‹ Essai historique et descriptif sur l'Abbaye de Fontenelle ou de SaintChapitre 12 sur 32 · PEINTURES · texte numérisé non relu

PEINTURES

^EGLISE abbatiale de Saint-Wandrille avait, à diverses époques, été couverte de peintures dont on avait cru décorer Tintérieur de cet édifice. Les chapiteaux mêmes furent, en grande partie, chargés, comme ceux de Jumiéges, de couleurs et d^ornemens faits au pinceau qui paraissent avoir été renouvelés dans la dernière reconstruction. Un sujet pieux exécuté vers le quatorzième siècle sur le mur de la chapelle de Saint-Laurent , dans le croisillon septentrional, est une des plus anciennes peintures que j^aie remarquées dans ces

vastes ruines (voy. pi. Il, fig. I, p, i4)' Il représente le martyre de saint Etienne, dont Fontenelle révérait et possédait depuis longtemps les reliques. En effet , dans Tannée 1 o36 , sous Tabbatiat de Gradulphe, Gérard Flaitel, chevalier normand, avait fait don à ce mo hastère d'un doigt du proto-martyr, quMl avait obtenu de la générosité du duc de Normandie Robert-le-Magnifique , à Nicée de Bythinie.

Ce doigt opéra de grands miracles dans Fontenelle. Cette fresque, divisée par un meneau, n'est ( tant le rouge y domine ) qu^une espèce de camajeu dont les figures s'enlèvent sur un fond d'ocre jaune. La première partie montre le saint tombant sur les genoux sous les coups de pierre que lui latice un bourreau vêtu d'habits mi^-partis. La deuxième offre un lapi dateur équipé comme le premier , et derrière celui-ci, une plus petite figure à laquelle le peintre a voulu, sans le pouvoir, donner un earactère d'adolescence , est assise 5ur un vêtement du saint , déployé sur un siège

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élevé : c^est le jeune SaûL II étend la main gauche comme pour exciter les exécuteurs , et Pautre élève un objet oblong, qui , malgré sa roideur et Pinsignifiance absolue de sa forme, est un véritable phylactère , moyen si géné-^ ralement adopté à cette époque pour prêter un discours aux figures inanimées , qu^elles étaient censées parler, quand même il n^j avait rien de tracé sur ces espèces dVcriteaux. Or celui que tient le futur apôtre des nations est Tapprobatioil de la mort d^Ëtienne : car Saulus erat consciens neci ejus. ( Act. VU, Sg.)

On doit y au reste, regarder cette peinture, malgré la grossière inhabileté de son auteur, comme admirablement conforme aux moindres détails de la scène qu^elle représente. Ces figures ont environ yingt pouces de haut»

Un grand nombre d'autres sujets peints vers la même époque, mais avec moins de barbarie et plus de luxe de couleurs, ofiraient çncpre dans Pintérieur de Féglise beaucoup de sujets et d^événemens relatifs à Fhistoire

de Fontenelle. Un de ces derniers, entre autres , représentait Fabbé Teutsind recevant des mains d^un architecte un plan sur lequel on reconnaissait aisément Féglise de Saint-Michel dans son état actuel. L'artiste commettait en cela un des anachronismes si communs de son temps ) puisque Teutsind , neuvième abbé de Fontenelle, érigea Tancienne église de Saint- Michel vers 735 , et que celle qui se voit aujourd'hui ne fut construite que dans le onzième siècle. Ce petit monument qui subsiste à cinquante pas de Féglise abbatiale , n'est certainement pas indigne de Fattention d'un archéologue. Dans le grand ouvrage intitulé : yoyage romantique et pittoresque de V ancienne France^ on en trouve une vue intérieure qui répond ^ à Fadmirable talent du baron Athalin qui Fa lithographiée.

De tous les dignitaires qui exercèrent quelque autorité dans Saint - Wandrille , le prieur D. Guillaume Lavieille , auquel Fabbaye dut mille obligations en tout genre , fut un de ceux

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qui montrèrent le plus de goût pour les couleurs et pour les peintures édifiantes* <( Ce fut » lui , dit , dans ses Hommes illustres de cette » maison , Alexis Bréard , dont je rapporte » les propres expressions , qui fit peindre ( au » commencement du seizième siècle ) les I) saints qui se noient encore de présent autour » du choeur de Fontenelle, reuestus d^aubes, » de chasubles et de mitres , s^ils sont euesques ; » d^aubes , de chappes et de mitres , la croce )} en main , s'^ils sont abbés ; et seidement » d^aubes et de chappes, s^ils sont simples re- » ligieux. » Ces saints , à la tête desquels se trouvait avec cette raison saint Wandrille , étaient au nombre de trente-six. Ayant en partie disparu par la chute de la tour, en i63i, ils furent, avec d^autres, restaurés ou rem-^ placés par les soins du prieur D. Vincent Humery en 1669, quelques années après la réparation du chœur.

