‹ Essai historique sur l'abbaye de l'Immaculée-Conception-St.-Michel (primitive observance deChapitre 16 sur 36 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Le monastère de Saint-Michel-de-Frigolet envole une colonie en Afrique. — Consécration de Tautel de Saint Joseph dans l'église de rimmaculée-Gonception. ^ Fôte de la canonisation des martyrs deGorcum.

En attendant, pour la plus grande gloire de Dieu et pour Timmense consolation des fidèles, Tédifice spirituel marchait de pair avec Tédiflce matériel à Saint-Michel-de-Frigolet. Le mouvement admirable qui poussait depuis huit ans vers cette solitude bénie tant drames avides de prières et de pénitences, était loin de se ralentir. Le nombre des religieux ne faisait que s*accroître dans l'enceinte du vieux Modtier, et un jour le T. R. P. Edmond dut songer à dilater sa tente

et à fonder un nouveau monastère. Il avait bien laissé pendant quelque temps, sur la demande de Mgr de Marguerye, un Père et deux Frères veiller à la garde du vénéré sanctuaire de Notre- Dame-de -la-Chaux au diocèse d'Autun; mais il n'y avait là qu'un pied à terre , et les trois religieux iînirent par revenir à la maison-mère, après avoir remis la miraculeuse chapelle aux mains des Pères du Bien Mourir venant faire vivre sur la terre de France la règle de Saint- Camille de Lellis.

Une difficulté se présentait pourtant. Où envoyer une colonie ? La France, l'Angleterre et les États-Unis se disputaient l'honneur de la recevoir, et Ton ne pouvait en doter un diocèse sans froisser les justes désirs d'un autre. Il n'y avait donc que l'embarras du choix. Tout d'abord la Providence parut arranger toutes choses en ouvrant à la primitive observance de Prémontré une terre vierge, pour ainsi dire, qui offrait la plus vaste carrière aux efforts de son zèle et qui lui rappelait de précieux souvenirs de famille.

Cette terre était l'Afrique française qui possède àlafoisTagaste et Hippone,la cité natale du grand saint Augustin et sa ville épiscopale, Malheureusement, après quelques années de laborieux essais, les Pères Prémontrés furent obliger de reculer devant des difficultés insurmontables et de retourner au vieux moiïtier de Saint-Michel qu'ils avaient quitté, dès les premiers jours de Tannée 1868.

Cette année 1868, qui avait commencé sous de si heureux auspices pour Tordre sacré de Prémontré, ne devait pas s'écouler sans apporter encore aux enfants du glorieux archevêque de Magdebourg un surcroît de consolation et de joie. Le 29 juin de Tannée précédente, à Toccasion du dix-huit centième anniversaire de la passion des bienheureux apôtres Pierre et Paul, Notre Saint-Père le Pape Pie IX, dont le long pontificat devait réunir toutes les gloires, entouré des membres du Sacré-GoUége, assisté de 450 évêques accourus de tous les points du monde, inscrivait solennellement aux diptyques des Saints, en présence de milliers et de milliers de fidèles, sous les voûtes de la Basilique Vaticane, deux martyrs de Tordre de Prémontré, Adrien de Beck et Jacques Lacops qui, le 9 juillet 1572, furent mis à mort par les Huguenots, en haine de la foi catholique, avec dix-sept autres religieux ou prêtres séculiers, â Gorcum, petite ville de Hollande.

Selon Tusage, et conformément aux prescriptions de la Sacrée Gongrégation des Rites, une fête solennelle devait se célébrer en mémoire des nouveaux saints pendant Tannée qui suivait leur canonisation, dans toutes les églises de leiK Ordre et aux lieux qu'ils illustrèrent par leur naissance, leur vie, leur mort ou leur sépulture. Le T. R. P. Edmond ne pouvait laisser passer cette occasion de rendre aussi magnifiquement que possible ses actions de grâces au Dieu très-

bon et très-grand qui venait de jeter ainsi un nouveau lustre sur la grande famille de saint Norbert. Avec Tagrément de Mgr l'archevêque d'Aix, il lixa le mois de juin 1868 pour cette fête.

Elle eut donc lieu, le 17, le 18 et le 19 de ce mois, au milieu d'une afQuence extraordinaire. Mais, avant d'en entreprendre le récit, nous devons, pour rester fidèles à notre mission d'annaliste, mentionner , ne serait-ce que pour mémoire, la consécration de l'autel de la chapelle de Saint- Joseph dans l'église de Tlmmaculée- Gonception.

