emporté de vive force, ces flèches ; ce qui, pour les conserver sans retour après leur prise , Tobligera a les mettre derrière sa troisième parallèle , ou au moins de les joindre les unes aux antres , par le développement entier de cette place d'armes, qu'il faudra , par conséquent , qu*il exécute sur-le-chaitip et tout à la fois a la sape volante, immédiatement après la prise de ces flèclics.

(2) Planch. H.

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