CHAPITRE IV
Description de la chapelle absidiale de Notre->Dame*du- Bon-Remède et de celle de Saint-Joseph dans l'église abbatiale de Tlmmaculée-Gonception. — Un mot sur les chapelles latérales.
La chapelle de Notre-Dame-du-Bon-Remède mérite ici une mention toute spéciale, tant à cause de sa vénérable antiquité que du respect dont elle est à bon droit environnée par la piété des fidèles. Elle se compose d'une abside, comme nous venons de le dire, et de deux travées.
Voûtée en berceau à trois points avec un arcdoubleau reposant sur des piliers carrés, elle est revêtue de magnifiques boiseries, richeitiént
(4) Apog. V. 1.
dorées et ûnement sculptées qui enchâsâent, distribués inégalement à droite et à gauche, onze tableaux de moyenne grandeur. Ces toiles, que l'on attribue au pinceau encore novice de Nicolas Mignard (1) , représentent, d'un côté, la Fuite en ÉgyplCy la Présentation de Notre-Dame, VE'pi'phanie, laFmïaU'onet V Adoration des bergers ; de l'autre, l'humaculée-Conception, r Enfant Jésus au milieu des Docteurs, l^ Annonciation, la Naissance du Sauveur, sa Circoncision et la Mort de sa Sainte-Mère (2). L'hémicycle absidial est masqué par un retable en bois doré très-richement sculpté, dont le milieu est occupé par un autel couvert d'un cuir de Gordoue polychrome à fond d'or, et surmonté d'une belle statue de la Très Sainte Vierge. Cette statue, vraiment mi. raculeuse (tant sont nombreuses les grâces que la foi et la confiance ont obtenues à ses pieds ! est un véritable chef-d'œuvre de sculpture; elle s'échappe d'une niche fleurdelisée et azurée que domine un gracieux médaillon où le Père Éternel est représenté envoyant sur la terre son souille créateur. Au-dessus des boiseries laté-
(i; Nicolas Mignard, peintre célèbre du XVII* siècle, s'établit à Avignon, d'où Louis XIV, qui eut occasion d'y connaître ses chefs-d'oeuvre, l'appela à Versailles. II eut pour fils le chevalier Pierre de Mignard, peintre et architecte du Roi et aïeul maternel du vénérable Mgr de de Prilly, décédé évoque de Ghâlons-Sur-Marne.
(2) Il y avait autrefois quatre tableaux de plus, qu remplissaient le mur en face de l'autel.
raies, dans le tympan de Parcatiire, des peintures en camayeu dessinant des processions de pèlerinage servaient autrefois de transition aux fresques de la voûte sur laquelle des Anges se détachaient d'un bleu en portant les emblèmes bibliques de Tauguste Marie. Elles ont disparu sous un champ d'azur semé de fleurs de lis d'or. Une suite de stalles simples sur une seule ligne complète l'ornementation de ce petit sanctuaire où l'image de saint Norbert et celle de saint Augustin apparaissent, placées à côté de la statue de Notre-Dame^du-Bon- Remède, comme pour former avec les statues de saint Joachim et de sainte Anne une Cour d'honneur auprès de la Reine de tous les Saints. Par suite du prolongement de cette chapelle et de sa transformation en abside pour le collatéral gauche de l'église abbatiale de l'Immaculée-Gonception, le jour pénétrait à peine dans son enceinte, et il devenait difficile aux regards même les plus perçants d'apercevoir toutes les richesses de sculpture et de ciselure qu'une main royale prit soin d'y développer sur le bois en l'honneur et à la gloire de l'aimable Reine des Gieux. Pour remédier à cet inconvénient, l'habile architecte de l'église, M. l'abbé Pougnet, osa tenter un coup de maître : il fit sauter la voûte en berceau à trois points de la travée qui domine l'autel ; il lui substitua, portée sur des arcs-doubleaux, une élégante coupole d'où la lumière se répand à flots dans toute la cha-
pelle et permet d'admirer les belles fresques qui ont été ajoutées à toutes ses magnificences et à toutes ses splendeurs.
