CHAPITRE III
Le pape Jean XXII unit le 'prieuré de Saint-Michel-do Frigolet au Chapitre de la cathédrale d'Avignon. — Le prieur de Saint-Michel-de-Frigolet est installé, en qualité do premier Archidiacre, dans l'église de Notre- Dame -des-Doms. — Le prieuré paroissial de Sainte- Marthe de Tarascon est uni au prieuré canonial de Saint-Michel-de-Frigolet.
Le XIV' siècle qui fut, pour les annales de la ville d'Avignon et de ses environs, la page la plus glorieuse et la plus féconde, ouvrit une ère nouvelle à Saint-Michel-de-Frigolet. Jean XXII, le second des Papes qui siégèrent au bords du Rhône, avait été évêque d'Avignon, avant son élévation au pontificat suprême. Pendant les six années de son épiscopat, il avait rêvé pour son Église Cathédrale une organisation qui fût plus en rapport avec les besoins de Tépoque et qui lui permît d'y rehausser l'éclat et la majesté des cérémonies saintes. Devenu pape en 1316, son premier soin fut de mettre là-dessus ses projets à exécution; cinq mois â peine aprèsla solennité de son couronnement, sur la demande expresse et formelle des parties intéressées qui venaient de la sorte au-devant de ses vœux, il publia une bulle pour l'érection de deux x\rchidiaconés à Notre-Dame-des-Doms : (Bertrand Retranni était alors prieur de Saint-Michel-de- Frigolet).
« Jean, Évêque, serviteur des serviteurs de Dieu. A nos très-chers fils Jacques, évêque élu, Rostaing, prévôt, et au chapitre d'Avignon , aussi bien qu'à Bertrand, prieur de Saint-Michelde-Frigolet, à Guiscard, prévôt de Saint-Pauldu-Mausolée (1), et aux chapitres ou Communautés de ces monastères de l'ordre de Saint- Augustin dans le diocèse d'Avignon, salut et bénédiction apostolique.
» La chaire apostolique, Mère et Maîtresse de toutes les Églises, dont les intérêts préoccupent son affection maternelle, tantôt sépare celles qui ont été unies, tantôt les soumet les unes aux autres, quelquefois même réunit celles qui ont été séparées, suivant qu'elle le juge convenable à leurs besoins; spirituels et temporels. La supplique que vous nous avez adressée portait qu'à l'unanimité, sauf l'approbation du Siège apostolique, il avait été décidé et résolu entre vous, nos chers fils, l'Évêque élu, le Prévôt et les Chanoines d'Avignon, d'une part, et vous,
(1) Le prieuré de St-Paul-du-Mausolée , ainsi appelé parce qu'il est situé à côté d'un mausolée antique de toute beauté, et qu'il est dédié à saint Paul, évoque des Tricastins, jadis reclus dans les gorges des Alpines, fut bâti, aux portes de St-Remy, sur le versant nord des collines voisines. Reconstruit au XIP siècle, il passa des mains des Bénédictins dans celles des Chanoines réguliers de St Augustin : puis il devint l'apanage du second archidiacre d'Avignon, et fut sécularisé ; enfin, il fut confié, en 1677, à la garde des religieux de l'Observance de St François. Il sert aujourd'hui de Maison de santé ,
les Prieur, Prévôt et Chapitres des Monastères de Saint-Michel et de Saint-Paul, de Tautre, que, pourThonneur et l'avantage manifestes de ladite Église et desdits Monastères, vous, Prieur, et Prévôt, et vos Chapitres, avec vos monastères (personnes et choses, biens et droits), vous vous uniriez à ladite Église d'Avignon, de manière à ne faire tous ensemble qu'un seul et même corps, et que vous Nous priez de daigner admettre cette décision, consommer cette union et cette incorporation et vous en faire la concession. »
Jean XXII débute ainsi, ayant bien soin de donner le pas et la prééminence au chapitre de Saint-Michel de-Frigolet sur celui de Saint- Paul-du-Mausolée. Puis il rappelle que, dans leur traité, il a été réglé par eux que le Prieur et le Prévôt, de concert avec leurs Chapitres, s'uniront, eux, leurs religieux, leurs monastères (personnes et choses, biens et droits) à l'Église d'Avignon; — que dans ladite Église, deux dignités archidiaconales seront créées (l'une sera appelée Archidiaconé d'Avignon et deviendra Tapanage du prieur du monastère St-Michel) ; — que chacun d'eux conservera tous les revenus et tous les droits afïérents à son monastère, sauf quelques restrictions à intervenir ; — que tous ceux qui sont chanoines du monastère de Saint- Michel seront désormais regardés comme chanoines de l'Église d'Avignon et censés avoir fait profession en un seul et même jour ; — qu'on ou-
tre, tout de suite, six des chanoines, alors en résidence au monastère de Saint-Michel , et dans les dix années qui suivront, tous les autres chanoines dudit monastère seront appelés à résider à Avignon.
