‹ Essai historique sur l'abbaye de l'Immaculée-Conception-St.-Michel (primitive observance deChapitre 24 sur 36 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Explication [des peintures murales exécutées dans le sanctuaire de Téglise abbatiale de Plmmaculée-Gonception .

Nous avons dit un mot dans le chapitre précédent, des beautés de premier ordre que renferme réglise abbatiale de rimmaculée-Gonception et qui en font à tous les points de vue un des monuments les plus remarquables de la contrée. Ce serait peut-être ici le lieu de décrire une à une ses splendides décorations ; mais cette description nous entraînerait trop loin. Bornons-nous donc à effeuiller les chapiteaux à feuilles variées qui couronnent les piliers de la grande nef; promenons nos regards à travers les formes arrondies et rayonnantes de ses rosaces, à travers les roses compliquées du balustre de sa tribune ; comptons les flèches, les clochetons, les contre-forts, les arcs-boutants et les gargouilles en miniature qui forment l'abatvoix de sa chaire et le Cihorium de l'autel du Corpus Domini qui lui fait face; contemplons un moment ie fini du travail de la serrurerie de ses portes, et pénétrons dans le sanctuaire pour nous arrêter quelques instants sur les peintures moaumentalcs qui le décorent.

« Les peintures religieuses, écrivait dans la Cour d'honneur de Marie un Père Prémontré, homme de goût, s'il en fût, ont toujours été regardées comme une prédication.... plus puissante que le discours..., à la portée de toutes les intelligences. »

Ces paroles expliquent le soin tout spécial que le T. R. P. Edmond a pris de faire représenter d'une façon entièrement magistrale quelquesunes des grandes scènes de notre religion sur les murs de la belle Basilique édifiée par son ordre en l'honneur de Marie-Immaculée. Il a voulu que dans un monastère dont les religieux se livrent au ministère de l'évangélisation des peuples , tout jusqu'aux murailles élevât la voix pour célébrer les grandeurs du Seigneur et pour publier sa gloire. Afin d'atteindre son but, il s'adressa aux artistes français les plus en renom dans le genre religieux, comme il s'était adressé aux hommes les plus habiles afin de construire et d'orner son église abbatiale (1), et il chargea M. A. Sublet, peintre d'histoire ( de Lyon), de fixer sur les murs Jdu monumental

(\) L'architecte du monument a été M. l'abbé Pougnet, prêtre bénéficier de TÉglise Métropolitaine d'Avignon, aujourd'hui chargé des bâtisses de la magnifique église de Saint-Vincent-de-Panl de Marseille ; les habiles ouvriers de cette œuvre sont de Boulbon ; les stalles du ChfTîur sortent do Barbentane ; les pavés noir et blanc, de Viviers; los vitraux, de Montpellier et d'Avignon ; les orgues, de la maison Puget de Toulouse, et les cloches, de Marseille.

sanctuaire les plus splendides compositions de ses cartons. Hâtons-nous de le dire, M. A Sublet n'a point frustré son attente : aidé du concours de MM. Marinelli père et fils (de Marseille), il â exécuté là avec un goût exquis et un art infini des fresques symboliques qui suffiraient, à elles seules, pour illustrer son pinceau.

Malgré les dorures dont cette abside étincelle à l'instar de la Sainte-Chapelle de Paris, les peintures de M. A. Sublet n'en apparaissent pas moins au premier coup d'oeil dans toute leur beauté ; tellement Fartiste a ménagé autour d'elles, pour mieux les faire ressortir, la ricbesse d'une ornementation sans pareille.

La voûte est un vaste ciel d'azur tout parsemé d'étoiles d'or. Le fond sur lequel se déroulent les peintures est un vaste champ également d'azur, resplendissant de fleurs de lis d'or ; il se développe â droite et à gauche au-dessus des stalles, depuis les piliers du sanctuaire jusqu'à l'entrée même du chœur. Sur ces piliers sont représentés liés ensemble par un cercle d'or Abraham, Isaac, Jacob et saint Joseph, du côté de l'Évangile; Moïse, Élie, David et saint Jean- Baptiste du côté de l'Epitre ; c'est comme une chaîne qui réunit l'Ancien Testament au Nouveau. Seize autres figures de Patriarches rayonnent à l'arcade triomphale de la voûte et complètent ainsi par leur enchaînement la représentation des vingt-quatre vieillards dont il est parlé dans l'Apocalypse.

