‹ Essai historique sur l'abbaye de l'Immaculée-Conception-St.-Michel (primitive observance deChapitre 11 sur 36 · CHAPITRE TX · texte numérisé non relu

CHAPITRE TX

Genre de vie des Prémontrés de la Primitive Observance à Saint-Michel de Frigolet. — Visites épiscopales dont ils sont honorés. — Gages de bienveillance que leur donne Mgr Chaland on. ~ Consécration solennelle du maître-autel de l'Église de saint-Michel.

Cependant, au milieu de ces solennités qui grandissaient aux yeux des populations le culte du Seigneur et leur donnaient la plus haute idée de sa gloire, le T. R. P. Edmond voyait s'accroître tous les jours le nombre de ses compagnons et avec eux la bonne odeur de Jésus- Christ se répandre de tous les côtés. Attirés dans le désert de Frigolet par ces fêtes splendides dont la renommée se propageait au loin, les

fidèles ne pouvaient contempler sans admiration toute une pléiade de religieux, vivant dans ledénûmentle plus complet, faisant succéder sans interruption aucune le travail à la prière, se livrant àitoutes les rigueurs de la pénitence, observant un perpétuel silence, jeûnant depuis le commencement de Tannée jusqu'à la fin, abrégeant leur sommeil pour chanter les louanges de Dieu, reproduisant, en un mot, au milieu du XIX« siècle et aux portes mêmes des cités, ces merveilles de mortification et d'austérité qui illustrèrent autrefois les steppes de la Thébaïde, et plus tard les solitudes de Cîteaux et de Prémontré.

Faut-il s'étonner après cela que des évêques soient accourus à Saint-Michel pour être témoins d'un pareil spectacle et pour apporter aux nouveaux enfants de saint Norbert l'abondance de leurs bénédictions paternelles? C'est ainsi que naguères il nous a été donné de nous incliner, auprès de l'autel de Notre-Dame-du- Bon-Remède, sous la main de Téminentissime cardinal Donnet, ce prince de l'Église, qui sur le siège archiépiscopal de Bordeaux, fait revivre avec tant d'éclat les vertus des Gheverus et des d'Aviau, et qui dans son vaste diocèse a su si bien multiplier pour l'édification et la consolation de son troupeau les maisons religieuses et les institutions monastiques.

Nous y avons vu aussi, et l'éloquent évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup, l'intrépide cham-

pion du pouvoir temporel des Papes, et feu le vaillant évêque de Nimes, Mgr Plantier, qu'on était toujours sûr de trouver le premier sur la brèche, quand il s'agissait de défendre les divines prérogatives du Saint-Siège, les droits imprescriptibles de rËglise, les dogmes sacrés de notre foi et Tautorité des saints canons. Nous y avons entendu MgrBerteaud,révêque de Tulle, l'orateur â V éloquence-reine^ à la yarole d'or (1) ; Mgr de Gharbonnel, évêque de Sozopolis in partibus infidelium^ Thomme apostolique par excellence, dont l'humilité a voulu cacher sous la bure franciscaine et l'éclat d'une haute naissance et la majesté du caractère épiscopal ; Mgr Lacarrière, que des infirmités précoces, contractées sous un ciel de feu, ravirent â son diocèse de la Basse-Terre et qui consacre avec tant de profit pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ses forces et ses jours à l'apostolat de nos grandes

(1) On raconte que Mgr Flaget, évêque de Bardstown (États-Unis), étant venu en France pour les affaires de sa mission, prêcha et officia dans la cathédrale de Limoges. Après l'office, au moment de se dépouiller de ses insignes épiscopaux, il vit Tévêque de Limoges s'approcher de lui en lui disaxit : « Monseigneur, si vous ne nous aviez point adressé la parole, j'aurais pu vous faire entendre une éloquence-reine. — Où est-elle, cette éloquence-reine, répliqua aussitôt Mgr Flaget?— Âstitit regina a dextris tuis investitu deaurato,^) reprit l'évéque de Limoges. Or, l'abbé Berteaud, alors simple vicaire général, assistait en chape d'or Mgr Flaget et se tenait à sa droite.

villes, a l'évangélisation du clergé ; Mgr de la Bôuillerie, archevêque de Perga in partibus, le prédicateur par excellence de Tadorable Eucharistie, si noble et si grand dans la chaire chrétienne ; Mgr Paulinier archevêque de Besançon, qui semble appelé par la divine providence â devenir une des colonnes de Tépiscopat français; Mgr Mermillod, évêque d'Hébron in partibus et vicaire apostolique de Genève, la noble victime du radicalisme îSuisse, Thomme dont la parole et la douceur nous rappellent si bien la parole et la douceur de saint François de Sales, son glorieux prédécesseur.

