CHAPITRE V
Le Prieuré de Sainte-Marthe de Tarascon devient un chapitre collégial, dont la première dignité est dévolue au Prieur de Saint-Michel-de-Frigolet. — L'abbé Guiétoir et les deux Brissonnet. — Le p rieur Bohier fait bâtir pour son usage et celui de ses successeurs le château de Frigolet. — Ses successeurs immédiats. — Le monastère sert de lieu de refuge aux habitants de la contrée. —Il est visité par une reine de France. — Il est conlié aux Hiéronymites.
Un an avant le décès du cardinal d'Estouteville, le prieuré de Saint-Michel-de-Frigolet reçut un nouveau lustre par l'érection du prieuré de Sainte-Marthe de Tarascon en chapitre collégial. Au mois de mai de Tannée 1482, le roi Louis XI, voulant ensuiv^^e ses prédécesseurs et continuer ce qu'ils avaient par dévotion et aumosnes commencé, ordonna faire fonder^ mettre et ériger en Téglise de Madame Saincte-Marthe-de Tarascon un corps et collège de gens d'église séculiers (1). Le pape Sixte IV approuvala fondation, et le prieur de Saint-Michel-de-Frigolet, en sa qualité de prieur-curé de Sainte -Marthe, devint le chef de la nouvelle collégiale sous le titre de doije7i.
Ce fut un ecclésiastique, appelé Simon Guié-
(1) Archives du Roi, Aux archives départementales des Bouches-du-Rhône. Registres : Corona et Phœnix.
TOiR, qui obtint le premier cette dignité. Les lettres-patentes du roi de France que nous venons de citer, contiennent sa nomination. Une chose nous étonne, c'est que son nom ne figure point parmi ceux des archidiacres d'Avignon qui sont conservés dans les registres de Tancien chapitre de Notre-Dame-des-Doms. L'archevêque d'Avignon, qui était alors Julien délia Rovere, ne dut peut-être point confirmer son institution ; aussi ne nous rcste-t-il aucun souvenir de son passage au Prieuré de Saint-Michel.
Tout ce que nous savons, c'est qu'à l'époque où il fut nommé doyen de Sainte-Marthe, les cinq religieux blancs de Frigolet qui étaient attachés au service de l'Église de Tarascon, furent sécularisés par Sixte IV et incorporés au nouveau chapitre.
En 1497, le cardinal Brissonnet succéda à Simon Guiétoir. Guillaume Brissonnet, que les églises de Nîmes, de Saint-Malo, de Reims, de Narbonne et de Préneste, ainsi que les abbayes de Saint-Germain-des-Prés, de Grammont et de Saint-Nicolas-d'Angers, se glorifient d'avoir eu à leur tête, avait occupé une position des plus élevées, avant d'entrer dans les ordres. Fils d'un conservateur général des eaux et forêts de France, frère d'un grand -chancelier de la Couronne, père de deux évêques et d'un président à la Cour des Comptes, il avait été lui-même ministre des finances sous le roi Charles VIIL La mort de sa femme le fit généreusement renoncer
au siècle; mais les honneurs qu'il voulait éviter en fuyant le monde, vinrent le trouver dans l'Église, et plus grands et plus nombreux.
Un jour pourtant, il fat soumis à une rude épreuve. .11 revenait de Naples en compagnie du roi Charles VIII, qu'il avait poussé à faire la guerre contre Ferdinand d'Aragon pour venger les droits de la maison d'Anjou méconnus par ce prince, lorsque, arrivé sur les frontières de la Ligurie, il vit arrêter la marche de l'armée française par les troupes de la République de Venise réunies à celles de Louis Sforza, duc de Milan. N'écoutant alors que son ardeur bouillante, il dépouille les insignes ecclésiastiquess dont il est revêtu, et, prenant la livrée militaire, il se bat en valeureux capitaine jusqu'à ce que les ennemis aient été forcés à la retraite.
Alexandre VI siégeait alors sur la Chaire de 8aint Pierre; à cette nouvelle, il réunit le Sacré-(^40llége et prive notre Guillaume de la pourpre qu'il lui avait donnée lui-même, en 1495.
