‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;Chapitre 3 sur 56 · VI · texte numérisé non relu

VI

INTRODUCTION

Le soûl de l'épouse n'était pas meilleur que celui du tils de famille. 11 lui était inférieur de toute la puissance de ce préjugé de la sagesse antique qui voyait dans la femme un être d'une nature subalterne, un instrument de plaisir et de reproduction. Malgré les lois portées par les empereurs pour restreindre le célibat, punir l’adultère, prohiber le mariage à raison de parenté et limiter les causes de divorce, le code chrétien de Justinien n’en avait pas moins toléré la possession d’une concubine, la dissolution du mariage si le mari était esclave, prisonnier, ou absent durant cinq années, et le divorce, sur la demande libellée de l’un des époux. Telles étaient les concessions arrachées par cinq siècles d’un libertinage effréné, les restes honteux d'une immoralité sans nom.

A cet abaissement de la famille, quel contraste opposaient les monastères ! C’était d’abord la virginité proposée comme première vertu. C’était un esprit d’humilité et de pénitence qui frappait de stupeur les populations païennes , et leur faisait considérer les vierges, les cénobites , les solitaires, comme des êtres extraordinaires placés entre l’héroïsme et la folie. Les vœux perpétuels enchaînant la liberté morale aux abstentions les plus sévères protestaient hautement contre la passion qui se jouait, au nom de ses caprices irrésistibles, des liens fragiles du mariage. La femme , rachetée par sa participation au culte des autels, placée hors des atteintes de la convoitise par l’inviolabilité des hospices et des monastères, puisait dans l’exercice de la charité et de la virginité chrétienne, une grandeur morale inconnue aux Vestales. Entre elle et l’homme, il n’y avait plus désormais qu’égalité de nature, communauté de devoirs, mérite

INTRODUCTION

semblable devant Dieu , même récompense aux mêmes vertus.

Le monastère était non moins précieux à l’enfance. Là se pratiquait à la lettre ce précepte du Christ : « Sinite parvulos venire ad me. « Les moines recueillaient dans les lieux d’exposition les enfants abandonnés. Ils rachetaient sur les marchés publics ces jeunes captifs entraînés loin d’un pays dévasté , d’une famille massacrée , et dont la vente était pour les bandes barbares un objet de commerce. Plusieurs abbés employaient à ce rachat une grande partie de leurs revenus. Ils adoptaient sous le nom d ’Oblats, c’est-à-dire offerts , ceux que leur confiaient les parents, dans le désir de les consacrer à Dieu, ou plus souvent dans l’intention de s’en épargner la charge.

Fils d’ingénus, de captifs, d’esclaves, tous se trouvaient réunis sur le pied d’égalité, soustraits à la puissance du père ou du maître , admis à cette liberté des enfants de Dieu dont la société civile n’avait jamais présenté l’image. Une fois voués à l’autel , ils ne relevaient que de lui , étaient à tout jamais émancipés , inviolables dans leur personne , placés sur le chemin des premières dignités de l’Eglise. Riches ou pauvres , venus de tout pays, ils recevaient au monastère les soins de la vie du corps , une instruction gratuite conforme à leur vocation , et l’enseignement plus précieux de la parole chrétienne.

Le municipe ne reposait pas sur une base moins despotique et moins affaiblie que la famille. Le pouvoir impérial, obéré sous les charges imposées par les invasions, avait converti les fonctions municipales en em-

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