‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;Chapitre 33 sur 56 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Prise du comté d’Autun par Théodorik et Bozon. — Seconde destruction de Saint-Martin. — L’évêque Adalgaire. Reconstruction de l’abbaye sous Charles le Gros par l’abbé Grégoire.

Les mesures prises par Charles le Chauve pour affaiblir les comtes, n’avaient pas eu de résultat durable. La division du duché de Septimanie était à peine opérée, que Bernard II , fds de Bernard le Camérier et frère de Wilhelm tué à Barcelonne , disputait le comté d’Autun à Robert le Fort, de la maison d’Anjou. Décidé à rentrer en possession de cette partie de l'héritage paternel, il était allé jusqu’à se cacher dans une forêt, attendant le moment de tuer au passage , suivant les uns , le roi qui avait frappé de mort son père sur les dalles de Saint- Saturnin de Toulouse-, suivant les autres, Robert, à qui

132 ABBAYE

on avait donné son comté1. Robert, malgré le prestige de la brillante valeur déployée par lui contre les Normands , ne put résister aux attaques réitérées de son rival. Forcé d’abandonner Autun , il s’en dédommagea en occupant l’abbaye de Saint-Martin de Tours , d’où il expulsa l’abbé. Ces discussions d’intérêt n’arrangeaient Charles le Chauve qu’autant qu’elles n’étaient pas contraires aux siens. Il consentit bien à mettre Robert en possession de Saint-Martin de Tours, dont les moines ne pouvaient se défendre; mais pour Bernard, il ne voulait à aucun prix laisser au centre de ses Etats un vassal aussi turbulent. D’après les conseils de Robert et sans doute aussi d’après les siens propres, il donna le comté d’Autun à son second fils, Louis le Bègue (866), et continua d’y accroître sa prépondérance en maintenant à l’évêque Liudo, successeur de Jonas, la charge de m, issus dominions.

Ç’en était assez pour détacher complètement Bernard du parti de Charles le Chauve, auquel il ne tenait que par des liens très faibles. Confiné dans ses possessions d’Aquitaine, il se plaça à la tête des meneurs de la faction qui entretenait cette province en rébellion presque permanente contre le roi. Il trouva de puissants auxiliaires dans deux grands personnages voisins de ses terres, et portant, par une singularité assez bizarre , le même titre et le même nom que lui. C’était Bernard, marquis et comte de Toulouse, de Rouergue et de Quercy, et Bernard2, marquis

1 Annales de saint Bertin.

2 II fut plus tard comte d’Autun. Il est appelé dans une ancienne

de Gothie, fils du comte du Mans. Tous trois, par des motifs semblables, demeurant résolument à l’écart, refusèrent leur assistance à Charles le Chauve dans son expédition de 870 contre Gérard de Roussillon, qui était allé encore plus loin qu’eux dans la revendication de son indépendance. Cette défection calme et décidée gênait trop les projets de Charles sur l’Aquitaine pour qu’il ne cherchât pas à tout prix à y mettre fin. Voulant faire cesser les divisions qui déchiraient ce royaume et le rattacher définitivement sinon à la couronne, du moins à sa famille, il avait décidé de le donner à son second fils Louis le Bègue , appelé d’ailleurs par le vœu d’une partie de la province. 1

Afin d’acheter vis-à-vis du jeune souverain la soumission des trois Bernard, il leur accorda une part importante dans l’administration de l’Aquitaine confiée à Boson son beau-frère, tuteur et camérier du jeune prince, avec des pouvoirs presque illimités. 11 leur concéda des terres et des comtés que les chroniques ne désignent point , mais parmi lesquels se trouvait le comté d’Autun , qui fut dévolu à Bernard, marquis de Gothie.

Ces arrangements ne les avaient contentés qu’à demi ; mal réconciliés avec le pouvoir royal , ils lui refusèrent plus d’une fois obéissance, et saisirent la première occasion de rouvrir ouvertement la lutte. La nouvelle de la mort de Charles le Chauve, en 878, était à peine connue, que deux oncles du nouveau comte d’Autun , Emmon ,

chronique dux Augustudunensium. Il avait pour père Bernard, dont la mère, Biliehilde, était elle-même fille de Rorigon, comte du Mans.

