‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 5 sur 62 · INTRODUCTION. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIII

» L'Eiglise dut tourner ses regards vers des institu- » tions moins vulnérables et plus dégagées par leur na- » ture même des intérêts humains. » — Sa force se réfugia dans des ministres plus obscurs. Elle évita dans Tabnëgation et l'humilité le péril de tenter la cupidité et Fambition. « De là l'immense développement que » prirent en Europe , immédiatement après rétablisse- » ment des Germains, les institutions monastiques et » particulièrement l'ordre fondé par saint Benoît ^ »

L'éducation des Barbares fut l'œuvre de ces dernières^ œuvre de patience, de courage, de sacrifices inouïs, à peine achevée après sept siècles de travaux. Répandus partout, dans les villes, dans les bourgs, dans les lieux incultes, dans les forêts, solitaires, reclus, moines, cénobites s'attachèrent à déraciner des cœurs et des institutions le paganisme romain et le paganisme germanique. Missionnaires ardents, ils parcouraient le pays , prêchant dans les églises, sur les places, le long des chemins, au milieu des peuplades attroupées , parlant leur langage, s'inspirant de leur esprit et de leurs usages pour les gagner à la foi. Unissant l'autorité de l'exemple à celle de la parole, ils protestaient contre leurs passions violentes, leur vie toute de tumulte et de guerre, par la patience, la persuasion, la douceur, l'humilité, la charité, l'abstinence. A l'oisiveté intempérante, ils opposaient le travail assidu des mains et l'ennoblissaient en le partageant avec le colon et l'esclave. Enfin , comme à ces peuples vivant par les sensations plus que par Tintelligence, il fallait

* Lenonnand. Cours d'histoire moderne, t. i«% p. iH ei passim.

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des signes qui éliraitlassent Tiinagination pour subjuguer l'esprit et le cœur, des légions de saints apparurent, douéB de vertus surnaturelles et de la puissance du miracle. Tels furent ces conquérants pacifiques qui prirent la contre-partie de l'invasion ; saint Patrick, couvrant l'Irlande de monastères, le moine Augustin, allant avec quelques disciples convertir l'Ile des Bretons, et Boniface, la Germanie-, grandes et calmes figures au milieu de la barbarie , unissant sur leurs fronts la majesté antique à l'anrëole ries saints et des martyrs.

Au moment où tout se disloque et tombe en pièces , religion, pouvoirs publics, lois, mœurs, l'esprit d'association, qui semblait menacé d'une mort inévitable, est miraculeusement préservé dans les monastères. Seuls, ils résistèrent aux attaques portées aux éléments de l'ordre social et conservèrent l'exemple d'une sociâé parfaite. La famille, la commune, l'état, y retrouvèrent le germe de vie qui les avait abandonnés et ne se ranima complètement que dans la communauté chrétienne. Elle était comme un monde à part dans le monde de l'humanité; un foyer de charité et de lumière qui devait , en pénétrant la société civile , la transformer pour les siècles à venir.

On sait quel était l'état de la famille chez les Romains et chez les peuples initiés à leur civilisation. Un luxe qui

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