PEINTRES SUR ÉMAIL ET SUR VERRE. — ORFEVRES DU XVP SIÈCLE
Tous les artistes limousins ne se laissèrent pas entraîmer aussi rapidement à l’exécution d’œuvres sans utilité, Sainon sans gloire, pour leur pays. A côté de ceux qui savaient subi le joug des faveurs royales , et, il faut bien le edire, de l’influence déjà prépondérante de Paris, d’autres œmailleurs, d’un talent égal, conservèrent plus longtemps lies traditions plus pures, quoique moins brillantes, de Heur origine. Tout souvenir de leur existence et de leurs ttravauxn’a pas péri; et, si les œuvres ont disparu sous
(4 ) Recherches sur la peinture en émail , p. 1 1 9.
(2) Ce document est entre nos mains.
(les influences diverses, nous avons un renseignement précieux, et, si je puis dire ainsi, le titre précis de la valeur de leur travaux.
G’est un livre de comptes de la confrérie du Saint-Sacrement, manuscrit grand in-quarto, sur vélin, conservé à l’hôtel de ville de Limoges. Cette confrérie, établie depuis longues années (dès le commencement du xiii® siècle (1 ) ) dans l’église paroissiale de St-Pierre-du-Queyroix , avait son budget rempli , chaque année, par des dons volontaires, produit des quêtes et des rentes fondées à son profit. Au moyen de ces recettes , variables selon la ferveur et le malheur des temps , les bayles ou directeurs agrandissaient l’église , l’ornaient de sculptures , de vitraux peints , l’enrichissaient de tapisseries , de peintures en émail et d’objets d’orfèvrerie aussi précieux par la forme que par la matière. Ces dépenses diverses étaient fidèlement relatées au présent livre avec des détails minutieux, et, tout à côté du compte, le portrait des œuvres acquises était peint de la main d’un artiste distingué. Le résultat des élections annuelles des bayles , le récit de leurs faits et gestes, des doléances sur le malheur des temps , le détail des acquisitions les plus secondaires , réunissent dans ce précieux volume tous les genres d’intérêt. Par l’évaluation des salaires, il donne le moyen d’apprécier la condition des artistes au xvi" siècle; il apprend la valeur relative et toujours décroissante de mille objets usuels, et, par la gravité calme et triste de plusieurs pages , il atteint à toute la dignité de l’histoire.
Le premier nom de peintre donné par ce manuscrit
(1 ) En 4255 , d’après le livre de comptes.
est celui de Pierre Raymond. Cet émailleiir avait la mission d’enluminer les livres de la confrérie, et d’y peindre le pourtraict des objets d’orfèvrerie dont elle faisait l’acquisition. Sur plusieurs pages, son pinceau a donné au vélin les glacis brillants, les rehauts d’argent et d’or qui caractérisent le travail de l’émailleur. Au frontispice du manuscrit, il a peint, pour le prix de dix-sept sols (1), deux anges suspendant à une guirlande de fruits et de fleurs les armes de la confrérie f de gueules au nom d’or de Jésus J. Cette composition est très-gracieuse.
Nous allons successivement réunir les passages où son nom apparaît.
En 1555 , la confrérie fit exécuter pour sa chapelle un vitrail de grande dimension, représentant la Cène. Pierre Raymond fut chargé d’en peindre l’image sur le livre de comptes :
« Item, à Pierre Raymond, pour avoir faict le pourtraict de ladite vistre de la Cène au présent livre , 3 liv. 1 1 s. »
Depuis plusieurs années, ce pourtraict, rendu si précieux par la destruction du vitrail , a été arraché du livre de comptes et volé par un amateur inconnu.
« 1 567. Item pour le pourtraict de la navette que a eu Pierre Raymond, 8 s. G d. » Cette navette ne présente rien de remarquable.
1 574. Pour un bourdon d’argent fait par Jehan Yvert, orfeuvre, dorure et façon réunies , 61 liv. 1 8 s.
» Pour le portraict du meme, à Pierre Raymond, 3 liv.»
(1) Pour ce prix , on aurait pu sc procurer, en -1550, deux setiers de Mc, soit un hectolitre. Cette évaluation servira de hase pour les pages suiivantes.
La composition de cette masse ou bâton de chantre est originale.
c( 1 582, Payé à Pierre Raymond, peiiictre, pour ymage, au commencement des estatuz, 1 liv. 10 s. »
Ces miniatures , d’une exécution plus ou moins achevée , suffiraient pour nous donner l’idée d’un talent trèsagréable; ses œuvres émaillées le placent au niveau des artistes les plus célèbres. Un bassin rond, du cabinet de M. de Bruges, représente les premiers âges, camaïeu à chairs colorées. La création , la tentation de nos premiers parents , la mort d’Abel , se déroulent autour du disque. (Album de M. du Sommerard, viU série, pi. 28.) De nombreux vases à sujets biblitiues enrichissent le Louvre et les collections de divers amateurs. Les sujets profanes ' traités par lui sont beaucoup moins communs ; parmi ces derniers , il faut mettre au premier rang , pour la beauté de l’exécution , un bassin du cabinet de M. Odiot , représentant V amour du Cupido et de Psyché , mère de volupté , dans un encadrement de satyriques arabesques. Au revers, le portrait de Diane de Poitiers est environné d’attributs proclamant la puissance et le triomphe de l’amour . Qu’est devenu le pinceau du pieux et modeste confrère ? ( Album , viU s., pl. 24. ) (1).
Un autre Martial Raymond a signé quelques émaux. Le livre de comptes nous apprend qu’il réunissait la profession d’orfévre à celle d’émailleur, professions réunies jusqu’alors , et que les Courteis et les Léonard paraissent
(b La fécondité de P. Raymond ne fut égalée que par les Courteis et les Laudin. Le cabinet de M. Didier Petit, de Lyon , récemment mis en vente à Paris, possédait dix pièces très-remarquables, coupes, bassins, hanaps, plats et aiguières, signés du nom ou du monogramme de cet artiste.
aussi avoir exercées, à en juger seulement par la destination du plus grand nombre de leurs œuvres.
« 1590. Payé à Martial Raymond, pour la faction de l’ange du candélasbre , argent fourni , 74 liv. 1 0 s.
» Façon d’icelui , 36 „
» Déchet pour la purification du métal, 2 10 »