‹ Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de LimogesChapitre 25 sur 64 · SAINTE VALÉRIE · texte numérisé non relu

SAINTE VALÉRIE

L’exécution de la châsse décrite dans le chapitre précédent, se plaçant dans le premier tiers du xm® siècle, on peut, jusqu’à un certain point, la considérer comme appartenant à la transition. Ce monument ne donnerait donc pas une idée suffisante de l’habileté qui dirigea les ciseleurs -émailleurs de l’époque la plus brillante du moyen-âge. Dans les verrières peintes, les artistes du siècle dont le règne de saint Louis est le point culminant brillent surtout par l’art de rendre les scènes diverses d’une vie légendaire. Ces récits , qui défrayaient poétiquement la piété naïve de cette époque , sont traduits sur les vitraux avec science et bonheur. L’art de représenter une action par des groupes de personnages , et les sentiments divers par des oppositions de pose et d’attitude, en un mot la composition des sujets y est fort remarquable. Nous sommes heureux de montrer à nos lecteurs les mêmes qualités sur une châsse de cette époque. Elle représente sur les deux faces la légende de sainte Valérie , patronne de Limoges. Par ce sujet et par son exécution ,

elle appartient donc doublement à l’école de notre pays.

Ecoutons d’abord le récit abrégé d’un pieux chanoine ; la naïveté de la légende nous expliquera la naïveté du burin :

« Valérie fut fdle du proconsul Léocade et de Suzanne , et recueillit seule les opulentes successions de ces proconsuls , du costé de son père et de celuy de sa mère Suzanne. Or, encore bien que Suzanne ne fût pas encore esclairée du flambeau de l’Evangile , elle ne laissait pas pourtant d’avoir esté nourrie dans la vertu , en la manière qu’elle estait pratiquée parmy des personnes qui n’avoient pas encore la connoissance du vray Dieu. Car les Gentils, tous idolâtres qu’ils estaient, faisaient grand gloire de certaines louables habitudes ou vertus morales qui sont comme les sauvageons sur lesquels on ente heureusement les plus beaux fruits de toutes sortes de vertus chrétiennes.

» Valérie, profitant tous les jours autant des exemples que des vertus de sa bonne mère, ajousta aux beautez de son corps, dont la nature l’avoit excellemment pourveue, toutes celles de fâme. Elle vivoit donc ainsi doucement dans le chasteau de Limoges sous l’aile de sa mère; et le vieux manuscript de l’abbaye de St-Martial tesmoigne que dans cette vie privée elles avoient gagné l’amitié de tout leur voisinage.

» Or, comme la charge.de proconsul estoit vacante par le deceds de Léocade , l’empereur Claude Tibère en pourveut Julius Süanus , son parent proche. Il dressa donc son équipage et vint au pais, où il en prit possession. En faisant ses visites dans son gouvernement, il ne manqua pas de voir Suzanne comme estant veufve de son prédécesseur, avec sa tille Valérie ; mais la bonne grâce de

cette jeune damoiselle luy donna si fort dans la voue , qu’il fut incontinent surpris de son amour, et, ayant appris les grandes successions qui luy estoient escheuës, il creut que ce party luy pourroit estre avantageux, s’il estoit si heureux que de l’avoir en mariage. Il obtint aisément le consentement de l’empereur pour l’espouser, et Suzanne et Valérie ayant tenu ses recherches à un très-grand honneur, les fiançailles furent célébrées avec toute la pompe convenable.

» Mais la Providence divine , qui vouloit que la mère et la fille fussent deux très-belles lumières dans l’Eglise , leur fit naistre une occasion avantageuse pour passer à une perfection plus haute.

