LA CONCEPTION
(^vis.)
et exquis. (La vignette a les memes dimensions que l’original. )
La description d’un petit émail de notre collection, figuré sur la planche IX, terminera dignement cet inventaire abrégé.
La sainte Vierge, vêtue d’une robe blanche semée de points d’or, et recouvrant une robe de dessous de couleur rouge dorée, est debout , dans l’attitude de la prière. Sur sa draperie est figuré un nimbe d’or, au milieu duquel un petit être humain, nu, joint les mains et s’incline. Et en effet, au haut des cieux. Dieu le Père bénit la divine mère de Jésus fait homme. Sur le fond bleu de l’émail brillent l’olivier et le cèdre , la tour de David , et tous ces symboliques attributs sous lesquels le plus sage des rois désignait la mystique épouse des Cantiques. « Et comme ce livre s’applique parfaitement à la Vierge bienheureuse, elle est d’une suave imagination, cette peinture où l’on représente autour d’elle le soleil, f étoile, la lune, la porte du ciel, le lis entre les épines, le miroir sans tache, le jardin fermé, et autres semblables, en y ajoutant les paroles : Vom êtes toute belle , mon amie, il n est pas de tache en vous : pure comme le soleil : belle comme la lune : étoile de la mer : porte du ciel, etc. (1 ) . »
Molanus , qui nous fournit cette citation, dit avoir vu un livre, imprimé à Paris en 1513, au frontispice duquel est placée cette image (2). Elle a été souvent reproduite , en particulier dans les heures imprimées sur vélin et coloriées , de Gillet Hardouin , demeurant au bout du pont
(G Molanus. De historia SS. Imaginum.^ p. 593, édit. Paquot.
(2) Hanc typis ligneis expressam vidi in fronte libri cujusdam ab Jodoco Clichioveo scripti, editique Luietiœ Parisiomm. An 1315. Ib,
Nostre-Dame, à renseigne de la Rose, Paris , 1512. La dernière des miniatures placées au devant des heures de la Conception de Notre-Dame représente la Vierge avec une longue tunique qui couvre ses pieds. Sa longue chevelure flotte sur ses épaules, et les attributs mystiques, accompagnés de légendes explicatives , l’environnent de toutes parts (1 ). On n’y remarque pas la petite figure qui rend si rare la représentation de notre émail.
Longtemps avant les essais de ces enlumineurs, Hugues de Saint-Victor résumait ainsi les textes divers appliqués à Marie : « La bienheureuse Vierge fut pauvre, humble, obéissante, tranquille, modeste, simple, sage, annoncée par l’ange, sanctifiée avant sa naissance; la première elle s’unit à Dieu, son époux, par le vœu de virginité. C’est la mère du Seigneur, la reine des anges , l’étoile de la mer , la terre qui a germé le Sauveur , la terre dont fut formé le véritable Adam , la terre d’où est sortie la vérité , la terre d’où fut tiré le pain véritable qui a donné son fruit, que le Seigneur a bénie, et dont il est dit : La semence a été reçue par une bonne terre. Elle abonde en lait et en miel; c’est l’arche du Testament; bien plus, c’est l’arche d’alliance, l’étoile sortie de Jacob, l’urne qui garde la manne , le trône de Salomon, la maison du salut, la porte fermée, la toison bénite, le lit de l’époux, le temple de Salomon, ia verge d’Aaron , la tunique du souverain pontife, la maison aux sept colonnes, le jardin fermé, la fontaine gardée, l’arche de Noé; belle comme
(1) La bibliothèque publique de Poitiers possède un précieux exemplaire de CCS heures, ornées de 22 grandes miniatures. La date 1512 est celle de la première année qui figure sur le calendrier.
la lune , éclatante comme le soleil , c’est une naissante aurore (1). »
Un émail sans signature, de 15 centimètres en tous sens, est très-remarquable sous le rapport de la composition; il représente les cavaliers de l’Apocalypse, lancés, disposés, vêtus et armés comme sur le bas-relief célèbre du tombeau de Jean de Langheac, dont nous donnons la gravure. (Voy. pl. VI. ) Voici le texte qui a inspiré le sculpteur et le peintre :
( Apoc. c. VI.)
2. Et je vis; et voici un cheval blanc, et celui qu’il portait avait un arc , et une couronne lui fut donnée , et vainqueur il sortit pour vaincre.
3. Et lorsque le second sceau fut ouvert , j’entendis un animal qui disait : Venez, et voyez.
4. Et il sortit un cheval roux, et il fut donné à celui qu’il portait d’enlever la paix de la terre; un glaive lui fut remis.
5 Et voici un cheval noir, et celui qui le montait
avait une balance à la main.
6. Et voici un cheval pâle, et celui qui le montait se nomme la Mort; l’Enfer le suivait.
Le sculpteur a été plus heureux que l’émailleur. Entre les mains de son terrible cavalier , la balance n’est pas destinée à peser les âmes; elle est devenue un instrument de supplice , et ses plateaux, vides de vertus , vont, dans un élan rapide, se briser sur la tête des méchants : l’éternité commence. Sur l’émail , au contraire, la position verticale de la balance n’en fait plus qu’un emblème de justice. C’est une idée vulgaire et sans originalité. La
(I) Hngo à S. Victore, t. ii , p. oOô , .Wi.
ressemblance des deux compositions n’en est pas moins extraordinaire. Lequel inspira son rival, du sculpteur ou du peintre? Ou bien leur inspiration fut-elle indépendante ?