Il y aura à perpétuité audit monastère de Saint-Michel, toujours d'après les stipulations de ce traité, qu'énumère le Pontife, une communauté de douze chanoines ( y compris les deux qui desservent le prieuré de la Ste-Trinité au diocèse d'Arles, à l'entretien desquels l'Archidiacre d'Avignon et ses successeurs seront tenus de pourvoir de la manière dont il est pourvu â celui des chanoines résidant audit monastère), et chaque fois qu'un ou plusieurs chanoines viendront à ûiire défaut â ce nombre de douze, l'Archidiacre et ses successeurs pourront les remplacer jusqu'à concurrence de ce chiffre.
Pour ceux qui leur devront ainsi leur nomination, ils ne seront nullement comptés au nombre des chanoines de l'Eglise d'Avignon : ils seront, tous en général et chacun en particulier, entièrement soumis à l'Archidiacre, qui aura sur eux juridiction et correction, conformément au droit, et auquel ils promettront obéissance. En outre, en raison de son Archidiaconé,pourvu toutefois qu'il soit présent dans la ville ou dans l'Église d'Avignon, l'Archidiacre, à l'exclusion de tout autre, présidera l'installation et la mise en possession de tous abbés et prieurs conventuels qui viendraient à obtenir, par élection ou
installation, des dignités dans TEglise et le diocèse d'Avignon, à moins que Pévêque élu d'Avignon et ses successeurs ne préfèrent les installer et les mettre en possession, soit par euxmêmes, soit par toute autre personne apte.
Au sein du chapitre de l'Eglise d'Avignon, toujours d'après le traité, l'Archidiacre d'Avignon aura la première voix après le Prévôt de ladite Eglise, ainsi que la première place après lui, à moins que l'Évéque ne soit présent, auquel cas il se mettra à l'un des côtés de ce prélat. Il aura, de plus, dans cette mémo Eglise une stalle au chœur, à côté de la chaire épiscopale.., et il ne sera tenu à faire sa semaine que de la manière dont le Prévôt d'Avignon y est tenu. Il sera pourvu à son entretien par les administrateurs de ladite Eglise, ainsi qu'il est pourvu à celui du Prévôt. Il pourra avoir, si tel est son bon plaisir, un coadjuteur claustral au sein de ladite Eglise d'Avignon, à l'entretien duquel il sera pourvu de la façon qu'il est pourvu à l'entretien des autres chanoines de la même Eglise.
A la réception des chanoines, lorsqu'elle sera générale dans l'Eglise d'Avignon, il pourra présenter autant de candidats que le Prévôt est en droit d'en présenter. Il aura un appartement dans l'intérieur du cloître canonial ; mais il lui sera permis cependant d'avoir un hospice proche de ladite Eglise, situé en dehors du cloître et acquis de ses propres deniers, où il pourra prendre ses repas et faire sa résidence, sauf la
nuit où il devra coucher dans. Tintémur du cloître, à moins qu'il ne fût malade ou qu'il se retirât trop tard pour y pénétrer sans encombres. Il ne sera obligé de faire acte de présence dans ladite Eglise que pour les fêtes suivantes NoëL sa Vigile et les deux jours d'après, le Jeudi-Saint , Pâques , l'Ascension, le jour de Pentecôte, l'Assomption et la Dédicace, ainsi que leurs Vigiles.
