‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 30 sur 170 · LIT. I. CHAP. III · texte numérisé non relu

LIT. I. CHAP. III

d' éclairer ce travail « en jetant de tous ses mortiers , des pots à feu et balles ardentes , sui* le prolongement de toutes les faces quel* ennemi a intérêt à enfiler. Et, à tout événement, il.fera bien de diriger dans Tobscurité, suivant chacun de ces prolongemcns , le tir à ricochet de quelque canon ou obusier. Si quelqu'un de ces pots à feu lui fait découvrir le travail particulier de quelque batterie, il j dirigera tout le feu dont.il pourra disposer, sans abandonner aucun des ricochets précédens , ni ceux qui doivent continuer à agir le long des capitales , pour contrarier et rendre meurtrier le travail des boyaux que Tassiégeant peut déjà commencer à pousser en avant de sa parallèle, en même temps quMl entreprend le travail de ses batteries.

On peut également tenter d'interrompre , soit, le travail de ces boyaux , soit celui des batteries^ par de petites sorties; car il ne serait pas prudent à Tassiégé de risquer si loin de la place » une partie considérable de sa garnison. Mais de très-faibles corps se glissant à petit bruit, à la faveur de Tobscurité , jusqu'auprès des travailleurs , et leur faisant une décharge à bout portant, arcompagnéc du cri : itu! tue! leur paraîtront toujours assez nombreux, pour les autoriser à fuir et à abandonner le travail, ce qui remplira le but. C'est ensuite à ces détachemens à échapper par leur petitesse , et par la supériorité que doivent leur donner sur Tassiégeanl , si celui-ci daigne les poursuivre , la connaissance plus parfaite du terrain , et l'avantage d'un rôle prévu et étudié.

Âujour« les batteries de l'assiégé établies, tandis que celles de l'assiégeant sont à peine commencées , lui donneront sur ce dernier un avantage momentané , qui ne se représentera plus dans le courant du sîogc , cl dont il

196 ESSAI cijfiAAL »B VOBTIFICATION.

doit, par conséquent , se hâter de profiter. En continuant de tirer de ses moindras calibres sur les approches, il dirigera les gros, ainsi que les mortiers, sur le travail des batteries , en s attachant successivement à les mettre, Tune après Tautre , en désarroi , sans cesser un seul ins. tant d^inquiëter chacune déciles par le feu de quelqu'une de ses pièces^ car nons ayons tu que l'assiégeant ne doit faire jooer ses batteries , que toutes à la fois. Ainsi retar^ der la construction de quelqu'une , c^est retarder Teffet de toutes.

n ne faudra pas non plus que Tasaiégé attende que ' les ricochets de Fassiégeant soient en jeu , pour songer à s'en garantir^ et pour travailler à des traverses qui, recevant le boulet de volée , le réduisent à ce premier effet , sans lui permettre de le multiplier par des bonds répétés. C'est à quoi il parviendra , en construisant ses traTcrses perpendiculairement aux faces (i)» espacées entre elles de i5 toises en i5 toises , et longues de 4 toises , pour dérober, jusque dans la situation de leur recul , les afi&u de canon aux boulets de l'assiégeant. La manière de les exécuter la plus prompte et la plus commode , en ce qu'elle emploie le moins de terre ^ et occupe le moins d'espace sur le rempait , est de les former par des gabions de 4 pieds de haut , et de 3 pieds de diamètre , dont on posera un premier étage de quatre rangs , qu'on surmontera d'un second de trois rangs , bien liés entre eux par des fascines .

Il faut également se hâter d'achever, avant l'ouverture du feu des batteries ennemies , les flèches et autres tra-

(1) Planch. 14.

LIT. !• CHAP* III. l^j

yanx e^lrepiris è l'exlérieDr» ou au moins , de les mettre en état de poa? oir être finis à courert d^ ce feu. On doit ausri profiter de ce temps pour border la crête du chemin couTert du front d'attaque , de sacs à terre foinunt des créneaux , par lesquels la mousqueierie puisse , quand il en sera temp9 , esécmer son feu àTCC le moindre péril possible.

Voyant Tattaque paifaitement décidée, Fassiégé peut^ sans craindrede prendre d'inutiles peines , travailler, soit à des retrancbemens dans ses bastions et derai-lune du front d'attaque , ei dans les places d'armes de son chemin couvert , soit à armer' d'une double palissade les branches de ce chemin couvert ; et sur cela , nous observerons que , quoique l'efiet de ces travaux ne paisse avoir lieu qu'à la fin du siège , on ne peut les entamer tr5p t6t , ni trop près de son commencement. Car le feu de l'assié* géant se multipliant avec le développement de ses appro-< ches , et devenant de plus en plus meurtrier, k mesure que la distance & laquelle il s'exécute, raccourcit, il y a tout à gagner pour l'assiégé , de n'y exposer la foule de tra*vailleurs que l'exécution de ces diilërens travaux entasse sur le front d'attaque , que quand l'assiégeant en est encore éloigné *, sans compter que les ouvrages de cette espèce ne peuvent être entrepris trop tôt avant le temps < d'en faire usage *, sans quoi l'inquiétude de ne pas les avoir prêts au moment du besoin , et la crainte de prendre conséquemment, en y travaillant , d'inutiles peines , ga-r gnent ceux qui les font , et finissent , en portant parmi eux le découragement , par réaliser les objets d'abord imaginaires de leurs craintes.

