‹ Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de LimogesChapitre 37 sur 64 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

EMAILLEURS DU XVF SIÈCLE. — SUITE.

Par un cumul commun à la plupart des grands artistes du xvP siècle, nos émailleurs, on l’a vu plus haut, réunissaient les talents divers de l’orfévre , du miniaturiste et du peintre. Le métal, l’émail, le verre, le vélin et la toile s’embellissaient également sous leurs mains habiles. Les Pénicaud, avec une verve sans déclin, soutiennent noblement ce quadruple fardeau. Jehan Pénicaud a signé six tableaux représentant la légende de saint Martial, appartenant à M. Alphonse Bardinet. L’éclat d’une pâte vitreuse et la richesse de la composition rendent trèsprécieuses ces remarquables peintures.

Les initiales du nom de son parent, Pierre Pénicaud, sont inscrites sur une pièce du cabinet de M. de Tusseau, représentant un sujet de la fable : Orphée harpeur excellent. Il peignait aussi sur verre; nous connaissons deux petits tableaux émaillés de sa main sur une seule pièce de verre; ils sont d’un effet très-piquant.

Son œuvre la plus importante , grand vitrail de douze métrés carres, fut détruite en 1770. Laissons parler le manuscrit déjà cité :

« 1555. Avons baillé à Pierre Pénicaud et à Récham-

baiilt, qui font la visire do la Cène que avons faict marché à six vingts livres, de quoi leur baillâmes comptant, comme appert par la lettre passée par Albin, la somme de 60 lyvres tournois. »

Au verso du folio 24 était une représentation de la susdite vitre de la Cène, peinte en couleurs, et sur laquelle on lisait les inscriptions suivantes :

Desiderio desi- 1556.

deravi hoc Pascha manducare vobiscu antequa Patiar.

Les counferres de le counferie du cors de Dieu hounct septhe vitre fect ferre.

On doit la connaissance de ces inscriptions à une copie de l’abbé Legros. Quant au pourtraict, nous avons dit déjà qu’il avait été dérobé.

Les autres détails donnés sur la pose du vitrail présentent un intérêt d’un ordre inférieur; nous les transcrivons néanmoins, parce qu’ils nous apprennent certains détails d’exécution des vitraux.

« Item au farron pour 232 lyvres fert ouvré que fust mis tout autour de la vistre de la Gène qu’avons fect fere en la dicte esglize Sainct-Pierre, et pour six barres à travers pour la d° vistre à douze deniers livres, 11 liv. 12 s.

» Item , pour 80 livres fd de bobynes pour létonner la dite vistre, à 20 liv. le cent, 17 liv. 4 s.

» Item, au dict, façon pour avoir létonné la d“ vistre, 6 liv. 55 s.

» Item, poyé pour clavettes de fert, l liv. 2 s. 6 d.

» Item , fut poyé pour fil de bobynes pour ce que de l’aultre n’y en heult assez , 1 liv. 1 3 s.

» Item avons poyé tant par plomb pour la dicte vistre et aultres petites mises , 4 liv. 6 s.

» Plus, pour ung disner que fust faict le jour, que fismes le marché de la vistre , appellés les quatre bayles nouveaulx et aussi Réchambault et autres , 4 livres 15 s. (1). »

En 1558, le vent ayant brisé une partie de la nappe et de la taxe peintes sur ce vitrail , les bayles le firent racoustrer par Réchambault, et donnèrent, tant pour lui que pour ceux qqi lui aydarent , la somme de 2 liv. 1 0 s. 1 0 d.

Le même manuscrit nous fait connaître, au xvi® siècle, le nom et les oeuvres de maistre Anthoine le peindre , de François Roullaud , fondeur, de Psaulmet Texandier , orfeuvre, de Jehan et Pierre Guihert , de Massit, de Jehan Yvert, or (eûmes.

« 1572. Plus, pour le parement du pupitre devant le » grand autel , que aultres du courps de la dicte église » aulx faistes de Noël, où il y ha huit ystoires tant du » Vieulx que du Nouveau Testament, faictes par maistre » Anthoine le poindre, et heu par sa fason pour y avoir )) employé quinze journées faistes sur cartes fines ex- » presses et pour quatre douzaines de Jésus, le tout » faict de fines couleurs , 1 8 liv. 1 3 s.

» Plus avons baillé à maistre Anthoine le peindre et » Françoys Roullaud, fondeur, pour fere la divise et » pourtraict en papier du campt de lasbre ,12s.

» 1573. Avons bailhé à François Roulhaud , pour fere » le candelasbre, lOOliv. «

(I) En tout, plus de douze convives.

La figure de ces divers travaux, sauf les ysloires de maistre Anthoine , est peinte à côté des devis

L’influence de Paris dans la forme des objets d’art gagne chaque jour du terrain, et la fin du volume, en s’arrêtant au milieu du xviP siècle, nous montre les artistes limousins de plus en plus dédaignés. A dater de 1645, c’est à la capitale qu’on s’adresse pour tous les travaux un peu considérables.

Il faut encore noter comme appartenant au xvP siècle , par l’extension donnée alors à ce genre de travail, la fabrication des plaques de terre cuite émaillées. Ces revêtements, enduits d’une couverte inaltérable par tous les agents destructeurs de la peinture à l’huile , donnaient à l’extérieur et à l’intérieur des édifices un aspect éclatant sous notre ciel brumeux , et les plus modestes demeures recevaient ces embellissements d’un caractère vmiment monumental.

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