‹ Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de LimogesChapitre 38 sur 64 · ÉMAUX DIVERS DU XVI® SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉMAUX DIVERS DU XVI® SIÈCLE

Nous réunissons sous ce titre une courte description de quelques œuvres sans signature, et intéressantes sous plusieurs rapports, en la faisant précéder de l’énumération d’émaux dont quelques-uns à monogrammes inexpliqués :

1“ Une grande coupe en forme de compotier à pied, avec un couvercle sur lequel sont quatre médaillons représentant Hercules, Dianira, Hélène et Néron, séparés par des arabesques. A l’intérieur, au fond de la coupe, ou

voit Lothet ses filles. La ville de Sodome en flammes, la statue de sel, apparaissent dans le lointain. Sur le pied est l’inscription : Domine • doceo • facere • volontaten * tuan. Sur le couvercle sont les initiales G N • et la date 1 545 .

( Inédit. — Poitiers. — Cabinet de Mme de la Sayette. )

2° Plat ovale représentant Moïse élevant le serpent d’airain; les bords sont semés d’antiques et d’arabesques. Ce plat est signé des initiales * I * D • C — M. Lecointre-Dupont y trouve quelques rapports de composition avec un vitrail de N. -D. d’Alençon.

( xvP s. Inédit. — Poitiers. — Cabinet de Mme de la Sayette. )

3° Cène admirable de coloris et de détails, signée L. L. On lit au bas : Gommant: nostre : Senieu ihs lava: lespies: ans apôtres. Au-dessus des apôtres, une bandelette porte ces mots : Ave : maris : estella : Dei mater ater al. Le sujet ne répond pas au titre, car Notre-Seigneur est représenté assis, tenant saint Jean entre ses bras. Le disciple bien-aimé est assis lui-même sur les genoux du Sauveur. Cette particularité s’observe sur trois autres cènes du xvP siècle de la même collection. Le titre et trois autres émaux ayant la même signature prouvent qu’une suite, exécutée par le même artiste, illustrait la vie de N. -S.

( Inédit, xv!*" s. — Poitiers. — Cabinet de Mme de la Sayette. )

4° Massacre des Innocents. — Coiffé d’un large turban, Hérode est assis sur une estrade dorée. Ses manches très-amples, de couleur verte, sortent d’une robe ou surcot bleu semé d’arabesques d’or. Au fond, sur un écusson bleu supporté par un singe, est le chiffre 5-

(xvL s. Inédit. Cabinet de la ville de Poitiers.)

5“ Sorte d’amende honorable. La Vierge, vêtue d’une robe bleue et d’un manteau blanc, est élevée sur un

piédestal hexagone. A l’abri de son manteau largement développé , et tenu par deux anges qui planent au-dessus, sont agenouillés, à droite, des prêtres en habit de chœur; à gauche, des laïques, tous tenant des torches dorées. La plus vive ferveur anime toutes ces têtes. Du sommet, les deux anges déroulent des rolets ou phylactères sur lesquels se lisent les mots : nostro mo. Au bas, sur les faces verticales du piédestal, est deux fois tracée rinscription : IVL, 1534.

( Inédit. Cabinet de la ville de Poitiers. )

6° et 7“ Saint Anurie, saint Jaqves. St André porte sa croix, et saint Jacques le bourdon de pèlerin. (xv“ siècle. Cabinet de la ville de Poitiers.) Les têtes sont belles; le coloris a de l’éclat; le bleu est la couleur dominante.

