‹ Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de LimogesChapitre 12 sur 64 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

GUINAMÜNDUS. ilÉPUïATlON DES EMAUX DE LIMOGES.

Malgré nos préoccupations de gloire et de patrie, il nous est donc impossible d’attribuer sans hésitation à notre école limousine la crosse signée par le frère Guillaume; et, sauf la durée beaucoup trop considérable de la lacune, nous serions confirmé dans notre incertitude par l’œuvre qui lui succède immédiatement selon l’ordre chronologique. ,

?ious avons eu le bonheur d’en faire l’acquisition. C’est un débris de châsse orné d’incrustations bleues et de rosaces de diverses couleurs. Une figure de saint est ménagée sur le plat du cuivre et comme niellée; elle représente un personnage vêtu de la tunique et de la dalmatique. Sa main droite porte un livre; à sa gauche, dans une ligne perpendiculaire, se lisent ces mots :

FR. GÜINAMLNDUS ME FEClï.

Cette figure a tous les caractères que nous avons assignés plus haut au style dit byzantin ou vénitien. L’inscription elle- meme n’a pas une forme plus tranchée. Quelques-uns de ses caractères appartiennent au xF siècle; les autres ont une forme indécise. Il faudrait donc choisir entre le xC’ et le xiF' siècle; mais l’histoire, au défaut de l’archéologie, mettra un terme à notre hésitation.

Un texte de la Bibliothèque de Labbe nous apprend qu’au temps de Guillaume de 3Iontbron, en 1 077, le moine Guinamundus de la Chaise-Dieu sculnta admirablement

le sépulcre de saint Front, de Périgueux. Etienne Itier, chanoine et cellérier de Saint-Front, lui fournit toutes les choses nécessaires à son oeuvre (1 ) .

Nous croyons inutile de signaler les échanges nombreux de moines et de frères entre Saint-Martial et la Chaise-Dieu. Un pape limousin. Clément YI, fut inhumé dans cette abbaye; et ces relations persévérantes , l’identité de style et de manière de la plaque que nous possédons, et des émaux limousins, nous portent à penser que Guinamundus appartenait à l’école de Limoges. Cette conjecture sera rendue très-probable par la suite de cet essai.

Le livre rouge de la mairie de Périgueux faisait la description suivante du tombeau de saint Front, exécuté par Guinamundus :

« Entre les ruines (faites par les protestants), en fut » faicte une signalée du tabernacle où estoit gardé le » chef de sainct Front, et plusieurs autres sainctes re- » litpics , lequel estoit édifié en rond , couvert d’une voûte » faicte en pyramide, mais tout le dehors estoit entaillé » de figures de personnes à l’antiquité, et de monstres,

de bêtes sauvages de diverses figures, de sorte qu’il » n’y avoit pierre qui ne fût enrichie de quelque taille » belle et bien tirée, et plus recommandable pour la fa- » gon fort antique enrichie de pierres de vitre (de verre) » de diverses couleurs , et de lames de cuivre dorées et » émaillées (2). »

Au xiC siècle , l’école des émailleurs de Limoges prend

(C Labbe , Bibliot. nov. mss. Jquit.

(2) M. de Taillefer, An(i(piités de Vésoiie , t. ii, p. tjOO. Voir l’état de l’église du Périgord, t. ii, p. 10.

imc position de plus en plus remarquable. A dater de eette époque, les monuments et les textes vont nous fournir une suite de noms et de renseignements qui nous permettront de donner à ces recherches l’allure méthodique et régulière d’un récit historique.

Il résulte des citations réunies par Ducange (1) que dès le xif siècle la réputation des émaux de Limoges était répandue en Angleterre et en Italie. Les divers textes cités par le meme auteur nous la montrent pénétrant dans toutes les contrées de l’Europe occidentale. Les mots œuvres de Limoges désigneront désormais les émaux , tant ce genre de travail était particulier à cette ville. C’est sous ce nom que sont mentionnés des envois d’orfèvrerie faits à l’abbaye de Wutgam , vers 1160, et à l’église de Sainte- Marguerite de A^eglia, dans le royaume de Naples. Au commencement du xiv® siècle, Philippe le Long a recours aux émailleurs de Limoges pour faire un présent au roi d’Arménie: « L’an 1317, en 11 jours de juillet, envoia » M. Hugues d’Augeron au roi, par Guiart de Pontoise , » un chanfrein doré à testes de liépards , de l’euvre de » Limoges , à deux crêtes, de commandement le roi , pour » envoier au roi d’Arménie (2). »

(b Verbis Lïmogia^ Fentilabrum , Smalium ^ etc.

(2) Opm de Limogiâ , Limocenum , Lemovicense , etc. Et hoc vobis signum quod ostendi vobis tabulas de opéré lemovicino quos mittere volebam abbatiæ de Wutgam. Duchesne, iv, 746. — In chartis an. ■H 97 (apud UghellumRer. Ital. sacr., p. •1274). Duos tabulas ceneas superauratas ex labore limogio. — Alla ann. 1251 (ap. Catel. inHist. Occit., p. 901). Duo bacini qui sunt de opéré lemovitico. — Synodus Wigorniensis , anno 1240 (cap. 1 ). Duœ pyxides , una argentea vel eburnea vel de opéré lemovicino in quâ hostiæ conserventur. — Monasticum Anglicanum (t. ni, p. 510). Duo candelabra cuprea de opéré lemovicensi (p. 551). Una crux de opère

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