‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 51 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

JSakimen des avantagea U des défauts de la place pricédentù, et recherche des changemens à faire dans ea construction , pour augmenter tes uns. et diminuer les autres.

On ne peut méconnadtre l'avantage que le mode de construction ou système de G>rmontftingne a sur celui de Yaubau , par les difficultés plus grandes qu'il oppose à l'étaUissement des batteries à ricochet contre le corps de place} batteries que l'assiégeant^ dans les cas mêmes les plus favorables y est toujours forcé , ou de tenir plus éloignées de l'objet qu'elles ont à battre , ou d'exposer de plus près au feu des demi-lunes , beaucoup plus saillantes dans ce système que dans l'autre. Cet avantage, qui augmente à mesure que les angles du polygone de la place sont plus ouverts y devient tel à la ligne droite et aux angles extrêmement obtus, que les prolongemens des faces de chaque bastion , interceptés par la saillie des deux demi-lunes collatérales , n'offrent plus de prise à ce redoutable ricochet , en sorte que dans ce dernier cas le problème de dérober C enceinte au ricochet , indépen^ damment des circonstances du terrain environnant y se trouve résolu , par le secours, à la vérité, de la dispo-* sition des dehors. En revanche , les batteries à ricochet contre les demi-lunes de ce système, peuvent s'établir avec plus de facilité que contre celles de Vauban y elles peuvent en être bien plus rapprochées , sans être autant exposées au feu du corps de place , en sorte que le feu de ces dehors , qui doit tant mûre à l'établissement de^

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batteries de brèche contre le corps de la place , est com* battu lui-même avec un tel avai^tage, qu*il ne peut qu'imparfaitement remplir son objet ; d'où l'on voit qu'il 7 a une sorte de compensation , et qu'à ne considérer que le seul ricochet , il semble qu'on y ait exposé davantage, et en quelque sorte sacrifié la demi-lune , pour en diminuer et quelquefois même en anéantir l'effet sur le corps de place*

Quand bien même l'avantage de cette disposition de la demi«luiie se bornerait là, il serait toujours la hiatière d'an éloge. Les défenses du corps de place sont en effet les i^us importantes à conserver, puisque, plus à portée de tous les moyens de l'assiégé » elles sont celles dont l'exécution est la plus ËEicile et la plus vigoureuse , et qu'agissant encore après que celles des dehors déjà pris q$ peuvent plus les seconder, il est simple de chercher par toviles sortes de moyens à les ménager et à les tenir dans les commencemens du siège , autant intactes qu'il est possible , pour les avoir encore de quelque effet à la fiu.

Quoi qu'il en soit, cet avantage, lorsqu'il va jusqu'à interdire à l'assiégeant l'étaUissement des batteries à ricochet contre le corps de place , est très grand sans conti«dit* Mais c'^t pour cela mèïùû qu'il importe de le voir ^el qu'il est , et de connaître au justeen quoi il consiste ; car, en pareille matière, il n'est que trop ordinaire de se contenter d'à peu prè$, et de s'en tenir à des idées vagues , plus nuisibles que profitables à la science et à son véritable but , en ce qu'elles inspirent un respect aveugle et ime confiance sur parole qui , venant à être démentis par l'événement, rendent ensuite suspects d'incertitude jusqu'aux résultau les mieux prouvés de l'art.

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Par les batteries à ricochet , l'assic^geant se donne réellement SOT Tassiëgé un très grand avantage. Quatre canons tirés à faible charge lui suflSsent pour balayer une face d'ouvrage de 5o toises et plus de longueur, capable de recevoir 20 canons en batterie , et pour démonter et réduire définitivem^it tous ces canons au silence. Deux autres canons de Tassiégeant , enfilant le chemin couvert de la même face , suffisent pour en diminuer sensiblement la mouscpelerie» en intimidant les fusiliers, et en les forçant à s'amonceler et à chercher un abri derrière les traverses. Ce nest aussi qu'au moyen de travei-ses que l'assiégé élève sur ses ouvrages , qu'il parvient à y conserver intactes quelques pièces d'artillerie , une ou deu^c tout au plus derrière chaque traverse. Mais , i*" ces traverses constnidtes avec la solidité convenable , sont un travail considérable qui éj)uise les forces de la garnison , et qui l'occupant en foUlé sur les ouvrages exposés au feu de l'ennemi , lui coûte nécessairement du monde ; a^ chaque Irayerse occupe par sa base un espace i peu près égal à celui du nombre des canons qu'elle couvre efficacement , espace totalement perdu pour le feu \ 3"* ces traverses ne fiouvant être formées que par des terres prises sur les remparts, rendit* ceux-ci inégaux, glissanset fangeux pat la pluie, et y gênent dans tous les temps, de plus d'une manière, la circulation des hommes, des machines et des munitions \ 4"^ enfin il n'est guère possible de se servir XaffuJU ds place derrière ces traverses , puisqu'il faudrait trop élever celles-ci au-dessus du parapet , pour couvrir les canons tirant eux-mêmes par-dessus ce parapet; ee qui exposerait ces tra^jpises au feu de plein foiiet de l'assiégeant , et exigerait d'ell^ pour y résister, une grande épaisseur qui^ combinée avec leur

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hauteur, en ferait un travail si considérable , et emploie-rait tant de terres , que les iuconvéniens précédemment exposés en seraient au moins doublés.

