‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 2 sur 62 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

ik^rmanie de Tacite. Les légionnaires, quittant Tëpëe pour la charme, avaient converti en prairies fertiles , en vignes, en riches moissons, les marécages, les bruyères des Marcomans et des Bructères. Des chaussées indestructibles unissaient le Pont-Euxin à l'Océan ^ des ponts, des canaux, des digues, d'immenses murailles fortifiées, des temples , des basiliques , des théâtres , des palais , remplaçaient les chétives bourgades , les retranchements grossiers , les enceintes de pierres , les roches entassées des races primitives. Trêves, cette Rome du nord, disputait de luxe, de science, d'éloquence, avec les plus illustres métropoles. Les cent seize villes des anciens itinéraires, Mayence, Cologne, Vienne, Augsbourg, avaient grandi sur le sol des futaies où naguère on cheminait sans issue durant soixante jours.

Le génie romain avait marqué les institutions de la même empreinte. Une administration complète assimilait la Germanie aux autres parties de Tempire. A Trêves résidait le préfet du prétoire. Dans les huit provinces , des présidents , des consulaires , des préposés du trésor, des procureurs des monnaies , des maîtres des milices , fonctionnaires du fisc, de la justice, de Tarmée, assuraient à l'administration impériale sa puissance et sa régularité. Les libertés municipales de Tltalie s'étendaient à un grand nombre de colonies. Plusieurs d'entr'elles avaient leur curie, leur sénat, leurs assemblées du peuple. Athènes et Rome leur envoyaient des maîtres de rhétorique et de grammaire. Elles possédaient des écoles entretenues, restaurées par la libéralité des empereurs dont elles payaient les bienfaits par des panégyriques ; et de cette terre native de la barbarie on avait vu

\lll lA'TRODUCTIOK.

un Kntnk, un habitant du l>ai)ubc, Morubaudes, venir disputer le prix de la poésie et de l'adulation à la cour des Césars.

Celait un assez beau triomphe pour la civilisation latine d'avoir ainsi conquis le sol et les intelligences. Toutefois ce triomphe était incomplet, il n'atteignait pas les consciences ; le fond des Ames lui échappait. Il edt fallu des vérités morales , des croyances religieuses pour les régénérer. Or , le paganisme n'avait rien h enseigner, rien à révéler. Sur le terrain de la religion, Itome dut se borner à des échanges. Il se fit un commerce de divinités , un péle-méle de cultes entre le nord et le midi; encore l'avantage se trouvait-il du cAté des peuples germaniques. Dans leurs sombres mythologies , dans les luttes de leurs dieux, dans les plaisirs sanglants des félea de la vie future, d'énergiques croyances soulevaient les âmes jusqu'au mépris de la mort. Tout , dans leurs traditions , rappelait les combats , le d<^me de la fatalité, la iiccessilé des sacrifices humains. Les divinités latines pâlissaient devant ces cultes impitoyables ; elles ne pouvaient qu'énerver les esprits et les cœurs. Toutes les passions obscènes ou abjectes du cŒur humain y trouvaient leur déification. Mars, Hercule, la Victoire, la Fortune, divinisaient la force brutale de la guerre ou du succès; Bacchus, Adonis, Vénus, l'riape,

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