CHAPITRE XVII
J«Ba de MmAgaj. -
Querelles de juridictions séculières, querelles de prérogatives avec l'évéque d'Autun, querelles avec les serfs qui réclamaient à grands cris leur émancipation . querelles avec les moines qui e\^eaient sans cesse l'ai^ menlation de leurs prébendes, tel fut l'héritage recueilli
La prise de possession de Jean de Marigny fut troubléo par les exigences habituelles de révéqued^Autun. C'était Pierre Bertrandi, depuis cardinal^ cet éloquent soutien de la juridiction ecclésiastique contre Pierre de Cugnières, dans la conférence évoquée à Vincennes par Philippe le Bel, pour déterminer les limites précises des deux juridictions. Doué d^un esprit actif, rigoureux, le meilleur canoniste de son temps, il devait être disposé moins que personne à des concessions sur un article qui touchait à la fois à ses prérogatives et à une question de sa compétence. Il en usa avec Jean de Marigny dans toute la rigidité du droit strict. Il était dans son château de Sauiieu, lorsque cet abbé lui demanda la bénédiction épiscopale. Quoiqu'une pareille cérémonie dût naturellement s'accomplir dans Téglise cathédrale, Tévôque exigea, moins sans doute par crainte d'un dérangement que pour faire dcte d'autorité, que l'abbé vînt la recevoir auprès de lui. Vussitôttie retour à Autun, il l'obligea de se prési»ntor fie nouveau à l'église de Saint-Nazaire pour y prêter serinent. Là, selon la coutume, la main étendue sur TEvanffile, Jean de Marigny jura de rendre révérence y obéissance et respect au seigneur évé(|ue et à la mère-église (1(> Saiot-Nazaire ; il déposa sur l'autel Tacte qui en fut immédiatement dressé.
Tout cela n'était rien en comparaison des contrarirt('*s qu'il devait rencontrer dans les tendances d'émancipation des serfs. Ce fut la grande et presque la seule affaire de son administration.
Ces tentatives, générales dans presque toute la Franco, s'étaient signalées, vers la fin du siècle préctMltMil, dans la commune de \Vzelay, par un exomplf (|ui av;iil vive-
ment frappe l'esprit des populalions voisines. Toutes celles qui s'affranchirent dans les villes placées sur les confins de la Boui^ogne, du Nivernais et de rAuxerrois, reçurent de Vezelay leur première impulsion, et l'on peul suivre d'année en année leurs mouvements. Les serfs de Saint-Martin y avaient pris part dès 1298. Ceux qui occupaient les terres d'Agneot dans l'Avallonnaisse mirent les premiers en marche, en rachetant, au moyen d'une redevance fixe', les taxes art>itraires payées par eux jasque-U, cessant ainsi d'être taillables et corvéables à merci. Le monastère, obligé à des concessions, ne les accordait qu'à regret. Il n't-pargnait rien pour faire reconnaître ses droits, croyant apparemment les Intimer ainsi et en assurer la conservation. Les reconnaissances de servitude et de main-morte se multipliaient à profusion ', elles encombrent les cartulaires. Une fomîlle de serfs était citée à comparaître devant un notûre. Là , ils juraient sur l'Ëvangile que, « de leur plein gré, après » mûre réflexion, sans y être poussés par dol ou con- » traint«, tous nés et h naître, ils voulaient appartenir de » chef à Saintr-Uartin. Ils promettaient de ne jamais >> chercher d'autre seigneur, de renoncer à toute bour- » geoisie et franchise, k tout pourvoi devant une autre » juridiction, et au transport de leur habitation hors des
avec une feuille de parchemin, arrêter les progrès d*une révolution. Les serfs, retenus par ces apparences juridiques ou plutôt par Tabsence d'une occasion opportune, rongeaient leur frein pendant quelque temps; mais un beau jour, le roi ou un seigneur faisait publier louvertare d^une ville neuve à laquelle il accordait des franchises plus ou moins nombreuses. Alors le^ serfs désertaient de toutes parts; ils accouraient dans ces asiles ouverts indifféremment aux fugitifs, aux vagabonds, même aux Juifs. Sous la protection de quelques libertés civiles, ils construisaient de nouvelles habitations, recevaient et défrichaient des terres incultes, et . de colons, ne tardaient pas à devenir bourgeois.
Il existait, près de Sens, une ville franchie ( aujourd^iui Villeneuve-le-Roi ) a qui se trouvait fréquemment en querelle au sujet de la désertion des serfs, avec les abbayes du voisinage'. » Abrités par Tenceinte de murailles, de tours, et par le château construit par Louis le Jeune, ses habitants jouissaient en paix des droits de pèche , de chasse et d'élection de leurs magistrats''. Us étaient exemptés, pendant trente ans, des tailles, des gabelles, des cens et autres droits seigneuriaux. Villeneuve, placé sur la frontière des terres royales, était un lieu de rendezvous pour les serfs de la Champagne, du Nivernais, de la Bourgogne. Le roi invitait les habitants de ces provinces à s'y établir, exploitant ainsi le mouvement
I Augustin Thierry. — Lettres sur l'histoire de France , 1836 , p. 257.
* Mémoire sur ViUeneuye-le-Roi , par M. llcsme, lu au congrès arcbéotoyique de Sens . 1847.
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(1 cmancipation au protit de la couronne par la proclamation de ce principe, que toute ville affranchie relevait immédiatement d'elle par le fait même.
Saint-Hartin possédait dans l'Avallonnais un grand nombre de familles de main-morte. Celles de Girolles semblent avoir eu parttcatièrement le servage en horreur. Elles boitaient un boui^ considérable, composé de cinq cents feux, défendu par un château et par des murailles du haut desquelles on pouvait apercevoir, comme un appel k la liberté, les tours de Vecelay, Or, un jour de l'année 1335, cinquante-trois de ses habttanis, tous taillables de Saint-Hartin, prirent la fuite et se rendirent auprès de Jehan Trouvé, prévôt de Vill^ieuvele-Roi. Ils se plaignirent ji lui des tailles exceuivetel ottragemes que les religieux les contraignaient de payer par Xbmx force elpuiitance, se détavouèrenl d'eux, et demandèrent è être reçus èi-boKrgeoisies\ Le prévôt, faisant droit à cette requête, leur délivra des lettres de sauv^arde qui furent confirmées par les baillis deSmsetdeMftcon, villes appartenant au roi sur les deux confins delà Bourgogae. Depuis longtemps les moines se plaignaient du tort que leur causait le voisinage de Villeneuve , vers laquelle s'étaient échappés déjà des serfs isolés, et des
tun, officier du duc. Le procureur des religieux réclama les fugitifs comme ayant été taillables haut et bas jusqu'au jour de leur désaveu; il soutint que lors même qu'ils eassent eu le droit d'entrer dans la bourgeoisie de Villeneuve, ils ne pouvaient en invoquer le bénéfice, attendu qu'ils n'avaient pu encore remplir les formalités prescrites par les ordonnances royales. Il conclut à ce qu'on les replaçât dans leur première condition, qu'on annulât leurs lettres de bourgeoisie, et qu'il fût interdit aux officiers royaux d'en délivrer de nouvelles.
•Le prévôt de Villeneuve protesta contre ces conclusions. 11 répondit que les ordonnances du roi permettaient à chacun d'entrer dans ses bourgeoisies, et que les lettres octroyées par lui avaient toute validité^ dès que les nouveaux venus se soumettaient aux conditions qui leur étaient imposées à leur entrée. Telle était, disait-il, la position des serfs de Girolles. Sa conduite, dans cette affaire, ne différait en rien de celle de ses prédécesseurs. il n'avait nullement à s'enquérir de quelle cx>nditiou étaient ses bourgeois. Aussitôt entrés sous sa juridiction, la connaissance de ce qui les concernait n'appartenait à personne qu'à lui et au bailli de Sens , lors de la tenue de ses assises à Villeneuve.
Les commissaires hésitaient entre ces prétentions contradictoires. Pour pénétrer plus sûrement la vérité, ils ajournèrent les serfs réfractaires à comparaître devant eux, à Semuren Auxois, leur enjoignant d'apporter leurs lettres de bourgeoisie et de défense. Les juges leur ayant demandé sur serment si, au moment de leur désaveu, ils étaient justiciables des religieux, ils répondirent que oil ; mais que les tailles injustes d<»nt on les accablait les
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avaient obligés k prendre la fuite. Cette confession, confirmée par la déposition de témoins étrangers, Irancbait la question . Le procureur des nioines produisit des lettres par lesquelles Chartematme, de bonne tnémoire, jadù empereur de Rome, donna aux diz religieux la ville de Girollea et tes hommet y demouraat'. Le roi, dans les instructions données à ses commissaires, ayant paru favorable aux réclamations de l'abbaye, ceux-ci annulèrent les lettres de bourgeoisie et replacèrent les serfe sous la dépendance de Saint-Martin. Seulement, les plaintes articulées par eux furent prises en considération ; il fut recommandé aux moines de ne point excéder les bornes de la justice dans l'exaction des tailles. Les plai gnants devaient se pourvoir en pareil cas devant le bailli d'Auxois pour obtenir la cessation des abus, ^n, disait l'arrêt, d'empêcher que des gens du duché de Bourgogne ne fussent obligés de demander réparation au roi ou à ses officiers.