» Saint Martial , estant pour lors dans le Limosin , eut un commandement exprez de la part de Jésus-Christ, qui luy apparut pour cet effet, de se transporter dans la ville de Limoges, et y prescher son évangile. Il y fut donc, et d’abord se logea près du chasteau, chez une bonne dame nommée Radégonde. Mais il n’y eut pas demeuré un jour pour se disposer à sa première sortie, qu’il entendit un bruit extraordinaire dans le chasteau , et s’estant enquis de ce que c’estoit, on luy dict que c’estoit un pauvre frénétique qui faisoit ce désordre, et qu’il estoit de fois à autre si cruellement tourmenté , que personne n’en osoit approcher, qu’on avoit mesme esté contraint de l’attacher : et encore y avoit-il bien de la peine à le tenir, et que la dame du lieu n’espargnoit quoy que ce fût pour le faire traicter. Saint Martial se persuada qu’il estoit à propos de commencer sa mission par cette première visite. Il fut donc là dedans , et voyant ce pauvre malade ainsi lié , comme il estoit , il en eut grand pitié , et faisant dessus luy le signe de la croix, ces chaisnes

dont on l’avoit attaché se rompirent incontinent, et en mesme temps il se trouva remis dans l’usage de son bon sens.

» A ceste veuë , Suzanne et Valérie furent ravies d’avoir expérimenté l’efficace du signe de la croix, et toutes estonnées du miracle, donnèrent à saint Martial, par leurs curieuses demandes , l’occasion de leur descouvrir les mystères de nostre sainte foy. Et comme la grâce du Saint-Esprit agissait puissamment dans leurs âmes, le saint apostre n’eut pas beaucoup de peine à leur persuader de l’embrasser. Elles luy demandèrent donc le baptesme , que le saint leur donna volontiers , après les avoir suffisamment instruites pour ces premiers commencements : et six cents de leurs domestiques suivirent à mesme temps l’exemple de leurs deux maistresses.

» L’on donne mesme pour constant que sainte Valérie , ayant un jour ouy parler cet homme des louanges de la virginité , elle s’obligea par un vœu exprès qu’elle en fit, de la garder inviolablement toute sa vie : renonçant par ce moyen à l’alliance du proconsul et à toutes les grandeurs qu’elle pouvoit espérer dans un si riche mariage.

« Or, le proconsul estant de retour, pensant reprendre les premières erres de son mariage, fut bien estonné quand on luy dict que sa prétendue avoit faict de nouvelles amours et changé de dessein. Ces nouvelles non attendues outrèrent cet esprit altier , qui pour s’esclaircir du fait l’envoya quérir sur-le-champ , ayant de la peine à croire qu’il se fût trouvé dans la province qui que ce fût qui eût osé courir sur ses brisées et luy desbaucher sa fiancée. Elle vint donc en sa présence, et avec un maintien modeste et sérieux , se jetta à ses pieds ; mais luy , la voyant dans ce changement, jettant feu et flamme par les

yeux , luy demanda d’un ton de voix qui descouvroit assez l’altération de son âme, s’il estoit vray qu’elle eût un autre serviteur? Mais elle, prenant la parole avec une modestie angélique, luy dict quelle n’avoit jamais creü mériter l’honneur de ses recherches , qu’elle s’estimcroit la plus malheureuse damoiselle de la province si elle avoit jamais pensé de luy préférer quelque autre que ce fût. Qu’au reste, il estoit véritable qu’elle avoit donné son cœur et toutes ses amours au fils du Roy du ciel, qu’elle prétendoit d’avoir pour espoux : mais qu’elle ne luy faisoit point de tort à luy proconsul , si elle luy préféroit le Créateur du ciel et de la terre.

» Mais la colère qui emporta cet homme outré de douleur ne permit pas à sainte Valérie de parler plus longtemps. Il la fist donc oster de là, et commanda à son escuyer de l’aller faire mourir en quelque part. Elle alloit à la mort en riant comme si elle fût allée à noces.

« En chemin mesme, elle dict à celuy qui la conduisoit à la mort, qu’il estoit bien abuzé s’il pensoit qu’elle s’en alloit perdre la vie : C’est toy-mcme, luy dit-elle en riant, qui mourras aujourd’huy , et je ne commenceray qu’à vivre. L’estafier lui avale la teste avec un revers.

» Mais la bienheureuse martyre prit sa teste toute coupée qu’elle estoit entre ses deux mains; et d’un pas ferme et sans broncher passa de la sorte au travers de la ville , et alla se rendre au lieu où saint Martial prioit Dieu.

