‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 39 sur 170 · LIV. ]. CHÀP. IV. tig · texte numérisé non relu

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qai lui faisaient k moinade mal , attendu qu'ils ne poaraient servir qu'au moment de l'assaut, sur Fëvénement duquel ils ne rassuraient pas toujours assez Tassiëgé ^ pour Tempècher de se rendre avant de Tavoir soutenu. Pagan, en conséquence, fit son flanc perpendiculaire à la face quil devait défendre*

Quant à la longueur des flancs, on chercha i Taugmenter par tous les' moyens, soit en raccourcissant les faces , attendu , disait-on , que c'étaient les parties faibles du front) soit en brisant la courtine , soit en reculant ou retirant les flancs pour les faire profiter davantage de cette brisure, soit eneoreen les faisant concaves.

D'un autre côté , les uns frappés de l'avantage d'un feu fait de près sur Tennemi, rapetissaient leurs fronts de fortification , que d'autres agrandissaient, frappés» avec encore plus de raison , de la commodité et de la ressource que donnent pour la défense les grands ouvrages , ainsi que de l'impossibilité de donner un beau relief k un petit front, en lui conservant pat*tout la vue du fond de son fossé. 11 faut encore ici d[)server à la louange de Pagan , qu'il fut ceint qui se prononça le plus franchement en faveur de celte opinion qui , de son temps , était loin d'avoir pour elle la majorité.

Tel était le chaos qui régnait dans les principes de la fortification y lorsque , suivant l'expression de Fontenelle, la premîèiiç place que vit Vauban le fit ingénieur. Il sen* tit et reconnut bientôt que toutes ces combinaisons exclusives étaient presque toajours en contradiction avec la nature des lieux à fortifier, d'où s'ensuivaient, ou des dâauts dans le relief, ou des dépenses énormes pour éviter ou seulement pallier ces défauts , ou des contre-sens évidens dans la manière d'occuper les positions , et d'en

JiaO E0SA1 GÉMÊRikL DE FORTIFICATION.

saisir les avantages. Il étudia donc la nature, résolut dy plier constamment la fortification, et fit des fit>nls de toutes les grandeurs , "et des tracés de toutes les propoi"tionSft-pour pouvoir, dans les divers cas, les accorder pleinement Tune à Tautre. De cet accord de la fortîfica^ tion avec le site des lieux sur lesquels elle fut assise, et dont elle dut défendire les accès, résulta Téconomie de ces énormes masses de terre , qu'il fallait soutenir par de hauts revètemens , épais en raison de leurs hauteurs , et de ces immenses déblais, difficiles et coûteux en raison de leurs profondeurs , qa avait presque toujours réunis la fortification , plantée jusqu'alors sur le terrain , sans nul égard à ses irrégularités, tantôt comblant des vallées, tantôt coupant des montagnes , élevant ses remparts sur des ravins , et creusant ses fossés sur des sommets ; car tout cela était fréquemment arrivé à ces systématiques partisans de modes exclusifs et de régularité , qui n'avaient qu'une manière et qu'un tracé, comme si la nature n'avait que des plaines unies, et qu'aucune diversité dans le site des environs. d'une forteresse, n'invitât à la variété dans la disposition des différentes parties de son enceinte.

Yauba^ , au. contraire , ne fit rien sans consulter la nature , ne se permit aucune dépense qu'elle n'eût ellemême , pour ainsi dire, prescrite. Il ne fit donc de cavaliers que là ou quelques fonds à découvrir, où quelques hauteurs à raser par leurs feux, les rendirent nécessaires ; tandis que jusqu'alors la nécessité d'employer des déblais superflus , et celle de se parer des revers et des enfilades , auxquels on n'avait pas su se dérober par im tracé plus souple, et par un reli^ mieux entendu, les avaient multipliés sans mesure^ mais il sjut, par rabaissement et l'exhaussement combinés des diverses parties