Instruits par cette épreuve, les religieux de Saint- Martin continuèrent à se faire délivrer par les gens de Girolles des actes de reconnaissance de servage. Ilseurent soin de les faire confirmer par le prévdt de Villeneuve, et d'obtenir, à différentes reprises, du duc de Bourgogne, l'engagement de ne recevoir aucun de leurs hommes sur
DE SAIMT-MAKTIN. 281
que relaitler le mouvement d'cmancipatiuii. Les habitants de Girolles, privés de 1 asile de Villeneuve-le- Roi, se tournèrent d'un autre côte; leurs émigrations continuèrent , au moins partiellement. Quelques-uns se fixèrent, en 1351, sur les terres des seigneurs de Lisle- ' sous*Montréal. Les religieux ayant réclamé, Jean de Cbalott, seigneur du château de Lisle, qui avait recueilli les fugitifs, renonça à tout droit sur eux, et, pour décharger sa conscience ainsi que les âmes de ses devanciers, consentit à les rendre, au prix de deux cents écus d'or, d*UHg palefroi grisart, et de rétablissement de son anniversaire à perpétuité ^ Les serfs n'en continuèrent pas moins de harceler Tabbaye et d'arracher leur liberté pièce à pièce. En 1395, on leur permit de comparaître devant les tribunaux ecclésiastiques ou civils, et d*y agir comme des hùin$nes libres et de franche condition. En 1401, ils refusèrent de payer la taille haut et bas à la volonté du seigneur, demandant qu'elle fût fixée par six élus, dont trois à la nomination de Tabbé, a l'exclusion de ses officiers. Après de longues discussions, l'abbaye n'ayant aucun moyen de maintenir l'intégrité de ses droits, fut obligée d'accepter c^s propositions. (Chaque année, le jour de la Saint-André, les élus déclaraient par
t'éUnlivooés homme» de franche liberté du duc, cet engagement fui frappé de nalUté et les rejeta dans leur première condition. Toutefois, le lieutenant dn baiUI dn duc, considérant que c'étaient de potÊTtâ créature», obUnt pour eui des moines le droit d*hériter de moilié.
> Charte n* 125.
serment les ressources présumées de chaque famille; l'abbé imposait la taxe, et les babilantslapayaieDtsirile leur paraissait juste et modérée; ils se pourvoyaient devant les tribunaux séculiers, s'ils la jogeaieut exceaûve.
En 1451, ils obtinrent de l'abbé Jean Petit-Jean an acte de reconnaissance, pour sa vie durant, de leur droit de chasse dans tout le territoire de Girolles. Us eurent la faculté de chasser à cor et à cri, de tendre dei UletM et Aovftei à toutes bettes grottes et titenues, sons les réserves suivantes : à savoir « que dores en avant, quand les dii ■ habîtans ou aucun d'eulx, chasseront en nostre terre » pour nous (l'abbé), estans en nostre chasiel et place 0 du dit Girolles, et prendront bestes rousses, ils seront u lenui de les nous apporter en nostre chastel pour en- » faire et diviser à nostre bon plaisir et volenté, et sem- <■ blablement de lièvres et coignins (lapins). Et quand M nous, le dit abbé, serons absent de nostre place pi M chastel de Girolles, et lesdits habitans ou aucun d'eux <> chasseront comme dit est , ils apporteront et seront » tenuz d'apporter à nos gens et officiers en nostre dit » chastel, des bestes rousses le egmier, des bestes noires » la stsite et la hure, et, quand ils prendront menues •> bestes comme lièvres et coignins , ils seront tenut de Il tant faire à nos diz gens et officiers qu'ils soient 1) contens'. <> Enfin, en 14B6, ils obtinrent leur pleine liberté au prix d'une redevance de cent livres par an
Heureusement l'Eglise de France était loin de partager les dispositions des moines de Snint-Marlin. Des voix
éloquentes et des exemples éclatants s'étaient élevés dans nos provinces en faveur de Tabolîtion du servage. Dès le VIP siècle, révêque d'Autun, Ansbert, avait déclaré libres tous les hommes de condition ser\ile qui lui appartenaient. Vers le commencement du IX* siècle, un concile de Ghalon avait recomniandé aux clercs et aux laïques de traiter avec clémence et miséricorde ces frères, fîlsdu même Dieu, et placés par le baptême dans réalité des enfants de TEglise. Au XII* siècle, au cœur de la puissance féodale, Pierre le Vénérable attaquait avec vigueur la vente et la possession des serfs : les ducs de Bourgogne, Hugues 111 et Eudes III, plaçaient Taifranchissement de la commune de Dijon sous la sauvegarde et la protection des évéques d^Autun, Chalon, Langres, et de Tarchevéque de Lyon, se soumettant, en cas d'infraction, à iïnterdit de la province. Ces mêmes évoques se portaient garants de Tobservanoe de la charte d'affranchissement concédée à la ville de Beaune, et s'engageaient à excommunier le duc s'il y contrevenait. Au XIV* siècle, un autre évéque d'Autun, Nicolas de Toulon, fils d'un meunier, devenu chancelier de Bourgogne, affranchissait sans bruit les sujets de son château d'Issy-FEvéque. Le clergé favorisait de toutes parts Témancipation ; elle ne rencontrait pas du reste de graves obstacles en Bourgogne. Le régime municipal perpétué depuis les Romains dans les villes du Midi, avait laissé à Autun des traces nombreuses. C'est sans doute à la présence des institutions mixtes qui en étaient issues, que Ton doit de ne pas y trouver le souvenir de ces luttes communales qui agitèrent les provinct's d'outre-Loire. L'influence épiscopale. en adcuicisïyint les mœurs, laissait se préparer lentement et ««elore sans vi<»-
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lence ces tentatives (jui, repoussëes par les seigneurs, amenaient des troubles et presque des révolutions. La résistance de Saint-Hartin elle-même offre un caractère ' tout pacifique ; elle était d'ailleurs inspirée par plus d'un motif. Il est certain que les serfs, sous le régime de l'abbaye comme sous celui des moriastéres en général, jouissaient d'une existence incomparablement plus douce que les serfs appartenant à des laïques. Parmi les nombreuses possessions de Saint-Hartin, ceux de Girolles seuls élevèrent des plaintes d'oppression; encore ces plaintes, comme nous l'avons vu, n'étaientrclles rien moins que justifiées. Il y avait pour les moines un danger évident à favoriser sans mesure ces émancipations. Il était à craindre que leurs terres ne demeurassent en friche, faute de colons, tandis que le roi ou un seigneur voisin, par des concessions de peu de valeur et souvent retirées, comme le furent celles de Villeneuve, attirait à leurs dépens la fertilité sur ses domaines. Les moines ne pouvant rendre la pareille, force leur était de n'accorder les affranchissements qu'avec réserve et opportunité.
Ils leur étaient d'ailleurs plus onéreux que jamais. Cette abbaye, que nous avons vue comblée de richesses sous Guillaume II, prêtant son aigent aux seigneurs endettés, achetant de tous côtés les droits et les terres des
qui. à la suite dos guerres , avant de rontriM' dans leur pays, semaient les rapines et la destruction sur leur passage? La faute en est-elle à la mauvaise administration des successeurs de Guillaume II et de MicheU ces successeurs presque inconnus que rien ne signale à Tëloge ni an Mftme ? Nous ne le savons ; mais à partir de Jean de Marigny commence une décroissance rapide qui st* prolongera jusque vers le milieu du XV* siècle. Plus d'échanges ni d^acquisitions ; Tabbaye n'a pas assez d^argent ni de crédit pour acheter et pour échanger-, plus de fondations d'anniversaires et de sépultures ; les populations ont cessé d'avoir confiance dans les prières des nMtines qui laissent aller à l'abandon leurs intérêts et leurs devoirs, entretiennent entr'eux la division, se (|uerellent souvent avec l'abbé au sujet de leurs prébendes. ^ finissent en quelque sorte par lui demander son alnlication pour se faire justice . eux-mêmes.
^m longtemps, sans qu'on puisse préciser l'époque
et lorigine, comme un reste sans doute de la gestion
exclusive de l'abbé, avant la multiplication des otlices
ciaustranx, celui-ci était dans l'usage de donner aux
"^'Kîeux, sur sa manse, certaines fournitures indépen-
"•'ïtes de celles attachées aux offices; c'était une sorte
"^ Supplément ou de déduction à ces dernières. Voici
^^ 9Uoi elles consistaient : » Chaque moine recevait trois
"'•^ et demie de camelin de Beauvais ou de ChAtillon,
^Ure d^Autun ; le prieur claustral, d(»ux robes; le cou-
^^ «ntier, trente pelisses d'agneau la première année,
• ^q la seconde ; les cinq cofnpagnons ou frères convers.