» L’escuyer Hortarius, tout estonné de tant de merveilles qu’il avoit vues , alla les raconter au proconsul , luy disant même que, comme il la conduisoit à la mort, la vierge lui avoit dict qu’il mourroit à ce mesme jour ; et il

Jt il: Lnnêif*:»

n’eut pas achevé le mot, que le voilà qui tombe roide mort à scs pieds.

» Cet accident funeste effraya le proconsul d’une estrange manière , et il demeura tout estonné de la mort de son domestique qu’il chérissoit le plus. Mais comme il tesmoignoit de le regretter extrêmement, les chrestiens , qui se trouvèrent pour lors autour de lui, luy conseillèrent d’envoyer quérir saint Martial. Le saint estant en sa présence , il luy tesmoigna l’extrême déplaisir qu’il avoit de la mort de son officier, et , se jettant à ses genoux, luy promit de faire tout ce qu’il voudroit s’il le faisoit revivre. Le saint apostre prit là-dessus occasion de luy parler des excellents mérites de Jésus- Christ; et pour vous faire voir, adjousta-t-il, que je suis icy de sa part, il prend Hortarius par la main , et luy commanda de se lever au nom de Jésus-Christ qu’il leur preschoit. A cette parole, le mort revint en vie, et, se prosternant aux pieds de saint Martial, protesta hautement qu’il estoit serviteur du vray Dieu, et qu’il n’y avoit point d’autre Dieu que celui que ce saint homme annonçoit.

« A la veuë de ce miracle , le proconsul Silanus embrassa la religion chrestienne, et print à son baptesme le nom d’Estienne (1). »

Telle est la légende représentée en sept tableaux, sur la petite châsse émaillée dont nous publions les deux faces principales de grandeur naturelle (voy. la pl. V). Le récit figuré commence à la conversion de sainte Valérie et de sa mère, c’est-à-dire au miracle qui en fut l’occasion, Pendant qu’un gardien retient la chaîne qui lie les

(1) Les Fastes sacrés, ou Vie des Saints du Limousin, par Collin, p. C77 et suiv.

mains du possédé, sous la bénédiction impérieuse de saint Martial , le démon abandonne son corps en sortant par sa bouche, sous la forme d’un petit être humain à tête anguleuse et armée de cornes. Puis Valérie est mandée devant le proconsul , fièrement assis comme un juge. Par un anachronisme précieux qui a traversé tout le moyen-âge, ce représentant de la puissance romaine a un costume , un sceptre et une couronne semblables au costume, au sceptre et à la couronne figurés sur les monuments du règne de saint Louis qui représentent ce prince. Cette scène, ainsi que nous le verrons plus loin, est presque copiée et calquée sur un panneau du vitrail de Bourges, représentant la légende de saint Thomas.

La vierge n’a pu calmer la fureur du proconsul ; elle est conduite dans une prison en forme de tour percée de portes et de fenetres ogivales. C’est un caractère architectonique de l’ogival à lancettes qui régna pendant la première moitié du siècle. Valérie, agenouillée, attend ensuite la mort , sans fléchir timidement la tête devant la longue épée du bourreau. La punition ne s’est pas fait attendre , et un carreau rouge comme la foudre tombe du ciel et frappe à la tête l’instrument des haines proconsulaires, Hortarius. Cependant la sainte présente sa tête coupee a saint Martial au moment de la célébration des saints mystères. On remarquera la mitre abaissée du pontife, le calice recouvert d’un linge d’émail blanc comme la nappe, et la forme de l’autel à pied circulaire. Saint Martial, assis en face de Silanus, discute, en appuyant l’index de la main droite sur le creux de la gauche. Cette attitude caractéristique a été reproduite par Raphaël. Le proconsul est assis en face de l’apôtre; mais celui-ci

est reconnaissable au nimbe d’émail blanc , symbole de la sainteté.

Enfin, au commandement de Martial, l’enfer, figuré par un taureau armé de griffes aiguës, vomit famé d’Hortarius , malgré les efforts d’un démon qui s’efforce vainement de la ressaisir sous son croc. La conclusion se devine. Martial, et Silanus devenu Etienne, debout tous deux aux extrémités de la châsse, veillent sur ce dépôt précieux.

