‹ Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de LimogesChapitre 29 sur 64 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

APPENDICE. — DE QUELQUES EMPLOIS DE l’ÉmAIL. — INVEN- TAIRE DE l’oRFÉVRERIE DU LIMOUSIN.

Nous avons rejeté à la fin de cette partie la mention de quelques travaux oii l’émail jouait un rôle. Une mosaïque de l’église Saint-Denis, attribuée aux embellissements de Suger, décrite et figurée dans Willemin (2), représente des oiseaux et des figures fantastiques sur un fond partagé en compartiments. Elle est formée de cubes de verre et d’émail réunis à froid sur un bain de mastic. Ce travail ne sort pas des conditions ordinaires de la mosaïque : les cubes d’émail réunis à froid remplacent les fragments de marbre dont la juxtaposition étudiée produisait des tableaux.

Un autre genre de travail, à effets semblables, se rapproche beaucoup plus des émaux décrits dans cette première partie. On sait que, sur le pavé de nos cathédrales, de grandes pierres sont entaillées de traits, dessinant, dans des cadres de riche architecture, l’image des défunts dont elles protègent la sépulture. Souvent ces traits étaient remplis de mastics colorés, dont un corps

(1 ) Déjà , depuis plusieurs années , les châsses et les autels émaillés , copies des plus beaux modèles du moyen-âge , s’exécutent en Angleterre. Voyez, dans V Univers du 1 8 janvier 1 845 , une lettre de M. Welby Pugin , où le savant et modeste architecte anglais donne le détail des objets qu’il a fait exécuter en ce genre.

(2) Mon. Fr. t. i, p. 44, pl. 67.

résineux formait la base. L’émail était donc remplacé par un mastic, et l’excipient de métal par la pierre. Une tombe de ce genre , en granit, et provenant des fouilles faites sur l’emplacement de l’abbaye de Saint-Martial, gisait, il y a quelques mois, sur un des boulevards de Limoges. Nous avons cru , à la dureté et à l’aspect vitreux de ses incrustations de couleur verte, reconnaître la présence d’un émail. Il faudrait donc ajouter la pierre à la liste des excipients métalliques qui furent décorés d’incrustations d’émail. On devine quel riche et solide tapis ces décorations brillantes étendaient sur le pave de nos édifices religieux.

Il faut encore noter l’emploi de l’émail, dans la décoration monumentale , sur des carreaux de terre cuite et de faïence, où il était étendu par le pinceau; mais ce genre de travail appartient aux divisions suivantes de ce mémoire.

Nous terminons cette première partie en dressant l’inventaire officieux du trésor de nos églises (1 ).

Haute -vienne .

— Outre la vraie croix renfermée dans un riche reliquaire moderne en vermeil, l’église de cette ville

(1) Outre les objets mentionnés ici, et que nous avons tous vus et maniés, à cinq exceptions près, et les admirables fac-similé de M. du Sommerard , nous avons pu étudier plus de deux cent cinquante châsses , custodes, paix, candélabres, etc., décorés d’émaux incrustés, et mis en vente à Limoges en diverses époques. Ainsi présentement (octobre 1842), trois custodes , une croix , deux châsses et une crosse émaillées sont déposées chez les marchands de cette ville. C’est un résultat qu’il faut attribuer en partie aux spoliations révolutionnaires.

possède une châsse (1) émaillée, ornée de figures, et percée sur le devant de trois arcades cintrées qui permettent de voir les reliques.

Ambazm. — Grande châsse de saint Etienne de Muret, décrite ci-dessus dans notre texte.

Les Bülanges. — r Reliquaire d’argent en forme de bras, provenant de Grandmont. (Voyez, aux pièces justificatives, l’inventaire de cette abbaye, art. 20.)

2" Magnifique statuette en cuivre doré, représentant saint Etienne de Muret foulant aux pieds des dragons.

Le Châlard. — Grande châsse de saint Geoffroi , mentionnée ci - dessus. Cette châsse est conservée dans un trésor en forme de niche ogivale, couvert de fresques anciennes. La face antérieure est décorée d’une riche boiserie de chêne occupée par vingt - trois panneaux , tous variés et évidés selon les gracieux et inépuisables caprices du gothique fleuri.

