FRATER WILLELMUS ME FECIT
« Les quatre compartiments arrondis qui entourent le pommeau renferment des sujets de l’histoire de David. Le premier représente le sacre de David par Samuel; autour circule cette inscription :
+ Scribe faber lima : David hec fuit unccio primi (lisez prima ) .
» Ecris , ouvrier , à l’aide de ta lime : ceci fut le premier sacre de David. » (David pince de la harpe; Samuel, placé derrière lui, verse sur sa tête l’huile sainte; sa droite le bénit à la manière latine , les trois premiers doigts ouverts. )
« Dans le second compartiment, on voit David armé de sa fronde, qui s’apprête à combattre Goliath revêtu d’une armure maillée complète, portant le casque conique à nasal , la lance à pennon ( rouge ) et le grand bouclier pointu, ni plus ni moins qu’un guerrier normand du XI® siècle. Voici l’inscription qui explique cette scène :
+ Hic funda fusus propriis male viribus usus.
» Ici est terrassé par la fronde celui qui fit un mauvais usage de sa force. » (La scène est parfaitement composée; l’élan plein de confiance de David et le dédain arrogant de son adversaire sont très-bien rendus. )
« Dans le troisième compartiment, David tranche la ttete de Goliath :
+ Golias cecidit : David hic caput ense recidit.
)» Goliath est tombé : ici David tranche la tête avec l’épée.
» Enfin, dans le quatrième compartiment, on voit IDavid arrachant un mouton de la gueule d’un lion, avec ccette inscription :
+ Urse cadis vermi : pagus à puero sic inermi.
m Ours , tu tombes en proie aux vers ; ainsi le païen est waincu par un enfant sans armes.
» Le montant de la volute est divisé , au moyen d’un (ornement en forme de réseau à mailles allongées, en ttrente - trois compartiments qui renferment, sur des ffonds de couleur variée, soit de petits sujets allégoriques, æoit des chimères et autres animaux fantastiques, soit (enfin de larges feuilles à bords découpés et recoquillés , ûd’un style oriental. Six des compartiments inférieurs, disjposés en deux étages , contiennent les sujets allégoriques (dont^nous venons de parler; ce sont diverses personnifi- (cations de vertus morales , domptant et foulant aux pieds lies vices qui expriment leurs contraires. » (Les Vertus, (vêtues et armées de la lance ou du glaive, foulent aux ipieds ou percent de leur arme les Vices nus et aux bras niés. ) « Leurs noms respectifs sont écrits au-dessus et rau-dessous de chacun d’entre eux. Ainsi, pour la bande iinférieure, ce sont les trois groupes suivants ;
FIDES : PUDICITIA : CARITAS :
IDOLATMA : LIBIDO : INVIDIA ;
Et, pour la bande supérieure, ces trois autres groupes ;
SOBRIETAS : LARGITAS : CONCORDIA :
LUXURIA: AVARICIA : RANCOR ;
» Toute la courbure de la volute, à partir des derniers compartiments jusqu’à la tête de dragon qui la termine, est simplement dorée, sans mélange de parties émaillées. »
Sur sa gravure, à côté des détails de cette crosse, Willemin a ajouté un ornement extrait d’un manuscrit grec du x® siècle (n° 64, bibliothèque du Roi). C’est pour M. Pottier l’occasion de l’observation suivante : Sans doute qu’à l’aide de ce fragment, M. Willemin a voulu rendre en quelque sorte palpable l’analogie qu’on peut saisir entre les feuillages qui décorent cet instrument et ceux qui constituent cette espèce d’arabesque. Cette analogie est en effet évidente, et prouve que l’art de l’émaillerie, qui était originaire de l’Orient, avait, en se transplantant en Occident, conservé de nombreuses réminiscences de sa première patrie.