'^^^ chaussure, cuculles et huile, autant rju'un moine;
' ^ue religieux , trois ras de sel par an . ceux dr
l'intirmerie, quinze Itvnts de cire, dix-huit piiik'sd'huilf dans l'Avent et le Carême. Le blé des beignets prélevé pour tout le couvent chaque fois que les prieurs acquittaient la fourniture de grain dont chacun devait approvisionner pour un mois l'abbaye, l'huile et la graisse, chaque fois qu'elles étaient nécessaires à la cuisine, étaient b la charge de l'abbé. Il devait en outre un hareng par tête chaque jour de l'Avent, deux aux fêtes doubles de quatre répons, un tous les jours de Carême, deux le lundi et le samedi, chaque dimanche principal et les jeudi et samedi saints, un demi-sec par moine-, aux fêtes annuelles, trois plats, aux vigiles de ces fêles et à quelques autres, des sommes formant un total de six livres quinze sous tournois par an. » '
Ces fournitures, irrégulièrement livrées, avaient arraché à différentes reprises des plaintes aux religieux. En cas de refus ou de retard dans leur paiement, ils allaient eux-mêmes les percevoir sur les biens et sur les débiteurs de l'abbé, prenant de là l'occasion de vagabonder, de ^l'abandonner à des actes réprëhensibles et de laisser en souffrance le service divin. Après de longues discussions, on décida dans un chapitresemi-général, du plein assentiment de l'abbé, qu'il serait désormais déchaîné de ce service. Afin d'y subvenir, il céda k la nianse conven-
DE SAI>T-M\HTIN. 287
La gestion de ces terres fut confiée à un moine, en qualité de procureur du couvent. L'abl>é conserva seulement sur lui comme sur les autres frères un droit de mainmorte. Le pécule laissé par un d'eux à sa mort appartenait à Tibbé comme venant de son moine , à moins quMl ne fût prouvé qu1l dépendit de son office. Ces dispositions, en réglant la position du couvent et de Tabbé pour Tafenir, ne la liquidaient pas pour le passé. Ce dernier Testait encore débiteur vis-à-vis des moines d'une somme de trois cents livres tournois que ses ressources actuelles ne lui permettaient pas de payer. On décida que cette dette serait amortie au moyen de la diminution progressive du nombre des moines. On devait le laisser descendre à trente, et les frères décédés ne pouvaient ^ remplacés qu au dessous de ce chiffre. Si Tabbé en ^wmi davantage, leur entretien restait à son compte ' . ^^ obligation fut fidèlement remplie, et depuis ce moment, au lieu d'atteindre le maximum fixé, le nombre des religieux, jusqu'à la destruction de Tabbaye, resta souvent inférieur.
U position de Tabbé et du couvent, vis-à-vis des ^^''^MMîicrs extérieurs, n'était pas moins embarrassée. Ils ^ent obérés de dettes à divers titres, en différents lieux, ^Ts-à-vîs d'une foule de personnes. Un chapitre général fut convoqué pour porter remède à cet état de choses ; "ne mesure énergique fut adoptée. On obtint de Jean de ^'^y son désistement pour six ans de l'administration '''Poi^lle de Tabbaye -, elle fut confiée à quatre prieurs
' Ch«
■"te n- H 2.
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dcsignos par li; chapilrt>. Ce furenl Geoffroy de Saint- Pierre-le-Moùlier, Guy d'Anzy, Guillaume de Commagny, Etienne du Feste. Ils devaient régler tous les rapports de Saint -Martin avec ses églises, ses prieurés, fiefs et dépendances, toucher et employer leurs revenus, ainsi que ceus de la manse abbatiale , recueillir les épaves délaissées par les moines et les laïques, et en disposer après avoir toutefois payé les dettes de la succession. Aucun religieux ne pouvait disposer par testament qu'au profit du monastère. Seuls, les prieurs, officiers claustraux et administrateurs, conservaient le privilège de disposer d'une somme fixée d'avance et proportionnelle H l'importance de leur ofitce. Seuls aussi, ils pouvaient se choisir parmi leurs frères un exécuteur testamentaire qui, lui-même, était tenu de rendre compte, sous serment, aux administrateurs, de l'emploi de la succession à lui confiée el du paiement des dettes. I^e pouvoir des quatre élus était établi pour six années, jusqu'à la Saint- Jean 1342, sauf il continuer deux ans encore, si. à cette époque, la maison n'élaii pas libérée. La réunion annuelle du chapitre général fut fixée au dimanche après l'Assomption. Quiconque s'en absentait sans excuse légitime . était passible d'une amende de vingt-cinq sous tournois. Les administrateurs devaient, à cette assemblée, ré se nier s
Jean de Marigny * ne permet pas de Taffirmer. I.a transcription des actes originaux sur le cartulaire fut interrompue, et peu d'entr'eux étant échappés à la destruction , il n^en resta point de copies pour suppléer à leur absence, ainsi qu'il était arrivé souvent aux époques antérieures. Les abbés se succèdent pendant quatre-vingts ans dans une dennî-obscurité dont les faibles lueurs laissent entrevoir un état de profonde décadence.
Sous Geoffroy de Chaumont, de 1342 à 1350, se continue la liquidation des affaires de Tabbaye. Elle possédait à Nevers^ dans le quartier de la Parcheminerie , des places et des maisons contigués à Téglise Saint-Etienne. En 1308, un violent incendie, dont la ville entière fut la proie, les avait réduites en cendres. Saint-Martin s'était trouvé jusque-là hors d'état de les faire rebâtir, et, de plus, il devait à Tabbaye de Saint-Martin de Nevers, sur ces masures, une rente dont le paiement avait été suspendu depuis le désastre. Dans l'impossibilité de les relever et de payer sa dette, il les vendit au prix de quarante sous de rente, à Guillaume Maçon % notaire do Nevers, à la charge par lui d'acquitter les censives dues à Tabbave de cette ville. ^
* On ignore l'année de la morl de cel abbé, décédé le VI des kal. de mai. Il Tut enlerré derrière Taulel de Sainle-Marguerile, sous un tombeau scalplé, éleré de plus de deux pieds au-dessus du sol. On royail sur la pierre son effigie entourée d'une épitaphc. Elle fut brisée par les CaWinistes. Jean et Etienne Lefort d'Aulun, moines do Saint-Martin, construisirent de son temps la chapelle Sainl-Christophe (charte n* 115 ).
3 Ijiihomus, dit la charte par traduction.
'- Charte n« 123.
390 ABBAIE
Geoffroy de Chaumont avail r««u de vives réclamatioDB sur l'état de nudité dans lequel se trouvait réglise. Elle était dépourvue d'ornements, de vases sacrés, de presque tous les objets nécessaires à la dignité du culte. Il s'agissait de savoir si leur aéquisilion et leur entretien devaient âtre au compte de l'abbé ou de la communauté. On convint de s'en rapporter au témoignage des anciens et des prieurs ; sur leur déclaration, Geoffroy dutconsentir k subir cette charge comme l'avaient fait ses prédécesseurs. '
Sous son successeur Jean Bruley, dont on ne connaît guère que le nom, le chapitre prit une décision, en 1361. à l'effet de remplacer par une grand'messe chantée chaque jour avant matines, les messes anniversaires dont le nombre était devenu si considérable, que l'on ne pouvait suffire à leur célébration. '
Non moins inconnu, l'abbé Alexandre vient api^ lui grossir d'un nom de plus le catalogue, sans que rien indique un changement de situation morale.
Ea 1378. Landry de Mercy, prieur de Saint-Augustin en Nivernais, dépendance de Saint-Martin, avail enfoui, dans le jardin d'une maison qu'il habitait hon du prieuré, une somme de mille soixante et douze florins d'or, renfermée dans une pinte d'élain marquée de son
le remettre à l'abbé de Saint-Martin comme à son possesseur légilîme. Mais le bailli de Saint-Pierre-le-Moûtier, qui en eut vent, le réclama au nom du roi^ à titre d^cpave, et s'en empara au préjudice de fabbé. Celui-€i en appela de cette saisie au parlement de Paris^ qui condamna le bailli et lui fit restituer la somme. '
En 1383, Guy d'Agland était à la tête du monastère. is régime de gestion par commissaires continue avec lui. Parsuited'incapacitédes moines ou de difficultt^s toujours croissantes, on ne voit pas eans étonnement le chapitre confier cette gestion à deux chanoines de la C4ith(klrale d'Autun, licenciés en droit canon, leur donner tout pouvoir de convoquer le chapitre, de faire exécuter les statuts et de réduire les sujets rebelles à leur autorité*. Peutêtre celle de Tabbé ne sufiisait-clle pas à contenir les religieux dans les limites de Tobéissance ; peut-être était-il devenu indispensable d'introduire une influence étrangère contre laquelle on s'était, jusque-là, tenu si énergiquement en garde. Il semble, du reste, que Guy d'Agland ait été destiné à porter la peine des fautes de ses prédécesseurs, et à régulariser en quelque sorte le désordre. Soit faiblesse et impuissance de volonté, soit impéritie des affaires, il ne crut pouvoir prendre un meilleur parti que d'abdiquer toute autoriU' entre h's mains de ses moines *, leur permettant de consentir des ventes dans toutes les terres de Tabbaye . dans celles même de la manse abbatiale ; d'arheter p(uir elle, partout
< Cliarle ii* 43r>.
' Charte n» 137.
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OÙ bon leur sembiftruil. et de diriger les affaires comm<> s'il était lui-même présent'. Cette permission, contraire aux décisions des papes sur les abbayes relevant du Saint-Siège, ne tarda pas de porter des fruits funestes.