La même église conservait la tombe de Gouffiers de Lastours.

Château- Ponsac. — Plusieurs châsses émaillées et un magnifique reliquaire en vermeil , orné de filigranes , et provenant de Grandmont. (Voir l’inventaire, art. 48.)

Eymoutiers. — Un trésor du moyen-âge, loge et reliquaires : le trésor, construit en pierre, est du xv° siècle; les reliquaires sont de différents âges et de formes diverses. Nous mentionnerons seulement la statuette de Ste Anne , décrite dans notre texte , et une croix de filigranes en vermeil , contenant un précieux fragment du bois de la vraie croix. Ce reliquaire est le bijou le plus délicat et

(I) Nous donnons le nom de châsses aux reliquaires en forme d’église.

le plus gracieux que nous ayons vu jusqu’à ce jour. La croix de filigranes de l’église de Rouvres, publiée par M . du Sommerard (Album, x*= série, pl. 36), est bien loin de l’égaler. Comme cette dernière, la croix d’Eymoutiers est ornée de pierreries et d’intailles antiques , représentant des divinités et des attributs du paganisme. Au revers, des feuilles d’or estampé représentent des fleurons de feuillage.

St-Germain. — Une navette émaillée.

St-Léonard. — 1° L’église de St-Léonard a perdu, pendant la révolution, son magnifique reliquaire, fait à la ressemblance de la Bastille, et donné par Charles VII; elle a conservé un très-ancien coffre contenant les ossements de son saint protecteur , sur lequel se lit cette vieille inscription : Hic requiescit cinerim ( sic) sancti Leonardi.

T A la sacristie, croix-reliquaire décorée de cabochons et de quelques bandes d’argent, avec cette inscription en caractères du xm'" siècle : De vestimnto Be Marie.

3” Chez M. fabbé Depéret, curé de la paroisse, une châsse émaillée ornée de figures en relief (xir siècle); une croix en cuivre émaillé ; un débris de châsse émaillée , représentant un ange sur un fond de fleurons.

Limoges. — T A féglise de la Mission, chapelle de l’hospice, un reliquaire provenant de Grandmont. (Voy. l’inventaire, art. 13.) Ajoutons, pour compléter la description de f inventaire, que les colonnes supportant le globe de cristal sont émaillées de bleu et de rouge , et surmontées des statuettes de saint Jean et de la sainte Vierge. Sur le pied , quatre médaillons représentent des têtes couronnées.

2° Un calice orné de médaillons émaillés.

A l’église St-Aurélien, chapelle de MM. les Bouchers, r une châsse émaillée; à la face principale, deux évêques bénissent sur un fond de fleurons incrustés d’émaux rouges, verts, jaunes et blancs. Les inscriptions S. Martin^ — 5.Amtompour Cessatoris, en caractères du xiii® siècle, font connaître les personnages figurés. Sur la porte, à l’occident, St Pierre tient les clefs symboliques; et de l’autre côté, sainte Catherine est debout, fca Katerina; sur la face postérieure est figuré le martyre de saint Sébastien. Le dessin de ces figures, exécutées au xm® siècle, a beaucoup plus de liberté et de correction que les ciselures du XII® siècle; mais il est loin d’égaler leur fini.

T Une croix-reliquaire géminée et émaillée (xm® siècle).

3” Une crosse émaillée, représentant St Michel perçant le dragon infernal. Une crosse semblable, appartenant à la même église, a été donnée à M. de Théis , préfet de la Haute- Vienne.

4° Buste de saint Aurélien, en argent, orné de pierreries. Une inscription donne le nom du donateur et la date : Béchameil de las Portas ma fey far Van 1 365. — La présence de tous ces objets dans une chapelle si petite s’explique par la piété et le courage de MM. les bouchers; seule entre toutes les églises de Limoges , elle a été respectée pendant la révolution.