UT. I. CHÀP. ly. S9I

de son enceinte, sans aucun autre secours, sans surcharge, et par conséquent sans dépense additionnelle, en dérober aux vues du dehors Fintérieur en totalité. Mais on le vit. modelant en quelque sorte ses reliefs sur celui du terrain des approches de ses places , les lui raccorder avec tant de dextérité, que souvent on eut peine à discerner qui , du terrain ou de la fortification , avait fait le plus de pas vers cet heureux rapprochement, vers cet accord parfait. Les commandemens ^les dominations extérieures , il leur échappa , il les éluda , en s'y présentant obliquement, en approchant de leur pied, en engageant même sur leur pente la plus douce une de ses ailes , pour éloigner l'autre de leur croupe , et la refuser aux coups plongeans de leur sommet. Ainsi , ces hauteurs demeurées Fépouvantail des seuls ignorans , tournèrent souvent au profit de la défense, en présentant sur leurs pentes , le déploiement des approches de Tassiégeant , de manière à en rendre le cheminement difficile à dérober aux feux d^enfilade » et surtout d^écharpe de Tassiégé , qui viennent chercher le premier sur le revers de ses tranchées , plus élevé que le site de leur parapet. Les vallons furent éclairés en se portant à leur naissance, et en la bordant là où, de part et d^autre, elle se confond avec les hauteurs.

On sent bien qu*il n'eût pas été possible d'accorder tant d'heureux effets avec la raideur exclusive d'un système, et avec une aveugle prédilection pour les polygones réguliers. Aussi le vît-on agrandir ou rapetisser ses fronts , suivant les besoins et les convenances , et en placer un dea5o toises, qu'il ne put couvrir qu'avec deux demilunes , h côté d'un autre , à peine de 1 3o toises , sur lequel une seule petite lunette put difficilement trouver

21S ESSAI niTittiAh DB FOBTIFICATIOIT.

place. On lui vit faire des bastions de toutes les foitnes , à flancs droits ou concaves , i orillons ou sans orillons , des courtines droites et des courtines brisées, soit en dehors » soit en dedans, des demi-lunes à flancs ou sans flancs , suivant que les avantages à obtenir sur Tattaque y ou les désavantages à éviter dans la défense, le deman* daient. Enfin, on ne le vit construire de places régulières , et suivre de modes déterminés ou ^stèmeM de farti* ficationy que dans des situations de plaine tellen^ent unie, que leur uniformité nécessitait en quelque sorte celle des fortifications par lesquelles on les occupait. Aussi litroa dans son éloge , fait par Fontenelle immédiatement après sa mort : n II semble qu'il aurait du trahir les secrets de son art par la grande quantité d*ouvrages qui sont sortis de ses mains. Aussi art-il paru des livres dont le titre promettait la véritable manière de fortifier selon If. de Fauban; mais il a toujours dit, et il a fait voir par sa pratique, qu'il n'avait point de manière. Chaque place diflérente lui en fournissait une nouvelle, selon les diflerentes circonstances de sa grandeur, de sa situation et de son terrain. Les plus difficiles de tous les arts sont ceux dont les objets sont changeans , qui ne permettent point aux esprits bornés l'application de certaines règles fixes, et qui demandent à chaque moment les ressources naturelles et imprévues d'un génie heureux. »

Quoi qu'il en soit, voici cette prétendue manière, telle qu'on la lui vit pratiquer , quand le terrain indifférent i toute espèce de dispositions l'invita À employer la plus simple , la plus régiilière et la plus symétrique.

Yauban , comme je l'ai déjà remarqué , n'ayant pas, à l'exempledes auteurs de systèmes, adopté de grandeur fixe et déterminée pour l'étendue de ses fronts de fortifica-

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tion , eut une méibode qui s'adapta k toutes lesgrandeurs. Cependant, d'après ceux de ses ouvrages où, par Tabsence de toute circonstance particulière , il a été parfaitement libre de choisir, on est fondé à croire que la distance de i8o toises entre les angles flanqués des bastions , est celle qu'il préférait ^ et que ceût été, par cooséquent, la longueur de son câié extérieur de polygone , s'il en eût fixé une.