Lorsqu'au contraire une face d'ouvrage ne peut être battue À ricochet, elle jouît de tout son terrain pour le déploiement de ses moyens et Texécution de ses feux*. On ne peut combattre son canon que de plein fouet, et on ne peut le réduire au silence qu'en lui opposant un nombre supérieur de canons tirés k pleine charge. L'assiégé peut , ou se servir d'affûts de place et tirer sans embrasures , ou , en faisant des embrasures , les ouvrir peu, en biaiser quelques-unes , et en les dérobant ainsi aux batteries de l'ennemi , les diriger avec infiniment moins de danger sur ses approches. Enfin l'on ne croit pas exagérer en disant que dans ce cas il faudra peut'» être à l'assiégeant^ pour combattre avec avantage et pour réduire finalement au silence le canon de l'assiégé ^ le double au moins de ce canon , tandis qu'avec le ricochet il lui en fallait à peine le quart; et si l'on pousse la comparaison jusqu'entre les quantités de poudre coasommées dans l'un et dans l'autre cas par l'assiégeant , le résultat devient vraiment étonnant et la différence énorme. Et qu'on ne croie pas que ce soit un objet de peu d'importance ; combien de sièges ont langui faute de poudre chez l'assiégeant, et en attendant qu'il en eût renouvelé par des convois sa provision ! et cette langueur ne dûtelle jamais avoir lieu , ne serait-ce pas toujours beaucoup de faire acheter la prise d'une place par l'emploi d'une immensité de moyens, et la consommation d'une infinité de munitions Pjfie plus , le quadruple au jnoins de batteries élevées soi^e feu préparé de la place, coûtera quatre fois plus de t *vail et de pertes à l'assiégeant, tandis que

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Tassiégé , dispensé d'élever des traverses , et même d'ouvrir des embrasures y sera libre d'employer toutes ses forces à l'exécution de ses feux ; et remarquez que cet avantage qui s'exerce avec énergie dès les premiers momens du siège , ne cesse d'être sensible qu'à la fin ; car les feux de l'assiégé mieux conservés , ceux surtout de son chemin couvert, que les batteries de plein fouet, quelque nombreuses qu'elles soient, ne réduiront que de bien "^peu \ les feux de l'assiégé , disons-nous , feront , à toutes les époques du siège, et à chaque pas des approches , éprouver des pertes plus grandes à l'assiégeant.

Cet avantage est grand , sans doute , mais il n'est pas le plus précieux de ceux que le tracé de Cormontaingne procure aux places auxquelles il est adapté. Car, on a déjà pu le remarquer, nous partageons les propriétés de toute fortification en deux classes très-distinctes : l'une comprend celles qui causent nécessairement une plus grande perte d'hommes à l'assiégeant ; l'autre se compose de toutes celles qui l'entraînent nécessairement dans une plus grande perte de temps. Je dis nécessairement, parce que, quoiqu'il soit assez ordinaire qu'acciden.-* tellement, de la perte des hommes suive la perte du temps , il dépend cependant de la fermeté et de la bonne conduite de l'assiégeant qu elle n'en résulte pas , « et que le siège , nécessairement plus meurtrier, ne soit pas forcément plus long. Une plus grande perte de temps ^ au contraire , entraîne nécessairement , toutes choseft égales d'ailleurs, une plus grande perte d'hommes. Celle-ci est une dépense qui , se faisant pendant un plus long espace de temps , devient nécessairement d'autant plus forte que sa durée est plus grande. D est donc clair que cette classe de propriétés qui portent essen-

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tiellement sur la durée de l'aitaque, réunissant néces<sairement tous les avantages, mërite la préférence. sur l'autre qui ne lès réunît qu* accidentellement* Et il n y aurait point encore à balancer sur le choix entre ces deux sortes d* avantages , quand même Tune serait complètement isolée de Tautre ^ car le grand but des places fortes f qu^il est peut-être impossible de rendre imprenablés , est sans doute d'.arrèt4»r un ennemi supérieur le plus long-temps possible sur les frontières d'un état, pour donner a celui-ci le temps.de préparer dans son intérieur tousses moyens, et d*user de toutes ses ressources pour reprendra la supériorité sur les ennemis-^, ou au moins pour atteindre à Tégalité de forces avec eux. D n'y aurait donc pas à hésiter entre Tavantâgé de tenir plus longtemps contre Tennemi , et celui de lui coûter plus de monde, quand même le premier ayantage n'enchaînerait pas à lui le second aussi nécessairement , que le second est peu sûr d'entrahier après lui le premier.

Or, on ne peut contester A la fortification de Cormontaingne des propriétés de cette classe ëminente , et des avantages de ce gjenre supérieur. Car, obligeant à une succession d'opérations, et à la prise des demi -lunes, avant de pouvoir seulement couronner le chemin couvert du bastion , le siège se troute nécessairement allongé d'au moins toute la différence qu'il y a entre faire ces opérations tout d'un temps, Qt les faire l'une après l'autre. Puis la difficulté de remplir ce préliminaire indispensable de la prise de la demi-lune , se trouve bien aug-> mentée par l'effet du réduit solide qu'elle renferme , et qu'il fai|t encore que Tassiégeant prenne , tant pour chasser l'assiégé des coupures de la demi-lune , et par suite, des retranciMmens des places d'armes rentrantes ,

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