INTRODUCTION. XXIII
primitive, comme le moyen le plus! puissant de la réhabilitation spirituelle. Il en faisait le fondement de la propriété, qui n'est autre chose que le résultat d'un devoir accompli, le produit de l'activité physique ou morale de l'homme appliquée à la satisfaction de ses besoins et à son perfectionnement. C'est parce que le travail est un devoir dont l'Eglise a sans cesse exalté la sainteté , et dont elle a flétri l'abstention du nom de crime, que le fruit du travail est aussi sacré que le travail lui-même. Tous deux se prêtent un appui mutuel ; l'accomplissement du devoir conduit forcément au respect du droit.
Dans l'obligation du travail étendue à tous, les monastères pratiquaient la seule véritable égalité, celle qui profite à tous, en ne laissant s'égarer ou se perdre aucune activité. Les différentes aptitudes y trouvaient leur direction naturelle. Chaque instant du jour recevait un emploi, une consécration ininterrompue vers le but de la règle. Celle-ci renfermait dans ses applications diverses la fin à laquelle doivent tendre tout homme et toute société ici bas : le perfectionnement de soi-même par l'amour de Dieu, le perfectionnement de ses frères par la charité, le perfectionnement de cette terre par le travail des bras et de rintelligence *, tâche immense proposée aux efforts de l'humanité , et qu'elle doit poursuivre sans jamais la remplir. Ainsi se trouvait renfermée dans la règle même des monastères l'idée du progrès indéfini ; ainsi préparèrent-ils durant des siècles, d'une main infatigable, cet immense développement d'agriculture , d'industrie , de recherches scientifiques et d'art qui forme le principal titre de dignité des civilisations chrétiennes.
L'avenir même des institutions politiques modernes