Quoi qu il en soit, sur le milieu de ce côté extérieur , quel qu il fût , il éleva vers rintérieur de la place (i) une perpendiculaire d'im sixième de ce côté, par Textiémité de laquelle il mena, de cbacune de celles de ce côté extérieur, Us lignée de défense. Sur ces lignes de défense , il fixa la longueur de cbaque face de bastion aux deux septièmes du i:ôté extérieur, décrivit de l'extrémité de cbaque face, comme centre avec Tintervalle qui les sé< pare pour rayon , un arc de cercle entre les deux lignes de défense , et fit , de la corde de chacun de ces deux arcs, les jQancs de ses bastions. Quand son flanc dut être concave, aprésj avoir pris pour fermer Torillon , le tiers du flanc droit , tracé comme nous venons de le décrire , il tira aux deux extrémités du reste, des droites menées de l'angle flanqué du bastion opposé , et porta en arrière du flanc droite sur ces droites» des distances de 5 toises pour former les bristxres d'orillon et de courtine , ' entre lesquelles il traça le flanc concave d'une ouverture de compas égale à la distance qui sépare ces brisures (a).

Son fossé de i8 toises de largeur aux arrondissemens delà contrescarpe, tracés des angles flanqués dès bas-

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0) Planch. 2f , fig. 1.

(2) L'orillon se trace sur le tiers du flaoc droit, cpi'oo lui a réserve , de la jnaniére suivante. Sur le milieu de ce tiers , élevez a ersTintëricur

S24 ESSAI CÉKÉRAL DE FOBTIFICÀTION.

tions , comme centres , fat terminé par des tangentes menées des épaules des bastions à ces arrondissemens. L'intersection de ces tangentes fut Tangle rentrant de la contrescarpe.

Lorsqu'il occupa cet angle par une demi-lune , il en plaça r angle flanqué, à Tintersection de la pcrpendiou-taire du front , et d'un arc de cercle tracé de Tun quelconque des angles de flanc des bastions , comme centre, • avec la distance de cet angle à celui d'épaule du bastion opposé , pour rayon. De cet angle flanqué , ainsi déterminé , il dirigea les deux faces de la demi^lune vers deux points des faces des bastions , distans de 5 toises de leur angle d'épaule (i). La longueurdeces faces fiit déterminée par leur rencontre avec la contrescarpe. Lorsqu'il fit des flancs à cet ouvrage , il retrancha dix toises de la longueur de chaque face ^ et de ces points il abaissa les flancs sur la contrescarpe , devenue gorge de la demi-lune , en les dirigeant k y toises en arrière de la rencontre des faces avec cette contrescarpe. Datis tous les cas , la contrescarpe de la demi-lune fut parallèle à ses faces , à la distance de lo à la toises.

du bastion une perpendiculaire. Elevez-en aussi une a la face du bas> tion , de son extrëihitë ou épaule. Le point d'intersection de ces deux perpendiculaires sera le centre d'où tous décrirez ToriUon ou flanc convexe , ontre Tepaule du bastion et la brisure de Torillon .

(1 ) Cette construction , qui est celle des demi -limes des fronts à oril - Ions , n'est pas exactement rapportée par H. de Boosmard. Dans oe cas , les faces des demi-lunes sont alignées sur les angles d'épaule des bastions, et elles ont les deux huitièmes du front. Lorsqu'elles sont dirigées vers deux points des faces des bastions, distans de 5 toises de lei|r angle d'épaule, elles sont plus grandes et ont les deuxseplièmes du front. (Sainte Paul , Traité complet de for (iiication , tome 1 *' , page 117.) Edît.

LIT. I. CHAP. ly. 2a5

IiOnqa*il fit un retranchement ou réduit dans lademilone , ce fut toujours sous la forme d une pctile demihme, dont toutes les parties étaient parallèles aux parties correspondantes de la grande. Souvent ce réduit ne consista qu'en un nmr crénelé, défendu par un fossé de 5 toises de laideur. Quelquefois il eut son parn^ en^rrc , et dans ce dernier cas , il eammanda,^ c*e8t-à*dir^ domina celui de la demi-lune d<» a ou 3 pieds.