1 Fauriel, t. IV, p. 355-391 et passim.

ABBAYE

comte de Poitiers, et Gozfred , comte du Mans, assemblèrent divers personnages de leur famille, aussi puissants qu’eux et aussi opposés à l’autorité royale. Dans ce plaid, où tous leurs clients se réunirent au mont Vimar près de Poitiers, ils mirent la royauté en jugement et discutèrent la reconnaissance de Louis le Bègue.

Les conseillers de ce prince, et parmi eux Boson, l’engagèrent à dépouiller Bernard, placé désormais en état d’hostilité ouverte contre lui. Il attribua à l’un d’eux, nommé Théodorik *, le comté d’Autun, et à son ancien possesseur Bernard d’Arvernie , fds du camérier, les terres appartenant en Septimanie au comte dépossédé. Ce dernier porta le trouble dans les provinces qu’on voulait lui ravir. 11 s’empara de Bourges, en chassa l’évêque Frotaire, et pilla l’église métropolitaine. Sommé deux fois de comparaître au concile de Troyes , où se trouvait le pape Jean VIII, pour se justifier de sa conduite, il refusa de se présenter. Le concile, obligé d’user de rigueur, l’excommunia , lui , ses deux oncles Emmon et Gozbert avec leurs adhérents, et le déclara déchu de tous ses honneurs. Cette sentence ne l’effraya point ; il ne connaissait d’autre juridiction que la force, et lorsqu’on l’accusait, il n’avait pour se justifier qu’une seule réponse : il offrait le duel. 11 accourut à Autun avec des forces considérables et prépara tout pour s’y défendre. Depuis longtemps il s’était ménagé des partisans dans cette province , en envoyant de Provence aux monastères

1 Théodorik était frère du comte Heccard, abbé avec lui de Sainte- Colombe de Sens, et cité plus haut dans la donation de Perrecy.

de Bourgogne des reliques qui étaient reçues comme des dons sans prix.

Cette résistance hardie trouva d’abord la royauté trop faible pour la comprimer. Théodorik dut rester auprès du roi avec le titre fictif de son comté. Il fallut que Louis le Bègue se mît lui -même en marche pour expulser le rebelle vers le commencement de l’année suivante; mais arrêté par la maladie, il envoya contre lui son fils Louis, accompagné de Boson , de Théodorik et de Hugues l’abbé 1 . Tous trois parvinrent à forcer Bernard dans Àutun et à l’en chasser; mais Boson, déjà préoccupé des desseins ambitieux qui devaient bientôt le porter au trône de Provence, voulut se le ménager, et transigea avec lui en lui laissant le comté de Mâcon.

Le caractère de ces guerres intestines était de s’attaquer principalement aux biens d'église. Le premier soin des leudes qui convoitaient des terres , et qui n’étaient pas toujours tranquilles dans la possession des leurs , était de mettre la main sur celles des moines et des évêques. Ils y trouvaient ce double avantage d’avoir affaire à des gens peu capables de se défendre, et d’humilier en eux les partisans de la royauté. I)u VIe au Xe siècle, ces usurpations et ces ravages forment le fond de l’histoire de ces guerres ; ils n’en sont pas un des mobiles les moins puissants.

1 Hugues l’Abbé, ainsi nommé à cause du grand nombre d’abbayes qu’il s’élait attribuées, et désigné dans les chroniques sous le nom de Hugues le Blanc et Hugues le Grand, était fils du roi Robert et père de Hugues Capot. Il fut comte de Paris, de Nevers eld’Autun,

