PIERRE A ROGER , ROI DE SICILE
Celui qui connaît toute chose sait combien j'aime votre soblimité , et combien je désire que vous prospériez dans le Seigneur et dans vos intérêts personnels. En apprenant la mort de vos fils , nous avons été bien affligés, et nous avons ordonné à notre monastère de célébrer des messes, d^adresser des prières à Dieu, et de répandre des aumônes, pour les âmes de vos enfans, et pour demander an Seigneur votre santé. Non-seulement en ce moment même, mais très-sonvent, anz jours solennels , et dans nos chapitres généraux , nous rappelons votre mémoire entre tous les autres rois, nos amis et nos bienfaiteors. An reste, nous instruisons votre grandeur royale que nous éprouvons beaucoup de peine des inimitiés qui se sont élevées entre vous et le roi des Allemands, empereur des Romains : car je sens, et bien d'antres avec moi, que ces mésintelligences nuisent beaucoup aux royanmea latins et k la propagation de la foi chrétienne. J'ai souvent entendu dire que votre courage guerrier avait enrichi FÉglise de Dieu de i^naîenTS conquêtes faites sur le territoire des ennemis de Dieu, je veux dire des Sarrazins : mais combien ces glorieuses conquêtes seraient plus nombreuses encore à mon avis, si Tamitié vous liait h l'empereur! Il y a on autre événement qui nous fait plus vivement encore , ainsi qa'à preaqiie toute la Gaule , désirer votre réconciliation avec l'empire; c'est U
conduite inouïe, détestable, lamentable des Grecs, et Taffircuse trahison de leur roi envers nos pèlerins , cette brave armée du Dieu vivant. Et, pour vous dire tout ce que j'ai dans Famé, je n'hésiterais point h donner ma vie , si la mort d'un moine pouvait être nécessaire, pour que la justice divine daignât venger sur quelqu'un des Grecs la mort de tant de guerriers, de tant de nobles hommes, cette fleur de presque toute la Gaule et de toute la Germanie , si misérablement et si traîtreusement détruits. Je ne vois sous le ciel , parmi les princes chrétiens, personne qui puisse accomplir aussi bien , aussi convenablement , aussi efficacement que vous, une œuvre si sainte , si désirable au ciel comme sur terre. Car je ne veux pas vous flatter, et je ne fais que répéter les paroles de tous, et les espérances que donnent vos actions passées; pour faire un si grand bien, vous avez un esprit plus habile que les autres princes, vous êtes plus riche qu'eux, plus exercé en courage et plus voisin aussi du lieu du désastre. Levez-vous donc, excellent prince, levez-vous à ma voix qui vous annonce les vœux de tous, plus encore que les miens; levez- vous, pour secourir le peuple de Dieu, et pour défendre la loi de Dieu avec le zèle des Machabées; vengez- vous de tant d'opprobres, de tant d'outrages, de tant de morts, de tant de sang répandu dans l'armée de Dieu par des mains impies! Je suis prêt, à la première occasion favorable , à me rendre auprès de l'empereur , pour plaider la sainte cause de la paix, et employer tout mon zèle et toutes mes forces à ramener et sceller entre vous et lui une réconciliation qui sera si agréable à Dieu. Je vous écrirai encore par la volonté de Dieu , inunédiatement après mon entretien avec l'empereur, dans quelles dispositions je l'aiirai Urouvé ; et mes lettres ne vous laisseront rien ignorer.