Son cbemin couvert, de 5 toises de largeur, eut des places d'armes rentrantes de grandeur très variable , suivant que le terrain environnant les dominait, ou en était dominé. Dans le premier cas^ il se contenta de leur donner i5 toises de demi-gorge, mesurées sur la contrescarpe , et 12 toises de face. Dans le second , il leur donna i8 à 20 toises de demi-gorge, et ao à sa toises de face.

Je ne m'étendrai pas davantage sur ces détails ; je passe même sous silence ceux de la tenaille et de la caponnière. On les verra , ainsi que les autres pièces de ce sys* tème (i) , beaucoup mieux décrites par le plan et lA pro- . fils» que par tout ce que j'en ai dit ici, et aurais pu en dire.

Je ne dois point cependant omettre d'avertir que, quand Yauban eut à fortifier des polygones iuféj^ieurs à Vhexagone , il diminua la longueur de sa perpendiculaire, qu'il réduisit à un septième du côté extérieur dans le pentagone, et à un huitième dans le carré , tant pour conserver a l'intérieur de sa place quelque capacité, que pour ne pas avoir les angles flanqués de ses bastions trop aigus.

C'est peut-être ici le lieu de dire pourquoi il ne faut pas que les bastions, et en général les ouvrages de fortification , aient leurs angles trop aigus. C'est parce que ,

(r) Plandi. 21 et 24 , fig. 1, 2, 3 et 4.

9ftG €5SAI GÉHÈBAL BS POftTIFICATIOPT.

devant porter sur lenrs terre-pleiiis des idadùiies qui jMir leur longueur, leur recul et Tespioe nécessaire pour les manoenyrer) demandent eu arrière du paimpet ua espace de 4 « 5 toises; mesuré peipendicnlairemoit cet espace ne ptet, dans riutérieur d'un ai^Ie aigu, s'oiiie» nir ^tre lA deux parapets qui en forment les oUês, qu'à une ^stance de cet an^e plus ou moins grande , suivant qu^il est plus on moins aigu , et^que par conséquent» jus» qu'à cette distance , il est impossible d'y placer et d*y &ire agir du canon. Aussi d'audens ingéniem« , auteurs de systèmes, avaient été si frappés de cet inccmvénient, et si persuadés de Futilité de pouvoir placer du canon par* tout , qu'ils avaient grand soin de faire droits leun *angles flanqués , leurs angles d*épaule , en un mot, tons les angles saillans de leur fortification; et Ton ne peut disconvenir que dans le but qu'ils se proposaient y ils n'eussent parfaitement raison : car, à quoi bon les faire obtus^ idisaient-ils ) puisque nous plaçons du canon dans notre -anglAlroit» jusqu'à son sommet , perpendiculairement à l'une ou à l'autre face , suivant le besoin ?

Quoi qu'il en soit, on a renoncé depuis long-temps à cette préférence exclusive pour les angles droits ; il est évident que les angles obtus les valent bien. On s'est même convaincu que les angles aigus, pourvu qu'ils ne le fussent pas trop, n'ôtaient aux ouvrages oi ils se trouvaient aucune de leurs propriétés, et qu'ils n'y apportaient aucune incommodité au service de l'artillerie. Jl suffit , pour s'en assurer, de faire attention que dans la défense on a grand soin d'occuper l'angle flanqué de tous les ou* vrages exposés à l'attaque , par une pièce de canon qui , épaulée de droite et de gauche par les deux faces de l'ouvrage , est la moins en prise de toutes au ricochet, et qui

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tirant elle-mèiQe à ricochet dans la direction de la capitale 9 est aussi celle de toutes qui fait le plusd^efiet contre les approches qui croisent sans cesse cette direction. Qr il est évident que cette pièce (i) ainsi placée interdit à tout autre canon , place a 4 ou 5 toises en arrière de Fangle ; jxiajfi qu'à cette même distance , une pièce établie en batterie%ur Tune ou Fautre des deux faces , aura derrière elle un espace suffisant , et de 4 ou 5 toises aussi , pour 'peu que l'angle ail 6o degrés d'ouverture 5 et c'est en effet cette ouverture de 60 degrés , au-dessous de laquelle tous les auteurs de fortification ont de tout temps recommandé , à la vérité sans en donner de raisons , de ne point resserrer les angles. *

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