Le fond d’émail bleu de cette châsse est semé de fleurons d’or. Les figures sont niellées sur le plat du bronze doré. (Voir la pl. IV.)

Il ne paraîtra peut-être pas sans intérêt pour f étude de l’art en général de comparer ici, dans les produits de la peinture en émail, de la ciselure, de la peinture sur verre et de la sculpture s’exerçant sur les mêmes sujets ou sur des sujets seulement analogues , les résultats d’une inspiration qui a été certainement puisée aux mêmes sources , et qui , quoique modifiée sous l’influence du génie particulier de chaque artiste , ou suivant les exigences du genre spécial qu’il avait adopté , n’en conserve pas moins un air de famille que f œil le moins exercé ne saurait méconnaître.

De graves questions se rattachent à ce point important de l’histoire de l’art; rien de ce qui peut les éclaircir ne doit être négligé.

La monographie de MM. les abbés A. Martin et G . Cahier, qui explique et reproduit avec tant de science et de bonheur les verrières de Bourges , nous offre à cet égard d’intéressants motifs de comparaison. Ainsi que presque tous les vitraux du xiii® siècle , ceux de Bourges représentent des sujets symboliques où l’ancienne et la nouvelle

loi sont opposées et expliquées l’une par l’autre; souvent ils retracent des vies de saints ou légendes distribuées en tableaux sur un fond de mosaïque variée.

Aucun des vitraux publiés par les savants éditeurs n’est consacré à sainte Valérie; les ressemblances d’expression, d’attitude, de vêtements et de symbolique , sur des sujets analogues , n’en paraîtront que plus frappantes. Mais , pour que les chances soient égales , il faut d’abord noter les différences d’exécution qui , indépendamment du travail de l’artiste, ont dû résulter de la différence de matière et de l’inégalité des proportions. Sur notre petite châsse reproduite dans les dimensions de l’original (voyez pl. V ), les figures ont cinq centimètres de hauteur; il faut décupler cette étendue pour les figures des vitraux de Bourges. Cet espace si étroit, et la résistance du métal sur lequel les personnages sont intaillés, n’ont pas permis de multiplier les plis comme sur les verrières, et la rareté des ornements a la même cause. Un œil attentif tiendra aussi compte des illusions , inévitable résultat de la traduction des vitraux par le dessin : quoiqu’elle soit d'une exactitude parfaite, la réduction des verrières de Bourges prête aux sujets un fini qu’ils n’ont pas sur les originaux.

Ces réserves faites , nous trouverons de part et d’autre des ressemblances nombreuses dans les costumes , composés d’une robe longue pour les femmes , d’une courte tunique pour les serviteurs, et d’un vêtement plus ample pour les maîtres. Le système de corps sveltes , gauches avec naïveté , et un peu roides , est le même des deux côtés.

Un examen plus détaillé confirme ce résultat du premier coup d’œil. Julius Silanus, sur notre châsse, soit qu’il

prononce la condamnation de Valérie , soit qu’il assiste à la mort d’Hortarius , est posé et vêtu comme les rois des vitraux de Bourges. Le roi Gundofère, par exemple, est représenté à Bourges tenant dans sa main un sceptre semblable à celui du proconsul romain (1). Le mauvais riche, dans l’histoire de Lazare (2), ajoute une coiffure de même forme aux autres traits de ressemblance.

Ce sont là des similitudes qu’on peut appeler matérielles. Celles qui s’étendent à des objets de forme conventionnelle, et qui, pour ainsi dire, n’ont pas été moulées dans les habitudes de l’époque, deviennent encore plus frappantes. Un petit tableau de notre châsse est la contrepartie d’un panneau de Bourges. Dans cette église, un vitrail, qu’on pourrait intituler /es Fins dernières, est occupé tout entier par la mort, le jugement, l’enfer et le paradis. Au tiers de la hauteur à peu près, à côté des maudits qu’un démon entraîne au feu éternel, un monstre ouvre une immense gueule qui vomit des flammes. Les corps nus des damnés y sont précipités par un démon; et, derrière cette personnification de l’enfer, un autre démon, armé d’un harpon à double croc, aide à l’accomplissement de l’œuvre diabolique. A gauche du lecteur, au sommet de notre petite châsse , s’accomplit une trilogie analogue entre l’enfer , une âme et le démon. Mais ici ce n’est plus l’abîme dévorant sa proie; c’est l’abîme rendant sa victime malgré la résistance du génie infernal. A la même place , sous la même forme , et avec la même arme , un démon semblable lutte en vain pour la ressaisir ; le comman-

