CHAPITRE XL
Dédicace de l'église de rimmaculée-Gonception-Saint- Joseph. ~ Détails de cette fête. — Solennité de son Octave.
C'estle 6 Octobre de l'année 1866, jour de l'octave de Saint-Michel, qu'eut lieu la consécration de la basilique élevée par le zèle du T. R. P. Edmond et de ses religieux en l'honneur et sous le vocable de l'Immaculée-Gonception de la Mère de Dieu et de saint Joseph.
Cette fête dépassa, et de beaucoup, Tattente des fidèles. Elle réunit plus de vingt mille âmes autour du monumental édifice, et de bien bonne heure assurément; car, longtemps avant l'aurore, les prêtres étaient occupés à distribuer, dans toutes les chapelles du monastère, le pain de vie à la foule des pèlerins. Mais, malgré leur nombre énorme, et presque disproportionné pour Tesplanade étroite où ils avaient à se tenir durant la cérémonie, il n'y eut parmi ces milliers de visiteurs ni encombrement, ni accident, ni désordre d'aucune sorte, et le rôle de l'escadron de hussards et des quatre brigades de gendarmerie qui étaient venus de Tarascon, se borna au seul service d'honneur autour des Prélats et de la statue de Marie.
Les Prélats, ils étaient au nombre de dixneuf. D'abord, en première ligne, le vénérable archevêque diocésain, Mgr Ghalandon, heureux de couronner en ce jour solennell'édifice dont il avait posé, il y avaii huit ans, la première pierre, et son proche voisin, Mgr Dubreil, heureux, lui aussi, de voir en cette mémorable circonstance resplendir d'un nouvel éclat le monument qui fut, durant, près de huit siècles, l'un des plus beaux joyaux de la mitre épiscopale de ses prédécesseurs. Puis venaient, selon la date de leur sacre, Mgr de Marguerye, évêque d'Autun; Mgr de Gharbonnel, ancien évêque de Toronto; Mgr Lacarrière, ancien évêque do la Basse-Terre (île de la Guadeloupe) ; Mgr Jean*
card, évéque de Cérame in partibus infideîium; Mgr Ramadié, évêque de Perpignan, et Mgr Gueulette, évêque de Valence.
On voyait ensuite, revêtu de la mantelletta romaine, un chanoine de N.-D.-de-Lorette, Mgr Godefroy, dont le zèle et la pieuse industrie ont doté la ville de Rouen de Tune de ses plus belles églises, celle de Notre- Dame-de-Bon-Secours ; et enfin apparaissaient le T. R. P. Abbé des Prémontrés de Jaszô, membrede la haute Chambre des magnats de Hongrie et conseiller auli- . que de Tempereur d'Autriche; le T. R. P. abbé de la Grande-Trappe; le T. R. P. Régis, procureur général des trois Observances de la Trappe en Cour de Rome, et les TT. RR. PP.
abbés des Trappistes de Sept-Fonts, d'Aiguebelle, de Bricquebec, des Bombes, de Statouëli, du Port-de-Salut et du Mont-des-Olives.
Le Chapitre métropolitain d'Avignon, représenté par huit de ses membres, se détachait, par la couleur purpurine de sa cappa prélaticique, de la foule des cùanoines accourus des autres diocèses à cette solennité, et formait, autour de NN. SS. les archevêques officiants, comme un collège de cardinaux, aux yeux de l'assistance étonnée de la magnificence de leur pourpre.
Les prêtres étaient là en grand nombre ; on en comptait près de trois cents en simple surplis. Il y avait aussi des religieux de diverses communautés, sans parler des Frères des Écoles chrétiennes, des Frères Maristes, des Frères
de îSaint-Pierre-ès-Liens, des Oi)lats de Marie, des Maristes,des Gardistes, desSulpiciens et des Doctrinaires. L'œil d'un chrétien reconnaissait avec
bonheur les Pères Jésuites d'Avignon, les Pères Récollets d'Avignon et de Nîmes, les Pères Dominicains de Garpentras, des Pères Gapucins d'Aix, et un Garme déchaussé de Lyon.