La gène appelait l'insubordination, le gaspillage provoquait la résistance. I^s Bardellien ( gens tenant à cens des maisons et quelques pièces de terre ) de Saint-Pierrele-Moàlier devaient à chaque nouvel abbé de Sainl^Martin, pour don de Joyeux avéntment, un cheval palefroi ou cen( livres à leur choix. Vers 1400, ils cherchèrent à se soustraire k ce tribut, et fomnèrent, au nombre de cinquante, une coalition en refus de paiement. Condamnés par le bailli de Saint-Pierre, ils élurent, pour les représenter près du parlement de Paris, un d'entr'eux nommé Guillaume Gagnepain ; mais bienlAt, effrayés de leur hardiesse ou se défiant de leur droit, ils suspendirent toute procédure et s'en référèrent au jugement prononcé. *
Vers 1 408 , Jean de Gomen , successeur de Guy d'Agland ', était abbé de Saint-Martin. Un différend s'éleva, qui prouve qu'on n'avait pas grande confiance au monastère. Le comte deJoigny, possesseur du chAleau d'Antigny, et Guy de la Trémouille, seigneur d'IIchon et de Bourbon-I^ncy, prétendirent que les moines celé-
seigneui-s et dames d Auti^^ny qui reposaient à Suint- Martin. Ils refusèrent le paiement d une rente de blé considérable affectée à ces fondations. Un arrangement finit par inter>'enir de part et d'autre^ sur la promesse de labbé d'observer à Tavenir, avec scrupule, les anniversaires.
Les guerres civiles vinrent aggraver la situation de Tabbaye, servir de prétexte et d'excuse au désordre, nécessiter de nouvelles dépenses dans un moment où Ton était moins que jamais à même d'y subvenir. Kn 1 41 K il fallut frapper d'un impôt tous les sujets de Saint-Martin devant guet et garde^ pour réparer la forteresse et se mettre à Tabri des événements. Depuis un demi-siècle, ils étaient des plus funestes pour la France. La Bourgogne îivait (»té pillée par les Anglais après la bataille de Poitiers -, ils avaient brûlé Châtillon, saccagé Saulieu, Auxerre et Tonnerre; partout on relevait les fortifications-, les villes si^ mettaient sur le pied de guerre *. Les états de Bourgogne, pour se débarrasser d'eux, leur avaient cédé deux cent mille moutons d'or, dont une |)artie payés comptant, et h*
' Philippe le Hardi, duc de Bourgogoe, ayail roulu obliger les gens de GiroHes à renir monter gviet et garde à A vallon, et à contribuer aui réparaUons du château. Comme les moines leur araienl fait bàUr une forteresse pour les retirer eux et leurs biens, en cas de danger, ils refusèrent de payer et d*aller faire sentinelle à deux lieues de leurs maisons. Le baiUi d'Auxois, assisté de Jehan Esperon d*Oslun, bailU da duc dans ses terres du comté de Bourgogne, reconnut qu'il faUait chaque nuit dix hommes pour garder la terre de Girolles. Le nombre d'hahitanb n'était que suffisant, car ils étaient de rondo tous les six jours. On les exempta de contribuer pour Avallon.
surplus garantis par des caution!» et des otAg«s choisis parmi les familles les plus illustres, parmi les dignitaires et les bourgeois de la province. L'abbé de SaÎDl-Hartin et l'évéque d'Autun représentèrent comme cautions le clerf^é du diocèse ; Hugues de Montagu , sire de Conches , fut otage de la noblesse; Hugues de Ciugny d'Autun , otage de la bourgeoisie. Tous deux restèrent à Londres jusqu'en 1361.
En 1366, le prince de Galles avait parcouru ta Bourgogne pour y recueillir les subsistances néoessaîresi na armée. Les grandes compagnies, cantonnées k Semur, k la Veevre et à Visigneux près d'Autun, exerçaient des ravages dans les environs de celte .ville, dans ceux de Beaune, de Ohalon, épuisant les ressources du pays, laissant après elles la dévastation, et commettant des cruautés inouïes. On sait comment la population des campagnes, exaspérée par ces désastres, et rendant la noblesse solidaire des malheurs de l'invasion, avait oi^nisé le pillage dcschftteaux sous le nom de Jacquerie. Au milieu de ces réactions, de ces violences, de ces coups de main et de ces surprises qui exposaient les établissements isolés à des dangers continuels, il n'est pas possible que Saint- Hartin ait échappé à quelque catastrophe, quoique le souvenir n'en soit pas arrive jusqu'il nous. On ne peul douter non plus que ces agitations n'aient puissamment contribué à entretenir la décadence morale et territoriale de l'abbaye.
l'np réclamation turdivc s'éleva de son sein dès qu'il
s di' penser qu'élite pouvait être ê»)utét>. Dans
luan (le Cliaronc)', pi'CKureur du
i plus safîrt.
protesta énergiquement contre Tabus qu'avaient fait certains moines, de la permission accordée par Guy d'Agiand de consentir en leur nom des contrats pour la communauté. Plusieurs avaient été passés à son préjudice, dans un intérêt purement personnel. Encore quelques années, et sa ruine eût été complète. 11 n'y eut d^autre remède que d'annuler les actes dans lesquels elle avait été lésée, et de retirer une permission qui rendait illusoire toute idée d'administration, toute garantie pour l'avenir *. La protection du Saint-Siège vint à son secours. De même que tous les monastères qui relevaient immédiatement de lui, Tabbaye de Saint- Mtrtln ne pouvait rien aliéner sans obtenir la ratification de la cour de Rome. Cette dernière, instruite do sa situation déplorable, commit le prieur de Saint-Symphorien pour rétablir le monastère et ses dépendances dans les biens dont ils avaient été dépossédés par dol ou par violence, et dans ceux cédés volontairement à vie., à bail, à perpétuité même, sous des conditions onéreuses et non encore validées par la prescription quarantenaire.
Ces aliénations avaient eu pour objet des terres , des cens, des revenus^ des biens meubles , des dîmes , des fruits, des hommages, des mains-mortes, des sépultures. Maisons, jardins, moulins, étangs, tout avait été livré, trafiqué-, on avait porté la main sur des chartes, des livres, des croix, des calices, des cloches, des chapes, du linge d'église, des reliques. Les meubles des
* Discourt de Louis de Charency, a" 146.
296 ABKAVE
maisons, les piuvisiuiis de vin, d'huile et de grniiis, le cuivre , rélain , l'or monnoyé ou non , les troupeaux de toute sorte , figuraient dans ces dilapidations. Le pape Eugène IV enjoignit au prieur de Saint-Symphorien de faire rentrer toutes les aliénations au doniaÎDe de l'abbaye, nonobstant les lettres et chartes, de contraindre les détenteurs par les censures ecclésiastiques, sans égard à aucun appel, et d'en frapper les témoins qui, par haine, par crainte ou autre motif, refuseraient de comparaître. '
Ces restitutions qui, au premier coup-d'œil, paraissent incompatibles avec le caractère presque irrévocable des contrats, ne l'étaient pas aux yeux de la l^slation civile du moyen Age. Elle .avait admis ce principe, que la validité des transactions consenties par les monastères relevant du Saint-Siège, dépendait absolument de sa ratification , comme aujourd'hui celles concernant les communes et les établissements publics dépendent de l'approbation ministérielle. On pouvait obtenir ainsi la résiliation des ventes arbitraires consenties à trop bon marché. On pouvait, en les confirmant, faire compléter le prix jusqu'à la valeur réelle. La décision d'Eugène IV fut-elle exécutée dans toute son étendue ? On est autorisé à le penser, en voyant le prieur de Saint-Symphorien s'en occuper activement ; toutefois elle était impuissante
Coiuen '. Soit que Tahbaye, par suite de la mesure pontificale et d'un changement d'administration, eût recouvré une partie de ses richesses, soit que rabhé eût, lui seul, gardé les siennes à côté de la pauvreté des moines, il y avait eocore à Saint-Martin ce que Ton appelait le trésor. Guillaume du Bois étant atteint de la maladie dont il mourut jeune encore, après quelques années d'administration, ses parents vinrent le soigner et l'assister au moment de la mort*. C'étaient son frère, Hugues du Bois, bailli de Charollais, sa femme et sa nièce, Jacques du Bois, un autre de ses frères, un de ses bâtards, le Wtard de la Prée, et deux de leurs serviteurs. Cette en- ^Banoe, après son décès, mit la main sur tout ce qui se trouvait dans la demeure abbatiale.
« Estoit le dit abbé, au moment de sa mort, un très riche et puissant prélat fourny d'or et d'argent monnoyé ^ de vaisselle d'argent, à grant quantité de chevaulx, arnois de chevauix , robes , chapperoire , manteaux et chappes prélatiques et plusieurs autres biens meubles, 'csqueb furent prins et emportés subrepticement par le
' Jeande Gomen mourut le 30 octobre 1*420, ainsi que le portait
ta tombe, une des plus belles de Saint-Martin. Elle était placée dans
la nef, à c6té de celle de Guillaume II. Il est possible qu'ils aient
été de la même famiUe, car leurs tombes portaient toutes deux les
armes de la maison de Charmes.
