LIV. I. CHAP. XI. 3n
Les ouvrages capitaux éiaivt les seuls qui portent batterie, et conséquemment ceux qu'il importe le plus de baUre k ricochet dans le commencement du si^ge^ c^est sur eux qu'on se réglera pour )a distance de la place à laquelle on en ouvrira la trancbëe , ou pour mieux dire k laquelle on en placera la première parallèle ; car si Ton se réglait sur le chemin couvert pour la placer à Tordi naire à 3oo toises de sa crête , elle se trouverait nécessairement à une trop gratide distance des ouvrages capitaux, pour que les batteries qu'elle renfermerait ou soutiendrait , pussent , avec quelque effet , les battre à ricochet. Ce sera donc sur les enveloppes de terre de ces ouvrages , lesquelles en sont à très peu dé chose près , k la même distance où en sont les chemins couverts dans les autres systèmes, qu'on se réglera pour en placer la première parallèle à 5oo toises , tandis que si Ton se plaçait k cette distance de la crête de leur chemin couvert , on se trotu verait trop éloigné des bastions, de too toises, et des demi-lunes , de 5o.
n faut, k la vérité, convenir que c'est un avantage de plus qu'a ce système par dessus les autres , que cette nécessité de rapprocher la première parallèle des éhemins couverts de la place assiégée \ car, quoiqu'il semble qu'à la distance où l'on en reste , ou n'ait rien à risquer de plus , puisqu'on est encore hors de la portée de leur mpusqueterie^ et que cette ouverture de tranchée , et cet établissement de première paraUèle, se faisant à la distance ordinaire des bastions et des batteries de l'assiégé, n'aient également rien de plus à craindre de son canon ; cepen* dant , comme ce canon peut être amené partout avec facilité dans ce large chemin couvert sans traverses , et y être tiré par plongée par-dessus son parapet, à ricochet
5o4 ESSAI GtlsihkL DE FOBTIFIGATION.
contre cette ouverture de tranchée, il y a toute apparence que si Tassiégé ne se la laisse pas dérober, cette première opération de Tassiégeant en deviendra plus meurtrièijs.
Indépendamment de cette diflSculté, Tassiégeant en éprouvera une autre dans la multiplicité des prolongemens qu il faudra qu il prenne, et des batteries qu'il faudra qu*il établisse sur ces prolongemens , pour enfiler toutes les faces d^ouvrages qui peuvent agir contre ses approches. On verra par le plan que nous avons fait de cette disposition de batteries (i), qu il n'y a pas moins de 34 de ces. prolongemens stu* lesquels il y a du canon à établir; et que le nombre des.pièces qu'on y peut facilement placer est de g6 canons et de 4p mortiers ou obusiers. Ce nombre, qu'on pounrajt sans gène augmenter encore de quelques canons contre les ouvrages capitaux , et de quelques mortiers contre les fossés secs , démontre évidemment que si ce système peut employer beaucoup d'artillerie pour sa défense , il est également susceptible d'être attaqué par beaucoup d'artillerie. Si quelque raison cependant engageait l'assiégeant à l'épargne sur cet article ^ il pourrait sans inconvénient le réduire ainsi qu'il suit ,
savoir
A 3 canons par prolongement de face de bastion capital ^ ci pour 4 . i^ canons
A a canons par prolongement de face de demi-lune capitale^ ci pour 6. la
A I canon par prolongement de face basse
A reporter. 3^4
(1) Planch. 28.