Sa disgrâce fort heureusement ne fut que passagère. Léon X, l'un des successeurs d'Alexandre, ouvrit de nouveau les rangs des cardinaux à ce prélat et le fit évêquesuburbicaire. Brissonnet fut le promoteur du synode de Pise ; il composa, à la demande du même Charles VIII, VEnchiridion precum chrisiianarum\ il sacra â Reims, le 14 mai 1499, Louis XII, roi de France ; il fit des donations importantes au grand hôpital de Paris ; il construisit l'archevêché de Reims,
et, après avoir laissé sur tout son passage icibas des monuments non-équivoques de sa munificence et de sa charité, il mourut â Narbonne, fort avancé en âge, le 14 décembre 1514.
Bembo a dit de lui : Ipsi in omnibus^ sive sena sive ludicra tractarentur, Rex acquievit. Feroni l'appelle Oraculum régis et regni columna, et Platina ajoute : Nihil unquam aggressus estquod non honorifice perfecerit. On le vit, une fois, durant son séjour à Narbonne, assisté à l'autel par deux de ses fils, dont Tiin était évêque de Meaux et l'autre évéque de Saint-Malo.
Ce dernier, dont le prénom était Denis et qui portait sur son écusson, à l'exemple de son père d'argent à la bande componée d'or et de gueules, le deuxième compon chargé d'une étoile d'or et accompagné d'une autre étoile du même en chef^ lui succéda dans l'archidiaconé d'Avignon. C'est à tort que, dans son Gallia christiana, Denys de Sainte- Marthe lui fait les honneurs de la pourpre romaine: il ne fut jamais cardinal; mais, en revanche, après avoir régi l'église de Toulon, que lui avait résignée son père en 1512, puis celle de Lodève, il succéda encore à ce dernier, en 1533, sur le siège épiscopal de Saint-Malo. 11 assista au pseudo-concile de Pise, en 1511, et â la huitième session de celui de Latran, en 1513. Entre autres monuments de sa générosité pastorale, il laissa à Toulon la cathédrale agrandie d'une chapelle spacieuse en l'honneur de la Très- Sainte-Trinité et le palais épiscopal restauré d'une manière princière.
-Tell fut envoyé, en 1517, par François I»' comme ambassadeur de France à Rome ; c'est pendant son séjour dans la Ville éternelle qu'il obtint du pape Léon X la canonisation de Saint-Françoisde-Paule, fondateur de Tordre des Minimes. Il se distingua par son amour des belles lettres et son immense charité. M. Fisquet raconte que, « avant qu'il ne quittât Rome, le Souverain Pontife, le pressant de lui demander quelque faveur en souvenir de sa légation, comme c'est Tusage, il se contenta de solliciter la grâce d'un certain nombre de galériens ; les ayant rendus à la liberté, il les vêtit et pourvut â leur entretien de ses propres deniers (1). » Avant sa mort, craignant do ne pouvoir remplir jusqu'au bout les devoirs de sa charge pastorale, il se démit de son évêché et ne garda de tous ses bénéfices que l'archidiaconé d'Avignon, les abbayes d'Épemay et de Gorméry.
Là mort de Denis Brissonnet fit tomber, en 1535, le prieuré de Frigolet entre les mains de l'un de ses cousins, Gilles Boyer, petit-neveu du cardinal de Brissonnet, fils du baron de Chenonceaux, frère d'un gouverneur de la Touraine et d'un évêque de Saint-Malo. Gilles était curé de l'importante église de Saint-Médard-de-la-Fresnaie, lorsqu'il fut pourvu de l'archidiaconé d'Avignon, et c'est du chapitre de Notre-Dame-des-
(1) Fisquet. — La France Pontificale (Diocèse de Montpellier) 2'"« partie, p. 421.