Quant aux bénéfices qui avaient été jusqu'alors conférés par le prieur du monastère de Saint-Michel, l'Archidiacre d'Avignon et ses successeurs à perpétuité auront le droit de les conférer, en cas de vacance, aux chanoines dudit monastère, à l'exception du prieuré de la Sainte- Trinité, auquel, du reste, n'est plusattaché qu'un sacristain et qu'on devra conférer aux chanoines de l'Eglise d'Avignon. L'Archidiacre fera partie du conseil de l'Eglise d'Avignon ; aucune ordonnance n'y sera rendue, sans qu'on ait pris son avis, pourvu néanmoins qu'il soit présent dans la ville ou dans l'Eglise d'Avignon, et qu'il veuille participer â ses délibérations. Mais pour la collation des bénéfices et la création des chanoiiics, lorsqu'on sera sur le point de s'en occuper, il devra toujours être convoqué, comme les autres membres du conseil. Il pourra recevoir, pour le service du monastère de St-Michel, trois frères Donnés seulement, et ses successeurs auront le même droit, sans pouvoir dépasser ce nombre.
Les devoirs de Thospitalité seront remplis dans le monastère de Saint-Michel, comme ils y ont été remplis jusque là, mieux même, si les ressources le permettent. Deux fois par an, selon l'usage, la veille de Noël et le Jeudi-Saint, il s'y fera une aumône générale à laquelle l'Archidiacre d'Avignon et ses successeurs sont strictement obligés.
A la vacance de Tarchidiaconé, l'évêque d'Avignon et ses successeurs, seuls et sans requérir le consentement ou l'avis du Chapitre ou de tout autre, pourront en disposer à leur gré, en faveur toutefois des chanoines d'Avignon exclusivement. La chapelle de Saint-Michel, située dans l'intérieur même du monastère, sera desservie par un prêtre séculier, et cela â perpétuité, afin que le saint sacrifice y soit oflert pour la chapellenie de Bertrand de Boulhon.
a Vous avez promis de bonne foi, ajoute ensuite le Pontite, en s'adressant directement à l'Archidiacre, tant pour vous que pour vos successeurs, d'observer inviolablement toutes ces clauses et chacune d'elles, de ne faire aucune entreprise contre elles au sein de l'Eglise d'Avignon, sous quelque prétexte et à quelle occasion que ce soit, et de vous en contenter de telle sorte que vous n'obteniez ou ne cherchiez à obtenir rien de plus en ladite Eglise. Vous vous y engagerez par serment prêté sur l'Evangile, chose que fera chacun de vos successeurs en l'Archidiaconé, avant de mettre la main à son adminis-
tration, sans préjudice du serment à faire, comme les autres chanoines, d'observer les Statuts et Coutumes de ladite Eglise
a Nous donc, continu e-t-il, bien que le devoir de notre charge apostolique étende notre sollicitude à toutes les églises et à tous les monastères, nous ne pouvons oublier l'Eglise d'Avignon dont nous avons été jadis évêque, et notre attention et notre charité doivent se porter, par conséquent, plus particulièrement sur les monastères de son diocèse. Désirant conséquemment que ladite Eglise jouisse des honneurs et des dignités qui lui conviennent, et que ses revenus reçoivent de l'accroissement, et espérant aussi dans le Seigneur que votre union au chapitre modèle de l'Eglise d'Avignon sera d'un grand profit pour votre monastère, en ce qui touche au culte religieux et à la discipline ecclésiastique, qu'elle réparera ses pertes, relèvera ses ruines et sauvegardera ses droits. Nous approuvons avec plaisir le susdit traité. Nous y acquiesçons avec laveur dans toute l'affection de Notre âme, et de Notre science certaine Nous donnons â toutes ses clauses ratification, approbation et confirmation. »
Nous n'avons rien à ajoutera ce document qui fut expédié par Jean XXII à Avignon, le 19 des calendes de janvier (14 décembre), l'an premier de son pontificat (1316). Il explique suffisamment la transformation que dut subir la communauté de Frigolet. Transformé par là en
succursale de Notre-Dame-des-Doms, le monastère perdait de son influence, tandis que son prieur, tout en conservant intactes les prérogatives de supériorité que le droit lui donnait sur ses religieux et sur son chapitre, grandissait de toute Tautorité et de tout le prestige que pouvait lui communiquer son élévation à la seconde dignité d'une Eglise cathédrale. Nous ne saurions pourtant passer sous silence la cérémonie religieuse par laquelle cette bulle eut son commencement d'exécution.