Nous y avons vu tour âtour, et feu Mgr Jeancard, évêque de Cérame in partibus^ Tonctueiïx écrivain de la Vie de Saint Alphonse-Marie de Li" guori\ et Mgr Meirieu, évêque de Digne, théologien hors ligne, dialecticien consommé ; et Mgr Jordany, évêque de Fréjus et Toulon, ce prélat au cœur si éminemment provençal qui s'applique avec tant d'ardeur k faire revivre les gloires de Lérins et les splendeurs de la Sainte- Baume ; et Mgr Bernadou, dont les diocèses d'Alger, de Gap et de Sens connaissent le zèle apostolique ; et Mgr 0' Garroll, évêque d'Alabamba in partibus^ qui aide avec tant de zèle Mgr Gonin, dominicain comme lui, ;dans l'administration spirituelle de l'archevêché de la Trinidad aux Antilles ; et Mgr deMarguerye, ancien évêque d'Autun, Ghâion et Mâcon, à qui la bienheureuse Marie-Marguerite Alacoque

semble avoir communiqué du haut des cieux son zèle pour le culte du Sacré-Cœur de Jésus ; et Mgr Salzaao, de l'ordre des dominicains, archevêque in partibus^ dont les ouvrages canoniques sont classiques en Italie et auquel le Saint-Siège a confié l'administration d'un grand nombre de diocèses du royaume de Naples privés de leur pasteur ; et Mgr Petagna, évêque do Gastellamare (Deux-Siciles), qui a souffert dix ans d^exil sur la terre de France pour avoir combattu dans sa patrie les bons combats contre les ennemis de l'Église ; et Mgr de Las Cases, qui à l'illustration de sa naissance a joint l'honueur d'avoir été le successeur immédiat desaint Augustin sur le siège d'Hippone ; et Mgr Gueulette, ancien évêque de Valence, qui se constitua dans son diocèse le défenseur si zélé de la discipline et de la liturgie romaines, qui est descendu de son siège épiscopal avec une si noble simplicité et qui a échangé avec tant de générosité l'éclat de sa dignité épiscopale contre l'obscurité de la solitude monastique ; et Mgr Legain, évêque de Montauban, qui continue si bien les traditions des Cheverus et des Doney ; et Mgr Ramadié, évêque de Perpignan, le bon pasteur dont la ville de Béziers gardera à jamais l'aimable souvenir; et Mgr Guilbert, évêque de Gap, qui a eu le bonheur et la gloire de poser le couronnement du célèbre sanctuaire de Notre-Dame-du-Laus, en introduisant en Cour de Rome la cause de canonisation ^de la pieuse

bergère Benoîte Rancurcl ; et Mgr Lebreton, évêque du Puy^ toujours bnton de nom et de fait{\)^ (fui a hérité de tous les sentiments dont les Bonald, les Darcimoles et les Môrlhon, ses illustres prédécesseurs, étaient animés pour Notre-Dame-de-France. Nous y avons rencontré aussi deux saints prélats orientaux : Tun, Mgr Michel Alexandrian, archevêque arménien de Jérusalem, enlevé, il y a quelques années, par une mort prématurée à l'Église catholique dont il était l'espoir et la joie dans cette lointaine contrée ; l'autre, Mgr Debs, patriarche maronite de Beyrouth. Ils officièrent pontificalement, selon toutes les prescriptions de leur rit dans Tèglise du monastère avec une piété, une dignité, une grandeur qui édifièrent toutes les assistances.

Nous avons vu également accourir dans ces lieux bénis feu le T. R. P. Repassy, abbé des Prémontrés de Jaszôen Hongrie, qui était l'un des premiers conseillers auliquos de la couronne de saint Élienne ; le T. R. P. Dom Marie-Bernard, abbé des Cisterciens de Sénanque, dont il a relevé les ruines et fait refleurir le désert ; le T. R. P, Régis, le fondateur de l'abbaye de Statouëli (Afrique), le resUiurateur de Tâbbaye des Trois-Fontaines à Rome et le procureur-

(l) Mgr Lebreton, né dans le diocèse de Saint-Brieuc, porte sur son écusson la blanche hermine de Bretagne avec cette devise en langue de l'Armor : Bretoun breped (toujours Breton.)

général des trois Observances de la Trappe, près le Saint-Siège ; le T. R. P. Dom Schiaffini, abbé de Saint-Bertrand de Goramingcs, auquel. est échue la gloire d'avoir établi Tordre des Olivétains en France. Puis sont venus à Saint-Michel les abbés de la Grande-Trappe, de Bricquebec, deN. D.-des-Dombes, deStaouëli, de N.-D.-du- Désert, du Port de Salut, de Sept-Poûts, du Monts des Olives ou QElenberg en Alsace, du Mont -Saint -Bernard en Angleterre, et une foule de dignitaires de tout ordre dans les rangs de la hiérarchie sacrée, dont la visite a été pour le T. R. P. Edmond et ses religieux le plus précieux des encouragements.