> Il mconit en 1433, le jour de la Toussaint, et fut inhumé dans la crypte de Notre-Dame. Lors de sa démolition, on découTrit les ossements de cet abbé, qui annonçaient une i^rande taille et un àfçe peu avaiicé. On lui érigea une tombe sculptée dans la chapelle de Saint- Eulrope, à remplacement correspondant à celui de sa sépulture dans la chapelle souterraine.
dit bailli et ses complices et serviteurs, nonobstant la garde du dit monseigneur le duc, mise en l'abbaye. Et estoit l'abbé, à son trespassement , seigneur d^environ trois mille pièces d'or, que nobles, queescuz, que frant, que florins, les quelles ont été prinses en la chambre basse près le colombier, oii elles estoient conservées daos le mur, auquel lieu on a trouvé la place rompue près des chambres secrètesd'icelle chambre, freschementet de nouvel, incontinent après le décès du dict abbé, en la quelle chambre basse couchèrent le bailly, cette nuict même, et sa femme et ses gens, et fermèrent les huis sur eux. » « Avoit le dit abbé six grosses tasses d'argent doré, pesant chacune environ deux marcs d'argent, les quelles ont été emportées ; douze autres tasses d'argent pesant environ douze marcs, dont les six estoient k boillons par dessoubz et dorées à l'environ de l'orle, et estoient d'ung mole, et aultres six d'aultre mole qui estoient toutes planes, sans ouvrage ne doreure. Item, trois aiguières d'ai^çcnt dorées d'or, et l'une d'ai^ent sans doreure, pesant environ quatre marcs, qui ont esté semblablement prinses et emportées. Item, dix-huit cuilliers d'argent, pesantdeux marcs, qui semblablem«il ont été perdues. Item, une ceinture de cuir ferrée de clous d'argent, qui pouvoit peser un marc et demi d'ai^ent, qui a
«• Item , environ deux cents pièces d'or qui ont été baillées au dit M. le bailly par frère Guillaume Macerat, sotthz-prieur de Saint-Martin, par Gérarde, servante du dit M. Tabbë, les quelles deux cents pièces d'or le dit M. le bailly a et détient oultre le gré et vouloir des religieux. Item, furent rompues trois arches % les quelles estoient en la chambre près du dict colombier, de costé la chambre où passèrent le dit bailly et sa femme, la nuict que les diz excez furent faits, esquelles arches avoit grant quantité de vaisselle d^estaing et de pains d'oing de porcs, et plusieurs aultres biens ont été prins et emportés hors du dit monastère. »
« Item, que les diz maléfices et aultres choses dont cy devant est faict mention, ont esté faictes par le dit M. le bailly de Gharolloys et les diz serviteurs estans en sa compagnie, au temps devant dict, la dite garde de monseigneur le duc estant au dict monastère et mise en la présence du dict bailly et k lui signifiiée, au grand dommage et préjudice d'icelui monastère. » *
Tels furent les résultats d'une enquête secrète faite dans rintérieur du couvent, sur Tordre du duc de Bourgogne, par Jean le Fort, notaire d'Autun, d'après la déposition des moines et des sei'vittïurs de l'abbaye. Des annotations placées en marge de cette pièce originale nous apprennent que la plus grande partie des objets détournés fut restituée.
' Au brait de ces effractions, les moines crurent naÏTement que Ici parents du défunt abbé se frappaient les poings sur les coffres, en signe de douleur et déconfori,
> ArcbÎTesdeDijon. — Affaires mêlées, carton 151 B; Recueil de Bourgogne , t. Il , p. 982, n" 2085.
CHAPITRK XVIIl
a Petit*J«iw. ~ B« rtforme. — Il art aép«vîllè par le oardinal Rolin. — Sa mort.
Il était ttmips qu'une main ferme arrêtât l'abbaye Aum sa marche rapide vers une dissulution linale. l'it homiiie se trouva , ([ui , par une conduite aussi sage qu'énergique, la sauva non-seulement d'une ruine iuiiDinenle.
parlifi de sa lAche ne le trouva au-dessous crdle. Pénétré de la rigoureuse logique qui préside- à l'ensemble des règles religieuses, il comprit Tinsuffisance des réformes partielles, et sentit que si Ton voulait ranimer la vie régulière, il fallait la retremper à sa source primitive. Il se soumit d'avance à tous les obstacles que devait entraîner une tentative aussi hardie , et , quand la persécution vint Tassaillir, il la soutint avec la fermeté qu'il avait déployée dans le cours de ses travaux, dont le fruit, après >ingt années de dévouement, devait périr avec lui.
Tel fut Jean Petit-Jean, dernier abbé régulier de Saint- Martin d'Autun. Il était né à Anzy-le-Duc -, toute sa vie il conserva pour son pays natal, pour Tillustre fondateur de ce prieuré, une singulière devocion et dilection, 11 appartenait à la famille de Ghamilly , dont plusieurs membres reposaient dans Pabbaye. A la fm du nécrologe étaient inscrits Tanniversaire de Jean Petit-Jean, seigneur de ^lamilly^ et celui de demoiselle Ysabeau de la Porte, sa veuve; tous deux étaient vraisemblablement son père et sa mère. Gomme les anciens oblats, comme Saint-Merry, la première gloire de Fabbaye, dont lui-même fut la dernière, il portait Thabit religieux dès Tâge de douze ans. Sacristain du prieuré pendant quinze années, puis aumAnier de Saint-Seine près Dijon, il était passé depuis peu dans cette dernière abbaye, lorsque les moines de Saint-Martin, soit de leur propre mouvement, soit d'après les conseils de personnages s'intéressant à leur réforme, rélurent pour abbé. Le pape, les évéques, le duc de Bourgogne, purent n'être pas étrangers k c^tte détermination. Le premier connaissait le mérite de Jean Petit-Jean et ce que Ton pouvait en attendre. Dans la bulle qui
confirme son électitm, il fait l'éloge de son lèle religieux, de la pureté de sa vie, de l'étendue de ses connaissances, de sa prudence dans la conduite des interdis temporels de l'abbaye. 11 semble espérer de lui des mesures pleines de saf^esse et d^énergie*. Le clei^é de ta province ne l'appréciait pas moins favorablement^ il fut élu jusqu'à trois fois son représentant aux étals de Bourgi^ne. 1«b abbés voisins réclamaient son concours pour remédier aux situations difficiles de leurs monastères. Les états euxmêmes le députèrent en 1438 comme représentant du clergé à l'assemblée de Bourges. Ce fui de cette assemblée que sortit la fameuse ordonnance de Cbarle» VII, connue sous le nom de Pragmatique sanction. Rendue pour mettre fin au schisme suscité par le concile de BAIe, qui persistait à prendre des décisions contre l'assentiment du pape, elle fortifiait la prérogative royale à la faveur des divisions de l'Eglise, rétablissait la liberté des élections monastiques, enlevait au pape la collation des bénéfices, et fixait les conditions pour y éUe admis. Ces réformes, utiles en elles-mêmes, devinrent bicntût enUe les mains des rois une source d'abus et d'assujëtissemenl pour ■ Eglise.
L'abbé Petit-Jean était reçu avec la même estime i la rourdePhilippeleBon, duc de Bourgogne. Ilobtinldelui
garde, les maisons des sujets de Tabbaye*. Il remplit auprès du duc Philippe, soit à Dijon, soit en Flandre, différentes missions. Il fit partie de son conseil avec Ferry de Clugny d'Autun, évêque de Tournay, Tun des auteurs de la Coutume, avec le cardinal Rolin dont ramitié lui fit défaut et lui attira la défaveur du souverain le jour où ce prélat ambitieux voulut porter la main sur les biens du monastère.
Nous avons vu dans quel état il se trouvait au décès du dernier abbé. 11 n^offrait que des ruines morales et matérielles. L'esprit religieux y était éteint, les habitudes régulières méconnues, les bâtiments qui les avaient jadis abritées, délabrés. Il y avait à reconstituer dans son entier la vie monastique, à reprendre jusque dans ses moindres détails une administration dilapidée par Tégoïsme des moines. Jean Petit-Jean s'appliqua d'abord à relever les bâtiments conventuels. Le dortoir, le réfectoire, furent reconstruits. L'église, qui avait été dépouillée d^une partie de ses vases sacrés, de ses ornements et de ses reliques, fut remise, sinon sur le pied de son ancienne richesse, du moins sur celui d'une dignité convenable. Il y fit placer plusieurs statues , et y entretint un organiste. '
11 surveillait ces travaux depuis la maisr>n de campagne des abbés, située non loin d'Autun, au pré Gharmoy, dans une plaine boisée, k la lisière du Morvan. Retiré
< Charte DM49.
' A Giathier des Mares, tailleur el faiseur à^inutge» de pierre co» loréeg, 70 llTres. A maislre Guillaume Columbel, oriiranisle, 7 gros et demi pour son salaire de quatre mois (comptes de Saint-Martin, de 1435).