A la suite de leurs noms est inscrite la signature N. D. Au bas du tableau de St André, on lit : En • JésuChrist ■ son • fUz • unique • Nostre Seigneur ' au bas du tableau de saint Jacques : Qui ‘ est • conceu ' du • Sainct Esperit * naiz • de' la' Vierge ' Marie * Sans doute tout le symbole se lisait ainsi divisé, au bas d’une suite de portraits des apôtres. Selon une antique tradition, la rédaction de chaque article de cette profession de foi appartient à un apôtre particulier. La tradition, constante sur ce point, se partage lorsqu’il s’agit de faire la part de chaque apôtre. Ce n’est pas le lieu de faire l’histoire de ces variations. Disons seulement que l’attribution dont nous trouvons ici deux témoignages a été proposée et défendue au xiiP siècle par St Bonaventure; qu’elle se reproduit sur les vitraux de la Sainte-Chapelle de Riom (1450) et dans le Kalendrier des Bergiers (xv^^ siècle).

8" et 9° Octavius Cæsar. Claudius Cæsar. — Ces deux médaillons d’empereurs romains , en grisaille avec ara-

besques, sont encore d’une exécution médiocre. Au-dessous de la tête se lit l’inscription : GYA.

(Cabinet de la ville de Poitiers. )

Toutes ces inscriptions pourraient bien ne pas cacher des signatures; mais si on doit regretter qu’elles nous laissent ignorer les noms de ceux qui exécutèrent ces peintures , ces lettres énigmatiques défendent du moins de les attribuer à des maîtres connus.

On rencontre souvent d’autres émaux sur lesquels l’œil le plus exercé ne peut reconnaître la présence d’aucune initiale, de la moindre de ces marques employées par plusieurs artistes. Nous en avons, pour notre part , examiné un grand nombre. A l’inspection de la transparence de la pâte et de la couleur , à la vue de la touche et des revers, nous eussions pu hasarder des conjectures faciles sur les auteurs présumés de ces émaux , en supposant qu’ils soient l’œuvre d’auteurs déjà signalés. Nous ne l’avons pas fait : les hasards de la recuisson , dont nous avons vu les effets sur un si grand nombre de pièces, auraient laissé presque toujours nos jugements à l’état de probabilités; et nous ne croyons pas qu’il faille agrandir leur part déjà si belle dans l’étude du passé.

Un triptyque appartenant à M. de Bruges représente la légende de saint Jean-Baptiste. Au centre, dans un cadre d’architecture , le précurseur prêche dans le désert. Sur la partie intérieure des volets sont peintes deux scènes de sa vie : le baptême de N. -S. et la décollation du saint. ( Publié par M. du Sommerard, Album, vir s., pl. 21 . )

La planche 18 de la même série nous montre un grand portrait du pape Clément VII, vu de profil. Sur l’orfroi de sa chape sont peints les apôtres. Autour d’un brillant coffret de toilette du commencement du xviU siè-

de, divers personnages, costumés à l’espagnole, exécutent une danse. Sur le couvercle est représentée une bacchanale. (Ce coffret, appartenant à M. de Bruges, a été publié par M. du Sommerard, Album, ix, pl. 34.)

Le cabinet de M. C. de Tusseau de Poitiers est riche en émaux anonymes du xvi® siècle; voici l’énumération des plus remarquables :

1 “ Plusieurs petits tableaux de 1 1 sur 20 centimètres , paraissant du commencement du xvi'= siècle, savoir : — V Annonciation-: le costume et la pose de la Vierge sont d’une coquetterie impardonnable ; — r Assomption : la Vierge est représentée tenant l’enfant Jésus; — Couronnement de la Vierge : Dieu le Père et Dieu le Fils la couronnent; le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe, complète la représentation de la Trinité; — Pilate se lavant les mains; — Notre- Seigneur donnant à sainte Véronique V empreinte de sa face; — Descente de croix. — Ces six tableaux paraissent du même faire. Ils ont tous un fond d’azur semé d’étoiles d’or et des nuages violacés.

2° Sept petits tableaux , tous de la même main , de VI sur 1 5 centimètres , savoir : le lavement des pieds , le baiser de Judas, N.-S. devant Càiphe, Pilate se lavant les mains, la chute sous la croix, la mise au tombeau, r Ascension. N.-S. est vêtu d’une robe violette. Presque toutes les autres figures ont des costumes blancs légèrement ombrés; les chairs sont très-légèrement rosées; le ciel noir est semé de points d’or. Au bas de chaque tableau, le fond est vert pâle.