Tout autour du sanctuaire on voit des Chérubins se couvrant de leurs ailes et se tenant debout sur ces roues sphéroïdes dont le prophète Ezéchiel eut la vision. Plus haut, quinze médaillons étalent aux regards les vertus de Tauguste Marie, sous la forme emblématique que l'Église a consacrée dans les admirables litanies de Notre-Dame-de-Lorette : c'est le Miroir de justice^ c'est le Siège de sagesse, c'est le Vase d'honneur^ c'est la Rose mystique, c'est la Tour de David, la Maison d'or^ l'Arche d'alliance^ la Porte du ciel^ l'Etoile du matin^ etc.

Au-dessus de ces médaillons qui forment autour de l'abside comme une radieuse ceinture étincelante d'or et de pierreries, apparaissent les peintures capitales qui font de ce sanctuaire un monument unique en son genre et dont la vue saisit, émeut , pénètre et impressionne : aussi n'essayerons-nous pas de les décrire ; car, quoi que nous puissions en dire, nous aurions toujours le regret d'être demeuré beaucoup audessous, il nous suffira, d'ailleurs, d'indiquer leur sujet pour faire deviner tout de suite lé parti qu'en a tiré l'artiste et l'effet qu'elles produisent.

Elles se développent sur les murs latéraux du sanctuaire entre les retombées de la voûte dont les nervures sont couvertes d'entrelacs et d'enroulements du plus gracieux style. A gauche, du côté de l'Évangile, on découvre d'abord la grande scène du Commencement, la victoire de l'Archange saint Michel sur Satan et sur ses

anges : u Et il y eut un grand combat dans le ciel, dit le Voyant de Pathmos ; Michel et ses anges furent aux prises avec le dragon, et le dragon et ses anges combattaient ; mais ils ne purent prévaloir. » (1). Puis vient la Très-Sainte et la Très-Auguste Trinité, telle que notre pauvre intelligence humaine peut se la représenter avec ses trois adorables et divines personnes, distinctes Tune de l'autre, et cependant égales en toutes choses. Apparaît ensuite V Immaculée-Conception de la Très-Sainte Vierge^ comme TEsprit-Saint la révéla au disciple bien-aimé, sous la figure d'une femme dont le soleil formait le vêtement^ qui avait la lune sous ses pieds et qui portait autour de son front une couronne de douze étoiles (2)» L'artiste n'a pas oublié de compléter le tableau en y consignant Tanathème dont Dieu frappa le serpent dès les premiers jours du monde:

Et la femme t'écrasera la tête (3).

De l'autre côté du sanctuaire, la petite tribune qui s'élève au-dessus de l'entrée de la sacristie n'a laissé place qu'à deux fresques superposées. Celle du bas représente nos premiers parents, Adam et Eve, après leur chute, fuyant saisis de terreur et de désolation devant le Chérubin dont Tépée flamboyante les chasse du Paradis terrestre.

(1) Factum est prœlium magnum in cœlo, Mickael et angeli ejus prœliabantur cum dracone, et draco pugnabat et angeli ejus, et non prwvaluerunt, (Apoc. xir, 7.)

(2) Apog. XII. 1.

(3) Gbn III, 15.

Celle du haut nous offre Timage de r Ancien des temps dans sa gloire et sur son trône, environné d'esprits célestes qui se voilent la face de leurs ailes et Tassistent dans un saint tremblement. Le Père Éternel tient do la main droite le Imre aux sept sceaux^ dont il est parlé dans l'Apocalypse (1), et de la main gauche la clef du ciel et celle de Tabîme.

Devant ces magistrales compositions il est impossible de ne pas éprouver un saisissement profond ; tant elles sont palpitantes de vérité.

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