‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 6 sur 62 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

philosophie stoïcienne avaient échoué contre un mai porté à ses dernières limites par Tactivité désordonnée de plusieurs générations. En vain des lois nombreuses étaient-elles rendues pour enlever à la famille le caractère de domination matérielle qu'elle tenait du vieux droit romain et d'une morale dégradée ; les lois se brisaient devant Tautoritë plus forte de l'habitude. Si la puissance paternelle avait perdu en partie son caractère absolu , si la loi protégeait le fils contre un châtiment qui pouvait aller autrefois jusqu'à la mort , si elle lui assurait en certaines circonstances la possession d'un pécule, si elle avait établi l'émancipation forcée pour le soustraire aux rigueurs du pouvoir paternel , il n'en restait pas moins à ce pouvoir le droit de vendre le nouveau-né, de l'exposer sur les chemins, à la porte des monuments et des églises, privil^e fatal aux enfants des pauvres, livrés le plus souvent à la mort et à la dent des chiens, selon l'expression d'un concile *.

Dans les familles riches, l'éducation des enfants abandonnée aux esclaves comme une tâche servile , s'imprégnait d'une corruption résultant de la désaffection et du mauvais exemple des parents , ainsi que de l'absence de toute autorité de la part d'un maître subalterne , jouet des caprices et des instincts prématurément dépravés de son élève. De ces mains vénales il passait aux écoles publiques , où le commentaire des poètes présentait , dans les turpitudes des dieux et des héros , l'exemple des voluptés; où renseignement de l'éloquence était l'art de plier la parole à des jeux d'esprit en dehors de toute conviction.

1 Loi de ConslantiD en 339. — Loi de Théodose eD 391.

5ÏI rNTRODVCTIOS.

Le soil de répniisc n'était pHs meilleur que c«lai du liU de Tamille. Il lui était inférieur de toute la puissance de ce préjugé de la sagesse antique qui voyait dans la femme un être d'une nature subalterne, un instrument de plaisir et de reproduction. Malgré les lois port^ par les empereurs pour restreindre le célibat, punir l'adultère , prohiber le mariage à raison de parenté et limiter les causes de divorce, le code chrétien de Justinien n'en avait pas moins toléré la possession d'une concubine, la dissolution du mariage si le mari était esclave, prisonnier, ou absent durant cinq années, et le divorce, sur la demande libellée de l'un des époux. Telles étaient les concessions arrachées par cinq siècles d'un libertinage effréné, les restes honteux d'une immoralité sans nom.

A cet abaissement de la famille, quel contraste opposaient les monastères ! C'était d'abord la virginité proposée comme première vertu. C'était un esprit d'humilité el de pénitence qui frappait de stupeur les populations païennes , et leur faisait considérer les vierges, les cénobites, les solitaires, comme des êtres extraordinaires placés entre l'héroïsme et la folie. Les vœux perpétuels enchaînant la liberté morale aux abstentions les plus sévères protestaient hautement contre la passion qui se jouait, au nom de ses caprices irrésistibles, des liens fragiles du mariage. La femme , rachetée par sa partiel-

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