‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît; (volume 2)Chapitre 7 sur 62 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

semblable devant Dieu , même récompense aux mêmes vertus.

Le monastère était non moins précieux à Tenfance. Là se pratiquait à la lettre ce précepte du Christ : a Sinite parvalos venire ad me. » Les moines recueillaient dans les lieux d'exposition les enfants abandonnés. Ils rachetaient sur les marchés publics ces jeunes captifs entraînés loin d'un pays dévasté , d^une famille massacrée , et dont la vente était pour les bandes barbares un objet de commerce. Plusieurs abbés employaient à ce rachat une grande partie de leurs revenus. Ils adoptaient sous le nom à'OblaUy c'est-à-dire offerts, ceux que leur confiaient les parents, dans le désir de les consacrer à Dieu, ou plus souvent dans l'intention de s'en épargner la charge.

Fils d'ingénus, de captifs, d'esclaves, tous se trouvaient réunis sur le pied d'égalité, soustraits à la puissance du père ou du maître, admis à cette liberté des enfants de Dieu dont la société civile n'avait jïimais présenté l'image. Une fois voués à Tautel , ils ne relevaient que de lui, étaient à tout jamais émancipés, inviolables dans leur personne, placés sur le chemin des premières dignités de l'Eglise. Riches ou pauvres , venus de tout pays, ils recevaient au monastère les soins de la vie du corps , une instruction gratuite conforme à leur vocation, et l'enseignement plus précieux de la parole chrétienne.

Le municipe ne reposait pas sur une base moins despotique et moins affaiblie que la famille. Le pouvoir impérial^ obéré sous les charges imposées par les invasions, avait converti les fonctions municipales en em-

XVIII "' IHTBODUCTIOS.

plois fiscaux, et transformé les magistrats en exaclears. Le principal lien entre l'empereur et les sujets était I'iinp4)t, impôt tellement écrasant que la moyenne propriété disparut k la longue, par la confiscation ou l'abandon. Les délenteurs préféraient devenir simples colons, partager les produits de la terre avec le grand propriétaire, plutôt que de la posséder eux-mêmes; ils se libéraient ainsi des charges publiques. Une misère affreuse r^ait dans les villes. Dépourvues de moyens de résistance contre les invasions, privées de ces institutions qui assurent la sécurité de chacun, elles étaient désertées par une foule d'habitants. Pauvres, veuves, orphelins, lîls de famille , hommes lettrés , cherchaient ailleurs un asile, aimant mieux vivre parmi les Barbares que de périr sous le fouet du fisc. Il fallut faire des lois pour les contraindre à subir cette qualité de citoyen romain, ambitionnée autrefois comme un honneur.

Telle avait été la détresse des provinces , de Dioclétien k Constantin. 0 'était au milieu de ce désordre que la société chrétienne se formait lentement depuis trois siècles. Elle était la seule association où le lien de la charitéetdusecoursmutuel fût en vigueur; la seule qui pût satisfaire aux besoins du cœur et de l'intelligence. Il n'était donc pas étonnant qu'il mesure que le nombre (les fidèles augmentait, l'asœndant moral passAt de leur

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