‹ Essai historique sur l'abbaye de l'Immaculée-Conception-St.-Michel (primitive observance deChapitre 26 sur 36 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La sacristie et son trésoi\ — Les cryptes et leurs autels. — L'Église Saint-Michel et ses peintures.

La sacristie avec ses dépendances flanque le chevet de l'église et se termine par l'appartement des Evêques. Elle est admirablement aménagée, fort bien éclairée, et encore mieux tenue.

Son trésor est renfermé dans des armoires à créneaux, à doubles portes rehaussées de peintures iconographiques à fond or et de ferrures moyen-âge dorées et ciselées ; il se compose de vases sacrés et d'instruments liturgiques qui sont de véritables objets d'art, et que l'on trouverait difficilement ailleurs et si beaux, et si riches, et si nombreux. Son vestiaire se développe tout autour de la grande abside et enserre des vêtements sacerdotaux qui feraient honneur aux premières cathédrales de France et qui proviennent des meilleures manufactures de Paris et de Lyon.

C'est un spectacle impossible à décrire que

cette longue suite de religieux et de prêtres que Ton voit, aux jours des grandes solennités, entrer processionnellement dans la nef revêtus des plus splendides ornements. On se croirait transporté au troisième ciel, au milieu de rassemblée de ces Saints qui dans leurs encensoirs d'or offrent nos prières à l'Eternel.

De Téglisc on peut, par la chapelle du Sacré- Cœur, descendre dans les cryptes, chapelles à moitié souterraines construites sous la sacristie, contre les flancs du rocher qui supporte le sanctuaire primitif de Notre-Dame-du-Bon-Remède. Dédiés l'un à Notre-Dame-du-Sacré- Gœur, Tautre à Notre-Dame-de-la-Salette, un autre à Notre-Dame-des- Victoires, le quatrième aux Martyrs de Gorcum, ces petits oratoires de dessous terre sont décorés d'élégantes grisailles. Rien n'est dévotieux comme le demijour qui les éclaire. Leur solitude saisit l'âme et la porte irrésistiblement au recueillement et â la méditation. N'est-ce pas, en effet, dans , le creux de la pierre, m foramlnibus petrœ^ que se retire la mystérieuse colombe du Cantique sacré pour transmettre aux échos de la montagne les accents de sa douce voix ?

L'église de Saint-Michel qui forme le côté nord de l'abbaye, est composée de deux nefs et de quatre travées. La seconde de ces travées et la troisième, tant dans la nef principale que dans son collatéral, sont contemporaines de la chapelle de Notre-Dame-du-Bon-Remèdc ; elles ont,

comme elle, leur voûte en berceau â tiers point. A part les fresques de son sanctuaire, il n'y a rien de bien remarquable dans ce petit vaisseau dont Tarchitecture romane est d'une extrême simplicité et sans ornements. Les RR. PP.

Prémontrés ont fait reculer le rocher de plusieurs mètres, afin de pouvoir donner â cette église une travée de plus.

A la dernière travée, qui forme le sanctuaire proprement dit et dont la voûte moderne est dépourvue de tout caractère architectural, ils ont placé, en l'honneur de saint Michel, un bel autel en pierre dorée aux sculptures byzantines et dressé plusieurs rangs de stalles élégamment travaillées.

C'est cette travée que M. Fabbé Leforestier a décorée de magnifiques peintures. Naturellement le triomphe de saint Michel sur les anges rebelles occupe le fond du sanctuaire et se développe sous l'image aussi mystique ^qu'ingénieuse de la Très-Sainte-Trinité. La voûte est couverte d'élégantes arabesques aux entrelacs dorés, encadrant les sept béatitudes représentées sous la figure de Saints illustres : saint François d'Assise pour le détachement, saint François de Sales pour la douceur, saint Pierre l'apôtre pour le don des larmes, le pape saint Grégoire VII pour l'amour de la justice, etc. Sur l'arc triomphal est représentée la scène touchante de la Vestition de saint Norbert, la Sainte Vierge donnant elle-même sa blanche livrée au fondateur des Prémontrés.

Sans avoir Téclat des fresques qui occupent le sanctuaire de Téglise de rimmaculée-Goncep^ tion, celles-ci n'en sont pas moins peintes avec une fbrce de conception et une vivacité d'exécution vraiilient étôilnantes. Elles ont un faite magistral daiis toute la force du tétihé, et grâbe au jour qui pénètre avec abondance par les baies des trois fenêtres latérales et paf la rosace de la porte d'entrée, elles ont Tavantàge de pouvoir être saisies daiis un seul et même coup d'oeil.

L'ext'rémilé"àe la nef qui double le flàhc gauche de cette église est occupée en partie par un petit orgiie, en partie par un autel dédié â la Sainte- Famille. C'est dans cette nef que s'élevait, il y a quelques années à peine, lé tombeau de M. de Tulle de Villefraiiche, dont lioùs avons donné rinscriptioh au chapitré sixième de cet ouvrage.