304 ABBATK
clans r«tte silencieuse demeure, il préparait, par la méditation, le jour où il poormt inaugurer de nouveau la règle du fondateur. Ce fut le 8 Dovembre 1 435 qu'il fit connaître pour la première fms au dmpitre sa ferme résolution de reconstituer la vie commniie. Elle derail recommencer à partir du premier dimanche de l'Avent. Les moines, Vivant à leur gré dans leurs ctumbres ou pur groupes assortis selon la conformité dn goûts et des caractères, devaient venir pi'cndre leurs repas au réfectoire, au son de la cloche. Si l'un d'eux, pour cause grave, était obligé de manger dans sa chambre, un frère désigné par l'abbé ven^t dtercher sa portion au réfectoire, et assistait h son repas. Depuis Pftques jusqu'à la fête de la Sainte-Croix en septembre, on dînait k tabU assise. Cette faveur, supprimée le reste de l'année, ne pouvait être rétablie que dans des cas extraordinaires. Chaque semaine, deux moines étaient désignés pour ser\ir à table, et un troisième pour remplir l'office de lecteur. Le silence était de rigueur. S'il arrivait qu'il fût troublé par vil/aines paroles ou viUatns servants, en jurant le nom df Dieuen vain, le délinquant, par ce seul fait, sans twsoin d'aucune sentence, était condamné au pain et k l'eau durant tout le jour. La même peine était encourue par quiconque se fût plaint de la mauvaise qualité du
DE sàint-màrtin. 305
sa gestion. Le rëfectorier prenait chaque jour au celliiT de Fabbé le pain et la viande de la communauté, réserve faite de la part des absents. Deux ou trois moines des plus anciens réglaient la quotité des portions. Les repas, nmenés aux limites de la tempérance, consistaient, les jours gras, en un plat de mouton, bœuf ou porc^ pour deux religieux ; les. jours maigres, à savoir le mercredi, vendredi et samedi de chaque semaine, en une soape, trois œufs, et un morceau de fromage. Interdite durant TAvent, le Carême, la Septuagésime , la chair était remplacée par trois œufs, un hareng ou autre poisson, et du fromage. Les jours de Vigile et de Quatre- Temps, on servait trois œufs et une tartelette, du large ^^ pain dfi couvent. Chaque jour on distribuait, ft^ les aumônes de fondation , une prébende aux Pauvres. Le dîner ^terminé , la parole restait interdite : l'on se rendait à Téglise pour rendre grâces à K^, On dans les cellules. Seulement, en hiver, les nK)ines pouvaient rester ensemble une demi-heure après l'action de grftces pour se chauffer en présence du prieur.
Le mobilier du réfectoire et de la cuisine était des plus simples. C'étaient des bancs, des sellettes, des tables de ix>i8, des écuielles, des plats, des pintes d'étain, une cloche.
Nulle femme ne devait être introduite dans fintérieur de la maison, si ce n'est en cas de maladie, avec la permission du prieur, et munie de recommandations de femmes A'^honneste conversacion. On n'admettait de serviteurs qu^après examen et production de garanties suffisantes. Les bénéficiers ne pouvaient en posséder un
306 ABflATE
qu'avec ragi'«>m«iit ilc l'iibbé. 11 leur était interdit de vendre ou df! donner leur prébende.
Chaque tr»ns(in>&sion à ces prescriptions étwt justiciable du grand prieur au prochain chapitre. La punition consistait le plus ordinairement, pour les bénéficieis et olllcit^rs de l'abbaye, dans la privation de vin ; pour les simples moiues, dans la même peine et dans l'application de la discipline, tous les jours jusqu'àsinendenient.
Telle fut la première réfonne instiloée par Jeun Petit- Jean. (^ détails d'intérieur, si peu dignes d'attention en apparence, ne laissaient pas d'attaquer les abus dans leur racine; les fondateurs des grandes règles monastiques ne les avaient pas jugés indignes de leur sollicitude. Si celte rérorn>e éprouva de grandes résistances, la trace n'en est point arrivée jusqu'à nous. On peut facilement supposer qu'elle ne fut pas du godt des moines. Elle n'était toutefois qu'un pri'lude à des règlements qui devaient s'étendre k tous les devoirs monastiques. Mais ce n'était que pas à pas, et en assurant successivement la solidité de chaque tentative, qu'il élait possible d'arriver à leur roniplément tinal. Xu mois de mai 1438, avant de se ivndre à l'assemblée de Bourges, Petit-Jean réunit le rhapitre. et invoquant l'oh'issance absolue due par les moines à leur abbé en vertu de leurs vœux, il lenr présenta do nouvelles dispositions. Elle^ portaient sur la police intt'rieurv et extérieure de l'abbaye, surlecoatume et l'enli'Olien des moines, sur la célébration des offices religieux, sur l'obsenance des trois vœux de c d'olH>issance et de pau\Teté.
sdou leur bon plaisir. Cette faculté fut limitée au cas d'utilité réelle. Elle ne put désormais s'exercer que depuis le soleil levant jusqu'à prime, depuis dîner jusqu'à fépres, depuis le souper jusqu^à compiies. Ceux qui violaient cette règle étaient réduits au pain et à l'eau. Pirvenaient-ils à se soustraire à cette peine, ils ne pouvaient être absous en confession que par Tabbé lui-même. H était interdit aux officiers de s^absenter un jour entier pour les affiiires de leur charge, sans la permission de ce dernier, et de dépasser dans leurs promenades , <( sans être deux ensemble, les murs de la ville, la rive de TArroux, les limites de la justice d^Aulteryve et le pré de Siint-Symphorien. »
La possession d'un pécule en argent, interdite par le vœu de pauvreté, qui était un des premiers fondements (le la règle, était devenue pour les moines un sujet de dissipation, de trafic, de voyages sans motifs, un moyen commode de satisfaire les passions les plus contraires aux préceptes de l'humilité et de la continence. Elle fut convertie, comme par le passé, en une prébende en nature destinée à satisfaire aux premiers besoins de Tcxistenoe. Seuls, Tabbé, les officiers de Tabbaye, à raison des dépenses nécessitées par leurs charges, les moines absents pour des motifs lé^çitimes, étaient exceptés de cette défense.
L'habillement de chaque religieux consistait en deux robes longues et une robe courte , « afin d'allei dehors n en lieux honnestes, et n'estoient les dites rol)es longues )) que pour allei parmy le monastère^ que jusques à deux ï) doycs sur la cheville du pied, et estoit le coulet (Vm\{i » dovct d'aulture, à deux boutons au plus, et les iniinchcs
308 aBbate
n joîncUsst>s au bras. » Le drap noir, vert-brun ou grisnoir, ne devait pas excéler le prix de dix-huit gros l'aune.' Les chaperons étaient de même couleur, « sans cornettes, fendus au cdté. » On devait les porter en gorge, h mnios de maladie ou d'excessive chaleur. Les robes n'étaient fourrées que de fourrures noires; en été, de ntùtètes, et fn y*>er, d'agneaulx noirs. Il était de rigueur de porter une étamine soiis la chemise, qui n'était jamais de lin ; les religieux pouvaient en acheter deux à la Toussaint. Les enfontset les novices recevaient chaque année une robe de gris-noir, d'un franc l'aune, pareille à celles des moines, moins le collet, à moins que leurs parents ou amis ne les en pourvussent eux-mêmes; ils ne portaient leur chaperon que depuis les calendes de novembre jusqu'à PAques, et jamais au monastère, excepté en cas de maladie,defroidoude(m;»d^forrfafiw. IjCS fourrures leur étaient interdites, excepté dans leurs blanches ou coutelles fourrées de gros agneau, pendant le temps où ils portaient leurs chaperons. Leur maître les leur remettait h la Saint-Marliir d'hiver. Le même jour, moines et enfants recevaient une coule neuve, que les premiers ne devaient jamais quitter, chaque fois qu'ils <> alloient se esbattre deux à deux, parmy le monastère.
contravention sur ces points, étaient confisqués au profit de l'église^ Si c^étaient les enfants, leur maître était tenu de verser Téquivalent de la valeur de l'habit à Tœuvre do i^égiise, sinon il encourait discipline et peipe corporelle au chapitre. « Nul ne portoit souliers lassez dehors piez » ne dedans, fors que par nianère de botines basses à ung » doyc sur la cheville du piez, et lassées ou Fermées » dessu8.de laycs (lacets) de cuir ou csguiliottes. » l.cs chausses estachées etpltis longues que d*ung doyc au-dessus les gemms, étaient interdites aux enfants; elles devaient être ie gros Manchot ou de gros gris; il était de même défendu aux moines de porter u courroyes ou gilbacières » cluneles ou brodées d'or ne d'argent ne d'aultro » métal ou matière reluisant, sous peine de confiscation » d'ieelles. » '
Pour la célébration des offices, en été comme en hiver, la cloche appela désormais les religieux à matines, dès une heure après minuit. Ils se livraient ensuite à rétude des psaumes ou à la méditation, à moins qu'ils n^éprouvassent un besoin pressant de se reposer quelques instants avant le jour. L^assistance était strictement obligatoire hors le cas de maladie. Le délinquant, pour le cas de malice ou rébellion y se prosternait à terre au milieu du chapitre, et demandait miséricorde selon la règle. S'il ne se soumettait volontairement à cette pénitence , le prieur l'y faisait contraindre et pouvait augmenter sa peine ou l'adoucir en proportion de ses marques de repentir, l^es retardataires s'inclinaient de-
' statuts manuscrits de l'abbé Petit-Jean.
310 ABBATB
vanl l'aulel et reslaient dans cette posture jusqu'à ce que
le prieur leur fit signe de se lever.
Venaient ensuite des prescriptions sur les chanta, sur les attributions du chantre, chargé de dresser d'avance un tableau des offices de chaque semaine.
A l'égard des trois vœux d'obéissance, de chasteté, de pauvreté , Petit-Jean prescrivit les mesures suivantes : H Tout religiieux coupable de désobéissance publique, d'injures ou de rébellion envers l'abbé, le grand prieur, ou tout autre supérieur, était sabi et incarcéré par les frères^ ceux qui, dans ce cas, refusaient main-forte, étaient excommuniés et séparés de la communauté, suivant la règle de Saint-Benoît. Si la désobâssance a'étail pas publique, le coupable était puni au chapitre. Si un inoine recevait un ordre qui lui semblait déraisonDable, ou impossible à exécuter, il devait néanmoins obéir selon son pouvoir, puis faire exposer à l'abbé ses raisons par deux anciens religieux qui demandaimt miséricwde. S'il appelai! à tort au chapitre d^ooe punition jusieiuent infl^ne, il était pris et incarcéré.