Aux archives de la Société d’agriculture, un beau colTret du XII® ou du XIII® siècle, décrit par M. Ardant dans sa notice. Il représente J.-C. et la sainte Vierge selon les types de l’école limousine. Sa conservation est très-remarquable.

Chez M. Maurice Ardant, un candélabre incrusté d’émail

bleu. Deux crosses : la première représente le couronnement (le la Vierge; l’autre est une grossière contrefaçon moderne figurant l’Annonciation. Nous aurons à signaler le même sujet, rendu de la même manière , sur une crosse bien authentique du musée de Poitiers. M. Maurice Ardant possède divers fragments de châsses. — Plusieurs autres personnes de Limoges possèdent des émaux incrustés.

Laurières. — Plusieurs châsses émaillées.

Me. — Reliquaire provenant de Grandmont. (Voyez, à l’inventaire, l’art. 12. )

La Jonchère. — Petit reliquaire en vermeil estampé représentant S. Léonard, des anges ^ les armes de France, etc. (xiv® sièclev) .

St-Léger-la-Monta^ne.^ Châsse en bois, élégante, mais moderne.

Nedde. — Châsse émaillée.

St-Pardom. — Châsse émaillée.

Razès. — Châsse émaillée.

St-Sylvestre. — 1 ” Buste en argent de saint Etienne de Muret, donné en 1494 par le cardinal Brissonet, décrit à l’inventaire sous le n" 2. — 2" Autre reliquaire d’argent avec fdigranes et inscriptions.

Sauvagnac (Salvus ah aquis). — La chapelle de ce lieu de pèlerinage célèbre possède une petite châsse toute brisée, revêtue de plaques peintes en émail au xvi® siècle. Dieu le Père bénit, des anges célèbrent un concert, d’autres tiennent un écusson d’argent chargé d’un chevron et de deux cœurs de gueules, au chef de gueules. Il est curieux de voir au XVI" siècle respecter cette forme d’église en dos d’âne, comme disait assez improprement l’abbé Legros. Cette chapelle, élevée à la suite d’un vœu fait par un croisé

pendant une tempête (salvus ab aquis), possédait avant la révolution une lampe d’argent en forme de vaisseau.

SoUgnac. — Nombreux reliquaires; entre autres, un buste ancien et une châsse émaillée représentant le martyre de sainte Valérie. Une tradition peu fondée attribue l’exécution de cette châsse à saint Eloi.

Vérac. — Châsse émaillée.

Saint-Victurnien. — Buste en argent de saint Victurnien (xiv*' siècle).

St-Yrieix. — 1 ° Grand buste en argent de St Yrieix, décoré de filigranes et de pierreries. — 2“ Une suspension en cuivre doré. — 3° Trois châsses émaillées. Ces trois châsses présentent une particularité moins commune ; elles sont formées de cuivre sans âme en bois. La toiture du petit édifice forme le couvercle en s’ouvrant sur des charnières. — Nous omettons un grand nombre de reliquaires anciens , mais moins importants , au Palais , à St-J ulien-le- Petit, etc.

Crense*

Auriat. — Chez le curé, — 1" une grande croix-reliquaire; — 2" trois châsses; — 3“ une custode; — 4“ deux diptyques émaillés; — 5° un relief de cuivre ciselé.

Aubusson. — Un calice orné d’émaux.

Bétêle. — 1 ° Une grande croix émaillée provenant du Pré- Benoît de la Vierge Marie, abbaye cistercienne du voisinage. Jésus-Christ imberbe y bénit entre les symboles des évangélistes. Saint Pierre y tient ses clefs. Deux écussons la décorent : le premier est fascé d'argent et de gueules de six pièces, armes des seigneurs de Malemort ( voyez Bon. de St-Amable, ii, 226); le second est 6! azur

à la bordure de gueules, à trois gerbes d'or posées 2 et 1 (xiii^ siècle). — 2" Un autre reliquaire est couronné d’une statuette de sainte Barbe tenant sa tour. — 3° Un troisième reliquaire, en forme de bras, renferme un fragment assez considérable du vêtement de saint Bernard : c’est une étoffe de laine blanche très - brillante ; la trame y dessine divers ornements.