LI7, U GHAP. -XI. 3o5
Repart a4 canons.
de bastion ou de demi^Iune, ou de face de contre-garde, et par conséquent pour i4- • i4
A 2 canons par prolongement de brahche de chemin couvert; ci pour 10 20
Total des canons 58
Et à 2 mortiers ou obusiers par prolongement de fossé sec ; ci pour 10 20 mortiers
rfMki
Total des pièces d'artillerie. ... 78
De CCS deux mortiers par fossé sec , il faudra que Tun au moins soit de gros calibre, c'est-à-dire de 10 à 12 pouces y pour enfoncer d'autant mieux les coffres « galeries et caponnières couvertes , préparées pour \^ défense de ces fossés , et k cette occasion je remarquerai qu'il ne sera pas nécessaire qu'une de ces grosses bombes tombe dessus pour les ruiner; mais que la faiblesse do leurs pieds-droits est telle, qu'il suffira qu'elles tombent à côté pour les enfoncer par leur explosion^ ainsi que pour ébranler et crevasser le fond citerne de la caponnièi^e qui traverse en capitale ces fossés secs , à trois pieds au-dessous du niveau de Veau , et par conséquent pour remplir d'eau à ce niveau cette caponnière, et la mettre conséquemment bors de service.
On pourra s'étonner de me voir établir des ricochets contre lies faces basses des bastions , qui masquées par les contre-g;ardes ne voient ni ne sont vues dans ce commenment du siège -, mais , outre que le fossé sec en arrière de ces faces estp'^V^ susceptible de receler des battçries do mortiers , d' obusiers, et même de canons tirant par plon- I. 20
3o6 F.SSAI GkîiàtiAL DX FOBTIFICATION.
géc , et qu'il arrivera que ces batteries recueilleront toujours quelques-uns de mes ricochets, il est contre les bons principes qu'il y ait sur le front d'attaque un lieu où l'assiégé puisse être en repos et se croire en sûreté ; il est encore plus essentiel à l'assiégeant de ne pas laisser intact, jusqu'au moment où il en essuiera le feu, un parapet qu'il peut labourer et bouleverser d'avance par ses ricochets. Et quant à ce dernier objet, ainsi qu à celui d'enfoncer la galerie qui règne sous la seconde banquette de ce parapet , on remarquera que l'obusier^ si Ton croit à cette distance pouvoir autant compter sur la justesse de son tir que sur celle du canon, est incontestablement préférable à ce dernier.
Cet obusier par batterie pourra servir également k tirer contre les coflres enfoncés en avant des places d'armes rentrantes; les obus qui y parviendront ne pourront manquer d'y faire beaucoup de dégâts , et ceux qui n y parviendront pas, iront bondir dans les places d'armes en arrière , et y dégrader et détruire les réduits de maçonnerie qui s'y trouvent.
Encore un mot en faveur de ceux de mes lecteurs tant soit peu neufs sur cette matière, et que je supplie ceux qui le sont moins de vouloir bien me pardonner. Commen! , me diront ceux-là , vous y prendrez-vous pour établir des ricochets contre des ouvrages que vous ne voyez pas , et dont vous ne pouvez par conséquent prendre les prolougemens ? Je leur réponds que je les établirai parallèlement à ceux des ouvrages en avant ou en arrière que je peux voir, k la distance exacte que je sais être entre ceux-ci et les premiers. Ainsi il me suffit de pouvoir prendre le prolongement, soit d'une face capitale, soit d'une face de contre-garde, soit même de la branche
decbemin couvert en avant, pour établir parfaîtcment les balleries à ricocïiel de tout ce qui lui est parallèle , et dont Finleryalle avec lui m'est , par les règles de la construction au sjstéme , parfaitement connu j et remarquons à ce sujet que le parallélisme des ouvrages entre eux, qui DC 5alis£tîe qu'à une sorte de régularité , et n'a aucun but uiilcj produit un désavantage réel par la facilité qu'il donne à l'assiégeant d'obtenir tous leurs prolongeniens , aussitôt qu'il est parvenu h se procurer celui d'un seul de ces ouvrages.