(4 ) Voyez la pl. II de l'ouvrage de MM. A. Martin et Charles Cahier ; le vitrail qui y est figuré est consacré à la vie de St Thomas.

(2) , pl. IX , troisième panneau du centre.

dement de saint Martial l’oblige à l’abandonner. Si noire petite châsse méritait un pareil travail , nous trouverions encore des points de comparaison entre le martyre de Ste Valérie et ceux de saint Vincent et de saint Laurent (1 ).

L’importance que nous donnons à ce petit reliquaire a besoin d’excuse. Elle s’explique par la perte que le Limousin a faite de deux autres châsses plus importantes qui représentaient le même sujet. Les brocanteurs les ont livrées à des cabinets inconnus, et la destruction des vitraux limousins antérieurs au xiv“ siècle rend cette perte plus sensible encore. L’image vénérée de sainte Valérie, patronne de Limoges , y brillait de toutes parts.

Du moins, pour les siècles suivants , dont les œuvres de sculpture ont été sauvées , l’étude comparative de ce sujet est facile, k. quelques années d’intervalle dans le temps, et à quelques pas de distance dans l’espace, les deux tombeaux de Regnauld de la Porte et de Bernard Brun (2) nous représentent Valérie subissant le martyre ou offrant sa tète coupée à saint Martial. On pourra comparer ce dernier sujet avec le sujet pareil représenté sur la châsse ci-dessus , en jetant un coup d’œil sur les planches IV et V, qui reproduisent l’un et l’autre. C’est avec la même naïveté, une élégance simple dans les draperies, un sentiment exquis dans l’expression, qui font peut-être de ce haut relief le chef-d’œuvre du xiv® siècle (v. pl. IV et V).

Le même sujet décore un petit vitrail du xvi“ siècle , de notre collection. Les variantes de cette répétition consistent principalement dans l’architecture du fond.

Nous avons parlé de l’utilité de l’étude comparative

(L Pl. XIV des Ferrières de Bourges.

(2) Cathôdrale de limoges.

S“ ïilÉME PRÉSÊfflST SA TÊTE A S‘ MRIlAl,

Haut-relief du tombeau de Bernard Brun^ évêque de Noyon. {Cathédrale de Limoges.)

(XIV* Siècle.)

dont le sujet du martyre de sainte Valérie nous fournissait les éléments; il résulte surtout de cette étude un avantage qu’on ne saurait perdre de vue.

En ce temps, où des recherches dirigées avec zèle tendent à rétablir la forme du mobilier de nos vieilles églises , il est intéressant d’en retrouver une partie toujours semblable à elle-meme à longs intervalles. Grâce aux sujets représentés sur les planches III, IV et V, et à notre vitrail, nous pouvons nous faire une idée de la disposition d’un autel au moment de la célébration du sacrifice de la messe, à la fin du xii® siècle, au xiii% au xiv“ et au xvI^ Les calices figurés sur ces planches sont à coupes larges et évasées , et solidement assises sur un pied plus large encore. Au xiv® siècle et au xvf, cette base est octogonale, et des pierreries décorent le nœud ou ressaut qui l’unit à la coupe. Les pièces d’orfèvrerie conservées jusqu’à nos jours, et notamment un calice de l’hospice de Limoges, prouvent l’exactitude de cette représentation. Le livre où sont tracées les prières de la liturgie, en d’autres termes, le missel a des dimensions très petites. Une nappe à large frange et un surtout flottant recouvrent l’autel à toutes ces époques. Ainsi se trouve expliquée la simplicité de formes des anciens autels. Voilés par des draperies, ils n’avaient pas besoin de décorations qu’elles eussent dérobées aux regards.

Page 1