‹ Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de LimogesChapitre 22 sur 64 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

XlC SIÈCLE, SUITE. CHASSE DE MAUSAC.

Nous avons parlé déjà assez longuement de la châsse

de Mausac. Comme tout le travail est manifestement limousin, nous croyons devoir compléter notre description d’après l’ouvrage de M. Mallay, le Dictionnaire historique de M. Lebas (1), et l’Album de M. du Sommerard (2).

Ce reliquair, en forme d’église à deux pignons et à chevets carré; sans transsepts , a 82 centimètres de longueur, 25 de largeur et 40 de hauteur. Les fonds sont bleus, les rosaces nuancées de jaune, de vert et de blanc; les bordures sont émaillées de rouge. La face principale est décorée de reliefs de cuivre doré représentant les apôtres sous des arcades plein-cintrées surmontées de coupoles à toiture imbriquée. Les apôtres, désignés par leurs noms tracés sur le cuivre, n’ônt d’autres attributs que des livres. Saint Pierre seul tient la clef symbolique.

Au centre, sur le plan de la façade méridionale, comme à Chamberet, est représentée la crucifixion. L’inscription Hioannes indique la présence du disciple bien -aimé; saint Pierre l’avoisine. Deux anges adorent le Sauveur souffrant.

Après les souffrances, le triomphe; sur la toiture, Notre-Seigneur bénit et enseigne dans la gloire entre les symboles des évangélistes.

Saint Austremoine et la sainte Vierge tenant l’enfant Jésus occupent les deux extrémités , le chevet et la façade du petit édifice , dans un semis d’arabesques brillantes.

L’Église universelle, dans ses fondateurs, aies honneurs de la façade principale; le fondateur de l’église d’Auvergne, le disciple des apôtres (3), s’est réservé tout le

(D Dict. hisi. de France, pl. 3^8.

(2) Album , tO® série, pl. xin.

(3) Selon une tradition très-accrcditéc au xii® siècle , mais dont la réfutation nous paraît supcrllue.

— HG —

reste de l’édifice. Il fonde les trois abbayes de Saint- Théo ffred, de Tulle et de Mausac, en présence de Namadie , autrefois son épouse. Il ensevelit sa compagne, et, sous le costume d’un abbé, bénit sa sépulture pendant que les anges enlèvent aux deux , en l’encensant , l’âme de la sainte représentée par une jeune fille revêtue de ses habits terrestres. Les bras de la bienheureuse s’ouvrent a la joie du ciel, et la main divine sort d’un nuage pour l’accueillir.

L’heure du repos est arrivée pour lui ; et pendant que son corps, qui porte encore l’empreinte de la paix, est déposé dans un tombeau semblable à celui de sa compagne, son âme, représentée par un corps nu, de petites proportions et sans sexe, est emportée par deux anges. La main divine sort d’un nuage, et le nimbe crucifère semble désigner la présence plus sensible encore de celui qui couronne la sainteté.

Sainte Namadie était portée aux cieux sur un linceul , saint Calminius dans une gloire circulaire; elle était couverte de vêtements; il est nu. Une main sans nimbe la recevait au paradis ; le nimbe environne la main qui accueille Calminius; la supériorité du saint est manifeste.

La petite proportion des deux corps qui figurent les âmes des bienheureux montre l’intention du ciseleur de les représenter sous des traits d’enfants , et cependant ces deux visages , quoique dépouillés de la barbe que saint Calminius porte partout dans sa vie terrestre , sont des visages de vieillards ; c’est le cas de répéter avec M. Raoul Rochette que les Byzantins penchèrent vers la laideur plus encore par impuissance que par système.

Sur la même châsse , le divin enfant assis sur les genoux de la Vierge a des traits virils. Selon quelques

aiuteurs , cette apparente imperfection cacherait une imtention symbolique; l’artiste aurait voulu caractériser aiinsi la maturité qui dans le Dieu fait homme devança r.âge mûr. Dans l’exemple présent, exemple fortifié par uine observation générale , il est certain que le ciseleur n ’a pas su rendre l’enfance sur les traits de Namadie et die Calminius. Eût-il été plus heureux s’il l’eût tenté pour les divin enfant (1 ) ?

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