Bourganeuf. — 1 ° Pied de reliquaire orné de médaillons émaillés représentant des têtes d’apôtres. — 2"^ Reliquaire d argent en forme de main , orné de filigranes de vermeil , avec un écusson émaillé aux armes des seigneurs de Milly.

Le Grand-Bourg. — Un reliquaire d’argent en forme de flabellum, avec relief représentant saint Léobon, et des pierreries.

Chambon. — On nous signale à Ghambon un buste d’argent représentant sainte Valérie. Un collier qu’on dit fort beau le décore.

— Reliquaire en argent estampé, prove nantde Grandmont. (Voyez l’inventaire, art. 14.)

Gartempe. — Châsse émaillée.

Guéret. — Au musée, une châsse émaillée provenant de Saint-Pardoux-Lavaux.

Le Monteil-au-Vicomte. — Calice orné d’émaux.

Mautte. — Châsse émaillée.

Bougnat. — Châsse émaillée.

VaUières. — Statue émaillée de la sainte Vierge.

St-Vaulry. 1° Deux châsses émaillées, représentant des anges dans des médaillons circulaires , avec semis de rosaces. — 2° Grande châsse d’argent de saint Vaulry. Les lames , repoussées et dorées en partie , représentent les apôtres, groupés deux par deux sous des arcades trilobées

à moulures ogivales , et des scènes de la vie de Ste Valérie et de Notre-Seigneur, sous des arcades circulaires. Un grand relief d’une des extrémités représente saint Vaulry en costume de cénobite : 1 mèt. 70 cent, de longueur sur 0 mèt. 48 cent, de hauteur.

Pourioux. — Châsse émaillée. Sur la toiture, des reliefs figurent J.-C. bénissant entre les symboles des évangélistes; sur la face inférieure, la Ste Vierge, dans une gloire arrondie, était soutenue par quatre anges; à ses côtés sont assis trois personnages barbus tenant des livres (apôtres); un quatrième est imberbe. Le relief représentant la Vierge a été enlevé, et le cuivre, découpé , rend accessible à l’œil la relique de S. Eugène, roy et martyr. Aux deux extrémités, des traits gravés sur le métal représentent saint Pierre et saint Paul, munis, l’un de ses clefs, et l’autre de son glaive. Cette châsse ayant les caractères du commencement du xiii*^ siècle ou de la fin du xii*^ , présente en iconographie limousine un des plus anciens exemples de cet attribut de saint Paul. — Au revers, quatre anges dans des médaillons circulaires.

Nous omettons plusieurs autres reliquaires anciens, au Moutier-d’ Ahun , à Genouillat, etc.

Corrèase.

Aubasine. — Cette curieuse église possède : 1 ° le remarquable tombeau de saint Étienne d’ Aubasine; — 2" une châsse émaillée ornée de reliefs; — 3" une croix-reliquaire en cristal de roche.

Bassignat. — Une châsse émaillée.

Beaulieu. — Ancienne statue de la sainte Vierge , cou-

verte de feuilles d’argent et de pierreries, haute d’environ soixante centimètres.

Chamberet. — T La grande châsse de saint Dulcissime ou Doucet, décrite dans notre texte; — 2° une autre petite châsse émaillée, ornée de figures en relief; — 3" une troisième châsse de cuivre jaune, décorée de pierreries grossières; — 4° un reliquaire en forme de bras, en cuivre ciselé et doré ( xiv*^ siècle ).

Darnets. — Croix en filigrane , décrite dans notre texte.

Laval. — On nous signale à Laval une grande châsse en cuivre doré , décorée de reliefs figurant des cavaliers .

Laguène. — V Châsse de saint Calminius, décrite dans notre texte. M. Labiche de Reignefort nous apprend qu’en 1 828 cette église possédait une seconde châsse de même dimension et de meme forme, et les ornements sacerdotaux du cardinal Sudré, fils d’un laboureur de Laguène. — 2° Une suspension en cuivre émaillé.