ABBAYE

Cette fois encore , l’ambition des leudes qui assiégeaient Autun trouvait dans la politique un prétexte favorable à leurs exactions. D’une part, l’abbaye de Saint-Martin était signalée par ses richesses à leur convoitise ^ de l’autre , des causes de la nature de celles que nous venons d’indiquer, pouvaient servir d’excuse à leurs entreprises. Elle était justement occupée par ces moines aquitains venus de Glanfeuil après s’être arrêtés quelque temps à Poitiers. Ils sortaient d’une province hostile à la race de Charles le Chauve, et leurs bienfaiteurs avaient tous fait leurs preuves contre elle. Parmi eux figurait en première ligne la famille du comte expulsé, Bernard de Gothie. Le comte Rorigon, père de Bilichilde sa mère , avait restauré Glanfeuil et conçu un instant la pensée d’y embrasser la vie monastique. Gozbert son frère y était moine , et le jeune Gozlin son fils y avait été offert comme oblat. Lorsque les religieux de Glanfeuil avaient été obligés de fuir devant les invasions des Normands, ils avaient reçu un asile à Poitiers auprès du comte Emmon , autre fils de Rorigon et oncle de Bernard. Enfin, celui qui les avait attirés à Autun , Badilon , était Aquitain , et il est hors de doute qu’il y ait eu des rapports très intimes et de parenté peut-être entre sa famille et celle de Bernard. Toutes deux, également favorables aux monastères situés dans leur province, les avaient aidé à développer leur influence et à fonder en différents lieux des colonies1. Les bienfaits

1 Ainsi, en ce qui concerne la famille des Badilon, nous voyons le restaurateur de Saint-Martin amener à Autun les moines de Poi-

conférés à l’abbaye de Saint-Martin par Badilon , le patronage qu’il avait exercé sur elle durant la vie d’Arnulf, avaient décidé les moines à se le donner pour abbé à la mort de ce dernier. Ce choix, justifié par le caractère de Badilon , semblait l’être encore davantage par l’influence protectrice dont lui et sa famille pouvaient couvrir le monastère ; il n’était pas indifférent d’avoir à sa tête un homme resté fidèle au pouvoir royal et ayant pour alliés ou parents les ennemis de ce même pouvoir. Cette situation , qui semblait devoir être une garantie de sécurité pour l’abbaye , servit bien à lui faire restituer quelques terres-, elle ne put la sauver au jour du danger.

Elle était à peine reconstruite et consacrée. Le vieux Badilon, réservé pour ce jour néfaste, vit périr en un instant l’œuvre de toute sa vie, et renverser l’abri préféré par lui à la cour impériale. Les nouveaux destructeurs n’étaient plus cette fois les Sarrasins et les Normands 1 5 c’étaient d’anciens frères qu’il avait laissés au palais2, de puissants amis qui, dans des jours plus calmes, l’avaient aidé dans une œuvre sacrifiée aujourd’hui à leur ambi-

tiers ; un seigneur du même nom conduit sous sa protection ceux de l’île d’Héro, apportant à Tournas les corps de saint Philibert et d’autres saints ; un abbé du même nom est à la tète du monastère de Sessieu en Bugey, au moment de sa fondation par Aurélien, archidiacre d’Autun; enfin un Badilon, neveu du restaurateur de l’abbaye, est moine de Saint-Martin, et, après sa seconde destruction , se retire à Vezelay.

1 Charte n" 6.

2 Boson avait autrefois obtenu plusieurs privilèges pour Saint- Martin. — Charte nn 4.

ABBAYE

tion. La charte qui supplée sur cet événement au silence des chroniques , flétrit ces dévastateurs du nom de pseuclo-christ iani , gens n’ayant de chrétien que le nom. Elle nous apprend que la demeure des moines fut détruite jusqu’aux fondements1, que ses habitants.se dispersèrent , et que la solitude y devint profonde comme le lendemain du passage des Sarrasins (878 à 879).

L’évêque Adalgaire occupait alors le siège d’Autun. En 875 il avait quitté pour cette dignité celle de chapelain de Charles le Chauve. Avec lui , l'influence épiscopale et royale avait atteint dans la province son plus haut degré. Dévoué à la personne du roi , ce prélat avait plus d’un motif pour se rattacher, comme ses prédécesseurs, au seul pouvoir capable de faire de la Gaule franke une nation. D’un côté, il était opposé au parti qui cherchait à placer Louis le Germanique à la tête d’un empire englobant , comme celui de Charlemagne , la Gaule , l’Allemagne et l’Italie pour centre; de l’autre, à la prépondérance des grands vassaux , qui tendait à diviser la France en autant de provinces que de fiefs. Ce qu’il voulait pour elle , c’était une nationalité indépendante ou sa prééminence sur les royaumes qui lui seraient réunis.

