‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 38 sur 170 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Description détaillée éCune place dans le système de

Vaubari.

Qu'est-ce qu^un sysièmede fortification ? C est le mode inTencé par un ingâiietur» et ordinairement adopté par un grand nombre d'autres, de fiHtifier uni&rmément tontes les places ; c'est la fixation et la détermination de tomee les parties de la fortification » ou pour mieux dire, ceUe des rapports qui doivent constamment régiier entre

Sl6 ESSAI GknkRJLLDE FOBTIFICATIOlf .

ailes ^ en sorte que , quant au tracé , et même au relief de ces différentes parties , tout soit similaire et invariable dans toutes les places a un même système. II est simple , en eflTet , que quand on croit avoir trouvé un mode de fortifier parfait , ou approcliant le plus possible de la perfection, on s'y tienne constamment dans toutes les places qu'on fortifie* Coosé^emment k cette idée, chaque ingénieur , autrefois, se o^yait obligé ou d'inventer un système , ou d'adopter exclusivement celui qui lui semblait le meilleur parmi ceux qu'il trouvait établis. Parmi les inventeurs , chacun s'évertuait à multiplier les défenses et les feux , et à opposer de» obstacles nouveaux i la marche des attaques. La plupart n'avaient rien trouvé de mieux que de former. plusieurs étages de défenses, dont Tun élevé au-dessus du rempart, découvrait de plus loin, dominait et plongeait les attaques , et dérobait à leurs coups tirés de bas en haut , autant par sa hauteur que par le parapet dont il les couvrait , les hommes et les machines de la défense. Ce système de cavaliers fut asse& généralement adopté , et employé avec -d'autant plus de. raison dans les terrains inégaux et montueux de la plupart des places de France^ qu'il était i la fois propre , et à mieux cacher l'intérieur des places , et en même temps, presque toujours nécessaire pour défiler leurs fortifications des hauteurs environnantes. On s'en servit donc plus ou moins pleinement , c'est7à-dire qu'on fit souvent des cavaliers sur tous ou presque tous les bastions d'une place, et que quelquefois même on en surchargea les courtines. Dans les pays de plaine » au contraire , tels que la Hollande , la Flandre et la Lombardie , où le secours des cavaliers u'éuit nullement nécessaire, ni pour découvrir l'extérieur, ni pour cacher l'intérieur des places, on

LI¥. I. GHAP. IV. ' *>7

x^bercha à se procurer d'une autre manière , Tavantage d*an deuxième étage de feux , en abaissant celui-ci audessous du rempart , en sorte que , caché par la crête du chemin couvert, il Jut frais et intact, quand Tennemi arrivé là s'offrirait à ses coups. Cette invention des faussée braies étêit moins heureuse que celle des cavaliers; car, indépendamment du danger de Tescalade, redoublé par ce partage en deux de la hauteur de Fescarpe-, inconvénient que des fossés pleins d'eau disaient, à la vérité , communément disparaître , mais pour le reproduire infiniment plus menaçant dans le temps de fortes gelées ; quoique souvent l'enceinte supérieure à la fausse braie * ne fut point revêtue en maçonnerie , et que conséquemment celle-ci ne fût point exposée à être écrasée par les débris et les éclats meurtriers de la première , cette fausse braie n'avait pas moins toujours deux énormes inconvéniens; celui d'être inutile à la défense pendant tout le temps des approches , et jusqu'à ce que l'ennemi fut arrivé sur la contrescarpe , et celui d'être plongée et enfilée de cette contrescarpe , quand l'assiégeant y était arrivé , dans toute la longueur de ses faces et de ses flancs , et conséquemment de ne rien conserver de sain que sa courtine ; partie la moins avantageusement disposée de toutes pour le service qu'on attendait de la fausse braie. On s'en dégoûta donc. Mais frappé de l'avantage d'avoir, pour défendre le passage du fossé et l'accès de la brèche, un feu plus rasant et plus rapproché du fond de ce fossé , on tacha de conserver, ou pour mieux dire, d'adapter un peu de cette fausse braie aux flancs des bastions , en faisant devant eux ce qu'on appela des places basses ou des flancs bas^ qu'on couvrit contre l'enfilade par le prolongement de la face , €]u'on nomma arilton. Bientôt ou tira parti de cet orillon.

St8 ESSAI GÊNifiAI. Ù FOKTiriGATlON.

en en dirigeant le revers ou bfiêur^, Ters Tangle flancpié du bastion Toisin , en sorte qu^un canon placé sur le flanc joignant cette brisure pût , sans être vu des batte* ries de Fassiégeant sur la contrescarpe y voir et tirer à là brèche faite à la face de ce bastion «. Pour bien défendre Taccès de cette brèche y on cumula tous les moyens , et' l*on surmonta souvent par des cavaliers ces bastions k deux étages de flancs , lesquels se trouvèrent alors en avoir trois. C'est sans doute a la dépense qu'entrainaii cette multiplicité de moyens , ainsi qu'a Tutilité dont il la croyait , que le chevalier ds FUU fiiit allusion « quand il dit qu'un prince qui fait construire une place forte doit, s'il veut l'avoir bonne , fermer les ycum et ausvrir la éi0ttr#e/ mot qui prouve l'ascendant qu'avaient pris sur les prinoes , les inventeurs de systèmes et ingénieurs de ce temps, dans ce qui concernait leur artt Vauban et ceux qui l'ont suivi, n'ont, au contraire, cessé de recommander aux {ttinces, qu'ils n'ont pas toujours réussi i persuader, de fermer leur bourse, jusqu^à ce qu'ils eussent les yeux bien ouverts sur l'utilité et la bonté des fortifications que trop souvent des projeteurs hardis sont venus leur proposer.

Après la multiplication des feux du flanc par celle de ses étages , ce qui occupa le plus les inventeurs de systèmes , fut la grandeur et la direction de ce même flanc. Quant à celle-ci , les uns la voulaient perpendiculaire è la courtine , d'autres k la &oe même à laquelle ils étaient adhérens , et tous par le motif de cacher, au moyen de l'orillon et d'embrasures dirigées vers la brèche de la &ce correspondante, le plus grand nombre possible de canons pour tirer dans cette brèche. Pagan fut le seul qui sentit que des canons si bien cachés à l'ennemi » étaient ceux

Page 1