LIV. I. CHAP. XII
Ce n'est pas tout , car ]*arti]lerie des deux étages inférieurs de flancs y est totalement à Fabri du ricochet, contre lequel les flancs hauts lui serrent de parados ; et celle des ouvrages bas , enterrée derriè^re des masses de terre de 1 8 pieds de haut , par-dessus lesquelles die tire par plongée , sous un angle d'environ lo degrés y n'a éga* lement rien ou que bien peu de chose h craindre de ce feu , qui dans les autres systèmes est si désolant dès le commencement de la défense.
Tous ces avantages sont grands , sans doute , et si l'assiégé sait en profiter, en n'exposant point son aitîUerie k être démontée , et en ménageant son monde et son feu pour les occasions importantes , il fera certainement éprouver de grandes pertes à l'assiégeant, avant que celuici puisse , pour ainsi dire » voir à qui il a aflaire , et tirer directement aux ouvrages d'où on lui fait tant de mal ; et quand il en sera arrivé là , s'il ne prend le parti de composer comme nous ses batteries ^ en très grande partie d'obusiers et de mortiers montés sur affûts de canon y on sait , et nous avons déjà fait voir la grande difficulté qu'il y aura à entamer ces ouvrages , et surtout à s'y loger. La manière que nous avons adoptée est donc , nous le répétons , la seule propre à triompher de tant d'obstacles *, mais quoique nous la croyons infaillible , il ne faut cependant pas se persuader que nous nous en formions une idée telle que semble la présenter la planche trentième , de laquelle on pourrait inférer que nous entendons raser une contre-garde en dix volées d'une batterie de gros mortiers ; car nous gavons parfaitement qne la pratique ne peut marcher avec la même régularité que la théorie , et que les bombes ne pourront succéder aussi exactement sur la même ligne , qu'elles sont représentées
COa ESSAI C&MÉn^L tu FOtlTIFICATIOK.
le faire sur la plancbe. U ne sérail même pas bon qu^clIes s'y succédassent, et , après les premiers coups tirés, elles doivent» autant quMl sera possible, être adressées aux parties saillantes que laisseront entre eux deux entonnoirs Toisins. Il est aisé aussi de prévoir que les coups tirés trop bas retaîdenaienl la formation de la brècbe , en enlevant un déblai superflu à Teffet qu'on se propose , et que les coups tirés trop haut y pourraient nuire , en déterminant en en haut Veffet de la poudre , et en occasionant la rechute des terres dans les entonnoirs. On doit donc s'attendre à divers contre-rtemps qui rendront Teflet représenté dars la planche trentième » moins prompt et moins copnplet peut-être qu'on ne Ty voit; mais il en faudrait rencontrer sans doute une réunion difficile k imaginer, pour ne pouvoir en un jour compléter la brèche d'un semblable ouvrage , et c'en est plus qu'il n'en faut pour réaliser toutes les suppositions de notre journal d'attaque et de défense.
Les avantages de ce système sont donc , comme on voit, généraux et résultant tiécessai rement de son appropriation au terrain aquatique auquel on le suppose appliqué ; ses défauts au contraire de détail , si l'on en excepte un seul , tiennent pour la plupart à l'économie de dépenses que l'auteur a tâché d'allier à la multiplicité des moyens de chicane. Ses coffres , ses caponnières et ses galeries à murs minces , recouverte de madriers et de terre, ne résisteraient pas à la moindre bombe» pas même aux boulets à ricochet , non plus que les réduits maçonnés de ses places d'armes remisantes. Ses communications en capitales, enfoncées au-dessous du niveau de l'eau , ont de plus le défaut que nous leur avons déjà reproché , d'être noyées par le pren^ier ébranlement qu'on leur
UY. I. GHAP. XII. 333
cause. De semblables moyens qui ne sont à l'épreave d^ aucun des conps de Tassiégeant, et ne peuvent servir qu^ autant qu'ils leur édiappent , ne sont que de très peu d^ effet dans Ja réalité, et nuisent beaucoup dans l'opinion, par le découragement où ils jettent le soldat, et même J 'officier , qui se défient des défenses qui leur restent, en proportion de ce que celles qu'ils ont perdues ont trompé ieur attente.
Le défaut capital que nous avons excepté, consiste dans la position de Forillon qui , défendant seul le fossé entre les faces supérieure et inférieure du bastion , laisse ce fossé totalement sans défense, dès que réduit par quelques coups de canon tirés au pied-droit de sa casemate, à n'être plus qu'une masse inerte , il ne fait plus d'autre effet que de masquer par cette masse ce même fossé qu'il était destiné à défendre , et de le dérober au feu du triple flanc du bastion correspondant.
C'est dans la vue sans doute de corriger ce défaut, que l'auteur a inventé son second système (i), où les orillons placés à l'ordinaire au bout des faces du bastion capital , en couvrent les flancs hauts et moyens , sans en dcrobei* les faces et leur fossé sec à la défense des flancs des bastions collatéraux. Outre cet avantage, cette construction procure celui d^une circulation libre autour du corps de place ou enceinte capitale , dans un fossé sec dont Fauteur porte la largeur à 20 toises , de 16 qu'il lui en avait donné dans son premier système. Pour étendre l'avantage de cette circulation à toutes les armes , et même à la cavalerie, dont l'auteur se propose avec raison de faire
(1) Plancb. ai, fig. 1
534 BSSAl GÈNiiBAL DE FORTIFICATION.
usage pour charger tout ce c[ui oserait ae jeter dans ce fossé sec , il y supprime les caponniires ou communications enterrées en capitale des bastions » quoiqu'il régne , comme a son premier système , une galerie crénelée sous Tenveloppe de terre qui recouvre le fossé sec à i6 ou ij pieds au-dessus de son sol. A cette seconde enceinte non revêtue, tiennent les ra vélins à flancs retirés, au bout desquels se trouve , séparée de chacun d^.eux par un espace fermé par une barrière , une redoute casematée , formée de murs crénelés , recouverts de poutres surmontées d'un parapet de terre. Aux faces et aux flancs du ravelin , sont également adossées des galeries crénelées.
