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pas humain, et dont les arbres à haute cime semblaient porteries nuages. Un étroit sentier hérissé de broussailles et de ronces, auxquelles restaient des lambeaux de leurs vêtements, leur livra l’entrée de la forêt. En se courbant jusqu’à terre, ils découvrirent dans des profondeurs obscures une caverne étroite, fermée aux rayons du jour par les branches entrelacées des saules et des vignes sauvages, caverne de voleurs, retraite d’esprits immondes. A cette vue, le saint aimé de Dieu se jette à genoux au milieu des épines, lui demandant assistance».... Il éleva sa cellule dans ce lieu même.
Les habitants du voisinage, peints par la légende sous de si terribles couleurs, vinrent le visiter. « Adoucis à sa » voix, de loups devenus agneaux, ils l’aidèrent à bâtir » son monastère , creusant les fondations , élevant les » murs, déracinant les arbres, traçant les chemins. Les » moines y affluèrent de toutes les 'parties du monde. On » admira dans la nouvelle fondation la chasteté, l’obéis- » sance, l’étude des lettres sacrées, toutes les vertus qui, » plus tard, devaient illustrer ce monastère. » 1
Saint Seine lui imposa la règle orientale de saint Macaire, sorte d’intermédiaire entre la vie érémitique et la vie cénobitique. Il ne semble pas l’avoir modifiée par un deces mélanges si fréquemment usités avant que saint Benoît eût donné à la vie religieuse son code suprême.
Ce lieu , appelé Sestre ou Ségestre, était peu éloigné d’un temple élevé près des sources de la Seine à la divinité du fleuve. Les païens y étaient venus longtemps
1 Vi ta S. Seqiiani. Acta SS. ordinis S. Benedicti, t. Ier, p. 264.
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demander la guérison. Des ex-voto , des bras, des jambes de pierre , des inscriptions , des statues et autres simulacres jonchaient encore les abords du monument. 11 avait été livré aux flammes après l'introduction du Christianisme , mais ses sectateurs n’avaient pas oublié l’objet de leur antique vénération. En ne prenant pas à la lettre le texte du légendaire, on ne peut guère voir dans les hommes jéroces réfugiés auprès du sanctuaire ruiné de la déesse Sequana, que des peuplades païennes hostiles à la religion nouvelle , aigries par la misère , dénaturées par l’isolement et la sauvagerie des mœurs. 1 En 573 , le roi Gontramn établit à deux milles de Chalon, où il avait fixé sa résidence, le monastère de Saint-Marcel sur le lieu du martyre de cet apôtre, compagnon de saint Pothin et des cinquante martyrs de Lyon condamnés à mort sous Marc-Aurèle. Nous n’emprunterons point à Àimoin le récit du songe qui détermina le pieux Gontramn. Cette fiction toute poétique ne se rattache à aucune donnée réelle. Elle est un modèle curieux de ces visions fréquentes dans les légendaires du VIIe et du VIIIe siècle, et qui occupent également une place considérable dans la littérature du moyen âge. L’abbaye de Saint-Marcel acquit aux portes de Chalon l’importance de Saint-Symphorien à Autun. Elle devint comme cette dernière un lieu d’asile visité souvent par les rois burgondes. Elle protégea son fondateur au moment où s’approchant de la table sainte, le poignard échappa des mains d’un assassin qui dut son pardon au
1 V. Rossignol. Notice sur l’abbaye de Saint-Seine, dans les Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d’Or, 1847, in-4°.
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respect du roi pour la basilique. Gontramn introduisit à Saint-Marcel, où il voulut être enterré, la psalmodie perpétuelle. Il associa cette abbaye à celles de Saint-Maurice d’Agaune et de Saint-Bénigne de Dijon, qu’il avait comblées toutes deux de libéralités.
Quelques années plus tard, en 584, Flavius, évêque de Chalon, familier de Gontramn, éleva ou plutôt restaura l’église de Saint-Pierre, située dans un polyandre sur une éminence au nord de la ville. Un saint ermite avait jadis occupé en ce lieu une cellule et un oratoire. A sa mort, le souvenir de ses vertus y avait attiré le concours du peuple. Une église avait déjà remplacé l’humble oratoire du solitaire, lorsque Flavius y annexa un monastère d’hommes.
Vers 590, un moine nommé Colomban vint se fixer dans une solitude des Vosges, non loin du camp romain d’Anegray. Il trouvait à peine sa nourriture et celle de ses douze disciples dans ce lieu inculte, couvert d’herbes et d’arbres stériles. C’était un jeune homme d’une beauté pleine de noblesse et d’attrait, un compatriote de ces jeunes esclaves mis à l’encan sur un marché de Rome, et dont le visage blond, doux et pensif avait inspiré au moine Augustin le désir de gagner à la foi chrétienne le pays qui donnait naissance à cette race choisie. Il était né en Irlande, dans la province de Leinster. Dès sa jeunesse il était entré au monastère de Benchor, et s’y était fait remarquer par ses austérités , sa science et l’énergie de son caractère. L’état de décadence de la religion, dans quelques provinces de la Gaule , l’attira dans ce pays. Le flux et le reflux des invasions, l’extension de l’arianisme parmi les tribus burgondes et visigothiques , la
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négligence ou le découragement des évêques aux prises avec les nécessités temporelles, avaient singulièrement affaibli l'empire de la foi chrétienne. Partout sur son passage son éloquence pleine de chaleur et de grâce , sa charité , sa douceur, sa modestie apaisaient les discordes, effaçaient les vestiges des pratiques païennes , et rappelaient les esprits à une religion dont il était un des plus parfaits disciples.
Du creux d’un rocher disputé aux bêtes fauves , il fondait dans ce désert des Vosges trois monastères, Ânegray , Fontaine et Luxeuil. Les fortifications antiques de Luxeuil protégèrent ce monastère élevé sur des thermes construits par la magnificence romaine. Aux alentours , la multitude des ex-voto et des images des dieux était aussi nombreuse que les arbres des forêts voisines 1 . Située sur les confins de la Gaule et de la Germanie , l’abbaye de Luxeuil devint bientôt le chef des monastères de France et de Bourgogne par la sévérité de la discipline et par la perfection de la doctrine 2. Six cents disciples y chantaient le Laus perennis. Une foule de Franks et de Burgondes venaient y déposer leur longue chevelure et embrasser la vie régulière. Les nobles burgondes et franks envoyaient leurs enfants à son école. Au sein de F étouffement amené par la barbarie, elle fut le berceau et le modèle de celles qui se reformèrent ailleurs.
Une règle sévère, nous dirons presque dure, inflexible, présidait au maintien de ces traditions pieuses et sa-
1 Vita S. Columbani. Acta SS. ordinis S. Benedicli. S<ec. II.
2 Gall. Christ, vet. — Vita S. Frodoberli. Acta SS. ord. S. Benedicli. Sæc. II.
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