Doms qu'il fut,onze ans plus tard,appeléà l'évêché d*Agde en Languedoc. Il portait d'or au lion d'àzur au chef de gueules. C'est l'un des rares prieurs de Frigolet dont les actes en faveur de ce monastère soient passés âla postérité. Il obtint, par son crédit, du roi François I»', dont il était aumônier , la confirmation des privilèges qui avaient été accordés en 1183, â cette maison religieuse :
« François, etc A nos amés les gens du Parlement, pour ce que nous voilons et entendons que notre amé et féal conseiller et aulmônier ordinaire,maistre Gilles Bohier,doyendeSaincte- Marthe de Tharascon, grand archidiacre d'Avignon et prieur de FrigoUet et ses annexes, ne soit de pire qualité ne condition que aultres officiers domestiques quant à la jouissance des privilèges, franchises, libertés, exemptions et immunités à eux de tout temps octroyés et encore confirmés par nos lettres patentes du 18 mars 1542, y attachées lors du contresel de nostre chancellerie. A ceste cause, nous vous mandons que iceluy Bohier vous souffres et laissés jouir et user pleinement et paisiblement desdicts privilèges et exemptions dont nos dicts officiers domestiques ont toujours jouy et usé, tant ainsy que parla forme et manière que ils étoient avecque leurs qualités en nos présentes espéciffiées et déclairées, sans que, au moyen de quelques contributions que ne soient, emprunts généraux et particuliers, faicls et à faire en nos villes clo-
ses et forsbourg , tant pour nous que pour les affaires d'icelles, fournitures de vivres et munitions pour la guerre, frais de conduite, payement des gens de pied, que généralement tous aultres subjects, ports, péages, passaiges, tributs et impositions mys et à mestre sur, pour quelque temps et occasion que ne soit, et ou luy puisse aulcune chose demander, ne pour ce luy faire mestre ou donner, ne souffrir estre faict, mys, ou donné en quelque manière que ce soit aulcung arrest, troubles, ne empeschement, etc.. Tout, ainsy que Pavons vollu et mandé par nosdictes lettres de conjQjmation d'iceulx privilèges, lesquelles nous vous mandons faire lire , publier, etc.
9 A Saint-Germain-en-Laye, le 22 mai 1544, »
A ces lettres patentes sont annexées les suivantes :
« François, etc A M® Gilles Bohier, doyen
de l'église de Saincte-Marthe de Tharascon,grand archidiacre d'Avignon, prieur de Sainct-Michelde-Frigollet, Sainct-Thomas-de-Laurade et leurs annexes. — Nos prédécesseurs, les comtes de Provence, ont, y a quatre cens ans environ, octroyé aux doyens dudict Tharascon et prieur dudict FrigoUet, de Laurade et leurs annexes, certains beaulx et amples privilèges pour lesquels ils, et leurs successeurs, sont francs et exempts du vingtain et autres contributions aux clostures de villes et mesmement de icelle de Laurade, et autres charges, ordres et extraordinaires sub-
jects, tributs et impositions quelconques inyô et à mestre, en quelque sorte et manière que ce soit et de quelques qualités qu'ils soient nommés, ainsi qu'il appartient par les lettres desdicts privilèges, confirmation d'iceulx que avons cy faict attachés. — Avons les susdits privilèges, immunités et exemptions octroyés par les Comtes de Provence audit S' de Tharascon et prieur de FrigoUet, Laurade et autres, connu devoir estre confirmés, ratiffiés;... confirmons notre doyen de Tharascon, prieur de Frigollet, Laurade, et ses successeurs afîranchis et exempts, quittons, affranchissons et exemptons de faict et contribution des dicts vingtain, lesdes, contribution aux clostures des villes et mesmement de celle de Laurade, ensemble de toutes lesaultres charges, subsides, tributs et impositions quelconques , mys et à mettre (1). »
Boyer s'occupa principalement, nous raconte la tradition locale, de la restauration matérielle des bâtiments du monastère qu'il se plut â embellir. Il fit édifier (2) au pied des Petites Montail) Archives départementales des Bouches-du-Rhone. — Cour des Comptes, registre Serena, armoire A.
(2) Un manuscrit du XVIP siècle, relatif aux armoiries Cardinalices gravées dans nos Eglises et nos Couvents d'Avignon, se trouve entre les mains de M. Tabbé Gorrenson que nous avons déjà nommé. On y lit ce qui suit : ]n loco vulgariter dicto Frigolet prope oppidum Gravi-sionis diœcesis Avenionensis, qui locus est amxnissimus cum palatio sumptuoso et amplissimo, sunt insignia eujusdam Cardinalis, dicti loçi constructoris, et on y trouve
gnes, sur les terres de Saint-Michel, la maison de plaisance qui est connue sous le nom de Frigolet et qui possédait un tènement de 310 salmées (environ 217 hectares). « Il créa autour de cette résidence, dit Tabbé Véran, tous les embellissements qui pouviiient eu rendre le séjour agréable ; aussi y demeurait-il presque toute Tannée. » Graud seigneur, homme opulent, littérateur distingué, amateur passionné des beaux-arts, il avait en quelque façon formé autour de lui dans ce château toute une cour de poètes et d'artistes qu'il présidait en maître et qu'il protégeait en véritable Mécène. Voulté, l'un de ses clients, auquel des poésies latines ont fait une assez bonne réputation dans le monde littéraire, fuyant la justice de Toulouse que ses épigrammes avaient très-probablement provoquée, se réfugia auprès de lui et se concilia tellement ses bonnes grâces qu'il devint son intendant. Il ne manqua pas, comme bien on le pense, de payer en vers le tribut de sa reconnaissance à son intelligent et magnifique protecteur. Nous ne pouvons nous dispenser de reproduire la gracieuse idylle, dans laquelle, sous ce titre : De Mœceiiate ad Frigoletanos hortos accedente^ il chante le retour de son bienfaiteur au monastère :
immédiatement après la reproduction de l'écusson du cardinal Guillaume Brissonnet. 11 pourrait se ftiire que Brissonnet eût jeté les fondations du château de Frigolet et que Boyer l'eût achevé et embelli.