La porte principale de l'église St-Michel donne extérieurement sur la voie qui conduit â Téglise abbatiale. Sa porte latérale s'ouvre sur le côté occidental du cloître auquel Ton descend par' quelques degrés. Une sacristie lui est annexée au nord et là met de ce côté en communicatioii directe avec lé corridor où se trouve la cellule du T. R. P. Abbé.

Somme toute, cette seconde église n'offre de remarquable que la sévérité de son archîtec-^ ture, son maître-alUel et les peintures doiit notis venons d'indiquer le sujet. Mais si rintèriétir dé cet ancien sanctuaire dit peu aux irivéslîgà,-

tions de l'archéologue, sa physionomie extérieure peut fournir ample matières aux réflexions et aux recherches. Son clocher sans colonnes, percé de quatre arcades et coiffé d'un toit pyramidal, est le type du petit clocher roman de Provence. La crête ajourée, qui court au point culminant de sa toiture rappelle celle de la basilique avignonaiso de IVotre-Dame-des- Doms.ll n'estpas jusqu'à ses contre-forts et à ses fenêtres cintrées qui ne réclament Tattention des hommes de science et de goût.

En présence de telles richesses, devant un pareil déploiement de splendeurs, on est presque tenté de se poser la question que firent les Apôtres à leur divin Maître, quand ils virent la Madeleine verser à profusion les parfums et les aromates sur les pieds sacrés du Sauveur : Ut quid perditio hœc? « A quoi bon cette perte ! »

Mais quand on réfléchit à ce qui se passe malheureusement dans le monde par le temps d'indifl'érence religieuse que nous traversons; quand on pense que Noti*e-8eigneur Jésus-Christ réside au milieu de nous dans son saint Tabernacle sans que nous ayons Tair de nous douter de sa présence; quand on songe au délaissement, à l'abandon, au dénuement, à la profanation même de tant d'églises, de tant de chapelles, de tant de sanctuaires, l'on ne peut s'empêcher de voir dans cette grande magnificence déployée par les RR. PP. Prémontrés en leurs églises, une juste et équitable réparation

envers le Dieu de nos autels, une solennelle et perpétuelle amende honorable pour les outrages et rindiffércnce dont il est l'objet de la part des impies, des hérétiques et des mauvais chrétiens.

Au reste, quoi que fassent les bons religieux pour rendre à Dieu le culte le plus solennel qu'il soit possible de lui rendre, ils ne pourront de longtemps encore, vu les malheurs de notre époque, atteindre les splendeurs dont leurs devanciers dans rOrdre de saint Norbert rehaussaient la divine liturgie sous les voûtes de leurs temples. Qu'on lise pour s'en convaincre leur antique Ordinaire ou Rituel; qu'on examine ce qui reste dans leurs abbayes de Belgique et d'Allemagne de leurs ornements d'autrefois.

Mais où, dira-t-on, trouvent-ils des ressources pour subvenir aux dépenses que la décoration du Lieu Saint leur impose?... Ils les trouvent, répondrons-nous, dans la pauvreté même qu'ils ont embrassée. Plus leur dénuement est grand, plus il inspire aux fervents chrétiens de leur venir en aide pour réaliser l'œuvre principale de leur institut. Plus leurs privations sont nombreuses, plus elles leur permettent de consacrer â la glorification du Saint des Saints le produit de leurs veilles et de leurs travaux. C'est cette dernière considération qui a fait dire à un homme d'esprit, à qui l'on vantaitles superbes monastères et les magnifiques églises que bâtissaient les Prômonlrés delà réforme de Pont-à-Mous-

son : « Ils emploient un moyen qui réussit toujours, ils bâtissent avec leur bouche! » Ce qui revient à dire que l'argent qu'ils dépensent pour Mtir leurs églises, n'est autre chose que le produit des économies qu'ils réalisent à force de privations dans leur boire et leur manger.

D'ailleurs, les RR. PP. Prémontrés de Tabbaye de Saint-Michel, â l'exemple de leurs Pères, font encore plus pour le prochain qu'ils ne font pour la magnificence du culte de Dieu. Ils reçoivent environ chaque année 2,000 à 2,500 pauvres qu'ils hébergent et qu'ils nourrissent. De tous les coins de la France, les directeurs des bonnes œuvres s'adressent à eux pour obtenir des secours, et c'est au point qu'en donnant peu à, chacune d'elles (car ils donnent à toutes, afin d'accomplir cette parole du Maître : Omni petenii te rétribue), ils donnent aux malheureux des sommes plus considérables que celles qu'ils emploient à l'entretien de leur monastère et de leur église. Le principe, en effet, qui leur fait déployer une si grande magnificence pour le culte de Dieu est le même qui leur fait donner à. tous ceux qui se tournent vers eux dans le besoin. Les hommes Ips plus recommandables ont beau leur conseiller d'acheter des terres pour assurer l'avenir de leur communauté ; ils répondent ([u'il faudrait pour cela cesser de donner aux pauvres et qu'ils ne peuvent s'y résoudre.

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