J'ai recueilli avec le dessin de la mort de saint Etienne, dont j'ai parlé plus haut , celui

d^une peinture beaucoup mieux exécutée qui s'aperçoit encore sur les murs de la chapelle de Saint-Sébastien, située du côté du nord.

Ce sujet , qui parait appartenir à la fin du seizième , ou au commencement du dix-septième siècle, rappelle les fréquentes licences que, dans des temps plus reculés , les artistes se permettaient dans les temples {voy. pi. II , fig. //, p. 24)- Cest le martyre d^une jeune sainte attachée à un arbre et entièrement dépouillée de ses vètemens : elle souffre avec résignation les tortures que lui font endurer deux bourreaux armés de lampes ardentes suspendues à des branches de fer. On ne pourrait sans frémir et sans blesser la pudeur, décrire Thorrible manière dont un des satellites remplit son cruel emploi. Le supplice des lampes ardentes se rencontre assez fréquemment dans les martyrologes.

Dans son second Essai sur le département de la Seine-Inférieure publié en 1796, M. Noël de la Morînière* déjà cité dans cet ouvrage,

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décrit le déplorable état où Sain t-Wan drille se trouvait dès-lors. « Plusieurs morceaux de » la main de Sacquépée , dit-il en parlant de » la grande église^ analogues à la fondation du )> monastère, n'ont pas eu un meilleur sort. » Il est très-probable qu^il s^agit ici de morceaux exécutés à fresque et totalement disparus , puisque je n^ai rien trouvé qui rap-r pelât le style de Sacquépée, habile peintre normand, né au commencement du dix-septième siècle , ni rien qui approchât de sa manière.

Une partie des voûtes de Téglise était bigarrée dWnemens exécutés au pinceau. Celles de la chapelle où se voit le martyr de saint Etienne, dont nous avons parlé plus haut, oflprent encore une décoration en ce genre que nous nous abstiendrons de décrire , Payant gravée dans cet ouvrage {vof. pi. II, fig. ///, p. 24). Elle est, comme la fresque précitée, peinte en vermillon fort gros»sier sur un fond d^ocre jaune.

BSSAI HISTORIQUE

LE GLOITBE.

E cloître de Saint-Wandrilleest, à iiVi pas douter, un des plus magnifiques nK numens de ce genre qui soit échappé au vanda^ lisme des derniers temps ' . Au moyen de deui portes situées aux deux extrémités de la nef ^ on descend , par quelques degrés , dans ceiU belle et pittoresque galerie, dont le sol est six pieds environ au-dessous de celui de )i basilique. Une sépulture vouée à Vexécratioi

M. Bouton en -a sûrement jugé de même , lorsqu^il puisé dans cet édifice un nouveau sujet de Diorama.

et placée au bas d'une de ces entrées , rappelait aux moines de Fontenelle de mortifians ef fâcheux souvenirs. En voici le motif tel que le rapportent les historiens de cette abbaye.

A son dernier retour de là Frise i saint Wulfran avait donné à Fabbaye de Fontenelle une croix , un calice en or et sa patène. Ces précieux objets, sauvés en i566 des déprédations des hérétiques , ne purent échapper en 1671 aux mains criminelles de Finfâme de Gruchy (Gruchœus)y sacristain de Fontenelle.

Nourri dans le mépris de Tobservance régulière et dans la dépravation que les guerres intestines du royaume avaient introduite, il ne put résister au coupable désir de fournir un aliment à ses passions. Il fit , à cet effet, société avec d'autres fripons qui reconnaissaient pour chef un nommé Frenage ou Fournage ( Frenagium ) , laïc , bâtard et rebut de la société. Secondé par de tels hommes, il força, pendant la nuit , les serrures de Fontenelle , et enleva les manuscrits les plus anciens et les plus pré-

cieux de la bibliothèque, qui était fort riche , ( une partie passa dans la suite dans les mains des savans André Duchesne et Emeric Bigot), et ne respecta pas davantage la croix, TévaDgile (pour Févangiliaire ou évangélistaire ' ) et le calice dont saint Wulfran avait fait don à Fabbaye. Frenage expia par son sang son audace sacrilège : il fut pendu et réduit en lambeaux. De Grucby seul ne ressentit point les effets de la vengeance de^ hommes; mais ilfutt après sa n^ort , tellemient poursuivi par la vengeance céleste, que lorsqu'on Peut inhumé dans le cloître , en facç de la porte par laquelle o|i entre dans le bas de la ne£ de Téglisie ' , 3 naissait tous lies jours sur s^ tombe une si

' On appelait ainsi le livre des Evangiles. Ces volumes étaient souvent reliés avec le plus grand luxe ; leurs couvertures enrichies de dyptiques et de pierreries ; le texte écrit fréquemment en lettres d'or ou d'argent sur un vélin ordinairement teint en pourpre , quelquefois en vert ou de toute autre couleur.