Les Pénitents, dont les confréries sont si po-pulaires en Provence et qui font l'un des principaux ornements des fêtes de cette religieuse contrée, s'y trouvaient aussi: c'étaient les Gris et les Noirs d'Avignon, c'étaient les Blancs de Tarascon, marchant chacun sous leur croix et leur étendard. Il y avait pareillement des religieuses de Saint- Vincent-de-Paul, de Saint-Gharles, de Saint- Thomas, delaGonception, etc. Il y avait des congrégations de filles et de femmes venues des villages voisins avec leurs bannières et leurs oriflammes.
Les autorités de la contrée avaient tenu â rehausser la solennité de l'éclat de leur présence. On remarquait parmi elles MM. les mem^ bres du Tribunal civil de Tarascon, M. le procureur impérial et deux juges du Tribunal civil d'Avignon, M. Remacle, préfet honoraire, MM. les maires de Tarascon, de Boulbon, de Saint-Remy, de Barbentane, de Ghâteaurenard et de Villeneuve-lez-Avignon, et la plupart des notabilités des communes environnantes.
Il faisait beau voir, à l'issue des vêpres, vers le coucher du soleil, toute cette foule d'élite
former cortège â la statue de Marie conçue sans péché, entre deux haies d'un peuple pieusement empressé, à travers les sentiers embaumés de la montagne, au son joyeux des cloches, au bruit de deux musiques militaires, aux accents des trompettes guerrières, au chant des hymnes sacrés. Et que dire du moment solennel où, sur le point de rentrer dans Téglise pour clôturer la fête par le salut du Très-Saint-Sacrement, les huit pontifes et les dix ahhés élevèrent leurs mains et leur voix au-dessus de la foule respectueusement agenouillée et répandirent sur elle les plus abondantes bénédictions? De telles scènes ne se racontent point ; il faut y avoir assisté pour s'en faire une idée et les comprendre.
Mais nous nous apercevons que, sous la douce impression de cet instant inénarrable , nous passons sous silence le récit de la Consécration elle-mêmes. Nos lecteurs ont, pour là plupart, assisté sans doute à des Dédicaces d'églises, ou, tout au moins, en auront lu parfois le symbolique cérémonial et les touchantes prières; aussi leur épargnerons-nous des détails qu'il connaissent et qui seraient peut-être ici un horsd'œuvre. Qu'il nous suffise de leur dire que les deux archevêques se partagèrent les honneurs de la cérémonie : Mgr Ghalandon fit la dédicace, adressa la parole à l'assistance et présida la procession, et Mgr Dubreil officia à la grand'messe et aux vêpres, dont les chants, empruntés aux
meilleurs répertoires , farfent magistralement exécutés par la maîtrise du monastère réunie â celle de Sorgues.
Tout le monde admira la dignité et la majesté avec lesquelles s'accomplirent les diverses parties de l'office divin, la précision et l'ensemble des chants liturgiques, la richesse et la magnificence des ornements et des vases sacrés, les sons mâles et harmonieux de l'orgue, et pardessus tout, la splendeur de la nouvelle basilique.
Mais c'est sur le T. R. P. Edmond que se portèrent tous les regards. A lui, en effet, appartient l'honneur d'avoir ainsi ressuscité, après plusieurs siècles d'interruption , la primitive observance de l'ordre de Prémontré ; â lui revient la gloire d'avoir couvert les collines et le désert de Frigolet de monuments qui feraient l'ornement des plus grands centres dépopulation en Europe. L'hospitalité noble et patriarcale dont il fit preuve en cette circonstance, où il admit à la table du monastère plus de 1,500 convives, témoigne assez de ce que l'on peut attendre de la charité industrieuse et de l'inépuissable générosité des pieux religieux qui vivent là sous sa conduite.
Un magnifique feu d'artifice, clôturé par un bouquet de fusées s'échappant de toutes les ouvertures de l'église et du monastère, couronna sur le soir la solennité, envoyant aux échos d'alentour avec ses détonations puissantes les cris
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d*OQtIiousiasine de tout un peuple trausporté d'allégresse.
Mais la fête ne se borna point à cette seule journée. Elle ne devait pas avoir de lendemain; car, chaque jour de son octave, plus de 6,000 pèlerins se rendirent au vieux monastère pour y contempler encore toute ruisselante de Thuile sainte la basilique de rimmaculée-Gonception ; chaque jour, il y eut et office pontifical célébré sous SOS voûtes par Tun des prélats assistants, et sermon prêché par Mgr l'ancien évêque de la Basse-Terre.
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