Le 23 décembre 1316, c'est-â-dire neuf jours après, Jacques de Via, cardinal-prêtre du titre des SS. Jean et Paul et administrateur apostolique de révêché d'Avignon, en vertu de la délégation expresse que lui en avait donnée le Pape, son oncle, assembla le chapitre de son Eglise cathédrale, etlà, après avoir publié, en présence du clergé et du peuple, la bulle que nous venons de citer, il mit en possession publique et solennelle de l'archidiaconé d'Avignon, Bertrand Retranni, prieur du monastère de Saint-Michel-de- Frigolet, et il le fit asseoir dans la première stalle du chœur, à droite, touchant la chaire épiscopale. Il installa ensuite parmi les chanoines de la cathédrale, Raymond de Boulbou, infirmier de Saint-Michel, Bertrand Berge, Hugues Mal vicini, Guillaume d'Avignon, Bertrand de Masmolène, Raymond de Barjols, Jacques de Bagalance , Bérenger Rainoardi, Guillaume de Bérenger, Jacques Retranni (celui-ci par procureur), Guil-
laume Havanelli et Hugues de Villeneuve, tous précédemment chanoines de 8aint-Michel-de- Frigolet (1).
C'est à cette même année 1316 qu'il faut rapporter, selon toute probabilité (car les archives publiques se taisent sur ce point), la date de Tunion du monastère de Saint-Michel-de-Frigolet à Téglise de Sainte-Marthe de Tarascon, alors simple prieuré parochiel. L'église de Sainte-Marthe appartenait depuis fprt longtemps au chapitre cathédral d'Avignon : une bulle du pape Urbain II la mettait, dès 1096, au premier rang des propriétés et possessions de la basilique de Notre-Dame-des-Doms (2).
Devenu le second dignitaire parmi les chanoines d'Avignon, le prieur de Saint-Michel-de- Frigolet dut naturellement être mis à la tête d'une Eglise qui était si rapprochée de son monastère et sur laquelle les chanoines ne pouvaient veiller que de loin. Il reçut en même temps la cure do Saint-Thomas-de-Laurade (3), église qui dépendait de Sainte-Marthe de Tarascon.
Jusqu'alors le service de Sainte-Marthe avait été fait par des chanoines d'Avignon ou par des
(1) La bulle que nous venons d'analyser, se trouve dans V Histoire chronologique de Nouguier, p. 97 et suivantes, et le procès-verbal d'installation, aux Archives du département de Vaucluse (Fonds de la Métropole).
(2) Chartarium Arelatense précité.
(3) Véràn. Hist, de la Vie et du Culte deSte Marthe, p. 343.
prêtres agrégés à leur corps. En 1316, cet état de choses cessa, et, comme nous l'apprend rai)bé Faillon, « cinq religieux du monastère de Saint- Michel-de-Frigolet dont l'un avait le titre de sacristain^ vinrent habiter le cloître de Sainte- Marthe, avc^c obligation pour eux de chanter tous les jours les heures canoniales et de faire le service divin (1). »
Ces cinq religieux ne perdirent point pour cela leur qualité de chanoines de la cathédrale d'Avignon, puisque, dans un acte de 1339 rappelé par le même M. Faillon, le sacristain de Sainte-Marthe, Guillaume Barralhi, est qusliiié de chanoine de Vèglise de Sainte-Marie-des-Doms d'Avignon. Seulement le prieur de Saint-Michel- de-Frigolet, en sa qualité de prieur de Sainte- Marthe, était tenu de pourvoir à leur entretien, sans être obligé pour cela de résider au milieu d'eux.