‹ Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de LimogesChapitre 33 sur 64 · JEHAN LIMOUSIN · texte numérisé non relu

JEHAN LIMOUSIN

Désormais les émaux échapperont presque toujours à nos descriptions. A défaut de magnifiques planches semblables à celles qui, dans l’ouvrage de M. du Sommerard, reproduisent le dessin eUla couleur des émaux les plus remarquables, il nous faudrait user et abuser, jusqu’à l’épuisement, des formules laudatives et descriptives, et nous y renonçons. Qu’apprendrions-nous à nos lecteurs en leur vantant sans cesse l’éclat des couleurs, la grâce, la finesse ou la Rigueur du dessin de tel ou tel maître ? Déjà, dans les pages précédentes, nos formules d’admiration invariables, quand il s’agissait d’objets semblables, ont dû paraître à nos lecteurs voisines de la banalité. Caractériser en quelques mots la manière de chaque émailleur, glaner quelques faits isolés, mettre en relief quelques noms inconnus, indiquer les productions les

plus remarquables , telles doivent être et telles seront en effet nos prétentions modestes.

Pendant la période d’incrustation, l’art pratiqué par des mains religieuses était au service de la Divinité, c’est-à-dire du peuple , du grand nombre, puisqu’il avait pour but de rappeler aux hommes leurs devoirs et leurs espérances. A mesure qu’on descend dans le moyen-âge, l’art perd de plus en plus ce caractère et ce but. La pratique , sous certains rapports , tend constamment à s’améliorer; le dessin se perfectionne, la composition est plus savante , mais la pensée devient de jour en jour moins sérieuse et moins grave. Les émailleurs se mettent au service des passions individuelles; leur pinceau est à lui-même son but. Bien peindre, récréer les yeux par des formes agréables , tel est le dernier mot de cette tendance.

Le xvL siècle en est le point extrême. Nos émailleurs se font les esclaves des puissants de la terre. Leurs pinceaux retraceront le plus souvent les images de vaines et impudiques amours , des caprices sans enseignement , des figures allégoriques où la beauté d’exécution ne saurait racheter l’absence de la pensée. Qui le croirait? cette substance brillante, qui embellissait jadis les temples du Seigneur pour récréer l’œil de tous, ira désormais s’étendre sur des meubles qui , pour être destinés à des mains royales, n’en sont pas moins de l’usage le plus vulgaire , sur des aiguières , des salières , des plats , des assiettes (1 ) !

(1) Qu’on nous comprenne bien ; nous ne voulons pas dire que fart perde son caractère en se mettant au service des individus ; nous exprimons seulement le reg ret de voir ce soin remplacer tous les autres , et

Cette réserve sur le fond étant bien stipulée, nous 1 l’avouerons sans détour, la forme est admirable.

Le fameux Leonard est le nom le plus célèbre de cette éépoque. Employé par divers princes, et en premier lieu ppar François P‘, qui lui donna avec le nom de Limosin, ppour le distinguer de Léonard de Vinci , le titre de son ppeintre , valet de chambre , il fonda à Limoges une manufdacture royale d’émaux. En 1765 , M. des Marets s’exprinmait ainsi au sujet d’un tableau à l’huile de sa main : «« On voit à St-Pierre, à gauche, dans un retable fermé , uun tableau peint, en 1 551 , par un nommé Léonard Limoussin, peintre, émailleur et valet de chambre du roi ; c’est uun monument de l’ancienne peinture. Il y a de la vérité ddans le dessin, mais de la sécheresse dans la touche, ce qqui est le défaut de ces anciennes peintures. »

Ce tableau , représentant l’incrédulité de saint Thomas, ddecore aujourd hui une salle de l’hôtel de la mairie de LLimoges. Il est peint sur bois, et a trois mètres de h hauteur sur une largeur d’un mètre et demi. Les douze a apôtres sont groupes autour de Notre-Seigneur, presque e entièrement nu. Saint Thomas , accroupi pour mieux voir, nne se contente pas de toucher le côté divin , il enfonce l'a nmoitié du doigt dans la plaie entr’ouverte. L’air de béniggnité et de douceur, le demi-sourire du divin Maître, cccontrastent avec l’action de l’apôtre. Le corps du Sauveur, nnu et pâle, ressort mieux entre toutes ces draperies. Les tdetes ont beaucoup de caractère; le dessin des mains lelaisse seul quelque chose à désirer.

lele naturalisme , le culte de la forme ^ chasser dédaigneusement la pensée, rd’expression utile et morale.

Sur un livre tenu par un apôtre on lit cette inscription :

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