‹ Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de LimogesChapitre 11 sur 64 · GO · texte numérisé non relu

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» Henri le Jeune promit de rendre le tout. Il donna une » cédule munie de son sceau, et prit une cuirasse de » Guy de Grandmont, que ce dernier avait consacrée à » saint Martial. Un crime si inouï surpasserait la créance » des hommes; et, pour moi, je n’aurais jamais pu me » le persuader, si mes propres yeux n’eussent été forcés » de voir ce triste et lugubre spectacle (1 ). »

L’abbaye de Grandmont eut bientôt son tour, et des pages cent fois plus grosses que ce mémoire ne suffiraient pas au récit des faits de ce genre dont le Limousin fut victime. Cette citation donnera une idée de ce que nous omettons.

Le seul nom d’émailleur que les monuments nous révèlent au siècle est celui du frère Guillaume. Sa signature est inscrite en ces termes autour de la douille d’une crosse attribuée, par Willemin, à Ragenfroi, évêque de Chartres , qui siégea de 9/i 1 à 960 :

y FRATER WILLELMVS. ME FECIT.

Le pommeau et la plus grande partie de la volute de cette crosse sont décorés d’incrustations émaillées et de ciselures représentant, avec fhistoire de David, des animaux fantastiques , dans un cadre d’enroulements fleuris et gracieux. Nous regrettons de ne connaître ce précieux monument que par la gravure de Willemin (2). L’absence d’une étude faite sur le monument lui-même doit néces-

(ï) Gaiifricl. Vos. ap. Rerum Franc. Script. , xviii , 216, 217.

Voyez dans les Mém. des Ant. du Midi., ii, .51 5 , une notice de M. Chau' drue de Crazannes sur les déprédations et la triste fin de ce prince,

(2) Monuments franç. inédits, pl. xxx.

sairement inürmer nos induclions et leur imprimer une grande timidité.

Toutefois, si nous ne pouvons convenablement apprécier la couleur de l’émail , si la transparence de ses incrustations nous échappe, il nous est permis d’asseoir un jugement sur le dessin, la ciselure et le style.

Deux des quatre médaillons circulaires du pommeau retracent la lutte de David et de Goliath. Sur le premier, le jeune berger tient de la main gauche le pedum des pasteurs; sa droite brandit la fronde qui va frapper le géant philistin. Goliath, revêtu d’une cotte de mailles, le chef protégé par une coiffure pointue et à nasal, agite une lance Ornée d’un pennon; son bras gauche est défendu par une targe longue et aiguë. Le corps de David est incliné en arrière, pour suivre le mouvement de sa fronde. L’attitude du Philistin, sa lance dressée, son bouclier rejeté sur le côté, annoncent qu’il s’avance dédaigneusement à la rencontre de son ennemi. Le mouvement des deux adversaires est bien rendu ; leurs pieds ont la pose naturelle. Le costume du géant est le costume militaire des Français du xi“ siècle, costume semblable à celui des soldats de la tapisserie de Bayeux. Il nous est donc impossible de voir ici la moindre trace de cette influence vénitienne, partout présente dans les œuvres de l’art limousin.

Le style, l’attitude, le costume, démentent une pareille origine. Cependant, par les rinceaux de feuillages gracieux, par la disposition et la couleur des incrustations d’émail, par la forme de la volute, terminée, comme sur la plupart des crosses limousines, en tête de serpent, ce monument se rattache à l’école de Limoges. — L’origine de cette crosse doit-elle donc se placer au rang des problèmes à jamais douteux?

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