' Cette porte était celle par laquelle il avait introduit ses complices et s'était enfui avec eux.

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grande quantité de crapauds, que les soins continuels des moines purent à peine les faire disparaître.

Ce cloître renferme une autre tombe où reposent les mânes d^un homme qui laissa dans Fontenelle une mémoire bien diflférenle de celle du malheureux de Gruchy : elle est située presque aux pieds de la statue de la Vierge.

C'est une,pierre plate gravée en creux et longue de huit pieds quatre pouces et demi. Sa largeur est , du côté du chef, de trois pieds trois pouces et demi , et de trois pieds à Pextrémité opposée. C'est Je sépulcre de Jean, premier bailli de Fontenelle, mort vers la fin du treizième siècle. La tète du défunt représenté les mains jointes et dans Thabit de Tordre, est surmontée d'un pignon gothique accompagné de deux anges portant d'une main l'encensoir, et de l'autre Vacetabulum ou navette. Deux autres anges, beaucoup plus petits, tendent, chacun de leur côté , les mains sur une épaule du religieux , comme pour l'aider à monter au

Ciel. Cette tombe parait occuper son premier lieu. Mais la gravure en est tellement effacée > que la figure ne se voit plus à peine. Il en est de même du listel sur lequel est inscrite, en fort belles onciales, Fépitaphe à laquelle man-^ quent des mots tout entiers., Je rapporte néanmoins ici la transcription que j^en ai prise , quoique le sens ne s'y trouve pas toujours complet :

( Tête. ) ▲NNO : millAno : cbntum : bis : ocTUàGENo :

( Premier côté sur la longueur. )

GEMMA.: MONACHORUM : MlGRATlT : ET : ARCHA : BONORU :

I : {pour JoannesouprimaO FOPÏTANELLE : BALLiVUS : VIR I 81NB :

F..:.. (F ouP, peutrStn peocato) GLEMENS :

PECCATORIBUS : CASTUS :

(Côté deâ pieds.) I^lDELIS : HONESTUS : (Grande Ucune.)

( Deuxième côté sur la longueur. )

«..E : MODESTUS : FLET : FONTANELLA : VtDA l iicfeT : PÀ. . .E : cblla: IN :celica:patria:ditur:bt: GLORIA : ah:

Cette sépulture, la seule dans Saint-Wandrille qui présente aujourd'hui quelque intérêt, est brisée en trois fragmens : celui du milieu parait profondément enfoncé. Le propriétaire * me disait, en le frappant du pied, qu'il avait

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toujours soupçonné qu'il existait un vide sous cette pierre, mais^ sans vouloir s'en assurer, s'étant toujours imposé la loi de ne jamais violer le dernier asile de ceux qui dorment en paix dans son domaine. Je ne pus m'empécher d'applaudir à la résolution religieuse de ce vénérable nonagénaire , un tel sentiment étant, en effet, plus respectable encore que l'amour de la science , qui dérive bien plus des idées acquises que des inspirations du cœur.

* M. Cjprien Lenoir, père, ancien négociant, natif d' Yveiot , auquel nous ne pouvons assez témoigner notre g^ratitude pour Thospitalité patriarchale (pi*il a exercée envers nous pendant notre séjour à Saint-Wandrille.

go BSSSA1 HISTORIQUE

TOMBKAUX ANONYMES.

N voit encore dans le cloître plusieurs autres pierres sépulcrales de dix-huit pouces à deux pieds, et deux pieds et demi de dimension en tout sens. Les ornemens les plus remarquables de ces humbles monumens sont une petite croix grecque et une simple larme. On ne jugeait point à propos dy disputer au temps des noms qu^il devait dévorer un jour, les noms de ceux qui , déjà morts pour le siècle, avaient franchi la limite de leur existence.

SUR SAINTWANDRILLE. gi

On y inscrivait seulement en latin le quantième, le mois et Tannée de leur passage à Fé-

ternité.

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