L'intérieur de cette coupole, ses arcs-doubleaux, la voûte do la chapelle et toute la portion des murs que ne couvrentpoint lesboise- ^iesd'Anned'Autrlche,ontétérevêtusdef^esques magnifiques qui font le plus grand honneur au talent de M. Guilbertd'Anelle, ancien directeur de l'école des beaux-arts de la ville d'Avignon. Ces fresques se rapportent à la fois et à la Très- Sainte- Vierge, dont cette chapelle est le sanctuaire spécial, et au Très-Saint Sacrement qui y reposait tout d'abord. Qu'on ne s'étonne donc pas d'y rencontrer les emblèmes eucharistiques à côté des caractéristiques de la divine Marie.
L'entrée de l'abside romane qui termine la chapelle étant fermée par l'autel et les boiseries de son retable, le tympan du petit arc triomphal qui la surmonte représente le Couronnement de la Vierge immaculée. Le Père Éternel domine toute la scène; au-dessous, TEsprit-Saint, sous la forme traditionnelle de la colombe, semble ombrager de ses ailes la personne adorable du Fils qui pose de ses mains le diadème sur la tête de sa Mère ; tout autour sont des anges qui célèbrent sur des instruments de musique la gloire et les grandeurs de leur Céleste Reine. Les pendentifs de la coupole renferment, celui qui est au-dessus de l'autel : le Sacrifice du juste Ahel ; celui qui le visage : le Scu^ri/lce du
grand-prêêre Mhlchisédech \ celui qui est du côté âe rÉvangile : le Sacrifice d^ Abraham, et celui qui est du côté de TÉpitre : VAnge arrêtant le bras du Père des croyants.
A chacune de ces scènes bibliques, sur les angles à la naissance de la coupole, sont accolées deux par deux en traits d'or les figures emblématiques des quatre fleuves qui arrosaient lo. Paradis terrestre et des quatre vertus qu'on appelle morales ; c'est le Tigre et la Force, c'est le Phison et Ir Prudence ; c'est le Gehon et la Tempérance ; c'est VEuphrate et la Justice,
Le tympan des arcs qui supportent la coupole étale à droite la série des hommes illustres de la Bible : David, Salomon, Jacob, Aaron, Gédéon, etc., et à gauche, celle des femmes célébrées par la Sainte-Écriture: Judith, Ruth, Debora, Rebecca, etc. Chacun de ces personnages tienten main ses attributs caractéristiques, David, la harpe -, Gédéon, la toison ; Judith, la tête d'Holopherne : Ruth, la gerbe, etc. Ils semblent s'avancer vers l'autel comme pour faire cortège jusqu'au trône de Dieu à Celle qu'ils ont annoncée longtemps avant sa naissance ou dont ils furent à, travers les siècles la mystérieuse figure.
Cette magnifique décoration qui est tout entière d'un effet ravissant, se termine, sur la voûte azurée â étoiles d'or du dôme, par une série de dix anges portant entre leurs mains les instruments du sacrifice auguste de nos autels : le calice, les burettes, etc.
Les deux piliers massifs qui ouvrent la chapelle sont également décorés. Au milieu d'un encadrement or renfermant un champ d'azur semé de fleurs de lis d'or, ils offrent l'un la figure du roi Louis XIÏI consacrant son royaume à Marie, l'autre celle de la reine Anne d'Autriche remerciant Notre-Dame-durBon-Remède de la naissance de Louis-le-Grand.