La confiance de Charles le Chauve l’avait rendu dépositaire de ses desseins secrets ; un caractère à la fois habile et ardent, une instruction remarquable pour son

1 Charte n° 6. — «A pseudo-christianis perfundata, et funditùs annulata ac sine habitatione derelicta. » Cette charte est une des plus anciennes de Charles le Gros. Elle est antérieure à celles du même prince en faveur de Saint-Bénigne.

DE SAINT-MAIITIN.

siècle, lui avaient valu la conduite des négociations les plus importantes. 11 était allé à Rome recevoir des mains du pape Jean VIII la couronne impériale, après l’élection de Charles au trône d’Italie; il profita de ce voyage pour faire restituer au siège d’Autun le pallium, dont l’usage s’était perdu sous ses prédécesseurs. Le pape paraît avoir eu pour Àdalgaire autant d’estime que l’empereur. Il se félicitait d’avoir comme intermédiaire , entre la cour de Rome et la cour karlovingienne, un homme d’une fidélité inaccessible aux présents et à la crainte , un saint prélat choisi comme une pierre angulaire pour servir de fondement à leur bonne harmonie1. 11 le chargea de rapporter à l’empereur des choses secrètes qu’il ne voulait pas confier à l’écriture. Enfin , par une dernière marque d’estime, Adalgaire présenta au concile de Troyes le testament où Charles le Chauve appelait à lui succéder son fils Louis le Bègue.

A ce concile assistait le pape Jean VIII , réfugié en France à la suite de l’invasion deKarloman, fils de Louis de Germanie, qu’un parti puissant voulait imposer comme empereur à l’Italie , tandis qu’un autre , et avec lui le pape, proclamait Charles le Chauve. Il apportait avec lui un de ces présents qui possédaient à cette époque une valeur inestimable et excitaient la convoitise des sujets et des rois2. Il consistait dans les reliques des SS. Hippolyte,

1 Lettre du pape Jean VIII.

2 Porrô recedentem ab urbe Joannein papam, pretiosissimas secum lutisse reliquias testatur Amoinus [livre V, chap. VII], Baronius anno 878.

ABBAYE

Sénateur, Félix, Herculien, Taurin et autres, martyrisés à Ostie suus l’empereur Claude. Dans le partage de ces reliques entre différentes églises de France, celle de Saint- Martin , récemment relevée , ne fut pas oubliée. Elles avaient un prix tout particulier pour elle. Le rapprochement de ces reliques des restes de son illustre fondatrice pouvait servir à réhabiliter sa mémoire dans l’esprit des peuples égarés par les leudes ambitieux. Elles rappelaient qu’on peut être innocent et digne de respect, même après avoir subi l’ignominieux supplice de l’écartellement * . Ce présent, ou peut-être un concours plus direct, mais qui nous est resté inconnu , fit considérer le pape Jean VIII comme ayant pris une part importante à la restauration de l’abbaye. Elle avait gardé du moins son souvenir avec une reconnaissance particulière. 1 2

Le siège d’Àutun offrait à Bernard une belle occasion

1 CommeBrunehildeS. Hippolyte était mort traîné par des chevaux.

2 On lisait dans la sacristie , sur un tableau de parchemin désigné par ces mots, Tabula perantiqua : « Reparatio, hujus venerabilis mo- » nasterii confirmata extitit anno Domini D CGC LXX VIII à synodo » apud Æduam congregata, præcepto et auctoritate Johannis papæ, et » rogatu Ludovici imperatoris et Francorum regis, dicti Caroli Calvi » filii. »

Ce prétendu concile d’Autun, dont il n’existe aucun monument, n’a pu être tenu. La ville était alors occupée par le comte Bernard , que le pape venait d’excommunier tout récemment. Jean VIII ne passa point d’ailleurs à Autun ; il reprit la roule de 1 Italie pai la Maurienne et le mont Cenis, escorté magnifiquement par Boson. On aura donc confondu ce concile avec celui de Troyes.