Cette cérémonie se fit, le 18 avril 1868, fête du Patronage de Saint-Joseph. Il y avait dix ans ce jour-là que le T. R. P. Edmond avait pris possession du moaastère de Frigolet. Anniversaire ne pouvait être mieux choisi !

Ce fut le T. R. P. Dom Gabriel, abbé de la Trappe d'Aiguebelle, qui, au nom et par délégation expresse de Mgr l'archevêque d'Aix, conformément aux induits apostoliques, versa l'huile sainte sur l'autel dédié au chef de la Sainte Famille. Rien ne fut négligé de ce qui pouvait rehausser l'éclat de cette solennité qui devait cependant être éclipsée par celle de la canonisation des martyrs de Gorcum.

n est vrai que cinq prélats concoururent à relever celle-ci de leur présence : S. Ém. M. le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux; NN.

SS. Ghalandon, archevêque d'Aix ; Dubreil, archevêque d'Avignon; Berteaud, évêque de Tulle,

et Salzano des Frères Prêcheurs, alors évêque de Tanès in partibtis, A la suite de ces pontifes se pressaient, comme toujours, des Gardistes, des Oblats, des Maristes, des Doctrinaires, des Trappistes, des Jésuites, des Capucins, des Récollets, des Dominicains et des Carmes, avec une foule de prêtres séculiers accourus de tous les points du voisinage. 11 y avait aussi des Frères et des Sœurs des divers instituts enseignants de la contrée, tous heureux d'unir leurs actions de grâces â celles des RR. PP. Prémontrés pour remercier Dieu de Taccroissement admirable donné par lui au monastère de Saint-Michel et de la canonisation solennelle des martyrs de Gorcum prononcée par N. S. P. le Pape.

Il serait trop long de décrire ici Tordre des cérémonies qui s'accomplirent en cette circonstance, pas plus que les splendeurs qui furent déployées par le T. R. P. Edmond en l'honneur des nouveaux Saints. Tout le monde était en admiration devant les constructions monumentales que le zèle, Taclivité. le dévouement du T. R. P. Edmond venaient de faire sortir du rocher en quelque sorte, devant ces peintures Fra- Angéliques que ses ordres faisaient jaillir de la palette des peintres, devant ces ornements splendides qu'il avait fait façonner à la plus grande gloire de Dieu et du sacrement auguste de nos autels.

M. le cardinal Donnet officia pontiflcalement le premier jour ; Mgr Dubreil, le soGond, et

Mgr Ghalandon, le troisième. Mgr Tévêque de Tanès et Mgr Tévêque de Tulle prirent l'un et l'autre la parole et ravirent leur auditoire par l'onction et l'ardeur de leur éloquence, qui ne fut pas une des moindres magnificences de ce solennel Triduum,

Nous ne pouvons pas cependant passer sous silence la manière dont s'ouvrit ce Triduum^ qui est à jamais mémorable dans les annales du pays, et aux solennités duquel prirent part chaque jour plus de 200 prêtres et trois â quatre mille fidèles. Nous laisserons la parole à la Cour d'Honneur de Marie, pieuse et intéressante revue publiée tous les mois à Avignon par les RR. PP. Prémontrés eux-mêmes :

« Le mardi 16 juin, dit-elle, les premières vêpres des martyrs de Gorcum furent célébrées pontificalement par Mgr Salzano, évêque de Tanès, et administrateur apostolique de 17 évêchés de l'ancien royaume de Naples. Toute la communauté se rendit processionnellement â son appartement, et Mgr Salzano, s'étant revêtu de ses habits pontificaux, suivit ses officiers portant des chapes de velours cramoisi, brodé d'or, style moyen-âge. La tête de la procession arrivée au chœur, le T. R. P. Prieur offrit l'encens à Sa Grandeur, et l'orgue fit résonner les voûtes de l'église de ses sons les plus harmonieux, pendant que les quatre cloches du monastère retentissaient au loin dans les airs. Monté sur son trône. Monseigneur commença solennellement les vê-

près poursuivies en faux bourdon. Sa Grandeiur fut ravie du chant du Salve Regina à quatre parties, et elle se plut à répéter qu'elle n'avait jamais entendu rien de plus beau, même à Rome; elle assura que les chants exécutés, le premier jour du Triduum surtout, l'emportaient sur ce qu'elle avait ouï plusieurs fois à. la chapelle Vaticane. Quelques chantres de la maîtrise de Sorgues qui voulurent bien se joindre à nous, ne contribuèrent pas peu à donner à nos morceaux de musique la sonorité dont ils avaient besoin, dans une église pleine de monde et plus grande qu'un certain nombre de cathédrales de France et d'Italie.