S'il avait, nu nuHi«sl«v ou ailleurs, des relalioiiscf»paUes avec une femme, et que la faute fût publique, il élail incarcéra, privé de son bénéâce, soumis à telle peÎDe qu'il plaisait à l'abbé de lui infliger. En cas de r.U-lHotu il ^^^v^alt h .ii>^n.|inr ni fkiii chapiln- i
DE SAINT-UARTIN. 311
» et es appailenances, il étoit discipliné lo lendemain. » Chaque année, au jour du vendredy benoisty tous les religieui devaient remettre consciencieusement leurs clefs à Tabbé. Il désignait deux d*entr'eux pour faire la revue de œ que chacun possédait et confisquer h^ superfluités. En promulguant ces statuts, l'abbé de Saint-Martin protesta qu^il ne prétendait modifier en rien la règle de ttint Benott et les décisions des chapitres généraux: il les soumit au contraire à Texamen de ces derniei's ; il en plaça Tobservation sous leur sauvfgarde. L'usage de oes réunions ayant été tour à tour repris et abandonné sous ses prédécesseurs, il les rétablit et ilxa leur ^ne périodique au 24 a\Til, anniversaire de la consécration de Tabbaye après sa restauration par Badiion. ^ prieurs de sa dépendance , les religieux ajournés pour rendre compte de leur conduite, étaient tenus d'y comparaitre sous peine d'excommunication, ou de ^'y foire représenter par un moine chargé de garantir ^us serment la légitimité de leurs excuses.
Le cortège des abbés et des prieurs, souvent rival de la magnificence séculière, imposait au monastère une hospitalité ruineuse. Le nombre de serviteurs et de chevaux que chacun d'eux pourrait amener, fut réduit à trois ou quatre, selon l'importance des dignitaires. L'abbé leur fournissait le pain et le vin, et le couvent le reste de leur subsistance. Les serviteurs étaient logés en ville au compte de leurs maîtres. Ceux-ci vivaient à leur choix au réfectoire des moines ou à Vostel de Tabbé. L'abbé dtnait au réfectoire la veille et le dernier jour du chapitre, pour s'assurer de la venue tardive ou du départ précipité des étrangei's.
L'ouvertura du chapitra, annoncée par la grosse clocbe, était précédée de la messe de Notre-Dame et de celle du Saint-Esprit, célébrées à cinq et sii heures du matio. Tandis que le grand prieur et les moines entraient au chapitre, oii l'on Taisait la lecture du Martyrologe, les prieurs restaient au chœur avec l'abbé. Sur l'invitation d'un religieux envoyé par le grand prieur, il entrait précédé de la croix et suivi de la crosse, portées par un moine et par un chapelain. Il ouvrait la réunion par un sermon adapté à la circonstance ; les statuts de Fabbaye étaient lus par le secrétaire de l'assemblée; puis, diaprés les documents réunis entre ses mains, l'abbé exposait la situation spirituelle et temporelle des musons de l'Ordre, l'état de leurs finances, de leurs approvisionnements, de leurs procès , de leurs dettes , de leurs aliénations , de leurs affranchissements, la vie et les mœurs des religieux, des prieurs eux-mêmes, la r^ularîlé de la discipline, du service divin, la situation des églises. Les jeunes prêtres et les novices pouvaient être éloignés de l'assemblée pendant cette espèce de confession publique. Après les décisions prises, après les peines infligées, le chapitre était ajourné à l'année suivante.
Cet ordre de choses une fois établi fut maintenu avec persévérance. Chaque nouvelle réunion venait y f^ouler un perfectionnement. Au chapitre de 1440, on renoawla pour les prieurés la défense d'employer k aucune femme n en Age suspect de pécher, de quelque estât qu'elle I sauf le cas de maladie et sous bonne garantie, t remettre le double de tous les teiTÎcrs, titres intéressant les mai^tns de > dans
le délai d'un mois, aux archives de Tabbaye, copie des ordonnances rédigées pour leur conduite et pour celle de leurs maisons.
U régla le cérémonial de la réception de Tabbé lors de sa prise de possession. 11 devait être reçu processionnel lement par les religieux, à la première porte extérieure. Il prétait serment d'entretenir Téglise et les bâtiments en bon état, de ne rien aliéner de ses biens, contrairem^it au droit écrit, de n'engager ni vendre dans aucune nécessité les joyaux et reliques de Téglise sans le consentement unanime des religieux, de respecter les privilèges et franchises de l'abbaye, de la protéger, dans quelque dignité qu'il soit élevé par la suite, de ne pas admettre plus de trente moines, et d'acquitter régulièrem^Qt toutes ses charges envers eux. Elles consistaient en fournitures d'argent, pain, vin, paille de lits, etc.; un barbier et un physicien ( médecin ) à volonté ; une pinte de vin et un pain supplémentaire le jour où on les saignait; une collation pour les fêtes solennelles; une double ration de pain et de vin au grand prieur, et de tel vin que boit l'abbé.
Au chapitre de 1442, il fut décidé que dorénavant deux novices du monastère, habiles à science acquérir^ seraient élus, Tun par Tabbé, l'autre par les officiers et les anciens de Tabbaye, connaissant meurs et condicUms des novices, pour être envoyés aux écoles de grammaire, à Dijon ou ailleurs, selon l'antique usage de l'ordre de saint Benoit. Ces étudiants devaient être remplacés par d'autres au bout de quatre ans. Ils avaient le droit de toucher en argent leur prébende.
L'œuvre disciplinaire de Jean Petit-Jean n'était, atout
prendre, qu'uoe reproductiOD et un commentaire de la règle de saint Benoit, appliqués aux besoins parttcalien de l'abbaye. Tout en puisant ses inspirations dans cette règle, et souvent même ne^ faisant que la traduire et la citer, il avait admis des adoucissements devenus nécessaires par une longue habitude. Tel était l'usage des aliments gras, la remise d'une somme d'argent aux officiers du monastère, les revenus particuliers réservés à l'abbé, toutes choses qui n'auraient pu, par elles-mêmes, porter une atteinte profonde à l'esprit de l'Ordre, si cet esprit, au lieu de se laisser entraîner aux passions mondaines, eât pris conseil des préceptes du fondateur. Il aurut suffi à cet essai de réforme si remarquable dans ce aiàde de décadence, d'être étendu à plusieurs monastères, ou à Petit-lean d'être placé à la tête d'une maison illustre comme CIteaux ou Cluoy , pour inscrire son nom à la suite des réformateurs de l'ordre de saint Benoît. Dansleœrcle borné de son action, la sagesse ne lui manqua pas plus que le courage, et cette sagesse et ce courage avaient à lutter contre un affaiblissement mural enraciné depuis des siècles, mille fois plus difficile à guérir que des passions violentes seulement égarées <
il faut bien que ces réformes aient porté leur fruit,
une inspection sévère linconduite, les querelles, les altercations, les mouvements d'humeur qui avaient produit do scandale, on retrouve les faits suivants : Le jour de la fête de saint Matthieu évangéliste , le sacristain de
ven le temps de Pâques, s'emparèrent des faubourgs d'Autun et
bnkièrent un grand nombre de maisons autour de Saint-Martin. Les
kiMlanls se réfugièrent dans l'enceinte fortifiée du monastère , et
eorail la yie sauTe. La même année, une famine affreuse désola
lonie la Bourgogne. « L'an 1438 fut grande famine par toute la Bour-
^o§De et grand'faute de Tins. Et mouroyeut les porres gens de faim
pir les mes et par les champs. Et en fust tant de poTres gens à
Beioliie, à Ghalon et à Maçon, firent les bourgeois maisons com-
'aones pour loigier tous les poyres, et se tailloyent par septmaine
tu^GliaciiD, selon sa faculté, pour pourventoir es dicb poyres. Mais
€0 la Tille d'Ostun ne se flst point, pour ce que les églises y fesoyent
plosiears aolmosnes accoutumées, qui ne se font point es autres
TîUes, par les quelles aulmosnes les poTres ftirent moult soutenus
taot en karesme qu'en tous autres temps. »
cEn 1439, il y eut grand'mortalité et moururent à Saint-Martin deux religieux et TorfèTre qui flst la grand'croix. El mangèrent les laboorean dn pain de gland et de terre. Et trouTa-t-on emprès l'église et abbaye de Saint-Martin d'Ostun une Toyne de terre qui semble arg:ile, de la quelle terre Ton foisoit du pain, et en mangeoienl les gens comme pour pain. »
[ Manuscrit de Saiut-Marlin , XV*^ siècle. ]
Ces désastres nécessitèrent la suppression du petit prieuré de Cry, au diocèse de Langres, dont les rcTcnus furent exclusiTemenl consacrés à l'entretien du luminaire de Téglise, fourni jusque-là par le^ abbés.
Ed 1444» après la paix d'Arras, l'Autunois fut raTagé de nouTeau par les gens de guerre du roi et du Dauphin. Ils pillèrent les faubourgs de la Tille, déTastèrent les enTirons de Saint-Martin, brûlèrent Saint-Symphoricn , les Tillages de Mcnessaire, Reclcnuos, Monthelon et autres, et se lïTrèrent à toutes sortes de violences sur les biens et les personnes.