Quant au titre d’empereur donné à Louis le Bègue, quoiqu’il ne lut encore que roi, il le tenait du parti qui voulait lui conférer rempile comme à son père.

de se venger du roi qui l’avait dépouillé de son comté et du pape qui l’avait excommunié au concile de Troyes. Il s'en prit à l’évêque représentant de tous deux, pilla ses biens , mit à nu les églises , et se livra envers les personnes à des violences inouïes. Adalgaire souffrit ces désordres avec la dignité et le calme convenables à son caractère. Dans un écrit signé de sa main et parvenu jusqu’à nous1, il a laissé échapper ses plaintes avec une noble concision : « Ni leurs menaces, dit-il, ni leurs violences, ne nous ont ému 5 mais inflexible dans la fidélité que nous lui devions, nous avons soutenu celui que par droit de naissance et d’élection nous reconnaissons pour roi . Ses infidèles sujets nous ont fait éprouver des maux sans nombre -, nos paroisses ont été dévastées , et nos églises réduites à rien. »

Les deux comtes, restés maîtres d’Autun., ne purent s’accorder entr’eux. Boson, qui venait de trahir le roi en se réconciliant avec Bernard , ne craignit pas d’outrepasser ses ordres en revendiquant pour lui-même le comté d’Autun, dont il devait mettre en possession Théodorik. Cette rivalité entretint entr’eux les hostilités et les désordres jusqu’à ce que Hugues l’Abbé , interposant sa médiation , parvint à les amener à un accord. Boson eut en partage la ville et le comté d’Autun , Théodorik les abbayes, et parmi elles Saint-Martin. Ces nouveaux possesseurs apportèrent quelque soulagement à la position

1 Charte n° 6. — L’original de cette pièce, citée partiellement dans le Gall. Christ. [n° XXII, inter inst. eccles. Æduens. ], est conservé aux archives de l’évêché d’Autun.

ABBAYE

d’Àdalgaire. A la faveur de la bonne intelligence régnant entr’eux et lui, ses protestations furent enfin écoutées; il obtint de Théodorik la restitution de la terre de Bligny appartenant à l’église d’Autun , et ce dernier étant mort la même année, Boson, seul possesseur désormais de son héritage, déposa lui-même sur l’autel de Saint-Nazaire l'acte par lequel il rendit à l’église d’Autun celle de Lucenay. 1 2 * *

Ces réintégrations de la part de Boson étaient loin d’être désintéressées. Il cherchait ainsi à enrôler Adalgaire dans ce parti d’évêques avec le secours de qui il espérait se faire déclarer roi des provinces qu'il gouvernait à titre de duc ou de comte. Par menaces ou par promesses , il avait gagné ceux de Provence en donnant et promettant des terres et des abbayes. Ses projets ambitieux étaient encouragés , dit-on , par son épouse Ermengarde , fille de Louis le Bègue. Unissant 1 orgueil d’une haute extraction à la vanité d’une femme, elle disait « qu’étant fille d’empereur, fiancée autrefois à un empereur grec , la vie lui était à charge si elle ne faisait un roi de son mari5. » Le 15 octobre 879, à Mantaille

1 Charte n° 3 bis, et au Gall. Christ., charte XXII. [Chartes de l’Eglise d’Autun. ]

2 Annales Benedictini , p. 222, t. III. — Intereà Boso, instiganle

uxore suâ Hermengarde , Ludovici le Bègue , imperatoris filia , quæ

se vivere nolle aiebat, si, filia cùm esset imperatoris, olimque Græciæ imperatori desponsata, maritum regem non faceret ; episcopis provinciæ, partim minis, partiin promissis de abbatiis et villis eis dandis constrictis persuasit ut se regem coronarent; quod Man-

talæ propè Viennam hoc anno factum est idibus oclobris. Vix reg-

près de Vienne en Dauphiné, une réunion de seigneurs, de laïques et d’évêques, présidée par l’archevêque d’Arles, lui conférèrent la couronne de Bourgogne et de Provence.