Quid quod plus solito laetantur singula in hortis ?
Cur primos fructus pinguis oliva parit ?
Gutture cur solito cantant leviore volucres ?
Gur plus laeta seges ? Plus quoque IsBtus ager ? Quid quod plus solito promittit vinea botros ?
Quid quod plus solito mella reponit apis ?
Quid rident silvae ? Rident cur pascua ? Quid quod
Omnia plus solito fertiliora virent ?
Illa, illa haud alla est ratio quod cuncta nitescant :
Sensé runt dominum non procul esse suum (l).
« Pourquoi tout sourit -il dans les jardins, plus que coutume ? — Pourquoi la grasse olive montre-t-elle ses premiers fruits ? — Pourquoi les oiseaux tirent- ils de leurs gosiers des chants plus doux ? — Pourquoi les moissons sont-elles plus riantes ? — Pourquoi la campagne est-elle plus gaie ? — Pourquoi la vigne étale-telle de plus grosses grappes ? — Pourquoi l'abeille distille-t-elle une plus grande abondance de miel ? — Pourquoi les bois et les pâturages sont-ils plus riants que d'ordinaire ? — Pourquoi tout prend-il un plus grand air de fraîcheur et de fertiUté ? — Ah 1 je le vois bien, si tout renaît ici dans ce domaine, c'est que ce domaine a senti que son maître n'était pas loin ! »
Gilles Boyer mourut au mois de janvier 1561.
Le prieuré de Frigolel eut alors à subir une vacance de neuf ans. En 1570 seulement, le roi de France en pourvut Antoine Subject, surnommé Cardot.
Subject naquit, le 26 octobre 1514, â Châteaurenard en Provence, de parents fort pauvres,
(1) VuLT-<Ei HhemëiNsis. Inscriptionuïïi libri duo^ 1558, t. I, p. 33, à la Bibliothèque nationale de Paris.
mais d'une grande piété qui le confièrent, encore enfant, aux chanoines de la collégiale de Saint-Symphorien d'Avignon. Des mains de ces derniers il passa dans celles des chanoines de Notre-Dame-des-Doms,c[ui le firent élever à leurs frais parmi les enfants de chœur de leur aatique église. Au sortir de cette école, il entreprit le pèlerinage des Lieux Saints de Palestine ; puis, de retour en France, il entreprit celui de Saint- Jacques de Gompostelle. C'est à Tépoque de son voyage en Espagne que sa belle voix le fit admettre dans la chapelle de Sa Majesté Catholique. Au bout de quelques années, il revint en; France, et ses connaissances musicales rintro*duisirent dans la chapelle de François I«'. Henri II, successeur de ce monarque , après Tavoir fait maître de sa chapelle, lui donna successivement Tarchidiaconé d'Avignon, l'abbaye de Tironneau près le Mans, et l'évêché de Montpellier. Subject administra son diocèse avec une rare réputation do sagesse pendant vingt-quatre ans.
Ses armes , qu'on ne rencontre dans aucun armoriai et qui sont effacées sur sa tombe. , étaient parlantes ; elles portaient, à ce qu'il paraît, un chardon, par allusion au mot Cavdoty sobriquet de sa famille.
Il mourut à Montpellier, le 8 octobre 1596, et fut inhumé dans l'ancienne cathédrale de Maguelonne.