Une seconde différence essentielle de ce système à Tautre est , qu entre sa première contrescarpe , en tout semblable h celle du premier» et Tenceinte et les ravelios que nous venons de décrire, règne une autre contrescarpe séparée de la première, comme le sont les contre-gardes dans le premier système , par un fossé plein d'eau , de i4 toises de largeur. Cette seconde contrescarpe ou enceinte continue de terre, est séparée de Tautre enveloppe* de terre du corps de place , par un fossé plein d^eau de 24 toises de large , et a elle-même ao toises de largeur, avec des traverses dans le prolongement de celles de la première contrescarpe , et des réduits de maçonnerie à tous ses angles saillans et rentrans. A ces derniers qui forment un redan ou petite place d'armes , il y a, de plus, nue galerie adossée à leur rempart , à laquelle on communique . du logement ou réduit , par une galerie dirigée en capitale , et à demi enfoncée dans le terre-^plein qui , ainsi que celui de la première contrescarpe et les fossés secs , n'a son sol élevé que de 6 pouces à i pied au-dessus du niveau de Teau. Des palissades plantées à 3 toises de la
UV. I. GHAP. XII. 355
gorge de celte seconde contrescarpe, assurent la fetraùe de ses défenseurs^ dans quelque partie qu'ils soient placés, et la communication aux difïercns logemens de maçonnerie dont elle est retranchée. De semblables palissades sont plantées à 4 toises en avant des bastions capitaux, comme an premier système. 11 y a également devant la courtine une tenaille ou courtine basse à flancs , qui donne , comme au premier système , un troisième étage de flancs» Cette tenaille est séparée du fossé sec en avant, par un fossé plein d'eau de lo toises de largeur. Nous ne nous étendrons pas davantage sur les conditions du tracé de ce système $ que la figure première de la planche trente-unième, cotée de ses principales dimensions, fait suffisamment connaître : nous nous contenterons de dire, qu ainsi que T^uteur, nous Tavons appliqué à un heptagone dont le côté , à Texiérieur duquel il fortifie toujours, a ia6 toises. Quant au relief, il est à peu près le même qu'au premier système , si ce n'est que les faces capitales et les flancs hauts des bastions ont ici 6 piedsd e hauteur de plus, pour qu'ils puissent également découvrir la cVéte des glacis par-dessus celle de la seconde contrescarpe , plus éloignée d'eux que ne l'est , au premier système , celle des coqtre-gardes.
Nous ne savons si ce système jouit quelque part des honneurs de l'exécution, comme le premier (t), mais
(I) Le premier système deCoehoro ne jouit réellement qu'à Manheira , et encore que dans quelques parties de l'enceiiite de cette place, des honneurs de l'exécution ; et il n'est pas indigne de remarque, qne cet illustre ingénieur n'ait» .dans les nombreux trayaux qu'il a fiiits dans les places de sa patrie, jamais employé en plein aucun de ses trois systèmes , et qu'il se soit contenté d'eli détacher quelques détails , pour les
356 EssAL càNÈnAL de i ortifigation. •
nous osons dire qu'il les mérite mieux encore , tant pour les avantages déjà mentionnés, que pour cçuxd^une communication non interrompue et de plain-pied , tant aux ravelius qu entre les diverses parties de la seconde contrescarpe » que d'ailleurs sa largeur rend propre à y faire, contre les approches , usage d' artillerie de plongée et à ri- Gocbet , ce qui ne peut avoir lieu dans les contre-gardes du premier système. Cette contrescarpe a encore sur les mêmes contre-gardes l'avantage de ne point laisser de trouées par où l'assiégeant puisse adi*esser se& coups au corps de la place. Enfin, tous les moyens de défense que l'auteur lui a ménagés dans ses divers logemens de maçonnerie « ses traverses en terre , ses palissades , et les galeries crénelées de ses angles rentrans , sont encore renforcés par l'usage très praticable qu'il coj^pte faire, de pontons à l'épreuve du mousquet, pour prendre a revers les parties de cette contrescarpe où l'assiégeant sera parvenu à pénétrer, et où il tentera de s'établir.
Ce système, d'ailleurs, qu'on pourrait au premier coup d'œil croire infiniment plus dispendieux que le premier, l'est peut-être moins *, car s'il demande quelques mouvemens de terre de plus , il exige , d'après les supputations parfaitement détaillées de l'auteur, un quart de maçonnerie de moins, et comme on sait, la maçonnerie est , dans toute fortification , l'article sans comparaison le plus cher de tous. ,
employer çà et U dans la fortification înfiiiimeDt plus simple qu'il a ezëcutée. Tant il est Trai que l'exécution tend toujours à simplifier ce quil coûte si peu de compliquer sur le papier ! Que d'idées , en eflet , qui , lorsqu'on essaie de leur donner un corps , ne répondent plus qii« bien imparfaitement à ce qu'on s'en était promis !