Millevaches. — Châsse émaillée.

Le Saillant. — M. du Saillant possédait naguère un calice décoré d’émaux, placé aujourd’hui dans la collection de M. fabbé Audierne, à Périgueux.

Soudeille. — 1 ° Buste en vermeil de saint Martin, décrit dans notre texte; — 2“ reliquaire en forme de flabellum, orné de cristaux et de pierreries , sur lequel est gravée une crucifixion.

Tulle. — A féglise paroissiale de Saint-Pierre, deux châsses. La première, glacée d’émaux du plus vif éclat, représente N. -S. bénissant entre les symboles des évangélistes; sur le plan incliné de la toiture, quatre personnages aux pieds nus , dans des attitudes diverses, tiennent des livres. L’autre châsse est décorée d’émaux figurant des anges.

Saint-Viance. — Magnifique châsse émaillée, mentionnée dans notre texte.

Uzerche. — Uzerche possédait, il y a quelques années, deux magnifiques châsses consacrées à saint Léon et à saint Coronat. On dit qu’un de ces précieux reliquaires a été aliéné par la fabrique pour le prix de 700 francs.

Nous inventorions ici les émaux incrustés de Poitiers ,. parce qu’ils ont tous une origine limousine.

Cabinet d’antiquités de la ville de Poitiers. — V Fibule romaine émaillée provenant de Blossac.

2° Petite châsse de seize centimètres sur vingt-trois, provenant de Saint-Bonnet (Haute- Vienne), décorée ou plutôt garnie de six reliefs figurant des personnages émaillés de bleu disposés sur deux rangs. Ces figurines grossières sont séparées par des rosaces en cuivre garnies de sept pierres très-communes. A. chaque extrémité et sur le derrière, des anges ciselés sur le plat du cuivre et encadrés d’émaux. — xiP siècle.

3” Autre petite châsse émaillée, de treize sur quatorze centimètres, ornée de figures d’anges et de saints entremêlées de rosaces garnies chacune de six pierres. — xip siècle.

4° Plaque en cuivre, enferme de quatre-feuille , incrustée d’émail bleu et vert, représentant l’Annonciation : l’ange et Marie sont debout. Les figures sont ciselées , ainsi que divers ornements. — xiii*^ siècle.

5° Autre plaque émaillée en incrustation , de forme oblongue, arrondie par le haut, large de huit centimètres, haute de vingt-cinq. Le fond de l’émail est bleu; les bords de la plaque sont ornés de dentelures et de petites rosaces de diverses couleurs. Sur la plaque est ajusté un saint tenant un livre. On lit au-dessous: simo es, en lettres

d’émail. Le corps de la figure pourrait cacher une partie de l’inscription. — xii" siècle.

6° Autre plaque , en forme de gloire elliptique , représentant un saint assis (St Paul). Par ses dimensions (30 centimètres sur 1 6) , par sa forme aiguë aux deux extrémités , ses rosaces d’émail , ses fleurons , le dessin du nimbe, le jet des draperies et tous les détails, cette figure fait exactement le pendant du St Pierre que nous publions dans la planche III. — Fin du xii® siècle.

7° Crosse représentant l’Annonciation. L’ange et la Vierge sont debout dans la volute. La crosse fausse de M. Ardant a dû être moulée sur celle-ci ou sur une semblable. — xiii^ siècle. ( V. la pl. II. )

8° Grosse représentant saint Michel perçant le dragon infernal. — xiii® siècle.

9° Autre crosse, émaillée comme les précédentes, représentant la tentation d’Adam et d’Eve. — Commencement du xiii‘= siècle.

1 0° Petite crosse dont la douille est émaillée en incrustation. Un cercle de feuillages sépare la douille de la volute tour à tour formée de cercles d’argent et de cuivre doré, ces derniers en forme de feuillage. L’argent est niellé. A fextrémité de la volute, s’épanouit une fleur à cinq pétales émaillés de diverses nuances. Cette crosse a de grandes ressemblances avec celle que Willemin attribue à l’archevêque Atalde, mort en 933 (Mon. franç., pl. 29 ); mais elle n’est pas antérieure au xiiU siècle.