Parmi les fondations pieuses qull fit, tant par actes entre vifs que par dispositions testamen-^
taires, figure la suivante qui « consacre, selon Texpression de M. Achard [Annuaire de Vaucluse, 1864j, un souvenir plein de reconnaissance pour rÉglise où s'étaient écoulées ses jeunes années et où il avait appris Fart auquel il avait dû son élévation et sa fortune. » Le 2 octobre 1591, il fonda, par acte public, deux places d'enfants de chœur à Notre-Dame-des-Doms, en faveur de deux enfants de Ghâteaurenard, de préférence à tous autres, avec une messe en musique chantée annuellement, le lendemain de la fête de saint Antoine, son patron. Entre autres dispositions relatives à cette institution, il voulut que, la vieille de cette fête, le plus jeune des enfants de chœur montât jusqu'au plus haut degré de Tautel, pendant la messe capitulaire, au premier Mémento^ et dit à demi-voix au célébrant : Souvenez-vous de Subject^ et priez pour sa prospérité et la prolongation de ses jours^ sauf à changer cette phrase après son décès et à dire avec le même cérémonial, au Mémento des morts : Souvenez-vous de Vâme de Subject et de celle de ses parents.
Ce serait peut-être ici le lieu de parler des troubles qui, de 156J à 16U, éclatèrent dans la contrée à Toccasion de la rébellion des Calvinistes, et dont le contre-coup dut se faire sentir sur les Petites Montagnes. Mais, bien que durant cette lamentable époque de notre histoire, le terroir de la ville d'Avignon soit demeuré seize ans sans être ensemencé, à cause de la fréquence
— Bides invasions protestantes, nous n'avons trouvé nulle part le nom de Frigolet dans les Mémoires du temps ; aussi pensons-nous que les Huguenots qui, vu la résistance opiniâtre que leur opposa la Cité Papale et les dix échecs successifs qu'ils essuyèrent sous ses murs, s'étaient retranchés sur la rive droite du Rhône entre Beaucaire et Aramon et avaient même établi durant quelques jours des avant-posles à Boiilbou, n'eurent ni le loisir, ni la pensée de porter le ravage et la dévastation dans cette solitude. Il est vrai qu'entre le monastère de Saint-Michel et la ville de Barbentane, le fameux duc d'Épernon avait établi un camp retranché d'où il dominait tout le pays d'alentour (1).
Après Mgr Subject, le prieuré de Saint-Michel échut successivement à Nicolas Boulier, sur le compte duquel nous n'avons aucune espèce de renseignements; — à François N..., dont nous ignorons le nom de famille et sous lequel bon nombre d'habitants de Tarascon vinrent chercher au monastère un asile contre la peste qui désolait leur ville (2) ; — à Jean du Jardin, qui
(1) Archives communales de Barbentane. FF. ii.
(2) On voit encore à l'intérieur du cloître de Saint- Michel-de-Frigolet (côté du midi) Tinscription qui atteste ce fait ; la voici avec son orthographe : IHS. W. Mourise Bougnet 1588 et le 7 mai faisant quaranteine au présent lieu Dieu soil à nre aide et nous veillie garder de la maladie contagieuse et veuiUie donner à nre ville de Tarasc. la santé et à tous spus qu'il ce présent echrit liront. Ainsi soit- il. Amen.
ne nous est connu que par Pannée de sa prise de possession, 1593 ; — à Jean du Pré enfin» en
Cet ecclésiastique, que nous avons quelque raison de croire originaire du Quercy, était de noble maison ; ses armes étaient de gueules^ écartélé au premier et au quatrième à la croix de Malte d'argent^ au deuxième et au troisième au croissant d'argent, avec cette devise : Per crucem crescens. C'était un homme de mœurs très-austères et d^une grande piété. L'abbé Conrad de Raoulx, qui, en qualité de sous-doyen, venait immédiatement après lui dans le chapitre de Sainte-Marthe de Tarascon, prit sujet des diverses pièces de son écusson pour faire en deux quatrains l'éloge de ses vertus sacerdotales. Celui qui écrit cette histoire possède le texte original de ces vers, et il est heureux de les reproduire ici dans toute leur naïve élégance :
PAR LA CROIX j'espère GROISTRE.
Si j'ay rheur de servir icy Dieu comme prestre. J'espère encor au ciel de le servir aussy ; Si de porter ma croix est mon plus cher soucy. C'est par la croix aussy que j'espère de croistre.