Cummagiiy lit appurler une partie de la vendange de sun office au pressoir du prieur. Les vignerons de ce dernier lui firent observer qu'il /aillait tailler le marc encore une fois, afin de lui faire rendre davantage, mais le sacristain se débattait en disant que par leur faute et retard à satisfaire sa demande, il avait déjà perdu un pomon de vin. Sur ces entrefaites arriva le prieur, Guillaume de Corvol, qui demanda au sacristain : n Que a faites-vous icy? — Je suis iey venu pour pressourer » ma vendange. — Le dit prieur contredisant qu'il n'y » mettrait jà rien sur son pressour, le dit sacristain dici M que se y venoit deux ou trois paillars, que ils seroient » bien receus. » Le prieur, irrité, ordonna à ce moine insolent de se rendre en prison: mais l'autre soutint qu'il n'était m ne larron, ne meurtrier, et qu'il n'y eulre- » roil jà. Et tantôt incontinent le dict prieur mal meu u s'en vint à la personne du dict sacristain et lui donnai » sur le visaige et sur la teste, dix ou douze coups de » poing en telle manère qu'il eut le visaige taint et enflez u et à grant effusion de sang par les nez, et incontinent » fist prendre le sacristain par les sei^ns et vallés sécu- )i liers, et le fist mettre en prison où il dcmoural dès lors a jusques au lendemain vespres, sans boire ne man- » gerV » Cet échantillon de rx>rrection fraternelle fut
écrits infâmes^ et de divulguer les statuts de Tabbaye, contre son serment, il se livra envers sa personne à des voies de fait, et le frappa sans plus de souci qu'il n^en avait eu du sacristain. Il dilapidait les biens du prieuré, consentait des aflfranchissementj» sans autorisation, était à Taffùt de toutes sortes de vexations, et commettait même des meurtres, s'il faut en croire le réquisitoire prononcé contre lui en plein chapitre.
Il trouva son pareil dans Guy de Marry, prieur de Colombier, accusé de simonie, de rébellion, de désordres de mœurs et de. détournements de chartes royales précieuses pour réglise de Saint-Martin. Tous deux cités devant le chapitre pour rendre compte de leurs méfaits, refusèrent pendant plusieurs années de se présenter, et appelèrent en cour de Rome. Tous deux privés de leurs bénéfices, firent cause commune, se réunirent à Commagny sous la protection de leurs familles fixées dans le voisinage de ce prieuré, et les entraînèrent à prendre leur parti. A Tinstigation du prieur de Commagny, Philibert de Corvol son frère, Jean de Man^, sire de Villaines, et un autre Jean de Marry, frère du prieur de Colombier, se mirent à tendre des guets-apehs aux religieux, el 8e livrèrent sur plusieurs d'entr'eux, à des insultes et à des mauvais traitements. L'abbé répondit à ces ^cès^ en excluant, par une sentence solennelle, les niembres des familles de Corvol et de Marry de tous les bénéfices de Tabbaye, les déclarant incapables d'être Admis dans son sein pendant quatre générations.
Après cinq ans de rébellion ouverte et de refus de comparaître, il fallut bien enfin se soumettre. Les deux prieurs se présentèrent, en H59, à l'assemblée générale.
Soit luénagenieiils k garder envei's une famille puissante, soitnéceBsité de retenir Tan dVus dans son prieui^ pour lui faire réparer sa mauvaise gestion, leur sentenceà toas deux fut ditférente. Guillaume de Corvol ayant fléchi les (genoux devant l'abbé, s'élant soumis à sa discréUoD, à celle du chapitre, ayant renoncé à tout appel, juré par serment et signé acte d'obéissance, fut condamné à réparer'ses dilapidations, obtînt l'absolution, la levée de son excommunication, et garda son prieuré. Guy de Marry, après avoir donné les mêmes marques de repentir, mats n'ayant pa» été élevé, aux termes de sa sentence, daiu lemontutère, n'étant point imbu de tei rèçlet, fut condamné à restituer dans les dix jours les papiers qu'il avait distraits, interdit de l'ordre et de l'babit de Saiol- Martin, et privé de son bénéfice. Il obtint seulement levée de l'excommunication et permission de se taire admettre en un autre monastère.
De pareilles résistances ne se présentèrent que dans les prieurés dépendant de l'abbaye-mère. La réforme régnait dans celle-ci , sous l'œil vigilant de l'abbé attentif k l'observation des moindres préceptes. 11 n'avait plus la même énei^ie quand il fallait agir sur des religieux que leur éloignement et une position presque indépendante pouvaient soustraire facilement à son autorité. Souvent
DK SAINT-MAUTIN. :M9
lemioislre indispensable de Phiiipp<> le Bon, l'ettVoi des gnnds de la cour de Bourgogne qu'il humiliait sans cesse sous Tascendant de sa science de légiste et devant son orgueil de bourgeois, le pourvoyeur infatigable de sa bmiile dans la poursuite scandaleuse des plus opulents hénéfices. Jean Rolin était pan'enu au siège d'Autun dans le même temps que Petit-Jean à Tabbaye de Saint- Martin. Rien n'indique que, dans les premières années, aucune rivalité se soit élevée entr'eux. 11 y a tout lieu de croire, au contraire, qu'ils les passèrent en paix. I^ur position ecclésiastique, leur présence simultanée à rassemblée de Bourges, aux conseils du duc, avaient dû plos d'une fois les rapprocher et établir entr'eux des liens de bonne harmonie. En M47. Tévéque d'Autun, faisant une tournée pastorale dans son diocèse, reçut Thospitalitéde Petit-Jean au château des abbés de Saint^Martin, à Girolles. Il reconnut plusieurs fois, dans la conversation, Timmunité de Tabbaye et de ses dépendances. Etant entré à son retour dans Téglisc du prieuré d'Avallon, il reconnut formellement aussi qu'il n'y entrait que pour visiter Vautely sans prétendre à aucune juridiction. Enfin, à Autun même, ayant usé sans résistance du droit qui lui permettait de pénétrer dans l'abbaye une fois pendant la durée de son pontificat, il disposa entre les mains de Tabbé une reconnaissance d'immunité à l'instar de ses prédécesseurs.
Jusque-là, la paix régnait entre les deux prélats ; mais, du côté de Kolin, cette paix n'était pas sincère. Fidèle à l'exemple de son père, rautoritéet les richesses ne pouvaient lui être trop largement dispensiVs. Le noble usage qu'il en sut faire ne peut justifier ronipl*'teiut»nt Tavidité
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avec laquelle il convoita les meilleures abbayes, les plus riches bénéfices de son diocèse. Dès 1449, sans attendre un prétexte ou une occasion favorable, il commença ses attaques contre l'abbé d& Saint-Martin avec une persévérance qui ne se démentira plus.
Sa première agression eut lieu aux dép«is du prieuré d'Anzy, La position de ce prieuré entre le diocèse d'Autun et celui dé Nevers, sa mauvaise administration par un prieur qui, après quarante ansd'exercice,atraibli par l'ftge, incapable de réparer ses pertes et d'acquitter ses obligations envers le monastère et le duc, avait été obligé de donner sa démission, l'absence actuelle d'un prieur en titre, d'autres motifs, différents peut-être et restés inconnus, avaient décidé le cardinal h jeter son dévolu sur Anzy. Il prétendit qu'il n'était pas compris dans l'exemption de Saint-Martin, et, sur ce chef, il intenta un procès devant le parlement de Boui^ogne. Petit- Jean offirit d'aborcf de prouver amiablement l'immunité d'Anzy. Il proposa pour arbitre Albert, abbé de Vezelay, qui, après examen des titres établissant cette immunite, attesta à l'évêque d'Autun leur authenticité et leur certitude '; mais l'évêque avait de bonnes raisons pour ne pas céder à l'évidence. Quoique le monastère fât parfaitement convaincu de la justice de sa cause ,
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daient une autorité absolue . cette cause était ju^ét^ d'avance contre Saint-Martin'. Une transaction intervint donc, en 1451. entre révÀ^ue et l'abbe*. O dernier se réservait les droits honorifiques et disciplinaires, tels que ceux de visite et de correction des moines ; il abandonnait au cardinal l'administration temporelle, la jouissance des revenus, la collation des bènêrices. Si les intentions purement intéressées de Rolin n'étaii^nt pas assez évidentes par elles-mêmes, on en trouverait la preuve dans la clause par laquelle il consentait à reconnaître, dans une contre-lettre, tous les droits de l'abbaye de Saint-Martin sur Anzy. après sa mort.
Ce premier pas couronné de succès, le cardinal était peu disposé à s'arrêter en chemin. L'année suivante il 6t on voyage à Rome, ou il fut reçu honorable- ">^ et joyeËuemeut, Il en profita pour obtenir de Nicolas V, contrairement à la Pragmatique . des bulles de réserve des abbayes de Saint-Michel d'Anvers . de Notre-Dame de Gouaille, de Saint-Etienne de Dijon, de Saint-Martin d'Autun. C'était s'adjuger par anticipation rhéritage de ceux à qui il n'aurait pu suc- <^^ de leur vivant qu'au moyen d'une spoliation Nsnuite. Cette mesure elle-même préparait un dernier ^p qu'il n'eût pas été facile de frapper sans lever le masque, et que les circonstances ne favorisaient P^- La fermeté apportée par Charles VU dans le
' Voir aa sapplément uneleUre de Petit-Jean, n** 3, relaliye â ^**le affaire.
' Charte n** 151.