Poitiers. — Cabinet de Mme de la Sayette.

r Christ en relief attaché à une croix émaillée, et

vêtu d’un jupon aussi émaillé. — 2" Saints émaillés. — - 3° Deux châsses émaillées; dans l’une, six statues de saints sont appliquées sur le plan vertical et sur la toiture. —

Autre petite châsse émaillée. Sur le plan vertical est représenté le martyre de saint Étienne; sur la toiture , les anges emportent son âme au ciel. Les têtes des personnages sont en relief. Il y a beaucoup de rapport entre le dessin de cette châsse et celui de la châsse reproduite dans la pl. III. — 5° Deux custodes. — 6° Quatre-feuille incrusté d’émaux représentant un ange.

Nous aurons occasion de décrire divers objets appartenant à ce cabinet, très-riche en émdiux peints.

M. de Boismorand possède aussi quelques émaux incrustés et remarquables : une croix, une vierge, un saint. M. Lecointre-Dupont nous a communiqué une statuette d’apôtre de même style, etc. Nous avons vu aussi une très-belle croix chez M. Thévenot, de Clermont; elle a des dimensions fort considérables. M. Muret de Pagnac, à St-Junien, nous a communiqué le magnifique médaillon représentant St Pierre, et une châsse intéressante. Partout les cabinets se sont ouverts devant nous; puissent tous ceux qui nous ont fait un accueil si bienveillant trouver ici l’expression de notre reconnaissance.

Notre labeur serait immense, si , sortant de notre province , nous entreprenions de signaler les œuvres innombrables marquées au coin du travail de Limoges. A Toulouse, par exemple (c’est le premier nom qui se présente à nous), on trouverait deux châsses émaillées qui portent évidemment le cachet de la fabrique limousine. M. du Mège a décrit ces deux petits monuments, conservés dans l’église de Saint-Saturnin. Une citation abrégée de

son mémoire ne laissera pas subsister le moindre doute sur leur origine.

Sur la première de ces châsses , les parois de cuivre , recouvertes d’un émail, sont ornées de figures dorées. Les contours sont gravés en creux, ainsi que les plis des draperies et les ornements. Les têtes sont toutes en relief et d’un travail délicat et soigné. Chaque face offre un sujet; en tout, huit scènes diverses.

La série commence sur le côté gauche du reliquaire. On y voit sainte Hélène tenant dans ses deux mains une croix; sa tête est entourée d’une auréole. Devant elle est un homme tenant une pioche à la main : il vient de découvrir trois croix, qu’un ange, sortant à demi d’un nuage, montre avec l’index de la main droite. Deux fleurons formés d’un émail bleu, mais moins obscurs que le fond général , et qui se composent de cercles dorés , de points rouges, décorent les parties lisses du reliquaire. Près de cet homme, est gravé le nom ivdas, et celui de s. elena près de la sainte.

Sur la face principale paraît une ville avec une enceinte crénelée, au-dessus de laquelle s’élèvent deux vastes dômes, dont l’un est surmonté d’une croix. Entre ces dômes est une rosace ou fleuron. Au-dessous, on lit sur une bande dorée iERlM, c’est-à-dire Jérusalem. De l’autre côté, on voit un personnage vêtu d’une longue tunique que recouvre un manteau brodé sur les bords. Il tient de la main gauche une crosse et une croix double qu’il remet à un autre individu placé devant lui. Cette scène occupe la moitié de cette face du reliquaire. Dans l’autre moitié , on voit la mer et un vaisseau qui n’a qu’un seul mât et une voile. Un pilote est à la poupe, dont le sommet se termine, à la manière antique, par une tête d’animal. Un

personnage , ayant dans sa main droite une croix double , entre dans le vaisseau .

Sur le troisième côté , on voit le personnage qui a reçu la double croix, et qui ensuite s’est embarqué tenant en core cette croix. Il est reçu par un abbé dont la tête est couverte d’une mitre peu élevée. Ce dernier tient une crosse , et est accompagné de deux chanoines ; il semble bénir le nouvel arrivé.

