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tères de son empire. Poitiers, dont les célèbres écoles avaient envoyé à Autun saint Léger vers 659 , envoyait de nouveau à Saint-Martin , vers 870, une milice d'élite destinée à porter Tactivité monastique de la Bourgogne à son plus haut développement. Saint Hugon, saint Odon à Autun ^ saint Guillaume , Jarenton à Dijon ] saint Bernon, saint Maïeul à Gluny, tous étrangers à l'Eglise burgonde, en devinrent la gloire et furent les pères d'importantes réformes. Aussitôt que l'esprit monastique s'affaiblissait quelque part , on voyait apparaître dans un coin de ce pays, d'où sortirent tant de grands hommes et de grandes institutions, un homme , une institution qui, retrempant les âmes, les ramenaient à l'éternel combat. Luxeuil, Saint-Martin , Saint-Bénigne eurent successivement leur influence réformatrice ^ mais toutes ces abbayes s'effacent en présence de ces deux sœurs sans égales qui s'appelèrent Cluny et Citeaux (910 et 1098). Toutes deux, pépinières inépuisables de saints, de cardinaux, de grands hommes, régénérèrent sous un régime différent Tordre bénédictin affaibli par Tabsence d'un lien resserré entre les membres de ce grand corps. Cluny, monarchie absolue, semait ses colonies dépendantes de la métropole jusqu'aux faubourgs de Constantinople et à Jérusalem^ Citeaux organisait, jusqu'en Danemarck et en Suède, une république de huit mille abbayes, et créait pour cette immense direction les chapitres généraux où chacune était représentée. Cluny enrichissait la liturgie de chants et d'offices nouveaux , donnait au culte , à l art catholiques , une pompe imposante, instituait la fête des morts , distribuait le pain de chaque jour à dix-sept mille pauvres^ et méritail par son
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hospilalité plus que royale h titre à^auberffe de. la fnmce entière. Elle jetait sa Bouveraineté dans la balance où se pesaient les affaires derE^lisectderElal, fondait la trêve de Dieu , jugeait tes prétentiona des pontifes , les ditTérends des peuples et des princes qui vinrent quelquefois chercher le repos dans ses cloîtres d'où sortirent vingtquatre papes , deux cents cardinaux , quatre cents archevêques, sept mille évéques, et se trouvait dans la nécessité de suspendre pendant trois années les admissions dans son ordre auquel tout le monde voulait êtie affilié. Ctteaux, forte de la sévérité de son observance, dictait dans sa charte de charité un code adopté de presque tous les monastères ; voyait les empereurs d'Allemagne et de Constantinople demander en grAce l'association à ses prières , la consécration d'un étendard. Une reine d'Arragon lui vouait son fils, Ses abbésétaient choisis, dans les croisades, pour accompagner l'armée, ses moines pour combattre l'hérésie, remplir les fonctions d'ambassadeurs, messagers d'Etat, négociateurs, juges et arbitres. Son abbé, appelé l'abbé du abbé», était chef de tous les ordres militaires d'Espagne et de Portugal ; il graciait parle seul fait de sa rencontre le coupable conduit à la mort. Son église était le mausolée des ducs de Bourpi^iii'; saint l^uis, saisi de respi'cL à son approclio.
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et un tribun de l'école de Jésus-Christ , une pensée calme et une pensée ardente, Pierre le Vénérable et saint Bernard.
C'est une page détachée de ce vaste ensemble que nous avons essayé d'écrire ; c'est une de celles dont Tobscurité appelait la justice de la réhabilitation en même temps qu'elle convenait mieux à notre faiblesse.
Placée à Torigine des grandes fondations historiques, une des plus considérables de celles dues à des mains royales, l'abbaye de Saint-Martin d'Autun n'occupe cependant aucune place dans l'histoire. L'avenir que Brunehildc lui avait préparé avec tant de soins lui a manqué. Rien pourtant n'est plus touchant que son Age ascétique , que le récit de la vie des Merry et des Hugon. Rien n'eût été plus propre à la préserver de la destruction et de l'oubli, si la sainteté pouvait prévaloir contre la destruction et l'oubli qui, tous deux, ont aussi leur place dans les desseins de Dieu. Tous deux Tout cruellement frappée. Le premier siècle de son existence , durant lequel fleurirent le plus de vertus , est demeuré couvert de ténèbres impénétrables. L'œuvre de la grande reine produisit-elle les fruits qu'elle en attendait ? il n'est guère permis d'en douter en voyant la ferveur qui anime l'Eglise régulière dans ces temps d'épreuves. Cependant un seul homme se lève pour répondre : c'est saint Merry.
A peine a-t-il fermé les yeux que les Arabes viennent raser l'abbaye. Ses terres passent dans les domaines des comtes d'Autun, grands feudataires de Bourgogne et de Septimanie. Après cent quarante ans d'anéantissement, son souvenir se réveille ; une vie nouvelle s'empare de ses ruines et les ranime comme ces ossements épars sur
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lesquels soutia le prophète. Sept ana api-ès elle disparatl encore pour sept nouvelles années, exemple frappant de la lÂnacité des institutions religieuses, non moins que des vicissitudes humaines. Lorsqu'enAn la vie lui est rendue pour la seconde fois, cette vie faible et pénible se perd dans l'obscurité des temps et s'éclipse devant les grandes institutions dont elle avait favorisé la naissance. Saint-Martin n'est plus désormais qu'une abbaye secondaire placée en dehors du mouvement historique, elle n'est plus qu'un objet de souvenir pour celui qui foule chaque jour le sol où elle s'éleva, un sujet d'étude d'archéologie locale.
C'est à ce titre, c'est en cherchant notre appui dans les sentiments qui nous rattachent au sol éduen, que nous avons esquissé ces recherches. Destinées à ne pas dépasser d'étroites limites, elles ne seront qu'un nom de plus inscrit sur les ruines à demi oubliées de l'abbaye ; puissentelles raviver pour quelque temps son souvenir. Puissentelles surtout être fidèles ii cet esprit de vérité et de foi qui anima les institutions monastiques, même au milieu de leurs écarts , et rendre égal témoignage à la sainteté affermie dans les voies évangéliques , comme h la faiblesse égarée loin d'elles.