Mais les membres de la prélature française qui ont le plus souvent dans ces derniers temps honoré de leur présence le monastère de Saint- Michel-de-Frigolet, sont sans contredit leT.R. P. Dom Gabriel, abbé de la Trappe d'Aiguebelle ; feu Mgr Debelay archevêque d'Avignon ; MgrDubreil, son successeur; feu Mgr Ghalandon, et Mgr Forcade, son successeur, sur le siège archiépiscopal d'Aix, Arles et Embrun.

Le T. R. P. abbé d'Aiguebelle, dont Téloge est dans toutes les bouches et dont les bonnes et belles actions perpétueront la mémoire , porte un intérêt tout particulier à Tceuvre entreprise par le T. R. P. Edmond. Maintes et maintes fois il a bien voulu présider des fêtes au milieu des RR. PP. Prémontrés, et c'est lui qui consacra, en 1869, l'autel dédié à Saint Jo-

seph, dans l'église abbatiale de rimmaculée- Gonception.

Quant à Mgr Debelay, il avait été des premiers à honorer de sa bienveillance paternelle la restauration de la primitive observance de Prémontré, et heureux de voir rendre enfin él sa destination première un monastère qui fut pendant huit siècles le plus beau fleuron de la couronne de son église cathédrale, il applaudissait de cœur et d*âme aux travaux artistiques qui devaient faire de cette maison sainte l'un des plus remarquables monuments, au point de vue de Tart, des environs de sa ville métropolitaine. La mort, hélas ! ne lui a pas permis de voir la réalisation de toutes les espérances qu'il avait conçues à cet égard ; riiais Mgr Dubreil, en héritant de sa houlette pastorale , a hérité aussi de sa bienveillance pour le T. R. P. Edmond et de ses sympathies pour les enfants de saint Norbert.

Tous les ans, Mgr Ghalandon se faisait un pieux devoir de visiter le sanctuaire de Notre- Dame-du-Bon-Remède ; une journée, au moins, de toutes ses tournées pastorales était consacrée à ce pèlerinage du cœur ; il aimait â" revoir ces lieux de bénédiction que sa vigilance et sa sollicitude épiscopales avaient transformés en une véritable citadelle, protégée, comme la Tour de David, par des milliers de boucliers ; il aimait à parcourir du regard ces mystérieuses montagnes que ses mains avaient rendues le séjour de pré-

dilection du Seigneur et dont les sinuosités laissaient descendre sur la plaine des torrents de célestes faveurs, et, Pontife selon le cœur de Dieu, père tendre et vénéré, ange de piété et de mansuétude , il apparaissait au monastère de rimniaculée-Gonception dans les circonstances solennelles, la grâce et la bonté de notre Sauveur sur les lèvres, les dons et les bénédictions du ciel dans les mains.

Le 8 mai 1860, fête de l'Apparition de saint Michel, Mgr Ghalandon daigna consacrer l'autel principal de l'ancienne église du monastère, qui est dédiée à ce bienheureux Archange et qui venait d'être restaurée et agrandie d'une travée pour servir de salle capitulaire. Trente-cinq religieux de chœur , auxquels s'étaient joints bon nombre d'ecclésiastiques des diocèses d'Avignon, d'Aix et de Nîmes, assistèrent Sa Grandeur. Pendant toute la cérémonie, qui dura plus de trois heures, l'orgue, tenu par des artistes de premier ordre, ne cessa de mêler ses harmonieux accords aux mâles accents des musiques réunies de Rognonas et de Barbentane. Le soir, après les vêpres, qui furent chantées dans cette même église de Saint-Michel, le clergé se rendit processionnellement à la chapelle de N.-D.-du- Bon-Remède, où le vénérable Prélat, après une brillante allocution, donna la bénédiction solennelle du Très-Saint-Sacrement. La journée était magnifique. Un temps véritablement du mois de mai éclairait et animait cette belle fête, à

laquelle 4,000 pèlerins, pour le moins s'étaient rendus de toutes les paroisses environnantes.

Mgr Théodore Augustin Forcade,qni a succédé à Mgr Ghalandon, n*apas témoigné moins d'intérêt au monastère, et, comme nous le verrons dans la suite, nous le trouvons toujours disposé à rehausser de sa présence hénie la splendeur des solennités qui s'y célèbrent.

Mais n'anticipons point sur les événements^

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