La quatrième face , parallèle à la principale , offre cinq personnages et une enceinte couronnée de créneaux, ayant une porte à plein cintre surmontée de trois dômes j celui du centre, qui est le plus élevé, est le seul qui ne porte pas une croix. Les trois premiers personnages tiennent chacun un livre fermé; celui du centre montre le ciel; le quatrième est à genoux, et tient la croix double dont il a été parlé; le cinquième est en face de celui-ci : c’est l’abbé, coiffé de la mitre, élevant l’index et le médius de la main droite pour bénir , et tenant la crosse de la main gauche. Ces sujets paraissent former un récit complet. Sur la partie du couvercle ( nous dirions mieux de la toiture) qui correspond au côté principal, on voit Jésus- Christ dans une gloire et ayant la tête ornée d’une couronne. Quatre chérubins , qui remplacent les symboles des quatre évangélistes, sont placés à l’entour. A droite est la sainte Vierge ayant près d’elle un ange; à gauche, saint Jean : sa tunique est d’émail rouge; il tient un livre , et derrière lui est un ange.

Sur le petit côté qui suit, l’artiste a reproduit la Salutation angélique.

Sur le grand côté qui fait face à celui qui vient d’être décrit , on a représenté le saint sépulcre peu après la résurrection. Le couvercle a été soulevé; un suaire pend

sur le bord. A droite , à gauche et au fond sont des soldats qui paraissent endormis; le bouclier de l’un d’eux est chargé d’ornements qui le font ressembler, ainsi que ceux de ses compagnons , aux boucliers romains qui décorent les arcs de triomphe. Les saintes femmes arrivent au sépulcre; elles trouvent un ange assis près du tombeau.

Sur l’autre petit côté du couvercle, on voit deux anges; l’un porte un encensoir, l’autre indique le ciel et tient un rouleau déployé.

On lit sur ce monument le nom de Pons, abbé de Saint- Saturnin. Or , parmi les abbés de Saint-Saturnin, un seul a porté le nom de Pons; c’est Pons de Montpezat , qui prit possession en 1 1 76, et mourut en 1 1 83. Le reliquaire dont il s’agit doit être de la même époque , c’est-à-dire de la fin du XII® siècle. N'est-il pas digne de remarque que ce soit la date de l'immense majorité des reliquaires limousins?

Un autre reliquaire , possédé par la même église , est consacré à saint Exupère, l’un des premiers évêques de Toulouse, célèbre par ce que l’histoire rapporte qu’il fit pour préserver cette ville des Vandales. Sur la face postérieure, glacée comme tout le reste d’un émail bleu, on voit au centre une tour que plusieurs guerriers, armés de pics, s’apprêtent à frapper. En face est un évêque tenant de la droite un asperqillum, et derrière lui un diacre tenant un vase; plus loin, un autre diacre portant une croix. Plusieurs guerriers paraissent irrésolus , d’autres s’éloignent comme vaincus par le prélat. Cette scène représente évidemment les Vandales qui , venus jusque sous les murs de Toulouse pour la détruire, en furent empêchés par saint Exupère.

M. du Mège conjecture qu’une autre scène, représentant

une femme recevant une bourse que lui donne un évêque, serait une personnification de la ville de Tolosa, secourue par le saint évêque. Malgré notre respect pour le savant antiquaire, cette allégorie ne nous semble pas dans le goût de l’époque.

La face principale du reliquaire représente saint Exupère couché sur son lit de mort. Deux anges sont audessus de lui. Un évêque tenant une crosse, et la tête couverte d’une mitre, est à son chevet, bénissant le défunt; un clerc portant une croix, et un autre tenant un rameau de palme et un vase, l’accompagnent. A l’autre extrémité, un evêque encense le corps; en arrière sont aussi deux clercs, dont l’un tient un livre, et l’autre une torche enflammée. Le lit est en émail blanc, et les plis sont dessinés par des lignes dorées. La composition de cette scène offre de grandes ressemblances avec des scènes semblables représentées sur les châsses de Mauzac et de Chamberet.

