X INTRODUCTION
ils pénétraîeDt («jnpire , ou plutôt , ils étaîenl déjà l'empire. '
Devant cette double invasion , de la guerre et de l'assimitation des races, l'uDité romaine aurait disparu si le christianisme n'eût repris la lAche où celle des dieux et des empereurs finissait. Il apportait l'énergie qui leur avait manqué, en attaquant la barbarie au fond intime de sa nature, dans les passions. Chargé de perpétuer la civilisation, de reconstituer l'unité des peuples, il se présenta seul devant l'invasion. Au moment où les préfets et les patrices fuyaient les provinces , les philosophes leurs portiques , les préteurs leurs basiliques , les papes, les évéques, les moines restèrent, et avec eux la science, la justice, la vérité, le dévouement.
Jeté entre les deux ennemis de Rome , la férocité et la mollesse, l'Evangile avait une double action à exercer. Il avait a régénérer la conscience romaine, k épurer celle des Barbares ; à conquérir la première pour s'en faire un moyen de prosélytisme contre les seconds. Dès les premiers jours, il avait attaqué le paganisme dans les centi-es les mieux fortifiés, dans les villes les plus llorissantcs, dans les colonies pénétrées le plus intimement des idées romaines. S'il était permis d'assigner à l'activité humaine une part dans l'œuvre de Dieu , on pourrait croire que la semence divine germa plus facilement dans
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tendances plus élevées. Virgile et Platon , développant le sentiment de Tharmonie, Thabitude des hautes conceptions , posaient à leur insu une marche à Tautel du Dieu inconnu ; et le beau , dans ses efforts vers Tidéal , jaillissant de la statuaire antique , inclinait les âmes à Tintelligence de cette beauté spirituelle que FEvangile allait révéler.
Aussi le christianisme en quittant FOrient , apparaîtil d'abord dans les métropoles ^ à Rome , à Marseille , à Vienne ^ à Lyon , à Autun , partout où la civilisation Fa devancé. Sur les sièges établis par les apôtres de Rome ou de Smyrne, se succèdent les descendants des plus illustres familles sénatoriales. Héritiers des traditions d'une société expirante, froissés dans leur dignité aristocratique, dans les délicatesses de leur esprit et de leurs mœurs , pénétrés d'une tristesse profonde à la vue des convulsions où se débattait le monde et n'espérant de salut pour lui qu'à Tombredela croix, ils allèrent chercher ce salut aux pieds des autels. Versés dans les lettres grecques et latines, entretenant partout de vastes correspondances , luttant par la parole et par la plume contre le paganisme et Thérésie, les évéques représentent le mouvement intellectuel de leur époque. Ils commandent le respect par leurs vertus, la soumission par leurs lumières , Tadmiration par leur fermeté et leur dévouement; personne, au nom des titres reconquis de la dignité morale, ne pouvait faire une guerre plus énergique aux vices de la société romaine.
Le paganisme , miné par la raison , vide de croyances sérieuses, n avait d'autres gages de durée que la force de l'usage, l'ignorance des peuples. La philosophie, patri-
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moine des lettrés, égarée dans la multitude de ses systèmes, était convaincue d'impuissance. La cuiTuption des mœurs elle-même, pouvait repousser, mais non pas nier la doctrine évaDgélique. Forts contre les doctrines. les évéques l'étaient moins contre les personnes. Plusieurs causes restreignaient leur action dans des limites dilliciles à franchir. L'étendue de leurs diocèses, l'insuffisance de leur clergé séculier , leurs fonctions civiles comme défenseurs de la cil^, leur origine aristocratique, entraînant avec elle une inégalité marquée de richesse et d'éducation , concouraient à diminuer leur influence. Elle tendit à s'affaiblir encore en présence de l'étahlissement définitif des Barbares dans l'empire romain. BientAt en effet ils pénétrèrent dans la société ecclésiastique comme ils avaient pénétré dans la société civile , et lui portèrent une grave atteinte, n Ils avaient assez d'in- » tel ligence pour s'apercevoir de l'avantage qu'il y avait » pour eux à s'emparer des positions suprêmes de l'K- » glise, et au bout d'un petit nombre de générations, u ils avaient placé les rejetons de leurs familles sur la » plupart des sièges épiscopaux. Dès ce moment, VK- » glise perdait de son caractère protecteur et sympa- » thique à l'égard des populations conquises. 11 était H impossible qu'au milieu du déplacement de la puisu sance matérielle qui appartenait aux évéques , la loi