La suite de Vattaque jusqu'au couronnement du efaemin couvert, sera la même qu'au syslcmc de Vauban , excepté que voulant parvenir aux saillans du chemin couvert des deux demi-lunes collatérales au front d'attaque, il me faudra cinq chemîncmeus en capitales, et cinq caraliers de francbée au lieu de trois. Ce n'est pas qu'il ne fut très possible ', très convenable peut-être de se dispenser de cavaliers de trancbée coutre un chemin couvert sans traverses et sans double palissade ; car celle-ci n'ayant point de traverses oi\ s'appuyer, serait aussi facilement enfilée que la première de la crête du parapet du saillant. Cependant , pour ne point risquer de paraître tomber dans un arbitraire désavantageux à ce système » je persiste à supposer que l'assiégeant sera obligé d'en passer par cet allongeant préliminaire , avant de parvenir au cooronnement du chemin couvert. Passant donc tout ce qui précède, c'est à ce période du siège que je commence i en faire le journal.
5o8 fiSBAI GicNiRAL DK FORTIFICATION.
Aï r AQUE. DÉFENSE.
TREIZIÈME HVIT.
Od débouche de l'extrémité de Feti denumtquêUHeêuriu
chaque cavalier de tranchée la plus iant qu'on cowomu (i) , UnU deg
voiêioe de la capitale, en Mpc don- èotUre-gardâf yiM des demi'Umsê
ble et debout, dirigée aux sailiana inférimrUj ainti çuê des pioûos
du chemin couvert, qu'on cooronne d'armes rmtraniM e* de ieurt tra-
tous cinq à la fois. <w«m. On ne foHe fUtsdufm de
An jour, on perfectionne le* cou- ieuri coffret, panei/u'on tufpoec
ronnement , de part et d'autre de 9U0 det ohut Urée des demi-piaeee
chaque saillant, et l'on commence d'armée oudeia Iroisième ^rai-
à y travailler â des batteries qui, iétef tes auront entièrement dètruiU
d'abord , miocroni les traverses et ou rendus imffraticaélet ^ $i le feu
la gorge des réduits de maçonnerie des premières haUeries n'y avait
des places d'armes rentrantes , puis pat eompiitement réussi ; feu d^ar-
tireront aux faces des bastions et â iiii^ie des demi^Utnes supérieures
celles des demi • lunes , par les «< <iM hastions oafitaua , sur Us
trouées des fossés et chemins cou- mêmes tailtans.
verts qui se dirigent vers elles. Ces D'un autre côté y VattUgé , à gui
batteries qui d'abord n'ont qae dea <« eireuiation de son aHiUerie dans
tenes ^our objet, doivent être en ies branches du chemin couvert
très grande partie formées d'obusiers attaqué n'est plus permise depuis
et de mortiers montés sur affûts de i^élaHistemênt des cavaliers de
canons, dont les bombes lancées tranchée ^ et à qui eUe sera éien
honiontalement, produiront, en plus eévèrement interdite encore
crevant , des entonnoirs propor- par le couronnement des saiUans de
tiennes aux quantités de poudre ee'même chemin couvert, a dû pour
dont elles seront remplies, (a). Et , en conserver ia renÈrans , avoir
(1) PUnehe 29.
(a) Ou, pomr parler plas ocaetemeiit, proportionnés i ces quantités, moins celles snffisaates poor^^blre crever ces bombes. Ainsi la bombe de la pouces étant remplie de 17 liTTCs de pondre, dont 5 lÎTres sont suffisantes pour la faire éclater, agira dans les tores avec 1 1 livres de poudre , et enfoncée i 5 pieds de profondeur, produira un entonnoir de 10 pieds de diamitre. Celle de 10 ponces, remplie de lo livres de pondre, flont 3 suffisent pour la faire éclater, agira dans les terres avec 7 livres de poudre, et eufoncée de '4 pieds et quelques pouces, produira un entonooir de 8 à 9 pieds. Celle de 8 pouces enfin, ainsi que Tobus de même calibre , remplis de 4 livres i once de pondre, dont i livre suffit pour les faire édater, egiront dans les terres avec 3 livret x onoe^ et' enfoncés de 3 pieds et quelques ponces, produiront un entonnoir de 6 i 7 pieds de diamètre; le tout dans des teftes commwMS , et d'une ténacité moyenne. .