Cet événement attira sur Autun les forces royales. En 880 , Louis et Karloman s’emparèrent de ce comté , reprirent Mâcon sur Bernard de Gothie , relevant de Boson, et qui, puni de mort ou tué durant le siège, disparaît de l’histoire à partir de ce moment. Les deux princes, continuant le système de restitution adopté par Boson , détachèrent de son comté la terre de Tannay usurpée sur 1 Eglise , et la rendirent à Adalgaire , qui s’était tenu à l'écart du concile de Mantaille.

L'abbaye de Saint-Martin, ruinée depuis plus d’un an, ne put profiter de ces réparations-, elle resta encore cinq années sous ses ruines. Ce fut seulement en 885 que Charles le Gros, resté l’unique souverain de la monarchie tranke, à la mort de Louis III et de Karloman ses frères, renouvela l’exemple de Charles le Chauve et entreprit de la relever.

Il confia cette œuvre à un moine nommé Grégoire. Des religieux d’Aquitaine , chassés par la crainte des Normands qui assiégeaient sans cesse les pays situés entre

mim inieral cùm privilégia ecclesiæ Æduensis, confînnavit VI idus novembris, dalo diplomate Lugduni quod Elibertus concellarius ad vicem Aureliani archiepiscopi recognovit. Paullo post aliud præceptum rogalu Sicwaldi coniitis induisit Carilocensi pagi Matisconensis monasterio, cui abbatiolam S. Martini concessit, datum IV nonas dccembris , Indictione XII, anno primo regiii domni Bosonis , actum Kariloco monasterio. Quod præceptum Stephamis notarius ad vicem Adalgarii recognovit.

ABBAYE

la Seine et la Loire, y furent recueillis1. Ils suivaient, comme ceux amenés par Badilon , la règle de saint Benoît. Charles le Gros nomma Grégoire abbé à vie, mais à sa mort les moines devaient rentrer dans leur droit d’élection-, l’empereur leur garantit cette franchise. 11 confirma le privilège apostolique par lequel saint Grégoire avait déclaré l’abbaye indépendante de tout pouvoir temporel. Il lui rendit les terres de la Celle , Verrière , Thil-sur-Arroux , au territoire d’Autun ; Chambord en Nivernais : Girolles près d’Avallon ; Bargemont dans le pays de Fréjus; les bénéfices de Bobert, Aymulf, Baldulf2, Gottedeus, seigneurs inconnus appartenant à cette féodalité de second ordre, qui , au milieu des luttes de la grande, n’oubliait jamais de faire sa part. 11 astreignit les tenanciers de l’abbaye à payer exactement la none et la dîme, les obligea à concourir à sa reconstruction proportionnellement à l’importance de leurs bénéfices. Défenses furent faites à tous comtes, vicomtes, missi dominici en voyage, de rien entreprendre contre les vassaux ou les propriétés du monastère et d y faire

r On ignore de quel monastère étaient sortis ces religieux. Depuis plusieurs années des émigrations semblables étaient très fréquentes. Au moindre bruit de l’arrivée de ces Normands si redoutés, les provinces devenaient désertes. Le grand nombre de moines réfugiés dans la Bourgogne et au centre de la France, ne fut pas sans influence sur l’importance qu’acquirent les établissements monastiques dans ces contrées.

2 Un monétaire porte ce nom. [ Voyez Mémoires de la Société Eduenne, 1844; pl. VIII. ] C’était celui du leude chargé par Bruneliilde d’expulser saint Colomban deLuxeuil.

aucun séjour. Toute infraction à cette défense était punie d’une amende de 600 sous d’or, dont moitié était attribuée au fisc et moitié à l’abbaye lésée. La seule condition imposée en échange de ces bienfaits était d’adresser à Dieu des prières pour lui-même, pour Charles le Chauve , Louis le Bègue et Karloman , pour la paix et la prospérité du royaume. 1

1 Chartes nos 6 et 7.

Page 1