Si les bastions sont videi^ c'est-à-dire si l'espace reiv fermé entre leurs faces , leurs flancs et leur gorge , n'cf t

198 ESSAI génAbal de fortification.

pas élevé jusqu'à hauteur des terre-pleins de ces parties, ou à peu près, il n'y a guère de moyens d'y faire de bons retranchemens y parce qu'on y serait trop dominé de ces terre-pleins. Tout ce que, dans ce cas, on pourra faire, sans crainte de voir la place emportée , sera de tirer une coupure en ligne droite (i), le plus haut qu on pourra , d'un angle de flanc à l'autre, ou de créneler les maisons les plus voisines du rempart (a), et de les lier d'une manière solide, sdit entre elles par des coupures iaites au travers des rues ou autres espaces qui les séparent , soit avec le rempart des courtines par d'autres coupures fraisées que l'ennemi ne puisse franchir, et défilées de manière à ce qu'il ne puisse les faire sur-le-champ abandonner par sou feu.

Si les bastions sont pleins , on pourra y faire des retranchemens beaucoup plus solides et de meilleur eilet. On peut leur donner, soit la forme d'un petit front de fortification (3), ou seulement celle d'une simple tenaille (4), soit celle d'un petit bastion intérieur et parallèle au grand (5), ou seulement d'un simple redan avec des coupures allant jusqu'au mur d'escarpe (6) -, en sorte que^ dans tous les cas , l'assiégé , au moyen de ces retranchemens, de quelque forme qu'ils soient, conserve jusqu'à la fin l'usage de ses flancs, pour défendre l'accès aux autres brèches qui pourraient n'avoir pas encore été forcées.

(1) Planch. 15,rig. i.

(2) Planch. 15, fig. 2.

(3) Planch. 15, fig. 3.

(4) Planch. ]6, fig. 4.

(5) Planch. 16, fig. I.

(6) planch. 16, fig. 5.

UY. I. eiIAP. m. igc)

Ces retranchemens doivent avoir leur escarpe fascinée et fraisée, et leur contrescarpe revêtue de madriers soutenus par des pilots de charpente. Celle-ci pourra, au moyen de gabions , être surmontée d'une sorte de chemin couvert palissade , dans lequel les troupes qui soutiendront Tassaut du bastion , auront leur retraite assurée 9 et d'où elles pourront faire à Tassiégeant des sorties sur son logement du haut de la brèche.

Le retranchement de la demi-lune, si elle est pleine « sera une autre demi-luue plus petite (i), et même avec des flancs , si, de ceux-ci , il est possible de voir une partie des passages du fossé des bastions , et à revers la montée de leurs brcches/Il devra être conditionné comme celui du bastion plein , que nous venons de décrire. On devra encore y joindre des coupures allant jusqu'à Tescarpe de la demi-lune , pour conserver entre sa gorge et les brèches que Tennemi fera i ses faces , des parties de ces dernières , toujours utiles pour se conserver les places d'armes rentrantes immédiatement au-dessous , et leurs retranchemens ou réduits *, et pour chicaner et rendre meurtrier rétablissement des batteries de brèche contre les bastions.

Si la demi-lune est vide , il n'y aura autre chose à y faire qu un réduit, redan, ou tambour en palissade seulement (2), pour couvrir et assurer la retraite, par la caponnière, de la garde de cette demi-lune, lors de IVt saut que l'ennemi donnera à cet ouvrage ^ car tout ce que, dans une mauvaise situation, on voudrait prétendre audelà, serait vain et illusoire.

(f) Planch. 16, fîg. 3.

(3) Planch, 16., fig. 4-

SOO SftSAI GÈnihlLL DB FORTIFICATION.

Xes retraDchemens des places d'armes saillantes du chemin couvert (i) ne pouvant être formés en terre , à cause du peu d'espace qu'elles ofTreiit pour cela , le sont ordinairement en madriers de chêne de 6 pouces d'épaisseur) et de 12 pieds de hauteur, plantés debout à 5 pieds et demi au moins de profondeur, jointifs et échan^ crés, de manière à fournir, de deux pieds en deux pieds, un créneau* Ils portent à leur sommet intérieurement, un petit auvent ou toit d'une toise de largeur, qui renvoie dans le fossé les grenades que l'assiégeant tenterah de jeter derrière les madriers \ et, pour défendre ceuxci de la hache, on les couvre d'une sorte d'avant-fossé, dans lequel une palissade inclinée, placée sous le feu à bout portant de leurs créneaux, n'est pas facile k couper ni À rompre. On sent que l'objet de ces retranchemens n'est que de rendre meurtrière, ou de faire manquer l'attaqtie de vive force du saillant , et qu'ils ne peuvent opposer de résistance à du canon amené sur la crête de ce saillant.

Si, dans les places d'armes rentrantes (2), on n'a ni le temps , ni les moyens de faire mieux , ou si l'espace ne le permet pas , on se bornera à un pareil tambour en charpente , qui couvrira les escaliers de la contrescsErpe, et qui n'aura dans sa construction d' autre iJissemblance avec les précédons, que de renvoyer dans un petit fossé fait exprès en arrière , les grenades qae les auvents des premiers renvoient dans le fossé de la place.

Lorsque ni le temps , ni l'espace (3), ni les moyens ne

(1) Planch. 16, fîg. 6.

(2) Planch. 17 , fîg. 1 .

(3) Hanch. 17, fig. 2.

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