‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 28 sur 62 · INTRODUCTION. LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LV

s'abritaient k Lure , à Fontaine-de-Bèze , à Saint-Gall.

Luxeuil demeura longtemps après lui la première abbaye des Gaules , commandant jusqu'au fond de la Germanie le respect par sa régularité et ses fortes études, laissant sortir de ses clôt très une foule d^abbés et de pontifes, recevant dans ses écoles la jeunesse que Langres, Chalon y envoyaient lorsque les leurs étaient sur le déclin, et méritant de Tadmiration des contemporains cet éloge d'être une abbaye unique au monde.

Ces commencements de la vie monastique en Bourgogne furent les mêmes que partout ailleurs , humbles et cachés comme tout ce qui est destiné à grandir et à couvrir le monde de sa puissance. On ne peut se défendre d'unir dans un même rapprochement la naissance de la vie monastique et la prédication de TEvangile. Ce sont, dans les deux cas, des hommes du peuple ou de moyenne condition , dépourvus du prestige de la puissance ou de Téclat d'un grand nom. Us n'attirent pas les consciences rebelles par des séductions extérieures ; ils n'argumentent pas avec l'habileté d'un rhéteur contre les égarements du polythéisme. Leur vie est surtout d'action et en dit plus que la parole. Dans ce qui devait être le scandale des populations païennes, et l'est souvent encore de certains chrétiens , dans l'humilité , la continence, la charité, ils trouvent le plus énergique mobile pour convaincre les intelligences, subjuguer les volontés et gagner les cœurs. Rien n'est plus inexplicable , au point de vue humain , que l'attrait qui s'attache aux traces des solitaires et des cénobites. Pour nous le doigt divin y est visible comme dans la mission des apôtres. C'est cette mission continuée , pénétrant plus intime-

Lïl ISTHOIIICTIOS.

ment les hommes et les façonnant à son image à l'aide des saints que Dieu dispense avec profusion. Cette foule qui se presse sur lÀl» pas , qui revêt k l'envi la robe de bure et se ceint les reins d'une corde pour la prière, le travail , l'expiation , tout ce qui fait de la vie un combat et une victoire , c'est le pur froment des élus de Dieu , que Dieu pétrit de ses mains pour en faire le levain de son peuple -, c'est la croisade sainte ayant pour devise cette parole du Christ : «Que celui qui m'aime prenne sa croix et me suive, » el portants! hautcette croix qu'elle est visible à tous et que son ombre salutaire couvre le monde.

Jusque-là, on a dû le remarquer, les institutions monastiques tirent leur principale force d'elles-mêmes et ne trouvent dans le pouvoir temporel que de rares appuis. Mais lorsque, vers la fin du V siècle, les royaumes nouveaux se furent affermis sur le sol , la papauté, l'épiscopat, ne tardèrent pas de renouer avec ceux de leurs chefs qui n'avaient point embrassé l'arianisme les anciens rapports de l'Eglise et de l'Empire. Il s'ensuivit pour les établissements monastiques une phase nouvelle. Les rois barbares, et à leur suite les ducs et les comtes, se jetèrent k Tenvi dans les fondations : ditfé-

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