Ce serait le lieu de parler du trésor de l’église de Conques , etc.; mais il faut savoir se borner.

Les personnes qui, sans déplacement, voudraient étudier les émaux incrustés de Limoges , le pourront facilement à l’aide du bel ouvrage de M. du Sommerard, les Arts au moyen-âge. Elles trouveront :

1° (Atlas, chap. ix, pl. 1 .) Le dessin en couleur d’une grande châsse émaillée. (Album, ii® série, planche 39.) La toiture du même reliquaire, un pied de croix représentant Jésus chez les Pharisiens : la Madeleine est prosternée à ses pieds. Une paix figurant, en émail incrusté, un apôtre bénissant; un reliquaire représentant Jésus entre les symboles des évangélistes.

2° (Album, X® s., pl. 12. ) Grande plaque émaillée, du Mans, figurant Geofîroi le Bel (Plantagenet) vêtu d’une

tunique verte et d’un manteau bleu. Son écu d’azur est chargé, comme son casque , de cinq lions grimpants. Le fond d’or, réticulé de vert, est semé de fleurons blancs et bleus. Le tout est encadré par une architecture pleincintrée couronnée de coupoles à imbrications.

3° (Album, X® s., pl. 37. ) Une croix ornée de reliefs émaillés et de cabochons, deux crosses, deux custodes, une navette de la collection de l’hôtel de Cluny.

4” (Album, viU s., pl. 3.) Grand bassin émaillé servant à la communion sous les deux espèces ; deux fragments de châsses représentant les vierges sages et les vierges folles. (Collection de l’hôtel de Cluny.)

5° (Album, lU s., planche 38.) Plaque émaillée représentant un trait de la vie de saint Etienne de Muret et l’adoration des Mages. Quatre fragments de châsses. Un relief en cuivre doré, figurant la Flagellation. (Collect. Cluny. )

6° (Album, ii*^ s., planche 34.) Grande couverture de livre, provenant de Limoges, représentant Jésus bénissant entre les symboles des évangélistes. Leur ordre est interverti; l’aigle et le bœuf sont à droite, contrairement à l’usage.

7° Grande couverture de livre donnée par saint Louis. Jésus bénissant et la crucifixion : il n’y a que deux symboles des évangélistes; les autres sont remplacés par des anges. (Cluny.) (Album, v® s., pl. 12. )

8“ (Album, IX® s., pl. 16.) Deux chandeliers, un fermail de chape du xiv® siècle.

9° (Album, IX® s., pl. 20.) Grand reliquaire de Chartres , à volets en émail incrusté, décoré de reliefs figurant la crucifixion. Au-dessus de N. -S., deux anges tiennent un disque et un croissant (le soleil et la lune). La sainte

Vierge et l’Eglise sont à la droite de la croix; à gauche, saintJeanet la synagogue les yeux ceints d’un bandeau; la hampe de son étendard est brisée. Au dehors, sous des arcades trilobées, sont assis les apôtres. Audessus d’eux, une main répand des rayons en émail rouge qui se divisent en descendant sur leurs têtes (infusion de grâce et du Saint-Esprit).

10“ (Album, ix“ s., pl. 12.) Châsse émaillée de Villemaur (Aube). Au-dessus de la crucifixion , deux anges tiennent un disque rouge et un croissant blanc.

ir (Album, ix“ s., pl. 11.) Croix émaillée du musée de St-Omer (xi“ siècle ).

12“ (Album, x“ s., planche 36.) Magnifique croix en filigrane d’or, ornée de pierres gravées, possédée par l’église de Rouvres (Côte-d’Or).

13“ (Album, x“ s., pl. 15.) Croix dite de Sainte-Radégonde; Christ à la tunique émaillée.

14“ (Album, x“ s., pl. 16.) Statuette émaillée de la Vierge tenant l’enfant Jésus.

15“ (Album, X® s., pl. 13.) Face postérieure de la châsse de Mauzac.

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