‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;Chapitre 12 sur 56 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

vantes. L’obéissance jusqu’à la mort, quelque pénibles que fussent les devoirs prescrits ou recommandés ; un silence continuel hors le cas d’absolue nécessité 5 la prière , l’étude , le travail des mains; le jeûne jusqu’à trois heures du soir; une nourriture composée de légumes, de poissons, d’un petit pain, de farine détrempée d’eau, d’un peu de bière; telles étaient les bases énergiques de la discipline. Six coups de fouet pour celui qui aurait oublié de faire le signe de la croix avec sa cuiller avant le repas, douze pour celui qui, en demandant la permission de sortir , aurait omis de s’agenouiller ; des corrections variées à l’infini pour le diacre ou le prêtre qui n’aurait pas coupé sa barbe ou ses ongles, pour les moines qui seraient entrés à l’église en habit de nuit ou n’auraient pas strictement suivi l’ordre des offices, pour celui qui aurait répandu des miettes sur la table; deux cents coups de fouet pour les fautes les plus graves , telles étaient quelques-unes des rigueurs nécessaires d’une règle qui semble dépasser les forces de l’homme , mais qui leur communiquait en réalité une vertu surnaturelle. L’exil de saint Colomban, chassé par Théoderik et Brunehilde , n’altéra point la prospérité de Luxeuil ; peut-être même cette prospérité ne fut-elle pas étrangère à son exil. Elle avait élevé Colomban à la hauteur d’une puissance redoutée , et qui n’épargnait pas aux rois les avertissements. On sait quelles causes amenèrent cette disgrâce dont Frédégaire a tracé le dramatique tableau.

Brunehilde ayant présenté au saint, pour les bénir, deux enfants que son fils Théoderik avait eus d’une concubine, Colomban la repoussa avec indignation en

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s’écriant que jamais ces enfants, fruits du libertinage, ne porteraient le sceptre. La reine , irritée, tourna sa vengeance sur les monastères de Colomban. Elle interdit de laisser sortir les moines, de leur donner l’hospitalité , de leur accorder aucun secours. Afin de les arracher à cette persécution et d’en flétrir les auteurs , Colomban se rendit auprès du roi au château d’Epoisses; il arriva au soleil couchant et refusa d’entrer. En vain Théoderik, averti, lui fit offrir les mets de sa table ^ le moine, à la vue de ce luxe royal, maudit les plats et les coupes, invoquant le texte sacré où « le Très-Haut réprouve les offrandes des impies, » protestant qu’il ne souillerait point sa bouche des mets d’un ennemi des serviteurs de Dieu. Il brisa les vases, renversa les vins , jeta par ses anathèmes l’effroi dans la maison royale, jusqu’à ce que Théoderik lui eût fait la promesse de renoncer à ses désordres.

L’humiliation avait été trop amère pour que Brunehilde la pardonnât. Elle excita contre Colomban le roi, les grands, les évêques même. Elle fit attaquer son orthodoxie au sujet de sa règle religieuse et des rites qu'il avait introduits, réchauffant les discussions relatives à la célébration de Pâques le 14e jour de la lune, suivant l’usage de l’Eglise d’Irlande. Arrêté à Luxeuil par des satellites de Théoderik, qui avaient charge sur leur tête de s’emparer de lui, il fut conduit hors de 1 Austrasie. Clotaire l’accueillit quelque temps en haine de leurs ennemis communs. De là il se dirigea vers l’Italie, et mourut dans la retraite qu’il s’était ménagée en fondant le monastère de Bobbio. 11 y transporta ses traditions de science, en même temps qu'avec ses disciples elles

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s’abritaient à Lure, à Fontaine-de-Bèze, à Saint-Gall.

Luxeuil demeura longtemps après lui la première abbaye des Gaules , commandant jusqu’au fond de la Germanie le respect par sa régularité et ses fortes études, laissant sortir de ses cloîtres une foule d’abbés et do pontifes, recevant dans ses écoles la jeunesse que Langres, Chalon y envoyaient lorsque les leurs étaient sur le déclin, et méritant de l’admiration des contemporains cet éloge d’être une abbaye unique au monde.

Ges commencements de la vie monastique en Bourgogne furent les mêmes que partout ailleurs , humbles et cachés comme tout ce qui est destiné à grandir et à couvrir le monde de sa puissance. On ne peut se défendre d’unir dans un même rapprochement la naissance de la vie monastique et la prédication de l’Evangile. Ce sont, dans les deux cas, des hommes du peuple ou de moyenne condition , dépourvus du prestige de la puissance ou de l’éclat d’un grand nom. Ils n’attirent pas les consciences rebelles par des séductions extérieures; ils n’argumentent pas avec l’habileté d'un rhéteur contre les égarements du polythéisme. Leur vie est surtout d’action et en dit plus que la parole. Dans ce qui devait être le scandale des populations païennes, et l’est souvent encore de certains chrétiens, dans l’humilité, la continence, la charité, ils trouvent le plus énergique mobile pour convaincre les intelligences, subjuguer les volontés et gagner les cœurs. Rien n’est plus inexplicable , au point de vue humain , que l’attrait qui s’attache aux traces des solitaires et des cénobites. Pour nous le doigt divin y est visible comme dans la mission des apôtres. G est cette mission continuée , pénétrant plus intime-

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