3° Un coffret représentant, en sept tableaux, les principales scènes de V histoire de Joseph, se fait remarquer par une grande variété de couleurs. Ce sujet, traité sur un autre coffret déjà mentionné plus haut, et signé par

Suzanne Courteis, pourrait bien être delà même main.

4" Sur l’intérieur d’une coupe sont représentés Hercule et Déjanire f Dianira J, ornée d’un collier auquel est suspendue une croix d’or. Au-dessus, l’Amour; à l’extérieur sont des médaillons. Le fond est noir, semé d’étoiles d’or; le bleu domine dans les ornements.

Entre les nombreux émaux sans signature, du xvL siècle, appartenant à Mme de la Sayette de Poitiers , nous citerons les suivants :

Les Grecs entrant dans le cheval de Troie.

2® Une coupe sur laquelle sont représentés Adam et Eve commettant la faute originelle , et chassés du paradis terrestre. On a vu les mêmes sujets traités sur une coupe par Jean Courteis. Le couvercle est semé d’antiques et d’arabesques.

3° La Crucifixion. — Un des gardes, monté sur un cheval, perce le côté de N. -S. Le brillant du coloris, la richesse des détails, le nombre et l’expression des figures , la variété et le fini des costumes, font de ce tableau un des plus précieux émaux de Mme de la Sayette. Il a 22 centimètres sur 25.

4° V Adoration des Mages .

5° Un grand plat ovale représentant , en camaïeu , le festin des dieux. Au-dessus de la table voltigent l’Amour et Psyché. Ce camaïeu, bleu, d’un beau dessin, a été manqué au feu. — Commencement du xvii® siècle.

Nous nous apercevons, peut-être un peu tard, que cet aride catalogue se prolongerait sans instruction et sans plaisir pour le lecteur; nous y mettrons donc un terme, en citant quelques émaux du cabinet de la ville de Poitiers. Ils sont au nombre de cinq :

1 ° Plat rond de 44 centimètres de diamètre, présentant

dans le fond un paysage d’un bon dessin; au premiei* plan, deux marchands arabes; plus loin, une caravane cheminant vers une ville; de l’autre côté, des bosquets et de nombreux troupeaux; sur le bord et au-dessous, des mascarons et des têtes de béliers.

T Ste Marguerite tenant une croix d’or et une palme. Le dragon infernal entoure la sainte de ses replis; au milieu d’un entourage d’arabesques, se lisent d’un côté un S, de l’autre un M. Cette composition est très-gracieuse.

3° Email ayant probablement servi de volet pour un triptyque. Il représente la Transfiguration. N. -S. est vêtu d’une robe violette semée d’or; une écharpe de pourpre l’entoure et flotte au-dessus de sa tête.

4° Deux magnifiques vases à anses ( bouquetiers ) , couverts d’un émail noir, sur lequel des filets d’or dessinent des arabesques capricieuses et élégantes : satyres opposés, luttes bizarres, figures fantastiques tenant des colliers , ou , pour nous servir de l’expression heureuse de M. Ârdant, diables disant leur chapelet. Sur les bases se reproduisent alternativement un cœur enflammé et une fleur de lis.

5“ Un autre petit émail paraît du même faire. Des filets très-fins, d’or, sur fond noir, sans addition d’autre couleur, y dessinent une bataille. Les guerriers à pied et à cheval, lancés et posés avec un entrain et une verve admirables, se servent de la lance , de l’arc, du poignard et du glaive. Les lueurs d’un embrasement éclairent cette scène de nuit. La gravure excellente de M. Godard, que nous reproduisons, pl. VII, en donnera à nos lecteurs une idée très-fidèle. L’habile graveur a reproduit jusqu’aux lésions qu’a subies cette petite peinture d’un genre rare

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