INTRODUCTION. XXI
» possible sans l'ascendant et la protection qu'exercèrent » des abbayes puissantes. )> '
Dans ces campagnes où s'élevèrent des fermes , des villages, des bourgs, des cités, les moines défrichaient les terrains incultes , desséchaient les marais , construisaient des chaussées , renfermaient dans leur lit les eaux des fleuves , passaient les voyageurs dans des bacs , jetaient des ponts, traçaient des chemins, garantissaient leur sûreté en y plantant des croix et de saintes images, organisaient des chasses générales contre les bétes féroces, et tenaient lieu , vis-à-vis des populations , de cette police qui constitue une partie du perfectionnement de nos sociétés modernes.
« Les propriétés monastiques , outre leur utilité ma- » térieile, en eurent une autre qui n'a peut-être pas été » suffisamment remarquée. La situation d'une grande » partie des peuples de l'Europe au moment de l'inva- » sion et longtemps après elle, se rapprochait beaucoup » de cet état de fluctuation et de mobilité où se trouvent » les nations qui n'ont fait encore aucun pas dans la » carrière de la civilisation et de la culti^re. C'est pour- )> quoi l'idée de la propriété , l'une des plus fondamen- » taies dans toute organisation sociale, y avait fort peu » de racines. Les attaques contre la propriété étaient » très fréquentes à cette époque , aussi bien que les atta- » ques contre les personnes. L'homme qui se trouvait )> sans cesse obligé de défendre ce qu'il possédait , se » laissait aussi entraîner à usurper la propriété d'autrui. w La première chose à faire pour remédier à un mal si
* Balmès. Le Protestantisme et le Catholicisme comparés, t II, p. 245.
XXII IHTRODUCTIOH.
M grave, était de donner assiette et tîxjlé auK popuU-
I lions par le moyen de la vie agricole, et d'accoutumer )i les peuples au respect de la propriété, non-seulemeni » par des raisons tirées de la morale et de Tintërât privé. » mais encore par l'aspect des domaines appartenant k H des établissements regardés oomme inviolables, et
II contre lesquels on ne pouvait lever la main sans com- » mettre un sacrilège. Ainsi les idées religieuses se 11 liaient aux idées sociales et préparaient lentement une D oi^nisation qui devait atteindre son complément dans i> des jours plus paisibles. » '
Par U se trouvaient aussi modifiées lescondiUons fondamentales du droit de propriété. Un nouvel élément de respect et de stabilité lui était acquis contre les attaques dont, sous différentas formes, il n'a cessé d'être l'objet. En effet, dans la pensée de la pbtiosophie antique et de la jurisprudence romaine, la propriété dérivait uniquement de l'occupation première ou du droit de conquête. La loi du plus fort était posée à la base de l'édifice social, le résultat de la violence donné comme un droit respectable aux yeux de la justice. N'y avait-il pas là une contradiction évidente, une tentative impossible pour rapprocher deux idées qui s'excluent, un appel implicite à une lutte impie entre le riche et l'indigent? Ainsi ne l'a pas entendu le christianisme. A càté du précepte : « Tu ne déroberas