a L'office de nuit fut chanté comme aux fêtes les plus solennelles avec le même nombre d'officiants, revêtus de chapes de velours, qu'aux vêpres pontificales. M. l'abbé Guillibert, secrétaire de Mgr l'archevêque d'Aix, voulut bien accompagner le chœur sur l'orgue.

a Le mercredi 17 juin, Son Éminence M. le cardinal Donnet fut reçue sous le dais à la porte de l'église. Le T. R. P. Prieur, natif de Bordeaux, le remercia vivement de venir de si loin pour célébrer le triomphe des martyrs de Gorcum. Mgr Donnet lui répondit par des paroles trop élogieuses pour qull nous soit permis de les rapporter. Nous avons été heureux toutefois, et cela nous est bien permis, d'entendre faire l'éloge de notre Supérieur par une bouche aussi auguste. Les nombreux officiants prescrits par

le Pontifical, tous revêtus de dalmatiques, de chasubles, ou de chapes en soie rouge brochée d'or, ou en velours cramoisi richement brodé d'or, s'avancèrent vers le chœur au son de Torgue et des joyeuses volées des cloches. Arrivée au pied de l'autel,. Son Éminence entonna le Fem, Creator y poursuivi en faux bourdon avec entrain. Après l'oraison, le T. R. P. Prieur monta lui-même en chaire pour publier la concession du Triduu/m et des indulgences par le Souverain Pontile. Son Éminence M. le cardinal Donnet entonna ensuite Tierce qui se poursuivit dans le style de la chapelle Sixtine. La messe pontificale commença aussitôt après. La maîtrise exécuta avec une précision remarquable une magnifique messe de Hummel...

« Pendant la messe qui se célébrait dans l'église de rimmaculée-Conception, les élèves de l'École Apostolique des RR. Pères Jésuites d'Avignon exécutaient à l'église Saint-Michel avec une piété des plus édifiantes la messe royale de Dumont en plein-chant harmonisé : un des élèves de l'école tenait l'orgue comme un grand artiste. Le soir, ils chantèrent solennellement les vêpres avec la même perfection, ainsi que divers motets pieux pour la bénédiction du T.-S. Sacrement...

« Aussitôt après les vêpres, commença le défilé d'une procession nombreuse. La bannière d'argent brodé d'or de la T.-Ste Vierge ouvrit la marche : les congrégations diverses de femmes

se rangèrent sous ce noble étendard. Vint ensuite la bannière de Saint-Augustin et de Saint- Norbert en liston d'or enrichi de magnifiques broderies, sous laquelle se rangèrent tous les Tiercaires séculiers de Saint-Norbert et les Ciongrégations diverses d'hommes.

a Les Frères des écoles chrétiennes, les RR.

Pères Trappistes, Carmes, Récollets, Capucins, Dominicains et toute la communauté des Prémontrés, marchèrent tous sous la croix processionnelle du monastère. En tête du clergé séculier on remarquait les RR. PP. Gardistes, les RR. PP. Doctrinaires, les RR. Pères Oblats de Marie, les RR. PP. Maristes, les RR. Pères Jésuites et un grand nombre de chanoines et vicaires-généraux venus des divers diocèses de France.

« Le cortège pontifical défila à la suite des chanoines en mosette ; il se composait de six prêtres en dalmatiques d'or, six prêtres en chasubles d'or, vingt prêtres en chapes d'or, quatre prêtres en dalmatiques cramoisies brochées ou brodées d'or, quatre prêtres en chasubles cramoisies également brochées ou brodées d'or , douze prêtres en chapes cramoisies brochées ou brodées d'or, et ceux-ci enfin suivis de NN. SS. les évêques et archevêques en chape et en mitre. Une magnifique châsse contenant des reliques des martyrs de Gorcum était portée par quatre prêtres en dalmatiques rouges brochées d'or, et précédait ce brillant cortège dont tous les mem-

îrrés tëtiaîèlit ^h faaial de style gothiitîiîe ea cuivre doré,

« Derrière le pontife officiant, les autorités civiles de la ville de Tarascon terminaient le défilé. >»

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