CHAPITRE XIT
Examen des avantages et des défauts de 4a place pré • cédente , et recherches des ehangemens à faire dans sa construction pour augmenter les uns et diminuer les autres.
On est forcé de reconnaître a l'honneur de Coehorn , que seul entre tous les ingénieurs modernes , il a saisi une grande vérité : c'est que le même genre de fortift-cations ne convient pas aux places à fossés pleins d'eau et aux places à fossés secs. En effet , ne semble-t-il pas absurde de faire derrière les premiers la dépense de ces hautes escarpes de maçonnerie , setdement inventées dans l'objet de mettre hors d'atteinte les ouvrages dans le fossé desquels l'ennemî peut ^'introduire, d'autant que ces escarpes , plus faciles a ruiner par le canon que les remparts en terre , laissent bientôt par leur chute les pa-
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rapets qu*elles soutîeDnent sans base , et consëquemment les ouvrages qu^elIes revêtent ^ sans défense? L'escarpe de maçonnerie donc , mal nécessaire dans un ouvrage à fossé sec » qui sans cela pourrait être insulté d*emblée , semble être un défaut sans excuse dans un ouvrage à fossé plein d'eau.
D'un autre côté, la difficulté des communications et de la retraite d'un ouvrage entouré d'eau , le rend d'une défense moins vigoureuse dans son essence^ et moins opiniâtre dans s^urée , qu'un ouvrage k fossé sec ; le transport des reniorts en bommes , en armes et en munitions , ne pouvant s'y faire à temps et à proportion du besoin » avec le même à propos que dans un ouvrage où l'on peut aborder de plein pied •, et la crainte d'être assailli trop vivement pour avoir le temps d'en sortir, obligeant de l'abandonner dès qu'on y redoute la possibilité d'un assaut. Cet assaut y est même d'autant plus h craindre qu'aucun retranchement ne peut rassurer contre, l'assaillant pouvant tous les tourner le long des talus des 'escarpes de terre , et ce dernier défaut , partagé par le corps de place quand il est également en terre, y est d'une conséquence plus terrible encore que pour les ouvrages qui en sont détacbés -, d'où l'on voit qu'il en faut venir jusqu'aux retrancbemens en arrière des brèches y pour découvrir quelque utilité, et trouver une excuse aux revêtemens en maçonnerie des ouvrages à fossés pleins d'eau.
n semble donc qu'un ingénieur réduit A fortifier une place i^ fossés pleins d'eau , n'ait que le triste choix entre ces deux écueils : ou de faire de dispendieux revêtemens, inutiles pour mettre ses ouvrages à l'abri d'une insulte d'emblée , et nuisibles s'il s'agit d'en conserver debout
5^8 ESSAI GinkKAL de fobtifigation.
les parapets ou défenses; ou bien d^avoir des ouvrages qui , malgré les relranchenieus qu'on y peut faire , sont insoutenables conlre un assaut , dès que par le progrès du travail des passages de fossés , cet assaut est devenu praticable.
C'est cependant ce double écucil que Coebom a non seulement évit^ , mais qu il a même en quelque sorte fait tourner au profit de son arU Le large fossé sec qui se trouve derrière ses ouvrages en terre, leur ôte toute crainte sur leur retraite et sur leurs communications , et Touvrage revêtu de maçonnerie qui , oerrière ce fossé sec sert de réduit à Fouvrage en terre , ne peut comme lui être emporté d'emblée. L'ouvrage en terre lui-même ne peut plus l'être ; Tassaillant y étant passé par les armes de l'ouvrage en maçonnerie, s'il restp sur le parapet ou sur l'étroit terre-plein du premier, et se trouvant dans i^ ga(pter^ s'il ose en descendre et sauter dans le fossé sec, traversé en tous sens par les feux des galeries, coffres, caponnières et batteries ca&ematêes qui le défendent \ que s'i} essaie de se loger dans la masse de l'puvrage en terre, l'assiégé l'y écrase en lui bouleversant son logement par des fougasses servies de la galerie adossée à la gorge du même ouvrage. D'un autre côté l'ouvrage de maçonnerie en arrière , que l'auteur nomme avec raison ouvrage ca* pital, ayant son revêtement moins élevé que le sommet de l'ouvrage en terre , reste conséquemment intact» tant qu'une brèche faite à celui-ci ne découvre pas le premier aux boulets de l'assiégeant. Mais on sait combien celte brèche est difficile à faire par le canon. Il n'est pas non plus bien facile à l'assiégeant de la faire par la mine au bout de son passage de fo$sé , transversalement à cette galerie qui l'attend ^yeç des fougasses v>Utes prépar^es^ I(