La chapelle de saint Joseph fait, de l'autre côté de l'église, pendant à la chapelle de la Très-Sainte-Vierge. M. l'ahbé Pougnet, en la construisant dans l'espace pris sur le roc voisin, s'est efforcé de lui donner les proportions, la forme et le style de celle-ci. Il n'est pas jusqu'à la coupole dont il n'ait tenu à la couronner ; aussi, à, part les boiseries qui ne sont après tout qu'une superfétation ajoutée par le X VIP siècle, la chapelle de saint-Joseph a-t-elle reçu du pinceau de M. Guilbert d'Anelle des ornements de même style que ceux de la chapelle de N .-D.du-Bon- Remède. La voûte azurée du dôme étale en traits d'or sur un premier plan à la place d'un champ d'étoiles les douze signes du Zodi.xque, et sur un second les douze Apôtres. Puis sur ces pendentifs apparaissent les figures emblématiques d'autres vertus accolées à celles des quatre grands Prophètes, entre lesquelles sont présentés les quatre animaux de l'Apocalypse.
La touchante scène de Vite ad Joseph se développe sur l'arc triomphal qui surmonte l'ouvertur e de l'abside : on y voit toutes les conditions
sociales, depuis le prêtre, le religieux jusqu'au soldat, tous les âges de la la vie, depuis Tenfant jusqu'au vieillard, se presser au pied du trône de rÉternel et obtenir nar l'intercession de saint Joseph Tobjet de leurs humbles suppliques.
La représentation des principaux mystères de la vie de saint Joseph et de nombreux emblèmes bibliques alternant avec divers dessins polychromes, ornent Tabside à laquelle s'adosse un autel en pierre refouillée orné de bas-reliefs et de statuettes, doré comme le maître-autel et comme l'autel de Notre-Dame-du -Bon-Remède, et supportant la statue du glorieux patriarche de la Loi Nouvelle. Des draperies à franges et à festons sont peintes à droite et à gauche et continuent la décoration des piliers qui sont placés à l'entrée de la chapelle, et sur lesquels on voit dans des médaillons la figure du saint protecteur de l'enfance de Jésus et celle du sauveur de l'Egypte sous Pharaon.
La nef qui y conduit a été depuis peu livrée au pinceau des artistes ; aussi est-elle resplendissante de peintures. Sa paroi latérale est un monument éclatant de la reconnaissance des bons Pères : elle porte écrit en lettres d'or le nom des bienfaiteurs du monastère.
Les chapelles ne le cèdent en rien au reste de l'Église. Celle du Sacré-Cœur, sous l'autel de laquelle repose le corps de saint Théophile, martyr , représente sur ses murs la ré-
vélation que Notre-Seigneur daigna faire luimême dos secrets de son cœur adorable à sa lidèle servante, la bienheureuse Marie-Marguerite Alacoque. Ces fresques sont palpitantes de vérité et admirables d'expression.
Quel que soit leur mérite, les connaisseurs leur préfèrent pourtant celles de la chapelle de saint Jean-Baptiste qu'on dirait échappées au pinceau d'un des maîtres de l'école romaine.
Quel tableau plus vif et plus frappant que celui de la Fuite de sainte Elisabeth au désert, que celui du Souper d'Hérodiadel II y a dans leur faire quelque chose de la Nâce Aldobrandine.
L'artiste, hautement inspiré par la poésie de nos Livres Saints et la foi de l'Église, y a rendu avec tant de fidélité, avec tant de bonheur ces grandes scènes bibliques qu'on les ferait aisément remonter au temps si chrétien du Moyenâge et qu'on les croirait échappées au pinceau de quelque maître de l'école de i'Ombrie.
Là chaire et l'autel du Corpus Domini qui lui fait face sont en particulier de vrais joyaux de sculpture et de peinture: on ne sait ce que l'on doit le plus y admirer ou la finesse avec laquelle le ciseau les a travaillés, ou l'habileté avec laquelle le pinceau y a semé l'or et les couleurs les plus délicates.
On ne regrette qu'une seule chose, c'est que les nervures de l'église ne permettent qu'à ceux qui en approchent d'assez près de les saisir dans tous leurs détails comme dans leur enseiib-
l)le; mais il n'en pouvait être autrement, vu les exigences de l'architecture, malgré la sobriété avec laquelle les RR. PP. Prémontrés ontrépandu sur la pierre les ornements dans le chœur et dans la nef.